Quand sort la recluse – Fred Vargas

Editions Flammarion -10/05/2017-480 pages

Un Vargas comme je les aime: plein d’humour et de rebondissements! L’histoire est truculente et on retrouve avec plaisir le commissaire Adamsberg.

Ami lecteur, en parcourant les pages, tu apprendras comme lui ce qu’est une recluse. Attention, il a une enquête à mener, suite à un fait divers en apparence banal: trois nonagénaires ont été tués près de Nimes. Par une morsure d’araignée.

Pas n’importe quelle araignée: une recluse, une araignée présente en Amérique du Sud. Normalement, son venin n’est pas mortel pour l’homme, sauf si plusieurs dizaine d’araignées viennent l’attaquer.

Quand sort la recluse paru en 2017 ne se veut pas un roman entomologiste. Non, c’est un roman dans lequel chaque décision pèse. Et elles sont nombreuses, les décisions à prendre et ils seront nombreux, les désaccords entre les membres de l’équipe d’Adamsberg.

La ou les recluse(s) croiseront aussi le chemin des blaps (eh, Fred, tu as consulté le dictionnaire des insectes ou quoi?) ou scarabées puants, insectes qui vivent dans le noir et se gavent d’excréments de rats.

Tout cela paraît tellement éloigné des meurtres commis. Mais d’autres personnages âgées sont tués et ça y est, la piste du règlement de compte est avancée…

Il faudra du temps au commissaire pourtant pour parvenir à résoudre le mystère. Du temps et une plongée dans son passé, aussi. Car une recluse, ce n’est pas seulement un insecte, c’est aussi une femme (on parle de reclus pour un homme mais ce fut moins fréquent). Au Moyen-Age existaient des recluseries (eh, Fred, tu es médiéviste, maintenant?), des petites loges situées hors des villes, dans des coins reculés. Pour prouver son amour à Dieu et pour se retirer de la société, la recluse consacrait ses journées à la prière. Elle n’en ressortait que morte, emportée par la maladie ou les conséquences de son enfermement (elle avait peu à manger aussi, dépendant des dons d’autres personnes). Adamsberg a justement croisé une recluse durant son enfance…Mais quel est donc le lien entre la femme et l’araignée? Et comment convaincre une équipe divisée de le suivre?

Avis

Je dirais qu’on peut aimer…ou pas. J’aime le style « Vargas », j’aime son humour, les portraits qu’elle dresse de ses personnages, j’aime le commissaire Adamsberg qui parvient à ses fins sous ses airs un peu linaires. J’aime la montée progressive de l’intrigue et même les digressions qui donnent l’impression que l’on s’éloigne de l’intrigue principale (attention, ce n’est qu’une impression…). Et puis Vargas est une virtuose des mots, des jeux de mots, qu’elle distille à travers la bouche de ses personnages.

Je me laisse volontiers bercer dans cette atmosphère…Avec une interrogation tout de même: mais pourquoi, diable, Estalère ne fait-il pas un bon café?

Bakhita – Véronique Olmi

Editions Albin Michel-23/08/2017-464 pages

Elle s’appelait Bakhita et était noire comme l’ébène, d’une couleur qui effraya les Italiens quand elle arriva dans ce pays, débarquée du Soudan…Si percevoir sa différence dans le regard des autres avait été sa seule souffrance, sa vie aurait été bien douce…

Bakhita vient du Soudan, donc, un pays où, au dix-neuvième siècle (elle est née en 1869), on enlève les petites filles (elle voit sa sœur disparaître quand elle a 7 ans) et on les vend comme esclaves à des négriers cupides. C’est ce qui lui arrivera également.

On peut aisément, même sans les lire d’ailleurs, imaginer les souffrances d’une enfant esclave, ballotée de maître en maître…Ce qu’on peut lire dans ce récit autobiographique par contre dépasse l’imagination. On découvre, médusé(e), la cruauté des hommes: un des maîtres de Bakhita la marquera à jamais en la tatouant, sans son consentement bien entendu, comme un vulgaire objet. Elle verra tant d’autres enfants esclaves mourir près d’elle…De son enfance, elle se souviendra peu. Même sa véritable identité, elle l’a oubliée…

Et pourtant, elle survit dans ce monde cruel que Véronique Olmi décrit de façon très juste, si détaillée qu’il est là, sous nos yeux, durant de nombreuses pages…Elle survit et rencontre en 1883 son sauveur, Calisto Legnani, consul à Karthoum,

A 14 ans, elle arrive alors en Italie et sa vie change. Elle rencontre Stefano, un homme instruit qui a la volonté de faire son éducation. Après d’autres péripéties comme l’amour d’une enfant et la jalousie d’une mère, un procès la rendra libre. Elle choisira de devenir religieuse, la Madre Moretta, car Bakhita, c’est la générosité même, sa vie passe après celle des autres…

Elle racontera et écrira son histoire. Après une longue vie, elle meurt à 78 ans, en 1947. Elle sera canonisée par le Pape Jean-Paul II en 2000.

Avis

L’auteur a signé en août 2017 un très beau roman. De ceux que l’on garde longtemps en mémoire. Si une grande partie de la vie de Bakhita est triste à faire pleurer dans les chaumières, Véronique Olmi ne tombe à aucun moment dans le pathos. Elle érige Bakhita non en héroïne mais en fait un personnage plein d’humanité, plein d’espérance. Car Bakhita a foi au genre humain. Bakhita regarde les étoiles le soir et sait que ses ancêtres aussi ont communié avec la nature, c’est une manière pour elle de se rapprocher d’eux…De ce destin tragique jaillit la lumière!

Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby

Editions Actes Sud- Mai 2018-272 pages

Un sujet peu connu et peu abordé dans l’univers romanesque: la tuberculose dans les années 50-60 et ses conséquences dans la vie familiale.

« Paquebot » est le nom donné aux sanatoriums dans les années 30, ils étaient massifs et leur forme architecturale les faisait ressembler à des navires. Le sujet du livre est donc donné dès la lecture du titre, à ceci, rien de surprenant.

