Fugitive parce que reine – Violaine Huisman

Editions Gallimard- 11/01/2018-256 pages

Portrait d’une mère. Bien imparfaite. Magnifiquement imparfaite: tel est le portrait que je pourrais faire de cette mère en quelques mots.

Fugitive parce que reine est paru dans la collection Folio en avril 2019. On peut se demander qui est la femme qui regarde par la fenêtre: la mère? la fille? Dans ce roman, vous trouverez sans cesse un chassé-croisé entre le destin de deux femmes, voire trois: la mère, la fille et la grand-mère, comme si une existence ne pouvait être que dans une relation maternelle.

C’est un premier roman qui raconte l’amour de deux filles pour leur mère malgré ses fragilités, ses fêlures. Je me suis dit: « Bon, ce thème a déjà été traité en littérature. Par Delphine de Vigan, par exemple, qui encre nombre de ses personnages dans la quête de l’amour d’une mère. Ou encore de façon un peu plus lointaine et un peu plus biaisée par Romain Gary dans la Promesse de l’aube où le narrateur fait sans cesse les frais de l’amour inconditionnel de sa mère pour lui ».

J’ai hésité: parce que ce thème touche à l’intime. Mais j’ai pris ma liseuse, je l’ai téléchargé (merci à la médiathèque) et je me suis plongée dans les 304 pages. Je n’ai pas regretté. Jugez plutôt!

Il y a d’abord la narratrice, Violaine. Elle raconte dans une première partie sa mère Catherine avec ses yeux d’enfant: une mère qui crie, pleure, frappe ses enfants pour revenir ensuite les couvrir d’amour. Sa sœur Elsa et elle ne lui en veulent pas, au contraire, elles appellent les pompiers quand leur mère est dans les vapes et qu’elles ne parviennent pas à la réveiller. Elles l’aiment et la protègent. (J’ai eu le cœur serré, de nombreuses fois: cet amour inconditionnel pour une mère maniaco-dépressive, cette maltraitance qui n’est pas réellement dite, perçue confusément…)

Ensuite, la deuxième partie nous plonge dans la vie de Catherine, de son enfance (mais est-ce qu’une enfance peut tout excuser?). Sa petite enfance d’abord passée dans le milieu hospitalier. Une mère qui ne l’aime pas (on comprendra plus tard qu’elle est issue d’un viol), qui est cruelle et jalouse aussi. Elle voulait être danseuse alors c’est Catherine qui le devient. Malgré le fait qu’elle boîte. Elle n’est pas une simple danseuse: elle excelle. C’est une reine. D’une beauté incroyable, elle plaît aux hommes. Elle épouse d’abord Paul et c’est un mariage tranquille, calme, son mari est fou d’elle, elle ouvre une école de danse à Marseille…Elle épouse ensuite un homme fortuné qui deviendra le père d’Elsa et de Violaine. Un homme mondain alors Catherine se plie aux mondanités. Reine encore. Elle vivra avec d’autres hommes aussi, elle se mariera encore à un père de famille, leurs enfants sont dans la même école…Le cadre idyllique en apparence pour ses filles qui évoluent dans un milieu aisé. Bien sûr, elle est reine. Elle sera reine aussi dans la maison de campagne achetée en Corrèze seule parce que c’est son projet, que le mari Parisien ne s’y voit pas.

Reine encore elle sera dans sa vie décadente et complément dissolue. Drogue, alcool, sexe aussi avec des amants de passage. Une vie à laquelle assistent ses filles, témoins d’un spectacle absolument pas de leur âge. Reine auprès de ses filles. Toujours. Toujours.

Comment se construire avec une telle mère? Quel adulte peut-on devenir après une telle enfance? Catherine aussi s’est posée la question, elle a lu Dolto, elle sait que tout se joue avant 6 ans et pourtant, pourtant, ses démons la rattrapent, elle passe sa vie dans les vapes et les vapeurs de l’alcool, des cachets, dans un milieu plein de fric, de mondanités et de vulgarité aussi.

La dernière partie du roman, celle où la maman disparaît pour de bon, pose la question des traces que l’on laisse derrière soi. Ses filles s’interrogent: est-ce que Catherine est cette dame qui vit au Sénégal? Où faut-il toujours remonter à l’enfance pour comprendre, comme elles le font sans cesse, marquées par ce qu’elles ont vécu?

Avis

A lire! Parce que c’est une rivière d’émotions à prendre à l’état brut ou à apprivoiser!

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