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Liste des Auteurs (de A à Z)

[Mise à jour le 06/09/2020]

A

ABEL,Barbara: Et les vivants autour
ACEVEDO, Elizabeth: Signé poète X
ADAM, Olivier: Chanson de la ville silencieuse
ADAM, Olivier: Peine perdue
ADIMI, Kaouther: Les petits de décembre
ALBERTALLI Becky: Un peu malgré eux
AMIGORENA, Santiago H. : Le ghetto intérieur
AOUINE, Sofia: Rhapsodie des oubliés
APPANAH, Nathacha: Tropique de la violence
APPANACH, Nathacha: Le ciel par dessus le toit
AUBENAS, Florence: En France
AUTISSIER, Isabelle: Oublier Klara
AUTISSIER, Isabelle : L’Amant de Patagonie

B

BAGIEU, Pénélope: Cadavre exquis
BAILLY, Vincent et KRIS: Un sac de billes
BARBERY, Muriel: Une rose seule
BARRICO, Alessandro: Mr Gwyn
BARJAVEL, René: La charrette bleue
BASSIGNAC, Sophie: Séduire Isabelle A.
BASSIGNAC, Sophie: Le plus fou des deux
BENAMEUR, Jeanne: Ceux qui partent
BEREST, Claire: Rien n’est noir
BESSERIE Maylis: Le tiers temps
BESSON, Philippe: Arrête avec tes mensonges
BLANC-GRAS Julien: Comme à la guerre
BLONDEL, Jean-Philippe: La grande escapade
BONDOUX, Anne- Laure: L’aube sera grandiose
BORDAGE, Pierre: Les dames blanches
BRUNET, Marion: Vanda
BUSSI, Michel: Au soleil redouté
BUSSI, Michel: J’ai dû rêver trop fort

C

CAMPAGNE, Claude: Adieu, mes quinze ans!
CARBONE et Justine CUNHA: Dans les yeux de Lya: En quête de vérité (tome 1)
CARBONE et Justine CUNHA: Dans les yeux de Lya: En quête du coupable (tome 2)
CASSEGRAIN, Marie-Claude: Un camaieu de beige et de gris
CHALANDON, Sorj: Une joie féroce
CHARTRES, Fanny: Les Inoubliables
CHATTAM, Maxime: Une secte
CHERFI, Magyd: Ma part de Gaulois
COATALEM, Jean-Luc: La part du fils
COLLETTE, Sandrine: Et toujours les forêts
CONTE, Nadia: L’effet ricochet
CORBIERE, Tristan: Les amours jaunes
COULIN, Delphine: Une fille dans la jungle
COULON, Cécile: Une bête au paradis
COURNUT, Bérengère: Née contente à Oraibi

D

DE LILLE, Claire: Zia met son nez partout
DECK, Julia: Propriété privée
DEGHELT, Frédérique: La grand-mère de Jade
DELABROY-ALLARD, Pauline: Ça raconte Sarah
DELISLE, Guy: Chroniques de Jérusalem
DI GREGORIO, BARBUCCI: Les soeurs Grémillet: Le rêve de Sarah
DIDIERLAURENT, Jean-Paul: La fissure
DIEUDONNE, Adeline: La vraie vie
DUBOIS, Jean-Paul: Une vie française
DUGAIN, Marc: L’insomnie des étoiles
DUGAIN, Marc: Une exécution ordinaire
DUROY, Lionel: Nous étions nés pour être heureux
DUVAL, Fred, PECAU, Jean-Pierre, SUBIC, Stevan: M.O.R.I.A.R.T.Y-Tome 1: Empire mécanique 1/2

E-F

EDGE, Christopher: Albie Bright: Les mondes multiples
ERNAUX, Annie: Mémoire de fille
FARGETTON, Manon: Nos vies en l’air
FERRANTE, Elena: La vie mensongère des adultes
FOENKINOS, David: Deux sœurs
FOENKINOS, David: Vers la beauté
FOENKINOS, David: Charlotte
FONTAINE, Maxime: Les 100 visages de Soryan Nesh – Tome 1: L’affaire Torrène
FORGET, Mathilde: A la demande d’un tiers
FOTTORINO, Eric: Dix-sept ans
FOURNIER, Jean-Louis: Ma mère du Nord

G

GAIMAN, Neil: Coraline
GALLOT, Myriam: Ma gorille et moi
GELY, Cyril: Le prix
GIRAUD, Brigitte: Nous serons des héros
GOBY, Valentine: Un paquebot dans les arbres
GOBY, Valentine: Kinderzimmer
GOBY, Valentine: Murène
GUENE, Faiza: La discrétion

H

HALL KELLY, Martha: Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux
HALL KELLY, Martha: Un parfum de rose et d’oubli
HASHIMI, Nadia: La perle et la coquille
HIGASHIMURA, Akiko: Le tigre des neiges (vol.1)
HOESTLANDT, Jo: Vue sur mer
HOPE, Anna: Nos espérances
HUISMAN, Violaine: Fugitive parce que reine

I-J-K

ITURBE, Antonio: La bibliothécaire d’Auschwitz
JABLONSKA, Ivan: En camping-car
JANU, Tamsin: Le grand voyage de Figgy
JAUFFRET, Régis: Papa
JONCOUR, Serge: Chien-loup
JONCOUR, Serge: Nature humaine
JOSSE, Gaelle: Une femme en contre-jour
KLARSFELD Beate et Serge: Mémoires
KERANGAL, Maylis (de): Un monde à portée de main
KORNBERG-ANGEL Candice: Le guide décapant des parents imparfaits

L

LAMBERTERIE, Olivia (de): Avec toutes mes sympathies
LANCON, Philippe: Le lambeau
Le CLEZIO J.M.G: Chanson bretonne – L’enfant et la guerre: Deux contes
LEMAITRE, Pierre: Couleurs de l’incendie (tome 2)
LEMAITRE, Pierre: Miroirs de nos peines (tome 3)
LEMAITRE, Pierre et DE METTER, Christian: Au revoir là-haut
LEPAGE, Emmanuel: Un printemps à Tchernobyl
LIERON, Cyril et DAHAN, Benoît: Dans la tête de Sherlock Holmes- Tome 1: L’affaire du ticket scandaleux
LIGHIERI, Rebecca: Les garçons de l’été
LOEVENBRUCK, Henri: Nous rêvions juste de liberté

M-N-O

MAJOR, Lenia: Une bouteille à la mer
MARCASTEL, Jean-Luc: Le retour de la bête
MARTIN, Paul et BOURGOIS, Jean-Baptiste: Violette Hurlevent et le Jardin Sauvage
MAS, Victoria: Le bal des folles
MATHIEU, Nicolas: Leurs enfants après eux
MAYUKI, Anan: Princesse Detective
MICHEL, Nicolas: Le chant noir des baleines
MOITET, David: RC 2722
MORIHASHI, Bingo: Celle que je suis
NEKOMAKI: Le vieil homme et son chat
NELSON, Blake: Addiction
NEMIROVSKY, Irène: Les vierges et autres nouvelles
NOHANT, Gaelle: La femme révélée
O’BRIEN, Edna: Girl
OLMI, Véronique: Nous étions faits pour être heureux
OLMI, Véronique: Bakhita
ORSENNA, Erik: Briser en nous la mer gelée
OWENS, Délia: Là où chantent les écrevisses

P-Q

PAGNOL, Marcel: Nais
PALAIN, Mathieu: Sale gosse
PAPIN, Line: Les os des filles
PAVLENKO, Marie: Un si petit oiseau
PENNAC, Daniel: La loi du rêveur
PERRIN, Valérie : Les oubliés du dimanche
PERRIN, Valérie: Changer l’eau des fleurs
PIVOT, Cécile: Les lettres d’Esther
PLATEAU, Emilie: Noire, la vie méconnue de Claudette Colvin
PONTHUS, Joseph: A la ligne: feuillets d’usine
POSTORINO, Rosella: La goûteuse d’Hitler
PRUDHOMME, Sylvain: Par les routes
QUIGNARD, Pascal: L’homme aux trois lettres

R

RENAUD, Claire: Les quatre gars
ROCHAS, Anne (de): La femme qui reste
ROSNAY, Tatiana (de), BRESSON Patrick et HORNE: Elle s’appelait Sarah

S

SABOLO, Monica: Crans-Montana
SABOLO, Monica: Eden
SATRAPI, Marjane: Broderies
SEPULVEDA, Luis: L’Ouzbek muet et autres histoires clandestines
SEPULVEDA, Luis: Le neveu d’Amérique
SERRES, Karin: Happa No Ko
SEVERAC, Benoît: 115
SILLORAY, Olivier: Le grand piano noir
SLIMANI, Leila: Le pays des autres
SPRINGORA, Vanessa: Le consentement
STEFANINI, Anne-Sophie : Cette inconnue
STENDHAL: Vanini Vanina
STRAGIER, Nathalie: Signé particulier: transparente
SUBRAMANIAN, Mathangi: Les toits du paradis