Dès les premières pages, on se retrouve plongée dans une ambiance familiale faite de rires et de bruits: les parents de Mathilde, l’héroïne du roman, tiennent un bar sur la place du village, La Roche Guyon. On vous a déjà raconté les soirées avec l’harmonica? Vous y êtes, cela fait ambiance « bal populaire ». Le père, Paulo, amuse voisins et clients du bar. La mère, Odile, se plaint un peu de ne pas entourée par son mari mais elle tient le coup. Il y a trois enfants à élever aussi: Annie, l’aînée, la préférée du père, Mathilde, la cadette, « le garçon manqué », et le petit frère Jacques. Petite, Mathilde se bat pour éblouir son père, toujours occupé ailleurs.

Et puis, patatras, la tuberculose arrive…En 1952, le père finit par aller au sanatorium d’Aincourt, dans le Val d’Oise, la mère tient tant bien que mal commerce et famille mais elle est atteinte à son tour. La Sécurité sociale a beau exister, elle n’est encore réservée qu’aux salariés (et non aux commerçants), les médicaments coûtent chers et les parents sont des « tubards », les villageois ne sont pas tendres avec eux.

Mathilde, la brave Mathilde, va se retrouver très jeune le pilier de la famille. Annie a fui, elle s’est mariée ailleurs, elle a eu un bébé ailleurs, elle s’est échappée de cette famille. Mathilde, elle, va aller voir ses parents au sanatorium et faire le lien entre parents et enfants, Jacques étant en foyer ou famille d’accueil. Mathilde elle a demandé à être émancipée. Elle veut être libre de toute contrainte, le système d’aide sociale la rebute (Valentine Goby montre ainsi que le statut de l’enfant dans les années 50 peut être difficile, malgré la protection sociale).

Être mise à l’écart socialement, voir ses parents l’être, les voir partir, malades (s’en sortiront-ils?), mis à l’écart, devoir se battre pour tout, tout le temps, pour sa dignité aussi: tel est le combat de Mathilde. Elle reste dans le logement de la famille mais doit se débrouiller. Au lycée, elle s’habille avec des vêtements récupérés, elle veut continuer quand même plutôt que de se lancer dans le monde du travail tout de suite, malgré sa situation. Force et dignité: tel est son portrait.

Avis

Ce roman paru en août 2016 est un véritable coup de cœur. Une plongée dans un univers inconnu. Un univers pas tendre avec les laissés pour compte, ceux qui croyaient à l’opulence des Trente Glorieuses et qui n’imaginaient pas qu’une maladie peut tout détruire brutalement…

Mathilde est une figure de fille courage dont on se souvient. Avec elle se pose une question ô combien d’actualité pour de nombreuses personnes de nos jours: comment une personne aidante face à la maladie peut-elle se construire? comment peut-elle aider au mieux?

Ami lecteur, te voilà avec une lecture à mettre sur ta pile à lire!

Nous étions faits pour être heureux- Véronique Olmi

Editions Albin Michel – 01/06/2012-240 pages

Un homme. Une femme. Une histoire. Une passion. Un piano. Ce piano au cœur de la narration. Il prend d’ailleurs toute la place sur la couverture des éditions Albin Michel.

La femme, c’est Suzanne. Elle est accordeuse de piano. Lui, c’est Serge. Il a 60 ans, il est père de deux jeunes enfants, il est marié à une jeune femme, Lucie. Leur première rencontre? Sur le palier du domicile de Serge: il en sort pour aller travailler à son agence immobilière, elle vient accorder le piano du fils.

Du convenu, me direz-vous. Ils vont se voir, il va la courtiser, elle va lutter un peu par principe et bam, il y aura bientôt un hôtel et un lit…Eh bien, vous vous trompez…Ne savez-vous pas qu’en musique, tout est dans le tempo et qu’une note, cela s’écoute…Il ne se passe rien entre eux, tout d’abord. Il la remarque à peine. Elle est là pour le travail.

Et puis…et puis, Montmartre, les Abbesses, les peintres, les petits bistrots, la fête des vendanges…Et puis Suzanne est mariée mais Suzanne, qui pourtant ne lui paraît pas éblouissante, est libre. Elle danse sans se soucier de personne.

Ils vont se voir, se revoir. Se parler. Mais Serge ne parle pas tant que cela. Serge cache un secret que Suzanne aimerait connaître.

Alors s’il s’agit d’une histoire d’amour, c’est une histoire pudique. Où Suzanne n’a pas le beau rôle: Véronique Olmi n’en fait pas un personnage pour lequel le lecteur éprouve de la complaisance. Je n’ai pas eu beaucoup d’empathie pour Serge non plus d’ailleurs: il est froid et malheureux et leur histoire passionnée ne pouvait donc pas durer…

Cela, ce sont les apparences. Les apparences comptent beaucoup, d’ailleurs, dans ce roman: chacun joue et se joue des autres. Parce qu’il est difficile de s’affronter soi-même…Pour une passion brutale, Suzanne va tout oser, peut-être tout perdre, pour que cet homme, Serge, soit délivré de son secret. Alors viendront se mêler au fil du récit des histoires d’enfance malheureuse et de filiation, avec la musique toujours en filigrane. L’enfant que Serge a été rend un peu d’humanité au personnage…Que peut-il donc rester de cette passion quand la femme libre s’est révélée blessée mais debout et quand l’homme malheureux s’est retrouvé délivré de son secret…

Avis

De belles pages. Une passion toute en musique où les mots finiront par jaillir sans jamais remplacer la musique. Des personnages un peu plus étoffés qu’il n’y paraît au premier abord. Un style fluide qui permet de lire facilement le roman paru en août 2012. Bonne soirée musicale, ami lecteur!

