Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby

Editions Actes Sud- Mai 2018-272 pages

Un sujet peu connu et peu abordé dans l’univers romanesque: la tuberculose dans les années 50-60 et ses conséquences dans la vie familiale.

« Paquebot » est le nom donné aux sanatoriums dans les années 30, ils étaient massifs et leur forme architecturale les faisait ressembler à des navires. Le sujet du livre est donc donné dès la lecture du titre, à ceci, rien de surprenant.

Dès les premières pages, on se retrouve plongée dans une ambiance familiale faite de rires et de bruits: les parents de Mathilde, l’héroïne du roman, tiennent un bar sur la place du village, La Roche Guyon. On vous a déjà raconté les soirées avec l’harmonica? Vous y êtes, cela fait ambiance « bal populaire ». Le père, Paulo, amuse voisins et clients du bar. La mère, Odile, se plaint un peu de ne pas entourée par son mari mais elle tient le coup. Il y a trois enfants à élever aussi: Annie, l’aînée, la préférée du père, Mathilde, la cadette, « le garçon manqué », et le petit frère Jacques. Petite, Mathilde se bat pour éblouir son père, toujours occupé ailleurs.

Et puis, patatras, la tuberculose arrive…En 1952, le père finit par aller au sanatorium d’Aincourt, dans le Val d’Oise, la mère tient tant bien que mal commerce et famille mais elle est atteinte à son tour. La Sécurité sociale a beau exister, elle n’est encore réservée qu’aux salariés (et non aux commerçants), les médicaments coûtent chers et les parents sont des « tubards », les villageois ne sont pas tendres avec eux.

Mathilde, la brave Mathilde, va se retrouver très jeune le pilier de la famille. Annie a fui, elle s’est mariée ailleurs, elle a eu un bébé ailleurs, elle s’est échappée de cette famille. Mathilde, elle, va aller voir ses parents au sanatorium et faire le lien entre parents et enfants, Jacques étant en foyer ou famille d’accueil. Mathilde elle a demandé à être émancipée. Elle veut être libre de toute contrainte, le système d’aide sociale la rebute (Valentine Goby montre ainsi que le statut de l’enfant dans les années 50 peut être difficile, malgré la protection sociale).

Être mise à l’écart socialement, voir ses parents l’être, les voir partir, malades (s’en sortiront-ils?), mis à l’écart, devoir se battre pour tout, tout le temps, pour sa dignité aussi: tel est le combat de Mathilde. Elle reste dans le logement de la famille mais doit se débrouiller. Au lycée, elle s’habille avec des vêtements récupérés, elle veut continuer quand même plutôt que de se lancer dans le monde du travail tout de suite, malgré sa situation. Force et dignité: tel est son portrait.

Avis

Ce roman paru en août 2016 est un véritable coup de cœur. Une plongée dans un univers inconnu. Un univers pas tendre avec les laissés pour compte, ceux qui croyaient à l’opulence des Trente Glorieuses et qui n’imaginaient pas qu’une maladie peut tout détruire brutalement…

Mathilde est une figure de fille courage dont on se souvient. Avec elle se pose une question ô combien d’actualité pour de nombreuses personnes de nos jours: comment une personne aidante face à la maladie peut-elle se construire? comment peut-elle aider au mieux?

Ami lecteur, te voilà avec une lecture à mettre sur ta pile à lire!

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