T

TEULE, Jean: Héloïse, ouille!
THEVENOT, Mikael: Le petit Prince de Harlem
THILLIEZ ,Franck: Il était deux fois
THILLIEZ, Franck: Luca
THILLIEZ, Franck: Le manuscrit inachevé
THILLIEZ, Franck: Deuils de miel
TOLSTOI, Léon: Contes et nouvelles
TONG CUONG, Valérie: Par amour
TUIL, Karine: Les choses humaines
TUIL, Karine: L’insouciance

V-W-X-Y-Z

VARGAS, Fred: Quand sort la recluse
VARGAS, Fred: Temps glaciaires
VARGAS LLOSA, Mario: Le héros discret
VAN CAUWELAERT, Didier: La personne de confiance
VENTRELLA, Rosa: La liberté au pied des oliviers
VIGAN, Delphine (de): Les loyautés
VILLEMINOT, Vincent: Nous sommes l’étincelle
WANG, Elodie: 31 lettres
WHITMER, Benjamin: Evasion
ZENITER, Alice: Juste avant l’oubli
ZURCHER Muriel: Des bleus au cartable

Les derniers Indiens – Marie-Hélène Lafon

Editions Gallimard – 08/2009- 176 pages

Résumé de l’histoire

La famille Santoire-Combes, ce sont cinq personnes: le Père, Combes, la Mère qui se fait appeler Mme Santoire et les enfants, Pierre, Marie et Jean. Pierre est parti en premier, jeune,emporté par un cancer puis ce fut le Père et la Mère.

Jean et Marie, retraités, sont restés seuls dans une maison trop grande pour eux, figée par la présence des précédentes générations. Eux sont la 4ème génération, les derniers Indiens. Comme depuis toujours, ils continuent à observer les moindres faits et gestes des voisins, les Lavigne, qui ont su s’adapter à la modernité et vivre avec leur temps alors qu’eux semblent si ancrés dans leur ruralité…

Mon avis de lecture

Les derniers Indiens est un roman court qui nous plonge dans l’intimité d’une famille paysanne de génération en génération. Leur histoire nous est apportée par Marie, la fille, un personnage touchant dans ses failles qui, semble t-il, sont dues à cette histoire familiale. Elle est celle qui reste, qui ne s’est mariée, n’a pas eu d’enfant, n’a même pas eu de vie à elle, prise dans l’ombre de la Mère.

Mais l’histoire narrée va au au-delà de l’histoire individuelle. Marie-Hélène Lafon décrit une individualité aux prises avec le collectif. Adieu traditions et gestes perpétrés depuis des siècles, adieu la connaissance de la terre, du terrain, adieu les dictons, place au changement, aux légumes récoltés toute l’année ou achetés au supermarché, au tourisme vert et aux gîtes pour accueillir des vacanciers.

Cette histoire, c’est aussi une description de la douleur.Douleur de l’immobilisme. Douleur du souvenir, des choses anciennes, du passé. Douleur d’une famille gardienne de secrets qui épie une famille plus moderne.

Marie-Hélène Lafon trouve les mots justes, sa prose est simple, épurée, elle décrit l’humain et son quotidien, ordinaire en apparence, peuplé par des êtres qui ne sont plus. Dans son ensemble, la lecture de cet ouvrage est agréable et rappelle à quel point le poids des traditions peut être ancré dans certaines familles et à quel point il est difficile d’accepter la fin d’un monde…

Cadres noirs – Pierre Lemaître

Editions Calmann-Lévy – 02/2010- 352 pages

Résumé de l’histoire

Alain Delambre était cadre mais à 57 ans, il a 4 ans de chômage derrière lui, 4 ans qui l’ont épuisé. Il accepte des petits jobs dont il ne dit rien à sa femme, Nicole, avec qui il mène une vie harmonieuse, ou ses filles. L’aînée, Mathilde, sait toujours dire et faire ce qu’il faut, la cadette, Lucie, est devenue avocate.

Alain veut continuer à y croire. Le miracle semble arriver un jour: un employeur accepte d’examiner sa candidature pour un poste dans les ressources humaines. Pour obtenir le poste, il devra participer à une prise d’otages simulée et être meilleur que les autres candidats dans le rôle qu’on lui assignera.

Il devient alors prêt à tout pour être embauché: se renseigner sur le déroulement d’une vraie prise d’otage, enquêter sur les protagonistes de l’entreprise, demander de l’argent à sa fille aînée…Et lorsque les choses dérapent, on se demande bien ce qu’il va inventer pour s’en tirer…

Mon avis de lecture

Pierre Lemaître mène la danse d’une main de fer: de rebondissements en rebondissements, le personnage d’Alain prend de l’étoffe et on suit son parcours avec fébrilité, avec la hâte de savoir quelle sera la suite.

Le milieu du travail est finement décrit: c’est un monde impitoyable avec une lutte des pouvoirs, des rapports de force, une course à la compétition d’où est écartée naturellement tout chômeur. Dans cet univers, il ne fait pas bon ne pas être dans la norme.

Pierre Lemaître nous offre donc ici une lecture efficace et un thriller avec une trame sociale réussie. Un style alerte, un personnage principal intelligent qui se retrouve face à de dangereux requins, du suspense, des situations tendues à l’extrême: tels sont les ingrédients qui font dire que ce roman est très bon.

Je le recommande de toute urgence.

Arcadie – Emmanuelle Bayamack-Tam

Editions P.O.L – Août 2018 – 448 pages

Résumé de l’histoire

Farah arrive avec ses parents à Liberty House à l’âge de six ans. Liberty House, une communauté dirigée par le charismatique Arcady qui accueille des inadaptés au monde moderne: ici, point de nouvelles technologies, de téléphones portables, de réseaux sociaux, de mondialisation. La « zone blanche » est parfaite pour vivre en autarcie, cultiver ses légumes, ne pas manger de viande, pratiquer l’amour libre pour tous, même les vieux et les disgraciés.

A l’adolescence, Farah tombe amoureuse d’Arcady. Elle est en quête d’amour, elle que ses parents ont laissé à la communauté. Elle découvre que son corps ne se transforme pas comme attendu: elle ressemble davantage à Sylvester Stallone qu’à une fille. Toute à la découverte de son corps, du sentiment et des émois amoureux, elle est aussi curieuse du monde extérieur.

Au milieu de cette vie champêtre, cachée aux personnes extérieures à la communauté, l’irruption d’un migrant va bouleverser son univers et remettre en cause ses principes…Comment parviendra-t-elle à y faire face?

Mon avis de lecture

Ce roman traite de nombreux sujets qui préoccupent la société actuelle: le véganisme, le spécisme, le réchauffement climatique, le genre avec Farah en figure de proue.

Sous bien des formes, il apparaît être un roman d’apprentissage, d’autant que la narratrice est jeune au début du roman: apprendre à vivre dans une communauté aussi déjantée en ayant ensuite une vie normale relève de la gageure.

L’auteur n’a pas son pareil pour décrire des personnages cabossés et aussi terriblement drôles. Arcady, même Arcady, n’échappe pas à l’oeil impitoyable de Farah, gamine extraordinaire qui ne fait pas que critiquer mais qui explique le fonctionnement de sa communauté avec le plus de détachement possible.

Arcadie, c’est un mélange déroutant de poésie teintée d’un réalisme féroce, d’un humour mordant. C’est un roman qui donne une voix au chapitre aux délaissés, aux disgracieux, aux inadaptés. C’est un roman aussi qui explique à quel point s’insérer dans la société moderne est difficile quand on n’en possède pas les codes.

S’il est parfois déroutant, notamment lors de la description de scènes sexuelles, le roman n’en demeure pas moins une jolie ode libertaire, le récit initiatique d’une adolescente intelligente, la question du bonheur s’y révélant centrale.

Je conseille la lecture de ce roman aux amateurs de personnages décalés, vivant des situations hors normes. N’ayez pas peur des entre-deux du type: Farah est-elle une femme ou un homme? Ou les deux? Arcady est-il un gourou ou un visionnaire? Attendez-vous à être dérangé, souvent, par certains sujets et certaines scènes mais préparez-vous aussi à découvrir moults passages poétiques.

Métropolice – Didier Daeninckx

Editions Gallimard- 1999-230 pages

Résumé de l’histoire

Un homme tient une valise à la main, prêt à commettre un acte terroriste. Un homme le pousse sous le métro sans qu’il ait eu le temps d’agir.

L’enquête est confiée à la Brigade de sécurité du Métro, dirigée par une femme, qui se retrouve chargée de retrouver un tueur en série qui pousse ses victimes depuis le quai. L’opération « Métropolice » qui réunit toutes les forces de police est lancée…

Mon avis de lecture

J’ai passé un agréable moment de lecture, « sans plus », dirais-je. Ce roman est un des premiers de l’auteur, il a été écrit en 1985 et il est d’une qualité littéraire et narrative moindre que « Meurtres pour mémoire » par exemple.