Le lambeau – Philippe Lançon

Editions Gallimard-12/04/2018-512 pages

Résume de l’éditeur

« Lambeau, subst. masc.
1. Morceau d’étoffe, de papier, de matière souple, déchiré ou arraché, détaché du tout ou y attenant en partie.
2. Par analogie : morceau de chair ou de peau arrachée volontairement ou accidentellement. Lambeau sanglant ; lambeaux de chair et de sang. Juan, désespéré, le mordit à la joue, déchira un lambeau de chair qui découvrait sa mâchoire (Borel, Champavert, 1833, p. 55).
3. Chirurgie : segment de parties molles conservées lors de l’amputation d’un membre pour recouvrir les parties osseuses et obtenir une cicatrice souple. Il ne restait plus après l’amputation qu’à rabattre le lambeau de chair sur la plaie, ainsi qu’une épaulette à plat (Zola, Débâcle, 1892, p. 338). (Définitions extraites du Trésor de la Langue Française).  » (Editions Gallimard, 512 pages)

Ce roman est paru en 2018 et évoque l’attentat de Charlie Hebdo et les suites post-traumatiques d’une victime qui a vu mourir ses camarades.

Avis de lecture

Je ne vous dirais pas que je ne l’ai pas aimé, celui-là, car il ne fait pas partie des livres qu’on aime ou pas. On ne peut pas aimer un tel livre si on s’en tient à son sujet ou on ne peut qu’aimer ce livre si on s’en tient au sujet (parce que sinon, on passe pour un sans cœur…).

Je voulais le lire dès que j’ai eu connaissance de sa parution mais ayant d’autres lectures en chantier, j’ai attendu et je l’ai lu sur ma liseuse (je dirais: « tant mieux, je n’ai pas eu à toucher le livre papier, cela peut mettre à distance des émotions). Puisqu’on parle du sujet, même si l’éditeur ne le dit pas dans son résumé, autant en parler tout de suite: il s’agit de l’attentat de Charlie Hebdo. Ou plutôt ce livre va l’évoquer mais il s’agit du témoignage de Philippe Lançon qui raconte l’attaque du 7 janvier 2015. Il y était, il l’a vécue, il y a perdu beaucoup de ses amis et aussi son visage, sa mâchoire réduite en lambeau. Il a survécu alors il raconte comment on peut se reconstruire quand on a perdu autant, tant dans sa tête que dans son corps que dans sa vie.

Philippe, la « Gueule cassée », tel qu’il se définit lui-même, a vu son ami Bernard mourir. Et d’autres aussi. Il a réalisé qu’il était en vie aussi. Être en vie après un attentat, cela veut dire passer un nombre incalculable d’heures dans les hôpitaux: 13 opérations lourdes, des allers et retours entre la chambre et le bloc. Et des moments incalculables de doutes et d’incertitude. Et l’amour, là dedans? Et Gabrielle, sa compagne? Gabrielle va tenir bon, vaille que vaille.

Merci, Philippe, merci d’avoir écrit ce livre, qui fut pour toi un véritable exutoire. Des heures d’enfer, j’imagine, à sortir toute cette souffrance. Pardonne-moi, je n’ai pas pu achever la lecture de ce livre: je me suis laissée porter par mes émotions, j’ai pleuré, pleuré, pleuré. Et je te tutoie maintenant parce que malgré tout, j’ai été avec toi, dans tout le récit que j’ai lu (la moitié du livre environ).

Mais, toi, ami lecteur, si tu as le cœur bien accroché, n’hésite surtout pas. C’est une leçon d’humanité. Merci encore, Philippe!

Vers la beauté – David Foenkinos

Editions Gallimard- 22/03/2018-224 pages

Résumé de l’éditeur

« Antoine Duris est professeur aux Beaux-Arts de Lyon. Du jour au lendemain, il décide de tout quitter pour devenir gardien de salle au musée d’Orsay. Personne ne connaît les raisons de cette reconversion ni le traumatisme qu’il vient d’éprouver. Pour survivre, cet homme n’a trouvé qu’un remède, se tourner vers la beauté. Derrière son secret, on comprendra qu’il y a un autre destin, celui d’une jeune femme, Camille, hantée par un drame. » (éditions Gallimard, roman paru en mars 2018)

Avis

Peut-être parce que c’était mon deuxième Foenkinos de l’été, peut-être parce que j’étais trop familiarisée avec son style mais je dois préciser d’emblée que ce roman n’a pas emporté mon adhésion. Le sujet: guérir en s’appuyant sur le beau, dans un univers culturel, pourquoi pas? Mais j’avoue que je me suis ennuyée à la lecture: au fil des pages, le style m’a paru plat, me laissant dans une impression d’attente…Ensuite, les personnages prennent un peu d’étoffe, notamment à travers l’histoire de Camille mais je suis restée sur ma faim.

C’est un joli roman, distrayant un soir d’été (oui, je suis de celles qui imaginent que la beauté se perçoit bien quand il y a de la lumière, du soleil…ah non, me souffle t-on…Bon, en tout cas, pour moi, ce roman-là est une lecture facile à lire en été). Les amateurs d’art ne seront pas déçus: la beauté est là, Modigliani aussi et d’une certaine manière, Rodin, même et Jeanne Hébuterne. Je ne saurais en dire davantage sur ce que je lui reproche à ce roman. Lisez-le avant Deux sœurs, en tout cas, en ayant en mémoire que si vous êtes déçu, vous devez lire un autre roman du même auteur.

Fugitive parce que reine – Violaine Huisman

Editions Gallimard- 11/01/2018-256 pages

Portrait d’une mère. Bien imparfaite. Magnifiquement imparfaite: tel est le portrait que je pourrais faire de cette mère en quelques mots.

Fugitive parce que reine est paru dans la collection Folio en avril 2019. On peut se demander qui est la femme qui regarde par la fenêtre: la mère? la fille? Dans ce roman, vous trouverez sans cesse un chassé-croisé entre le destin de deux femmes, voire trois: la mère, la fille et la grand-mère, comme si une existence ne pouvait être que dans une relation maternelle.

C’est un premier roman qui raconte l’amour de deux filles pour leur mère malgré ses fragilités, ses fêlures. Je me suis dit: « Bon, ce thème a déjà été traité en littérature. Par Delphine de Vigan, par exemple, qui encre nombre de ses personnages dans la quête de l’amour d’une mère. Ou encore de façon un peu plus lointaine et un peu plus biaisée par Romain Gary dans la Promesse de l’aube où le narrateur fait sans cesse les frais de l’amour inconditionnel de sa mère pour lui ».

J’ai hésité: parce que ce thème touche à l’intime. Mais j’ai pris ma liseuse, je l’ai téléchargé (merci à la médiathèque) et je me suis plongée dans les 304 pages. Je n’ai pas regretté. Jugez plutôt!

Il y a d’abord la narratrice, Violaine. Elle raconte dans une première partie sa mère Catherine avec ses yeux d’enfant: une mère qui crie, pleure, frappe ses enfants pour revenir ensuite les couvrir d’amour. Sa sœur Elsa et elle ne lui en veulent pas, au contraire, elles appellent les pompiers quand leur mère est dans les vapes et qu’elles ne parviennent pas à la réveiller. Elles l’aiment et la protègent. (J’ai eu le cœur serré, de nombreuses fois: cet amour inconditionnel pour une mère maniaco-dépressive, cette maltraitance qui n’est pas réellement dite, perçue confusément…)

Ensuite, la deuxième partie nous plonge dans la vie de Catherine, de son enfance (mais est-ce qu’une enfance peut tout excuser?). Sa petite enfance d’abord passée dans le milieu hospitalier. Une mère qui ne l’aime pas (on comprendra plus tard qu’elle est issue d’un viol), qui est cruelle et jalouse aussi. Elle voulait être danseuse alors c’est Catherine qui le devient. Malgré le fait qu’elle boîte. Elle n’est pas une simple danseuse: elle excelle. C’est une reine. D’une beauté incroyable, elle plaît aux hommes. Elle épouse d’abord Paul et c’est un mariage tranquille, calme, son mari est fou d’elle, elle ouvre une école de danse à Marseille…Elle épouse ensuite un homme fortuné qui deviendra le père d’Elsa et de Violaine. Un homme mondain alors Catherine se plie aux mondanités. Reine encore. Elle vivra avec d’autres hommes aussi, elle se mariera encore à un père de famille, leurs enfants sont dans la même école…Le cadre idyllique en apparence pour ses filles qui évoluent dans un milieu aisé. Bien sûr, elle est reine. Elle sera reine aussi dans la maison de campagne achetée en Corrèze seule parce que c’est son projet, que le mari Parisien ne s’y voit pas.

Reine encore elle sera dans sa vie décadente et complément dissolue. Drogue, alcool, sexe aussi avec des amants de passage. Une vie à laquelle assistent ses filles, témoins d’un spectacle absolument pas de leur âge. Reine auprès de ses filles. Toujours. Toujours.

Comment se construire avec une telle mère? Quel adulte peut-on devenir après une telle enfance? Catherine aussi s’est posée la question, elle a lu Dolto, elle sait que tout se joue avant 6 ans et pourtant, pourtant, ses démons la rattrapent, elle passe sa vie dans les vapes et les vapeurs de l’alcool, des cachets, dans un milieu plein de fric, de mondanités et de vulgarité aussi.

La dernière partie du roman, celle où la maman disparaît pour de bon, pose la question des traces que l’on laisse derrière soi. Ses filles s’interrogent: est-ce que Catherine est cette dame qui vit au Sénégal? Où faut-il toujours remonter à l’enfance pour comprendre, comme elles le font sans cesse, marquées par ce qu’elles ont vécu?

Avis

A lire! Parce que c’est une rivière d’émotions à prendre à l’état brut ou à apprivoiser!

Les loyautés – Delphine de Vigan

Editions J.-C. Lattès – 03/01/2018-208 pages

Avec Les loyautés paru en Janvier 2018, Delphine de Vigan renoue avec un thème qui lui est familier, qu’on a pu rencontrer dans son livre Rien ne s’oppose à la nuit: la maltraitance psychologique

Hélène est professeure de SVT. Dès la rentrée, elle s’interroge sur un de ses élèves, Théo, 12 ans. Elle croit reconnaître chez lui des signes de maltraitance physique. Elle se souvient de ce qu’elle a vécu, de sa peur mais aussi de sa volonté de protéger ses parents, ce que Théo fait à sa manière.

La vérité apparaît peu à peu: Théo n’est pas physiquement maltraité mais c’est un gamin dont les parents sont divorcés et il est balloté entre les deux. La mère vit dans la haine du père. Un père qui a sombré: pauvreté et chômage font partie de son quotidien. Alors Théo ne raconte rien du temps passé avec l’un et l’autre. Et son absence de mots est synonyme de souffrance…

Il peut compter sur son ami Mathis qu’il entraîne dans sa dérive. Mathis ira jusqu’à désobéir à sa mère, Cécile. Jusqu’où en effet peuvent aller deux adolescents qui se cachent au collège pour boire?

Comme le titre l’indique, il est question de loyauté. La loyauté des adultes d’abord: Hélène doit-elle, au nom de ce qu’elle a vécu enfant, tenter de cerner les causes du mal-être de Théo? Cécile doit-elle supporter William, son mari, alors même qu’elle a découvert son comportement nauséabond: il lui a appris les mots de son milieu bourgeois, il s’en sert maintenant pour tenir sur Internet des propos racistes, homophobes et antisémites.

La loyauté des enfants ensuite: Théo doit-il parler, dire à sa mère ce qu’il vit chez son père? et à son père le dénigrement de sa mère? Et Mathis: va t-il s’autoriser, face au danger, à trahir son ami et à dire ce qu’il sait?

Delphine de Vigan livre ici un roman intimiste qui est au coeur d’une interrogation: faut-il toujours faire preuve de loyauté? Et si justement, les loyautés étaient autant d’épreuves amenant à la lumière?