Je salue néanmoins le fait de m’avoir propulsée dans les années 1980 et ses bas-fonds souterrains avec un tel réalisme que j’aurais pu être témoin de l’histoire. Didier Daeninckx ne se contente pas de décrire une société fascinée par la technologie sous-terraine, cette impressionnante machine qu’est le métropolitain. Il fait également une critique virulente d’une partie de la police, décrivant des hommes peu réfléchis, prompts à la querelle, voire la violence, nous plongeant dans la réalité crue sociale et politique de l’époque.

La fin du roman, trop hâtive, me laisse une impression mitigée. Je ne recommande pas ce roman si vous n’avez pas lu d’autres livres de Daeninckx mais si vous êtes nostalgique du contexte social des années 1980, foncez!

L’odeur de la colle en pot – Adèle Bréau

Editions Le Livre de Poche – 10/06/2020 – 288 pages

Résumé de l’histoire

Imaginez: vous êtes en 1990, vous avez 13 ans, vous arrivez dans une nouvelle ville, Paris pour être précise, à cause du travail de votre père qui n’est finalement jamais là, ce qui fait vous vous retrouvez souvent avec votre mère et votre petite soeur, Charlotte.

Fermez les yeux, vous êtes à la place de Caroline Berteuil, en 4ème B, qui va vivre en un an bien des bouleversements: nouveau collège, nouvelle meilleure amie, tourments d’adolescente entre complexes sur son poids, ses règles qui ne viennent pas, son soutien-gorge qui ne vient pas, son coup de coeur pour un garçon et ses hésitations. Un an où tout se disloque: son père jamais là, sa mère qui pleure…

Découvrez des années après une petite madeleine, un pot de colle et son odeur d’amande, la colle Cleopatra…Et plongez de nouveau dans les années 1990…

Mon avis de lecture

Un joli roman qui ne peut que rendre nostalgique les adolescents de cette décennie 1990-2000, dont je fus, quelques années plus tard que Caroline. Moi aussi, j’ai eu une copine chez qui j’allais après l’école (hommage à toi qui a un prénom courant des années 1980). On passait aussi du temps à écouter de la musique dans nos chambres en parlant du collège, des garçons, on écoutait la radio aussi. Bien des adolescent(e)s ont fait ainsi, avant l’arrivée d’Internet.

J’ai eu le plaisir de retrouver moults références connues: le chocolat Galak, les marques Waikiki, Benetton, Clarks (que je connaissais sans les porter), les joggings que tu ne mets qu’en cours de sport, les émissions comme le Juste Prix, Une famille en or, Ciel mon mardi, les soirées devant les variétés, les chansons, les groupes cités (même si je n’écoutais pas en boucle, petit décalage d’âge oblige). Le cinéma, c’était en francs, avec les friandises et glaces vendues dans la salle (même si l’UGC m’était inconnu). Et surtout la publicité « Omo micro »…

Adèle Bréau choisit ce cadre pour expliquer le délitement d’un couple vu par une adolescente qui elle-même découvre la vie à l’extérieur, sans parents. Cela donne le premier baiser avec un garçon, les premiers émois, la première sortie au cinéma, en classe de neige avec le collège. C’est une histoire joliment écrite, pas toujours joyeuse, mais qui montre que l’adolescence est un passage pas facile entre enfance et âge adulte, entre insouciance et responsabilités.

A lire…parce que l’odeur de la colle, ça rend addict, c’est bien connu!

Les évasions particulières – Véronique Olmi

Editions Albin Michel- 19/08/2020 – 512 pages

Résumé de l’histoire

Sabine, Hélène et Mariette sont trois soeurs nées dans les années 1960 dans une famille modeste à Aix-en-Provence. Hélène partage sa vie entre ses soeurs et ses parents dans un appartement modeste et un oncle et une tante à Neuilly sur Seine où sa vie est bien différente, plus aisée.

En grandissant, les soeurs sont plus complices et traversent divers événements de l’après Mai 68 à l’élection présidentielle de Mitterrand en 1981.

Émancipation des femmes, engagement politique, militantisme seront des thèmes abordés dans ce roman tout comme l’éloignement de la sphère familiale, le passage à l’âge adulte, la vie pour soi.

Mon avis de lecture

J’avais beaucoup beaucoup aimé Bakhita et espère depuis retrouver un plaisir égal à la lecture d’un livre de Véronique Olmi.

Ce n’est pas le cas ici mais j’ai aimé lire cette histoire narrée par une femme et peuplée de femmes réfléchissant à leur émancipation. Cela commence par la mère qui décide de travailler, cela se poursuit par la fille aînée qui souhaite aller à tout prix être actrice et « monte » à Paris, cela continue avec la fille cadette qui s’engage pour la cause animale, se révélant attirée par une fille, cela se termine par la benjamine, la « souris », discrète, qui se découvre une passion pour la musique et aime un garçon plus âgée qu’elle.

J’ai bien aimé l’entente entre les soeurs et l’évolution de leurs relations: Hélène, d’abord considérée comme la fille « Tavel », celle de l’oncle, se rapproche de Sabine puis Mariette, qui a onze ans de moins que Sabine, finit elle aussi par se faire une place à elle au sein du duo, elle est le trait d’union entre les parents et les soeurs parties vivre à Paris.

Véronique Olmi nous fait nous interroger sur le poids de l’éducation reçue mais aussi sur les influences que l’on a à l’âge adulte. La description des années 1970-1980 est fine et retranscrit des événements marquants comme l’élection de Valéry Giscard D’Estaing, l’élection de Mitterrand, le manifeste des 343, la lutte du Larzac, les procès féministes avec Gisèle Halimi et Simone de Beauvoir. Dans la sphère privée, cela se traduit par une émancipation de la femme, qui cesse d’être au foyer, qui s’intéresse au féminisme, par l’émancipation des enfants envers leurs parents, par une autorité paternelle contestée, par une vision du couple qui s’affranchit aussi: les parents ne sont plus les mêmes à la fin du roman, ils sont moins ancrés dans leurs certitudes, ils sont différents l’un envers l’autre.

Le personnage de Sabine est celui qui m’a le plus touchée. En tant qu’ainée, c’est elle qui quitte le nid familial la première. C’est elle qui se débrouille seule, avec moins de facilités, financières notamment, que sa cadette. C’est elle qui s’engage, sans trop savoir: dans la lutte du Larzac, dans son amour pour Mathieu qui prône l’amour libre, dans une forme d’art qu’elle pense libérée de toute contrainte et qui la conduira finalement à tourner des scènes qui ne lui plairont pas.

Les retours des soeurs à la maison sont chaque fois un point de basculement entre un monde qui leur semble lointain, celui de leur enfance, et un monde qu’elles veulent plein d’espoir mais qu’elles ne savent pas tout à fait affronter. Chaque héroïne est, à sa manière, une femme de son temps, cherchant sa voie, dans le sillon de ces semblables, et aussi en opposition avec celles-ci.

Je conseille la lecture de ce roman aux personnes qui aiment les histoires dans lequel destins intimes et sphère privée sont mêlés aux grands bouleversements historiques et sociétaux.

Fille – Camille Laurens

Editions Gallimard- 20/08/2020 – 226 pages

Résumé de l’histoire

Laurence Barraqué naît fille. Ses parents, son père est médecin, sa mère femme au foyer, voulaient un garçon. Nous sommes en 1959, dans le milieu de la petite bourgeoisie de Rouen, ils ont déjà une fille et voilà « encore une fille ».

Laurence comprend très vite que la position d’une fille est inférieure à celle d’un garçon. Son père en a deux et elle est celle qui « aurait dû être le garçon » pour avoir « le choix du roi ».

Qu’est-ce qu’être fille? Naître fille? Transmettre des valeurs féminines? Telles sont les questions posées dans ce roman qui explore la polysémie du mot.

Mon avis de lecture

« Fille » est un roman intéressant sur l’évolution de la fille/ femme au sein de la société française des années 1960 à nos jours.

Il s’ouvre avec la naissance et déjà on constate qu’il s’agit d’une affaire de femmes: la sage-femme, la mère, le père est là mais c’est rare qu’un homme assiste à un accouchement, il est médecin, voilà ce que souligne Laurence.

Le prénom, cela semble être une affaire d’homme puisque c’est le père qui va à la mairie pour déclarer la naissance. Il est perdu, il ne sait, il hésite avec Marilyn et finalement, c’est Laurence. Eau-rance, dira la grand-mère. Bienvenue chez les Barraqué.

Naître fille, c’est fait. Etre fille lui succède. Le regard masculin n’est pas tendre, à commencer par celui du père. Un père qui ne prône pas les idées féministes, qui ira même jusqu’à inventer que la gynécologue, une femme donc, qui doit accoucher sa fille est alcoolique. Qui couvrira le jeune gynécologue qu’il a choisi alors même que celui-ci n’a pas réalisé l’accouchement correctement et que son petit-fils, fils de sa fille, est mort.