Avis

J’ai beaucoup aimé ce roman, non pas tant par la forme (on retrouve la signature « De Vigan » sans trop de surprise) mais dans le fond. Les loyautés, ce sont toutes ces heures souterraines dans lesquelles chaque personne peuvent se retrouver plongées. Les loyautés, ce sont le poids de tous ces mots qui ne franchissent pas les gorges parce qu’ils ne sont compréhensibles que par soi-même. Les loyautés, ce sont aussi ces liens que chaque personnage tisse avec les autres, comme si en se mêlant à leur vie, il se sauvait aussi…

La fissure – Jean-Paul Didierlaurent

Editions Au diable Vauvert – 18/01/2018

Résumé

Dernier représentant d’une entreprise de nains de jardin rachetée par une holding américaine, Xavier Barthoux mène une vie bien rangée entre la tournée de ses clients, son épouse, son chien et sa résidence secondaire des Cévennes. Mais quand il découvre une fissure dans le mur de sa maison, c’est tout son univers qui se lézarde… Animé par une unique obsession, réparer la fissure, il entreprend un périple extrême et merveilleux jusqu’à l’autre bout du monde…

Avis

Voici un livre que j’ai fini…parce que je l’avais commencé mais qui ne m’a pas plu.

Un début bien mené, l’histoire donne à voir un personnage obsessionnel -diantre, une fissure dans le mur et son univers s’écroule!-. Une écriture fluide et simple, un décor simple, deux personnages, Xavier et sa femme, campés dans une vie conjugale, englués dans leurs habitude.

Par contre, dès l’introduction du nain dans l’histoire, tout part dans les sens et la seconde partie ne paraît pas très cohérente. Ou plutôt son incohérence est le fil qui donne une originalité au roman: l’ordinaire se révèle extraordinaire et l’extraordinaire côtoie le loufoque. Mais je me suis perdue en chemin et je n’ai pas été emportée par cet univers…

Crans-Montana – Monica Sabolo

Editions J.-C.Lattès-26/08/2015-240 pages

Résumé du livre

Dans les années 60, que font les garçons issus de familles bourgeoises qui passent week-ends et vacances avec leurs parents dans la très chic station de ski suisse Crans Montana? Dans un premier temps, ils pestent contre leur adolescence: quand deviendront-ils de vrais hommes? Ensuite, ils découvrent la gente féminine, médusés par la transformation de filles qu’ils connaissent depuis petits en superbes adolescentes: les 3 C.

Pour Daniel, Serge, Robert et les autres garçons, Claudia aux cheveux longs, Chris aux cheveux bruns et Charlie aux cheveux bouclés seront l’objet de tous leurs fantasmes. Chacune de leur apparition, chacun de leurs faits et gestes sera distillé. Et ces figures mystérieuses resteront pour eux un mystère…

Les années passent, les années 80 arrivent et les adolescents sont devenus comme leurs parents: ils mènent une vie rangée et friquée, teintée d’ennui, qui les fait se souvenir. Nostalgiques, ils se rendent compte que malgré l’argent, un constat est unanime: ils ne sont pas heureux et leurs illusions se sont envolées.

Qu’est donc devenue Claudia, dont la mère faisait l’objet de tous les rageots: « pétainiste ou résistante pendant la guerre », se demandait-on? Claudia a eu une fille, Valentina, avec un homme de passage. Puis elle a fini par se marier avec un Français travaillant à Genève et a vécu dans un milieu où là encore, l’argent domine…Mais la description de son milieu révèle d’autres failles: que sont devenues les adolescentes fascinantes? Alcool, drogue, faste sont au rendez-vous mais la jeunesse s’est envolée et les souffrances sont là…Seulement, dans ce milieu, tout est à huis clos: les secrets, toujours les secrets, sont omniprésents et le poids des secrets des anciennes générations pèse aussi.

Alors? Alors Monica Sabolo donne place à différents narrateurs, protagonistes de l’histoire, qui expriment leurs points de vue et leurs opinions sans fard. L’adolescence n’est plus, le ton du roman est amer et l’écriture est acérée, incisive. Il ne se passe pas grand-chose dans le milieu de la grande bourgeoisie tellement les petits drames sont occultés. Laissons donc la place à la mélancolie!

Avis

Si Monica Sabolo adopte une mise en scène rythmée par l’alternance des points de vue, la description du milieu bourgeois donne la sensation d’un univers dans lequel on est loin. Trop loin pour être empathique. Les personnages de ce roman paru en août 2015 en restent un peu hors d’atteinte, le lecteur semble mis à distance. Et les secrets restent donc les secrets…

Chanson de la ville silencieuse – Olivier Adam

Olivier Adam, né en 1974, est un écrivain français qui s’est exilé en Bretagne avant de revenir en région parisienne. Chanson de la ville silencieuse a pour cadre une ville hors de France et met en scène une jeune femme en proie à une quête identitaire.

Editions Flammarion – 03/01/2018- 147 pages

La fille du chanteur (elle ne sera appelée qu’ainsi) déambule dans les rues de Lisbonne, le cœur battant. Elle est à la recherche du chanteur des rues que certains pensent avoir reconnu comme son père…Son père, Antoine Schaeffer, disparu quinze ans auparavant, après une carrière de chanteur. Un jour, il a laissé voiture, téléphone, papiers, au bord du Rhône et depuis personne ne l’a vu…

Son père…Qui est-elle donc, cette fille, aux yeux du chanteur? Elle vit depuis longtemps dans son absence, même lorsqu’elle est à côté. Quand on est un chanteur à succès, a t-on le temps de se consacrer à sa famille? En a t-on l’envie? Petite, sa mère étant complétement larguée, elle veut être près de son père. Elle verra et connaîtra tout: la vie dissolue, les fêtes jusqu’à pas d’heure, la gloire du père, le succès, l’argent…Les femmes. Son père en aura pléthores mais jamais de relation stable, tranquille: il n’est pas fait pour la vie de famille…

Alors, là, à Lisbonne ou à Paris, la fille du chanteur déroule le fil de sa vie, de leur vie. L’auteur en fait un personnage à la dérive à la recherche d’une personne à la dérive. Deux existences malmenées par la vie. Parviendra t-elle à construire sa propre existence?

Avis de lecture

La lecture de ce roman (paru en janvier 2018) est fluide mais je n’ai pas totalement été emportée par l’intrigue. Ayant lu d’autres ouvrages de l’auteur, j’ai le souvenir de personnages à la dérive, faisant souffrir leur entourage, plus « accrocheurs ». La fille du chanteur donne l’impression d’être tellement dans l’ombre de ce père rock star-tout puissante, toujours occupé par les tournées, les enregistrements et traqué par les paparazzis.

Les garçons de l’été – Rebecca Lighieri

Il s’appelle Thadée, il est beau, jeune, athlétique, sportif et a tout pour réussir…Il a un frère, Zachée, qui est beau, jeune, athlétique, sportif et a tout pour réussir… Mylène Chastaing, leur maman, est très fière d’eux, elle les adore et les encense, surtout l’aîné. Ils vivent à Biarritz, dans un milieu bourgeois, Jérôme, leur père et époux, est pharmacien. La petite soeur d’environ 10 ans, Ysé, complète ce tableau en apparence idyllique.

Un soir d’été, tout bascule: Zachée, parti pour les vacances rejoindre son frère à la Réunion, terre de surf, passion des deux garçons, appelle. Mauvaise nouvelle: Thadée s’est fait attaquer par un requin.

Il deviendra infirme et les relations familiales et surtout fraternelles s’en trouveront bouleversées. Ce drame annoncera un drame encore plus grand: la mort de Zachée, camouflée en accident par un frère amer et assassin. Comment supporter en effet que son cadet réussisse tout alors qu’on est soi-même diminué?

Chaque personnage exprime son point de vue, tour à tour, les histoires entremêlées permettant au lecteur de mieux cerner chaque personnalité.

Si en lisant le titre et les premières pages, on aurait pu penser à un roman léger, une lecture de vacances pour s’évader et se rêver surfeur dans les vagues de la Réunion, l’auteure a, elle,décidé de nous emmener ailleurs. Adultère, paysages idylliques, découverte du surf et de ses techniques, critique de la vie bourgeoise mais aussi de la jeunesse trop insouciante sont autant de sujets abordés dans le roman qui prend des allures de thriller dont on guette les soubresauts.

Dans la tension palpable à chaque page, les portraits de femme sont saisissants de réalisme: Mylène, campée dans ses certitudes et l’amour de ses fils, s’enferme dans la folie de façon spectaculaire. Cindy, la petite amie de Zachée, décrite comme sans relief par Thadée, semblant pas vraiment intégrée dans la famille Chastaing, est un personnage attachant. Persévérante et obstinée, elle va donner ici ses lettres de noblesse à la vengeance. Face à la douleur, elle n’aura qu’une quête: retrouver Thadée disparu et lui faire payer son crime. Son attitude rivalisera avec les personnages de grands romans policiers. Ysé, quant à elle, est le personnage en filigrane du roman: elle observe beaucoup le monde des adultes tout en étant très perspicace. Sous son oeil, tout se joue et se dénoue. Elle donnera une touche de fraîcheur au roman, faisant preuve d’altruisme envers le frère de Cindy et découvrant peu à peu des sentiments jamais éprouvés encore…Du côté des hommes, c’est le portrait de Thadée qui se ramifie, dans toute la complexité et la lourdeur d’un sentiment sombre (la jalousie) qui l’amènera à des délires paranoïaques et à devenir un véritable psychopathe…

Recommandations

Pour ceux qui aiment se laisser surprendre, qui ne s’enferment pas dans un genre particulier mais qui sont prêts à lire un roman qui se fait thriller au fil des pages…

Quelques mots sur l’auteure

Rebecca Lighieri n’est autre que Emmanuelle Bayamack-Tam, écrivaine, auteure de plusieurs romans parus chez l’éditeur P.O.L: Tout ce qui brille (1997), Si tout n’a pas péri avec mon innocence (2013), Arcadie (2018).

Les garçons de l’été , paru en janvier 2017, a obtenu le Prix Folio des Libraires en 2018.

Banquises – Valentine Goby

Éditions Albin Michel-17/08/2011-256 pages

Je parcourais les rayonnages de la médiathèque lorsque je suis tombée sur la côte « R GOB ». Je me suis souvenue du poignant « Kinderzimmer » lu quelques années auparavant (ce livre fera l’objet d’un article très probablement). J’ai donc emprunté Banquises, paru en 2011, et me suis plongée dans sa lecture…

J’ai été emmenée dans un univers glaciaire, au Groenland et dans un univers fraternel, celui de deux soeurs dont l’une a disparue. Sarah a 22 ans lorsque elle quitte la France en 1982 pour Uummannquaq. Quelques mois plus tard, ses parents et sa soeur de 14 ans, Lisa, l’attendent en vain: Sarah ne donnera jamais de nouvelles.

27 ans plus tard, Lisa part sur ses traces, se souvenant de la Sarah au bord du départ, dévastée par la mort de son amie, Diane, emportée par une maladie. Et elle, alors adolescente, qui fait la détachée, en voulant un peu à sa sœur de son départ, sa mère éprouvant un sentiment d’abandon.

Valentine Goby emmène son lecteur dans plusieurs directions: à travers l’histoire des deux soeurs et les souvenirs de Lisa, on se retrouve confronté(e) à la douleur de la perte et ses conséquences: l’attente, l’enquête, la frénésie et aussi la dépression des parents et l’indifférence vis-à-vis de Lisa. Avec le temps, celle-ci a réussi tant bien que mal à se construire, à être, à devenir professeure de français à l’étranger.