Le regard masculin est dangereux aussi. Et là, en 2020, on ne peut s’empêcher d’être révolté par cet oncle tripoteur et par les non-réactions des figures féminines familiales. Sujet sensible qui restera un tabou jusqu’à ce que la narratrice éprouve le besoin d’en parler publiquement des années plus tard.

Etre fille, faire naître une fille, élever une fille, être entourée de femmes passives et d’hommes autoritaires et dirigistes n’est pas chose aisée pour la narratrice. Le roman met en avant toute la difficulté posée par ces questions, dans un monde où les choses connaissent peu d’évolution.

Je ne saurais dire si j’aime ou non cet ouvrage. J’avais déjà lu d’autres écrits de l’auteure. Elle utilise parfois la troisième personne qui met à distance la narratrice d’événements probablement trop douloureux pour elle et on perd un peu, dans ces passages-là, le fil de l’histoire. Et puis, une anecdote revient et de nouveau, on suit Laurence en tant que fille, femme de, mère d’un enfant mort, mère d’une fille qui se voudrait garçon. Et on arrive peu à peu à se la représenter, elle, en tant que femme qui raconte son histoire de fille, de l’éveil à la sexualité à l’accouchement en passant par l’inceste, les premiers amours, l’avortement pour en arriver à la douleur de la perte d’un enfant et aux conséquences du deuil.

Un roman bien écrit, à lire pour son sujet et la plume de l’auteure.

Dans la foule – Laurent Mauvignier

Editions de Minuit /Poche – 2006/2009- 372 pages

Résumé de l’histoire

29 mai 1985. Stade du Heysel à Bruxelles. Le match du siècle va avoir lieu pour la finale de Coupe d’Europe des clubs champions européens, entre la Juventus de Turin et les Reds de Liverpool. Plusieurs supporters seront présents: Jeff et Tonino, deux amis français, Geoff, ses deux frères et leurs amis, venus de Grande Bretagne ainsi que Francesco et Tana, jeunes Italiens fraîchement mariés et aussi Gabriel et Virginie, les Bruxellois.

Tous vont vivre un drame: avant le début du match, des hooligans vont envahir les tribunes italiennes: beaucoup de blessés et 39 morts seront les conséquences de bousculades, coups, affolements et piétinements face à une sécurité qui ne comprend pas ce qui joue là. Le match aura quand même lieu « pour calmer les esprits. »

Comment donc peut-on s’en sortir après une telle tragédie?

Mon avis de lecture

Je ne connaissais pas la plume de Laurent Mauvignier: Dans la foule est mon premier roman pour partir à la découverte de cet auteur. Écrit en 2006, j’étais curieuse de voir s’il avait « vieilli ». Je précise également que je ne suis pas du tout du tout fan de football et pas adepte des matchs, même à la télévision alors vous ne me verrez sûrement pas dans un stade. Mais j’étais intéressée par le fait de voir comment on pouvait aborder le drame du Heysel, ce qu’on pouvait en écrire.

Dès les premières pages du roman, Laurent Mauvignier sait comment faire monter la tension: Tonino et Jeff ont beau être présentés comme deux mecs paumés, débarquant à Bruxelles sans billet ni point de chute, on sait qu’ils iront au match et qu’il se passera quelque chose. On éprouve même de l’empathie pour Geof, cet Anglais qui n’aime pas vraiment le football, qui n’aime pas vraiment aller au match mais qui va suivre quand même ses frères.

La première question que l’on se pose, c’est : « Qui va être touché par le drame? », l’auteur laissant place égale à chaque personnage. Même si on éprouve d’emblée peu de sympathie pour les frères de Geoff qui ne semblent pas beaucoup se soucier de lui ou pour Tonino et Jeff qui volent les billets de Gabriel et Virginie.

Laurent Mauvignier met en avant ses personnages avant, pendant et après le drame à travers une écriture très détaillée: tout se déroule comme si nous y étions. Les personnages se racontent, racontent les moments avant le match, à petites touches, ils expliquent pourquoi ce match est important pour eux. Ainsi résonnent les voix de Geoff, Jeff, Gabriel et Tana: la force du roman polyphonique tient dans le fait que chacun exprime l’événement tel qu’il l’a vécu, ressenti. Les monologues intérieurs font émerger des réflexions profondes, exacerbant la portée du drame. L’écriture est rapide, sans pause, elle ne laisse pas l’inertie s’installer, nous sommes vraiment au coeur de l’action. Et puis l’on fait face soudain à l’ampleur de la tragédie collective et on se retrouve plongé dans le destin de chaque protagoniste. On retient son souffle -car on sait qu’il manque un personnage-et on saisit ce qu’est un drame humain trois ans après.

Je n’ai pas été captivée à 100% par le sujet mais j’ai apprécié la richesse des monologues intérieurs qui en disaient long sur ce qui souvent se tait: les reproches,les jalousies, les peurs…J’ai aimé également la plongée dans les pensées intimes des personnages, submergés par le drame du Heysel tel qu’ils l’ont vécu. Je signale toutefois un bémol: le roman aurait pu être plus court, parfois le rythme comporte quelques redites. Il n’empêche que c’est un roman de qualité et que j’ai envie de lire d’autres romans du même auteur. Mission remplie, donc, M’sieur Mauvignier!

Le contraire de un – Erri Di Luca

Editions Gallimard -Traduit de l’italien par Danièle Valin -2005 -192 pages

Présentation de l’éditeur

«Deux n’est pas le double
mais le contraire de un,
de sa solitude.
Deux est alliance, fil double
qui n’est pas cassé.»

Dans Le contraire de un, recueil de nouvelles mêlé au vacarme, au bruit du XXe siècle, Erri De Luca décrit un monde où la solitude, propre de l’homme, est ponctuée de moments précieux et forts d’alliance et de solidarité.

Mon avis de lecture

Erri De Luca, auteur italien plutôt prolifique, propose dans ces 19 nouvelles une vision du monde centrée vers l’autre, les autres. Ainsi, dans une manifestation, un des personnages observe un autre manifestant et sa façon de se comporter au sein du groupe. L’alpinisme, la solitude sont également d’autres thèmes récurrents. Il est question d’engagement aussi : s’engager pour une cause dans une manifestation parce qu’on n’a pas d’autre choix, s’engager à franchir une partie de la montagne pour oublier sa solitude et ses problèmes.

Erri De Luca nous présente des pans de sa vie et nous décrit la solitude humaine, entrecoupée de moments à plusieurs, de solidarité. Son écriture va droit au but, un peu sèche, un peu aride et est brillante de non-dits: des blancs et silences jaillissent des pensées.

A travers ces écrits, on en vient à voir le quotidien autrement: un monde qui devient poétique, un langage sublimé, une réalité décrite telle qu’elle est.

Un très beau recueil de nouvelles et une belle traduction probablement.

Le facteur fatal – Didier Daeninckx

Editions Gallimard – 1999 – 201 pages

Résumé de l’histoire

L’inspecteur Cadin est un personnage qui apparaît souvent dans les romans de Didier Daeninckx. 7 nouvelles sont écrites ici pour retranscrire sa biographie: de Strasbourg en 1977 à Aubervilliers en 1989, nous en apprenons davantage sur cet homme attaché aux faits divers.

Mon avis de lecture

Ce roman court à l’écriture fluide plaira aux amateurs de Didier Daeninckx et de l’inspecteur Cadin. Cela m’a beaucoup plu de me replonger dans les années 1980 avec ces objets disparus de nos jours: c’était encore le temps du Minitel, des R4, des P.V qu’on ne recevait pas chez soi…

Cadin ne se sent pas réellement à sa place, il est aussi mal avec ses collègues qu’avec les voyous, coupables et victimes. Personnage amer, passé de commissariat en commissariat (Strasbourg, Toulouse…), il devient même détective privé. On assiste au fil des nouvelles à une dégradation de son état: confronté à des affaires d’agression sexuelle,de viol, de meurtre, de délit de fuite et même de corruption, la bouteille devient pour lui une amie fidèle. La nouvelle « Souvenir à la fenêtre » nous fait découvrir sa famille et nous emplit d’empathie pour lui.

Le recueil de nouvelles est agréable à lire, Didier Daeninckx utilisant des mots simples et percutants. Ce roman est le dernier où l’on voit apparaître l’inspecteur Cadin: Daeninckx s’en tire avec brio pour le faire disparaître de ses écrits. Cadin n’est pas forcément un personnage positif mais il restera dans l’esprit des lecteurs.

Miarka – Antoine De Meaux

Editions Phébus – 01/10/2020 – 256 pages

Résumé de l’histoire

Denise Jacob naît en 1924 dans une famille de confession juive et passe sa jeunesse entourée de son père, André, architecte, de sa mère, Yvonne, de ses deux soeurs, Milou et Simone -qui deviendra Simone Veil- et de son frère Jean. La joyeuse tribu vit à Nice au début de la Seconde Guerre Mondiale.