On assiste aussi à une autre histoire, plus universelle celle-là, une histoire de territoire. Si le Groenland fascine par son immensité, c’est aussi un territoire qui disparaît et dans lequel la population disparaît de manière tragique (les suicides de pêcheurs). C’est une lutte contre le temps, climatique. Et Lisa va être confrontée à l’inévitable: dans un tel territoire à l’état brut,on ne peut que regarder la réalité en face. En quête de sa sœur, c’est finalement elle-même qu’elle va aussi retrouver…

Conseil: à lire…pour comprendre la fugacité des êtres et des choses. Parce que parfois, l’infiniment petit est infiniment beau et infiniment éphémère (ce réchauffement climatique qui irradie des paysages à couper le souffle et qui les détruit tout à la fois…). Parce que parfois, le cœur de l’être humain bat au contact d’infimes petits rien qui tout à coup le révèle à lui-même…

Changer l’eau des fleurs – Valérie Perrin

Editions Albin Michel-28/02/2018-560 pages

Elle s’appelle Violette, un prénom de fleur… Elle est gardienne du cimetière de Brancion en Chalon, en Bourgogne. Dans une autre vie, elle était garde-barrière avec son mari, Philippe Toussaint. Maintenant, elle fréquente les fossoyeurs et le curé: Nono, Gaston, Elvis et aussi Pierre, Paul et Jacques sont sa famille, aussi décalée soit-elle.

Un jour, débarque chez elle un homme, Paul Seul, en quête de l’histoire de sa mère, Irène Fayolles, enterrée dans le cimetière aux côtés d’un homme, Gaston Prudent, dont il ne sait rien.

De confidence en confidence, Violette se souvient…Elle a eu ce qu’on appelle « une vie pas facile »: abandonnée à la naissance, prénommée Violette Trénet, elle est serveuse quand elle rencontre Philippe Toussaint, à qui elle voue un culte absolu, toutes les autres filles le convoitent. Ils se marient mais elle ne sera jamais acceptée par ses parents à lui. Malgré leur petite fille. Léonine, que Philippe avait proposé d’appeler Jessica (« c’est à la mode ») mais Violette avait tenu bon.

Elle se souvient et se révèle à elle-même. Elle se souvient de Sacha, l’ancien gardien du cimetière qui lui a appris l’amour de la terre, des plantes et le respect de l’histoire de tous ces gens qu’un gardien (ou une gardienne) côtoie, les morts comme les vivants. Alors elle n’oublie pas non plus les morts, elle consigne dans un carnet chaque détail des enterrement. Elle fait aussi souvent la connaissance des proches. Tous ont une place dans ce cimetière.

A travers le personnage de Violette, Valérie Perrin fait vivre les drames humains. L’être humain est analysé dans les petits détails de l’intime, il grandit au contact des autres. Au fil de la narration qui évoque tantôt le présent, tantôt le passé, à travers l’histoire de plusieurs personnages, le personnage de Violette se révèle. Le mari n’est peut-être pas si antipathique…On en vient à comprendre leur manque de communication, à partager leur douleur.

Violette se révèle une femme encore plus blessée que ce à quoi on s’attend au départ…Elle a dû vivre un drame lourd à son coeur de maman: la perte de sa petite Léonine. Malgré cela, ce roman qui fait cohabiter assez facilement morts et vivants n’est pas triste, le lecteur est au contraire sans cesse parcouru d’émotions: tristesse, joie, colère…C’est même un hymne à la vie avec une Violette qui semble transfigurée…Et pourtant, un constat est là: elle ne parvient pas vraiment à saisir le bonheur…Et si les personnes ayant vécu de grands drames ne pouvaient se contenter que de l’instant? Serait-ce si gênant, après tout?

Conseil: prévoyez du temps pour cette lecture, dès que vous aurez ouvert ce livre, vous ne saurez plus où vous arrêter…

A lire si vous aimez les personnages (ou les personnes car Violette pourrait aisément faire partie de la vie de chacun) qui paraissent un peu bruts, les pierres qui se révèlent diamants, les côtés sombres et mystérieux qui finissent en lumière…

N’ayez surtout pas peur des 560 pages (ou des 672 pages si vous préférez la version du Livre de Poche): dites-vous qu’il s’agit de l’escalier d’une cathédrale de plus de 300 marches: arrivé(e) en haut, vous observez souvent une architecture magnifique et un paysage sublime. Quand vous refermerez le livre de Valérie Perrin, vous pourrez développer votre empathie, marquée par les émotions véhiculées dans ce roman.

(Cet ouvrage est paru en février 2018)

Tropique de la violence – Nathacha Appanah

Nathacha Appanah, née en 1973, est une romancière d’origine mauricienne qui vit en France. Son premier roman, Les Rochers de Poudre d’Or, a été publié en 2003. Paru en 2016, son roman Tropique de la violence figure dans la première sélection du prix Goncourt et remporte finalement le tout premier Prix Fémina des Lycéens ainsi que d’autres prix (le prix France Télévisions en 2017 notamment). Il a été écrit entre 2008 et 2010, dates pendant lesquelles Nathacha Appanah a interagi avec des mineurs isolés, immigrés illégaux non expulsables, dans le bidonville de « Gaza’.

Editions Gallimard – 25/08/2016-192 pages

« Il faut me croire. Là d’où je vois parle, les mensonges ne servent à rien » (Incipit)

Mayotte, dans l’Océan Indien. Marie est une infirmière née en métropole qui a suivi son mari, originaire de l’île. Leur mariage semble heureux jusqu’à ce qu’il la quitte: aucun enfant ne parvient en effet à naître de cette union. Marie en est désespérée, jusqu’au jour où l’inattendu se produit: des migrants venus des Comores, une île proche, arrivent à l’hôpital. Une jeune femme de 16 abs y abandonne son bébé aux yeux vairons (un oeil vert, un oeil noir) car selon les superstitions, c’est le « bébé du djinn » (le diable). Marie recueille ce bébé qu’elle appelle Moise. Elle lui offre une enfance sans trop de heurts…mais l’enfant grandit et l’adolescent devient rebelle et veut en savoir davantage sur ces origines.

Un premier basculement vers la mauvaise pente a lieu quand l’adolescent de 13 ans dont le livre de chevet est L’enfant et la rivière d’Henri Bosco se met à sécher les cours. Un autre basculement intervient quand Marie meurt brutalement (le lecteur apprendra plus tard les circonstances exactes de sa mort).

Moise se retrouve seul, livré à lui-même. Nous découvrons alors, à travers son histoire et celle d’autres adolescents, un tout autre visage de Mayotte, bien moins idyllique que celui décrit par Marie. Moise se retrouve sous la coupe de Bruce, un caïd d’un quartier de Mamoudzou surnommé « Gaza », véritable bidonville où se côtoient misère, alcool, drogue, violence, viols, dans lequel vit une jeunesse désœuvrée et désillusionnée.

A travers l’histoire de Marie, Moise, Bruce, nous découvrons également le point de vue d’Olivier, policier et Stéphane, éducateur. Moise a croisé leur chemin car il est inculpé pour meurtre…L’auteure va peu à peu nous donner les clés pour comprendre ainsi que les deux hommes comment il a pu en arriver, quels sont les éléments de son histoire, mêlée à celle des autres, qui l’ont amené à cette extrémité. Et rien ne nous sera épargné: Gaza, c’est la violence, un monde sans loi….

Avis

Ce roman est une pépite. La narration à travers plusieurs voix est sans faille. Les faiblesses des uns et des autres y sont décrites sans fard.Les portraits des personnages sont saisissants d’humanité dans toute sa complexité; Bruce n’a pas toujours été chef de Gaza, Moise n’a pas fait que lui obéir aveuglément et il paiera cher la main tendue par Stéphane, l’éducateur d’une ONG qui avait foi en la jeunesse, prêt à s’impliquer et à s’investir dans la maison construite pour tous ces adolescents…Par son écriture dynamique, l’auteure veut également dénoncer les travers de l’île: Mayotte n’est pas seulement une île à la beauté sauvage, c’est une île corrompue. Les politiciens arrivent à Gaza peu avant les élections, baignant les Mahorais d’hypocrites paroles mais la jeunesse reste livrée à elle-même…La voix des fantômes qui guident leurs enfants (Marie, ce sublime personnage) n’y changera malheureusement rien…

Recommandations

Ce roman peut être lu par tous ceux qui ne sont pas effrayés par les192 pages. Si vous êtes un « petit lecteur », lisez au moins le premier chapitre, je pense qu’il vous emportera et vous fera continuer la lecture…Ce livre s’adresse à tous parce qu’il appelle chacun de nous à s’interroger sur son humanité et confronte l’être humain à des choix: « à la place de Moise, qu’aurais-je fait? » se dit-on en refermant le livre. Ou encore: « comment le disent les personnages, Mayotte, c’est la France mais qu’est-ce que cette France-là? »…

Pour en savoir plus

Pour les plus jeunes: ce roman a été adapté en bande dessinée (par Gaël Henry) aux éditions Sarbacane: http://editions-sarbacane.com/tropique-de-la-violence/

Nathacha Appanah,née en 1973, est une journaliste et une romancière d’origine mauricienne. Sa famille descend d’engagés indiens immigrés à Mayotte. Si elle a pour langue maternelle le créole mauricien, elle écrit en français.

Deux soeurs – David Foenkinos

David Foenkinos est un romancier français né en 1974 dont les premiers romans restent discrets. C’est l’oeuvre La Délicatesse en 2009 qui le révèle vraiment au grand public. Ce roman a été adapté en film en 2011, avec les acteurs Audrey Tautou et François Damiens.

Editions Gallimard -21/02/2019 – 176 pages

Deux soeurs...raconte l’histoire de deux soeurs (personne n’aurait dit mieux, n’est-ce-pas?). L’une, Agathe, qui semble avoir une vie rangée et stable: mari, enfant. L’autre, Mathilde, qui semble aussi avoir une vie rangée, un métier qu’elle aime, un fiancé, Etienne…jusqu’à ce que sa vie devienne suffocante…Comment? C’est très simple: une rupture amoureuse. Etienne retrouve son ancien amour et s’en va. Laissant une Mathilde dévastée.

C’est elle qui raconte: elle est seule et elle ne sait que faire. Elle finit par aller voir sa voisine, psychiatre. Qui la met en arrêt et lui donne des anti-dépresseurs….Elle finit par gifler un de ses élèves, suite à un malentendu. Elle est professeure de français, elle n’a aucune excuse: elle est mise à pied…

Sa rupture devient alors un élément familial: sa soeur Agathe lui propose de l’héberger. La nièce, Lili, et le beau-frère Frédéric aident à la cohabitation…Mais jusqu’où cela ira t-il? Les personnages peuvent-ils trouver un équilibre dans ce huis clos familial? Rien n’est moins sûr, Mathilde va révéler une personnalité très déroutante…

Quelques remarques et conseils

J’ai lu ce livre cet été…et il est parfait si vous recherchez une lecture fluide, lègère ou si vous n’avez pas beaucoup de temps à y consacrer.

Foenkinos évoque la déception amoureuse d’une femme trahie, l’abandon d’un homme, le soutien d’une famille, des éléments que tout un chacun imagine sans peine…Il y a également la dépression et les conséquences de l’abandon et c’est là où soudainement le personnage de Mathilde s’étoffe un peu, passant de la gentille fille sur laquelle on s’apitoie à une femme malheureuse qui se prend de jalousie envers sa soeur…

Deux soeurs est agréable à lire mais le ton est trop léger, je n’ai pas réellement été captivée par l’histoire, même si la personnalité de Mathilde est intéressante, par sa progressive dualité.

Conseils à ceux qui ne connaissent pas l’auteur et ses oeuvres: je recommanderais davantage un autre livre, par exemple La délicatesse.