Face à la montée de l’antisémitisme et les persécutions nazies, chaque membre de la famille se cache grâce à la complicité et la bienveillance d’amis.

Denise, ayant envie d’agir, s’engage à 19 ans dans la Résistance, dans le Mouvement Franc-Tireur. « Miarka » comme elle se fait appeler, devient agent de liaison à Lyon, elle se déplace souvent à bicyclette pour recueillir les demandes de faux-papiers, diffuser des informations, assurer un contact entre les membres du mouvement. Le 18 juin 1944, elle est arrêtée en possession de matériel radio pour le maquis.

Soumise au supplice de la baignoire, elle ne parle pas et se retrouve très vite dans un train à destination du camp de Ravensbrück puis passe aussi par celui de Mathausen.

Elle survivra à l’horreur et racontera plus tard son histoire à l’auteur du roman. Parmi les questions qu’elle s’est longtemps posée, celle-ci demeure: comment parler de son expérience aux autres, à sa soeur par exemple, quand chaque expérience, faite de souffrance, est unique?

Mon avis de lecture

« Miarka » est le témoignage d’une survivante de la Shoah, d’une résistante qui a réussi à cacher ses origines juives. Mais « Miarka » est avant tout le récit d’un jeune homme, l’auteur, allant à la rencontre d’une vieille dame pour retracer cette période tragique de sa vie dans l’objectif d’en faire un récit.

La force de ce roman tient dans le fait qu’Antoine de Meaux ne s’appuie pas que sur les dires de Denise, il retranscrit également des notes du carnet du père, André Jacob, des écrits de Denise issus d’autres ouvrages et aussi des poèmes de celle-ci écrits pendant la guerre ou juste après.

La première partie de l’ouvrage relate la vie de la famille Jacob: le lecteur peut ainsi mesurer les liens affectifs unissant cette famille et les valeurs véhiculées parmi les jeunes gens et leurs amis. Les trois soeurs, Milou, Denise et Simone ont du caractère. Denise _ puisque c’est d’elle qu’il est question_ fait preuve de détermination et d’un courage impressionnant malgré son jeune âge.

Elle montrera par son attitude face à la violence et la barbarie sa combativité et aussi ses valeurs humanistes, son souci des autres. Antoine de Meaux salue ainsi une Miarka pleine de courage, confrontée à l’horreur, avec la volonté de s’en sortir. Il sublime également des valeurs positives comme la solidarité dans un univers pourtant dénué d’humanité. Il décrit le système concentrationnaire tel que le lui explique son interlocutrice et en cela, il est un passeur de mémoires on ne peut plus convaincant.

La période d’après-guerre relatée dans le roman est intéressante: elle montre les difficultés qu’un déporté peut rencontrer à son retour. Il est impossible pour Denise de parler, de raconter facilement: les gens ne veulent pas savoir. Ensuite, quelques années plus tard, ils veulent connaître les conditions des déportés mais Denise regrette qu’ils ne posent davantage de questions sur la Résistance, sur le sens de l’engagement.

Antoine de Meaux évoque l’expérience de ses soeurs et les différentes réactions: Simone éprouve le besoin de retourner à Auschwitz, Denise est tout à fait incapable de parler de ce qu’elle a vécu à ses soeurs. De ces différences naît la réflexion que chacun reste marqué par son expérience unique qui, si elle semble commune, ne l’est pas en ce qui concerne les ressentis.

Le livre s’achève par le sens à donner aux témoignages, au devoir de mémoire.

J’ai apprécié la lecture de cette biographie,très complète, qui met en lumière l’expérience vécue par Denise pendant la Seconde Guerre Mondiale, ancrée dans l’histoire familiale et qui aborde la question du retour à la vie des déportés survivants.

Merci aux éditions Phébus et à NetGalley pour la découverte.

Le malentendu- Irène Némirovsky

Editions Denoël – 30/04/2010 – 176 pages

Résumé de l’histoire

Yves Harteloup est un homme d’une vingtaine d’années issue d’une famille bourgeoise. Il a perdu sa mère, jeune, et son père,amateur de femmes, quelques années avant la guerre. Il a ensuite voyagé en Europe puis a participé au conflit mondial duquel il s’en est tiré blessé, ayant côtoyé la mort.

En 1924, il revoit un de ses voisins de lit d’hôpital lors de vacances sur la Côte Basque. Suite à la dilapidation de l’héritage paternel, il a dû se résoudre à prendre un emploi de bureau quelconque et il constate que l’homme qu’il croise est en revanche aisé, semblable à ceux de son milieu d’autrefois.

Et très occupé par ses voyages. Et souvent en déplacement. Il est accompagné d’une petite fille, France, et de son épouse, Denise. Yves ne songe pas immédiatement à la prendre pour maîtresse mais ils finiront par s’éprendre l’un de l’autre. Jusqu’à se revoir après les vacances, de retour à Paris.

Yves a conservé l’appartement parisien opulent mais il a du mal à vivre son déclassement. D’autant que Denise ne se rend pas compte de ses difficultés et souhaiterait simplement qu’il l’aime comme elle semble l’aimer, d’un amour total, fort. Cet amour, finalement, n’est-il seulement amené à ne plus être?

Mon avis de lecture

Irène Nemirovsky n’a pas son pareil pour évoquer les conséquences du déclassement des classes sociales. Entre une Denise qui rêve d’être bercée d’amour et Yves qui semble ne voir que son manque d’argent, l’incommunicabilité s’installe.

Ce n’est pas l’adultère qui est décrié dans ce roman, l’adultère semble monnaie courante dans les milieux bourgeois. Ce qui est décrit en revanche, ce sont les nombreux états d’âme des personnages: amour, désir, doute, jalousie, déception et frustrations.

Irène Nemirovsky écrit et décrit bien. Elle connaît bien le milieu bourgeois, elle nous en raconte les subtilités avec beaucoup de discernement. Le malentendu est un roman de qualité qui n’a semble t-il pas beaucoup vieilli (il est paru en 1926) tant le thème abordé paraît actuel. Irène Némirovsky sait rendre ses personnages attachants, elle parvient même à nous faire nous interroger sur leur quête de bonheur, un bonheur qu’ils croient reconnaître ensuite: « C’était le bonheur! ».

Pour conclure, je dirais que ce roman est une réussite qu’il faut lire pour en apprécier la qualité littéraire et les descriptions de la société de l’entre-deux-guerres.

N’oublie pas de vivre – Ann Napolitano

Editions Presses de la Cité – Traduit de l’américaine par Isabelle Maillet – 01/10/2020 – 368 pages

Résumé de l’histoire

A l’été 2013, la famille Adler s’embarque vers une nouvelle vie à Los Angeles depuis New-York. Jordan, 15 ans et Eddie, 12 ans, voyagent à côté de leur père tandis que leur mère est en classe affaires pour travailler. 183 autres passagers les accompagnent sur ce vol. Linda découvre qu’elle est enceinte et ne sait comment prendre la nouvelle, Florida croit en la réincarnation, une hôtesse de l’air fait l’amour avec un passager dans les toilettes…Ces vies vont être brisées par le crash du vol 2977 qui fera 191 victimes.

Edward est le seul survivant. Il vivra désormais chez son oncle et sa tante qui n’ont jamais eu d’enfants. L’Amérique entière est émue par son histoire. Lui doit apprendre à vivre sans ses parents, sans son frère, oscillant entre culpabilité d’être vivant, désespoir, chagrin et incompréhension. Sa voisine, Shay, lui apportera une aide précieuse. Ils trouveront des ressources pour qu’Edward « n’oublie de vivre »…

Mon avis de lecture

Cette histoire est inspirée d’un réel fait divers: un petit garçon de 9 ans qui a survécu au crash d’un avion en 2010.

Ici, nous apprenons très rapidement qu’un accident a lieu, que le roman ne sera pas centré sur la vie de la famille Adler à Los Angeles mais plutôt sur la reconstruction d’un seul membre, Eddie.

Ann Napolitano mène la narration de façon originale, alternant les périodes de la vie d’Edward après le crash et le temps passé dans l’avion avec un focus sur la vie de certains passagers.

Elle brosse un portrait touchant du jeune rescapé, avec beaucoup d’émotion et de sentiments. Le lecteur peut ainsi avoir une réelle empathie pour ce jeune adolescent qui se retrouve seul, qui fait face à la situation comme il peut.

La découverte des lettres envoyées par les proches des victimes est véritablement l’acmé de l’histoire. Grâce à l’écriture et la lecture de ces lettres, Edward va prendre conscience de ce qui l’entoure et de la souffrance des vivants aussi. Vont vivre et revivre devant ses yeux les victimes décrites par les proches: cette femme rousse, médecin, qui alla voir un passager, mort en cours de vol, cet homme qui tomba amoureux d’une hôtesse, cet homme qui ignorait que sa compagne était enceinte parce qu’elle l’apprit pendant le crash,ce père qui lui demanda d’écrire quelques mots à ses enfants sur leur mère, victime…Et aussi la lettre de la petite amie de son frère dont il ignorait l’existence et qu’il ira voir ensuite. Autant de traces de vie palpables qui ne le laisseront pas indifférent, sa voisine non plus. Ils répondront alors aux lettres, signifiant un geste d’humanité porteur d’espoir pour l’après.

N’oublie pas de vivre est un roman agréable à lire qui raconte le deuil et la reconstruction de soi. Il véhicule des émotions positives malgré une situation initiale au plus bas et également une histoire d’amitié forte: souhaitons que chaque « miraculé » d’un crash puisse en sortir aussi grandi que le héros de ce roman.

Merci aux éditions Presses de la Cité et à NetGalley pour la découverte!

La mer et au-delà – Yann Queféllec

Editions Calmann-Lévy-21/10/2020-216 pages

Présentation de l’éditeur

Elle était qui pour moi ? Ni mon amante ni mon amie, plutôt ma soeur d’affinités.
Les mêmes démons nous tourmentaient : la famille, la société, la mer, une envie folle de partir loin, elle sur ces voiliers que j’aime tant, mon premier job, et moi de par les mots sans limites qu’elle chérissait comme des voiliers.

Qui a tué Florence Arthaud le 9 mars 2015 ? Ses démons ? L’alcool ? La misogynie des puissants ? Le hasard d’un accident aérien dans le ciel d’Argentine ? Saura-t-on jamais les secrets de cette Antigone indomptée qui partait en mer défier la chance et les hommes.

Mon avis de lecture

J’ai tenu à lire ce récit car j’étais curieuse de savoir quels mots emploierait l’auteur du si effroyable et bel ouvrage Les noces barbares. (Digression totale: lisez-le, je l’ai lu, adolescente, puis lu encore plus tard. Oui, j’ai beaucoup lu, adolescente mais la littérature est un vaste champ de possibles j’ai encore tant à découvrir).

Yann Queféllec a beaucoup « écrit sur »: sur sa famille, sur sa région, la Bretagne, sur la mer, sur des navigateurs connus comme Eric Tabarly. Ici, il rend hommage à Florence Arthaud, son amie qui a perdu la vie dans un accident d’hélicoptère en Argentine. Une navigatrice qui a remporté la route du Rhum en 1990. La sortie d’un livre-hommage en 2020 coïncide avec les 30 ans de sa victoire.

A l’aide de mots simples, l’écrivain a la volonté de présenter Florence telle qu’il la connaissait en mettant en avant les souvenirs qu’il a d’elle. Il a écrit selon ce qu’il savait d’elle, de son entourage familial.

Familier du vocabulaire maritime, il se la représente souvent en mouvement, souvent en action, rebelle partant à la découverte de nouvelles explorations. Sous sa plume, Florence, Flo,n’est pas qu’une femme aimant la mer, c’est avant tout une conquérante, une passionnée. La mer, pour elle, c’est son salut. Son espace de défis. Qui l’attire autant qu’elle lui fait peur.

Surnommée « La Petite fiancée de l’Atlantique », Florence Arthaud brille en mer à une époque où les femmes marins et navigatrices sont peu représentées, peu récompensées. Yann Queféllec l’emporte avec lui dans un univers d’hommes, ces hommes qu’elle côtoie tant et tant pour tout apprendre, y compris sur le sexisme et le machisme.

Par ailleurs, Florence Arthaud a grandi dans un milieu riche de culture, aimant les belles lettres, son père est éditeur, la maison Arthaud est connue. Alors naturellement, elle a écrit. Elle partage cette passion avec Yann et lui suggère souvent d’écrire avec elle, ce qu’il décline toujours.

Dans ce roman, c’est pourtant leurs voix communes qui résonnent jusqu’à nous. Leur passion pour la mer, leurs envies d’explorations, d’aller ailleurs, leur amour des mots. Yann Queféllec salue ainsi son amie, nous la présentant sans fioritures, dans tous ses excès, comme une femme remplie de ses passions.

La mer et au-delà est un roman plein d’amitié que je conseille bien évidemment aux amoureux de la mer, aux personnes qui admirent les navigateurs et navigatrices, qui vibrent devant les courses maritimes mais aussi et tout simplement à ceux et celles qui, comme moi, sont curieux de découvrir Florence Arthaud sous la plume de Yann Queféllec.

Merci aux éditions Calmann-Lévy et à NetGalley pour la découverte.

Le chagrin des vivants – Anna Hope

Editions Gallimard (Folio) ‐ 17/08/2017- 432 pages

Résumé de l’histoire

En Novembre 1920, l’Angleterre attend l’arrivée du Soldat inconnu, rapatrié de France. Durant cinq jours, des hommes et des femmes vont vivre l’attente à leur manière, dans cette société d’après-guerre encore marquée par la Première Guerre Mondiale. Hettie est danseuse au Hammersmith Palais: elle accompagne les soldats pour six pence la danse tout en rêvant de ne plus donner la moitié de son salaire à sa mère pour s’acheter une nouvelle robe et en enviant sa copine Di qui a conquis le coeur d’un homme aisé. Evelyn, elle, travaille au bureau des armées. Trentenaire, elle a été dévastée par la perte de son fiancé au front. Son frère, Edouard Montfort, capitaine pendant la guerre, semble vivre avec ses démons et commet tous les excès possibles: ivresse, drogue, soirées mondaines en bonne compagnie. Le frère et la sœur se sont éloignés progressivement.

Quant à Ada, c’est de son époux qu’elle s’est éloignée. Son jeune fils, Michael, à peine 18 ans, avait tenu à partir à la guerre. Il n’est jamais revenu. Depuis, elle croit le voir souvent.

La commémoration de l’armistice est plus qu’un symbole, elle symbolise la peine des vivants. Les restes d’un corps anonyme, choisis parmi d’autres que les familles n’ont pas pu voir vont raviver les souvenirs et délier les langues. Les hommes et les femmes parviendront-ils à trouver un équilibre?

Mon avis de lecture

Anna Hope signe un premier roman très réussi sur de nombreux plans. Elle nous présente une trame narrative très documentée: sachez qu’en le lisant, vous en apprendrez beaucoup sur l’engagement des Anglais durant la Première Guerre Mondiale et aussi sur les années d’après-guerre. Vous verrez que les soldats n’étaient pas les seuls à souffrir mais qu’à l’arrière, on vivait l’absence avec angoisse, voire désespoir: là, une mère attend une lettre de son fils tandis que l’épouse attend des nouvelles du mari, là ailleurs, une femme se désespère de ne plus mener le même train de vie, et ici, une autre jeune femme, après-guerre, est contente tout de même de gagner trois sous.

Anna Hope nous plonge dans l’Angleterre d’après-guerre non pour nous raconter la vie dans les tranchées, thème souvent abordé dans la littérature mais plutôt pour évoquer la vie qui continue malgré tout. Certains voudraient vivre à tout prix, d’autres voudraient oublier, d’autres encore font semblant, cherchent leur place…Avec beaucoup de sensibilité et de réalisme, Anna Hope trouve les mots justes qui décrivent la pesanteur des vies marquées par les deuils, les morts.

Les personnages féminins sont décrits minutieusement, on mesure l’impact psychologique du conflit à leur contact. Le roman est rythmé, l’histoire est condensée sur cinq jours, les personnages féminins dominent, leur histoire est narrée de façon à ce que l’on ressente la présence des traces qui restent, qui durent. Le passé n’est pas enfoui et le fil est tenu entre espoir et désespoir.

Un roman que je conseille à tous!

A son image – Jérôme Ferrari

Editions Actes Sud- Août 2018- 224 pages

Présentation par l’éditeur

« Par une soirée d’août, Antonia, flânant sur le port de Calvi après un samedi passé à immortaliser les festivités d’un ma­riage sous l’objectif de son appareil photo, croise un groupe de légionnaires parmi lesquels elle reconnaît Dragan, jadis rencontré pendant la guerre en ex-Yougoslavie. Après des heures d’ardente conversation, la jeune femme, bien qu’épuisée, décide de rejoindre le sud de l’île, où elle réside. Une embardée précipite sa voiture dans un ravin : elle est tuée sur le coup.

L’office funèbre de la défunte sera célébré par un prêtre qui n’est autre que son oncle et parrain, lequel, pour faire rempart à son infinie tristesse, s’est promis de s’en tenir stric­tement aux règles édictées par la liturgie. Mais, dans la four­naise de la petite église, les images déferlent de toutes les mémoires, reconstituant la trajectoire de l’adolescente qui s’est rêvée en photographe, de la jeune fille qui, au milieu des années 1980, s’est jetée dans les bras d’un trop séduisant militant nationaliste avant de se résoudre à travailler pour un quotidien local où le “reportage photographique” ne sem­blait obéir à d’autres fins que celles de perpétuer une collec­tivité insulaire mise à mal par les luttes sanglantes entre clans nationalistes.

C’est lasse de cette vie qu’Antonia, succombant à la tenta­tion de s’inventer une vocation, décide, en 1991, de partir pour l’ex-Yougoslavie, attirée, comme tant d’autres avant elle, dans le champ magnétique de la guerre, cet irreprésentable. »

Mon avis de lecture

Jérôme Ferrari a obtenu le Prix Goncourt en 2012 pour un autre de ces romans, Le sermon sur la chute de Rome, que je n’ai pas lu, je n’avais aucune attente concernant le roman présent.

A son image a pour héroïne Antonia qui ne lâche pas son appareil photo. Le début du roman s’ouvre sur l’annonce de sa mort, la trame narrative est centrée ensuite sur son oraison funèbre. La photographie est le sujet omniprésent du roman : cet art est pour Antonia à l’origine de son émancipation hors de Corse. Tout au long du roman, l’auteur nous en dévoile plus sur cette jeune femme à travers le regard de son parrain, le prêtre qui célèbre l’office religieux. Ses photographies offraient une vision du monde aussi bien heureuse comme les clichés pris lors des mariages que très sombre comme lors des scènes immortalisées dans l’ex-Yougoslavie en guerre.

Nous en apprenons plus sur elle au fil des pages, sur son entourage, ses amis nationalistes corses, son amour pour l’un deux, sa passion pour la photographie qui la pousse toujours plus loin. La force du roman réside dans la réflexion que nous propose l’auteur sur le pouvoir -au sens large-de l’image, sur l’impact que peut avoir toute photographie. Le lecteur pourra également méditer sur la violence – au sens large aussi- d’un monde loin d’être tendre: violence des jeunes gens corses prêts à mourir pour une cause, violence des guerres, violence de la mort sur les scènes de crime captées par l’appareil photo.

Avec finesse, l’auteur nous fait nous interroger sur le sens de la vie, sur le rapport entre la mort et la vie, autour de douze chapitres qui sont autant de sorties de zones d’ombres du personnage d’Antonia.

Je dirais néanmoins que j’ai moyennement apprécié le roman à cause du côté mystique et religieux auquel je n’ai vraiment pas adhéré. Mais cette histoire est tout de même à lire, l’écriture de Jérôme Ferrari est agréable et les réflexions autour de la photographie sont pertinentes.

Bénie soit Sixtine – Maylis Adhémar

Editions Julliard- 20/08/2020-304 pages

Résumé du roman

Sixtine rencontre Pierre-Louis Sue de la Garde lors d’un mariage. Tous deux sont issus de milieux catholiques traditionalistes, leurs familles semblent partager les mêmes valeurs. Quelques mois passent, leur mariage a lieu et Sixtine épouse également la même destinée que les femmes de la famille: celle de bonne épouse abandonnant ses études pour devenir mère de famille nombreuse et organiser de nombreux dîners mondains. Les réunions dans le mouvement des Frères de la Croix, dirigé par le Père André, prônent les règles de conduite à tenir.

Sixtine tombe enceinte très vite et la grossesse est loin d’être un long fleuve tranquille pour elle. Suite à un événement tragique, elle va remettre en cause sa vie, son milieu,déterminée à assurer le bonheur de son fils.

Mon avis de lecture

Ce premier roman est une réussite et j’ai particulièrement apprécié les descriptions du milieu ultra-catholique. Maylis Adhémar parvient à décrire sans tomber dans la caricature, ses propos sont nuancés et Sixtine est, de fait, un personnage attachant.

La première partie du roman est centrée sur la vie au sein de la communauté ultra-catholique intégriste des Frères de la Croix. Endoctrinement, emprise psychologique, mysogynie sont de mise. Le mari de Sixtine appartient à l’extrême-droite et n’hésite pas à mener des actions violentes envers quiconque n’ayant pas les mêmes points de vue que la communauté. Il en paiera d’ailleurs le prix fort. Sixtine, elle, découvre le racisme, le sectarisme, le peu de tolérance d’une belle-famille qui suit des règles semblant venir d’un autre temps. Son malaise s’accentue de jour en jour, sa grossesse étant un véritable chemin de croix.

La seconde partie du roman relate son émancipation, jalonnée d’étapes difficiles pour elle. Les « babas cool » du petit village dans lequel elle atterrit paraissent presque caricaturaux mais dans la même mesure que les ultra-catholiques décrits auparavant. Sixtine ne renie pas sa foi, elle en fait une force, elle découvre d’ailleurs un milieu catholique plus ouvert, plus tolérant, bien loin des milieux de sa famille et belle-famille. Elle parvient même à fréquenter des jeunes athées.

J’ai également apprécié la découverte de l’histoire de la mère de Sixtine, Muriel, à travers les lettres écrites par Erika, la grand-mère maternelle de Sixtine. Daniel, son compagnon et elle avaient choisi d’élever leur fille en toute liberté, prônant des valeurs soixante-huitardes. Muriel, elle, avait choisi une autre vie, plongeant dans le milieu catholique à l’extrême, reniant ses parents. Cette histoire familiale que Sixtine découvrira tardivement invite à s’interroger sur les valeurs que l’on souhaite véhiculer à sa famille, à leur portée dans la société.

L’écriture de Maylis Adhémar est maîtrisée et ses portraits de femmes sont très réussis: Erika l’artiste, Muriel la fille convertie qui a centré sa vie autour de la religion et Sixtine, riche de cet héritage familial qui s’émancipera pour s’ouvrir aux autres.

Je conseille la lecture de ce roman à tous car sa force est de n’imposer aucune direction.

Merci aux éditions Julliard et à NetGalley pour la découverte!

Les mal-aimés- Jean-Christophe Tixier

Editions Albin Michel – 27/02/2019-336 pages

Résumé de l’histoire

1884. Dans un village reculé des Cévennes, des enfants quittent le bagne, cet enfer où ils sont maltraités et où beaucoup sont morts.

1901. Le bagne a fermé depuis 17 ans. Les habitants tentent de survivre sur cette terre aride et rude, peu avenante. Certains travaillaient au bagne et préféreraient oublier.

Lorsque des événements inhabituels se produisent comme la mort d’hommes ou d’animaux, les villageois se mettent à transpirer la peur. Et si les enfants revenaient se venger? Tout revient à la mémoire des paysans…

Mon avis de lecture

Jean-Christophe Tixier nous offre avec ce roman de la noirceur à souhait. Il ne s’agit seulement du bagne où étaient enfermés moults enfants mineurs, maltraités, au nom d’un idéal de justice, d’éducation et de redressement. Il s’agit aussi et surtout de la vie de ces villageois qui, espérant une besogne moins rude, ont profité de cette main d’oeuvre gratuite, à leur disposition grâce à quelques pièces.

Il nous décrit des personnages pour qui on ne peut qu’éprouver peu d’empathie: un père adoptif violent, un oncle incestueux, un curé qui voyait les enfants du bagne atteints d’une irréparable perversion, l’ancienne lingère du bagne devenue une nourrice peu attentive au bien-être des nourrissons…Que dire encore de figures notables telles que l’instituteur qui fait office de pourvoyeur d’enfants pour les paysans, sachant le sort qui leur est réservé ou du médecin envoyé au bagne pour enquêter suite à une dénonciation et qui ne mentionne pas dans son rapport les mauvais traitements, le manque d’hygiène, les décès nombreux des enfants?

Chaque chapitre de roman s’ouvre sur une fiche administrative d’un enfant. On peut y lire des éléments de son identité, son âge,la mention de son décès…Autant de détails qui renvoient tout au long du roman aux conditions horribles qu’ils ont connues. Le prologue fait mention d’un gamin échappé et on se demande longtemps ce qu’est devenu ce « P’tiot » que plus personne n’a revu…

La force de ce roman tient dans la sobriété du propos: l’auteur s’épanche peu sur les sévices subis par les enfants mais nous fait davantage réfléchir sur leur mémoire. L’absence de remords des paysans, leur peu de compassion, leur part d’ombre, les non-dits nous entraîne dans le glauque, dans des esprits étroits où l’on s’abrite derrière la malédiction pour justifier les mauvais actes.

Jean-Christophe Tixier, connu pour ses romans jeunesse destinés aux adolescents, écrit ici son premier roman pour un public adulte. Malgré quelques digressions, on peut le considérer comme une réussite. Je le conseille aux amateurs du genre. Pour ma part, je lui reconnais des qualités mais il m’est resté sur le coeur et je vais attendre avant de relire un roman du même genre.

Les passeurs de livres de Daraya – Delphine Minoui

Editions Seuil- 19/09/2017- 160 pages

Présentation par l’éditeur

« De 2012 à 2016, la banlieue rebelle de Daraya a subi un siège implacable imposé par Damas. Quatre années de descente aux enfers, rythmées par les bombardements au baril d’explosifs, les attaques au gaz chimique, la soumission par la faim. Face à la violence du régime de Bachar al-Assad, une quarantaine de jeunes révolutionnaires syriens a fait le pari insolite d’exhumer des milliers d’ouvrages ensevelis sous les ruines pour les rassembler dans une bibliothèque clandestine, calfeutrée dans un sous-sol de la ville.

Leur résistance par les livres est une allégorie : celle du refus absolu de toute forme de domination politique ou religieuse. Elle incarne cette troisième voix, entre Damas et Daech, née des manifestations pacifiques du début du soulèvement anti-Assad de 2011, que la guerre menace aujourd’hui d’étouffer. Ce récit, fruit d’une correspondance menée par Skype entre une journaliste française et ces activistes insoumis, est un hymne à la liberté individuelle, à la tolérance et au pouvoir de la littérature.

Delphine Minoui est grande reporter au Figaro, spécialiste du Moyen-Orient. Prix Albert Londres 2006 pour ses reportages en Iran et en Irak, elle sillonne le monde arabo-musulman depuis 20 ans. Après Téhéran, Beyrouth et Le Caire, elle vit aujourd’hui à Istanbul, où elle continue à suivre de près l’actualité syrienne. Elle est également l’auteur des Pintades à Téhéran (Jacob-Duvernet), de Moi, Nojoud, dix ans, divorcée (Michel Lafon), de Tripoliwood (Grasset) et de Je vous écris de Téhéran (Seuil). « 

Mon avis de lecture

Gros coup de coeur pour ce livre que je voulais lire depuis longtemps, depuis que j’avais lu un article attestant de l’existence de cette petite bibliothèque clandestine, tout un symbole de résistance d’une ville en ruines, Daraya.

J’ai particulièrement aimé la manière dont l’auteure se soucie de nous présenter l’ensemble: la bibliothèque,bien sûr, les jeunes hommes qui s’en occupent mais aussi et surtout la ville de Daraya. On comprend au fil des pages comment l’accès au savoir par le biais des livres a transformé les jeunes comme Ahmad, jeunes étudiants lisant peu mais investis d’une haute mission: garantir un accès à la culture, une ouverture vers de multiples pensées. La bibliothèque clandestine est porteuse d’un message fort, un message d’espoir vers la liberté. L’information contenue dans les livres est vecteur de réflexion, de bouillonnement d’idées, d’un refus de s’enfermer dans le régime pro-Bashar El Assad.

Delphine Minoui nous raconte tout cela grâce aux échanges virtuels qu’elle a pendant quatre ans avec ces jeunes. Daraya est une ville qui lui est interdite d’accès, elle ne peut la connaître que grâce à ce qu’ils lui en dévoilent. Elle dresse des portraits d’Ahmad, Hussam, Oumar, Shadi qui sont autant de preuves de vie dans un enfer. Il est touchant de constater à quel point ces jeunes ont foi en leur survie, en l’espérance de jours meilleurs. Malgré la mort omniprésente autour d’eux, ils se font témoins, pour eux, il est important de raconter ce qu’ils vivent.

L’histoire de ces jeunes opposants, de cette ville, les échanges relatés par la journaliste m’ont particulièrement émue. Au Au-de la guerre civile, les témoignages vidéos de Shadi, réfugié en Turquie, ont pu être sauvés malgré la destruction de sa caméra et il existe également des photographies prises dans la bibliothèque. Si celle-ci a été détruite, son existence n’en reste pas moins la trace d’un acte d’humanité inouï. Elle permet de mesurer l’importance qu’un livre peut revêtir. En ces temps sombres, le livre fut un formidable outil « d’instruction massive », un passeur de mémoires. Après avoir refermé ce livre, je suis sûre que vous aurez ensuite envie de relire L’Alchimiste ou Le Petit Prince etque vous le ferez avec un regard nouveau sur l’oeuvre.

Je préconise la lecture des Passeurs de livres de Daraya à tous mais surtout aux jeunes. Ce livre est un message de paix, d’espoir, cette bibliothèque faisant un pied de nez à la violence, à l’oppression. Il appartient désormais à tous de le partager. Pour ne pas oublier les passeurs.

Une famille comme il faut – Rosa Ventrella

Editions Les Escales- 10/01/2019-288 pages

Résumé de l’histoire

Maria De Santis vit dans la région des Pouilles, au Sud de l’Italie, dans le quartier pauvre du Bari. Un père pécheur, violent, qui crie souvent, une mère aimante mais effacée, deux frères plus âgés: tel est l’univers de la Malacarne, comme la surnomme sa grand-mère.

Maria est vive et intelligente et comprend très tôt qu’étudier lui apportera un avenir meilleur. Loin du voisinage pesant, des commérages, de la misère, de la violence, des surnoms transmis de génération en génération, des croyances populaires…

De son enfance à son entrée à l’université, elle nous raconte tout, se demandant pourtant souvent s’il est possible d’échapper à son destin…

Mon avis de lecture

J’ai souhaité lire ce livre parce qu’il m’a rappelé la saga d’Elena Ferrante. Disons-le tout de suite: il est un cran en dessous mais il a certaines qualités qu’il convient de saluer.

La trame narrative est similaire: une famille pauvre, un quartier pauvre, des croyances, des commères, c’est l’Italie profonde qui s’étale sous nos yeux. Mais les yeux de Maria ne sont pas ceux de Lenú et l’histoire de Rosa Ventrella prend forme peu à peu, nous laissant découvrir l’Italie des années 1980.

Le thème fédérateur qui est comment échapper à son milieu? est présent dès le début du récit. C’est un sujet fréquemment abordé par Maria et Michele, fils de truand, son camarade de classe, moqué par les autres enfants, qui sera son seul ami.

La famille de Maria souhaite être « une famille comme il faut » mais le déterminisme social et les histoires familiales la guette. La famille ne parvient donc pas à quitter le quartier. L’écriture de Rosa Ventrella est très descriptive: le lecteur est avec Maria, cette petite fille fascinée par la mer et terrorisée par ses ravages. Il voit avec ses yeux à elle l’endroit où elle vit, les êtres avec qui elle grandit, qui l’entourent. Le microcosme familial et territorial s’invite sous nos yeux, on sent aussi la violence, la dureté de la vie, on entend le dialecte, les persiflages, on voudrait oublier les attaques violentes envers les personnes âgées aboutissant à la mort de jeunes hommes et l’intolérance face à des personnes considérées comme folles.

Parfois, dans son écriture réaliste, Rosa Ventrella met un peu de magie et de poésie mêlée à une religiosité populaire. Ainsi, la tante Cornelia,  morte jeune, revient parler à Teresa, la mère de Maria. Et la guérisseuse n’enlève pas toujours le mal.

Les histoires du quartier tiennent le lecteur en haleine, de rebondissements en rebondissements mais très vite, ce qui intéresse, c’est le devenir de Maria et Michele. Deux personnages attachants qui ont en commun de rêver à comment échapper à leur destin. On ne cesse de se demander ce qu’ils vont faire, ce qui va leur arriver, s’ils arriveront à atteindre leurs objectifs.

En ouvrant Une famille comme il faut , vous pourrez penser qu’il s’agit d’une saga familiale et d’un roman d’apprentissage dans lequel Maria, 9 ans, raconte comment on l’a surnommée Malacarne, mauvaise graine.

Vous penserez aussi qu’il s’agit d’une histoire d’amitié dans laquelle les deux amis, Maria et Michele font preuve de sensibilité en se livrant l’un à l’autre, malgré leurs familles.

Vous ajouterez qu’il s’agit d’une histoire dans laquelle la jeunesse, sans être triste, s’accomode de leur vie semblable à celle de leurs parents: les filles n’étudient pas, apprennent vite un métier et se marient à des garçons qui leur semblent honnêtes, leur font les yeux doux et se révèlent ensuite violents, machos, quand ils ne sont pas mêlés aux trafics louches de la mafia.

Vous découvrirez après cela qu’une histoire d’amour naîtra entre Maria et Michele. Malgré l’interdiction du père de Maria de revoir le jeune homme car il rend la famille de Michele responsable de la mort de son fils, le frère de Maria..

Vous apprécierez au coeur de ses histoires les portraits de femmes qui défendent, protègent, réparent, prédisent, commèrent, attendant un père, un mari, faisant face à la violence d’un monde brut auquel elles s’habituent.

La Malacarne restera dans les mémoires pour sa soif d’émancipation, son désir de s’instruire, ses rêves d’ailleurs.

Ce roman m’a, en définitive, bien plu, je me suis retrouvée joliment plongée en Italie. J’ai trouvé que les personnages principaux étaient bien équilibrés au vu de leur entourage. J’en conseille vivement la lecture.