Une exécution ordinaire – Marc Dugain

Editions Gallimard – 01/02/2007

C’est un film (si tu es arrivé(e) sur ce blog par ce biais, je crois que tu peux repartir…). C’est aussi un roman. C’est surtout un superbe roman. Marc Dugain, je le connaissais: c’est l’auteur de La chambre des officiers qui narre si bien l’histoire de gueules cassées fracassées par la guerre.

Marc Dugain…J’ai un peu triché, je suis allée consulter sa page Wikipédia qui indique qu’il nous régale de ces histoires depuis 1999. Voici donc la raison pour laquelle je ne l’ai pas lu à l’adolescence, je suis passée à côté et n’ai découvert l’auteur que bien plus tard (je ne saurais vous dire quand…).

La trame de ce roman paru en 2007 est construite autour d’un fait assez récent: en août 2000, un sous-marin nucléaire russe fait naufrage lors d’un exercice, en mer de Barents. 118 marins périssent.Vania Altman ferait partie des derniers survivants.

Mais Marc Dugain ne se centre pas sur cette tragédie: il porte un regard sur l’Histoire de la Russie depuis Staline. Les personnages sont abordés sous l’angle de la petite histoire, souvent dépeints par la narrateur, Pavel Altman, un professeur d’histoire juif remercié.

Le début du roman raconte l’histoire de sa mère, Olga Ivanovna Atlina, médecin dans un hôpital, se fait enlever puis réapparaît. Que lui est-il arrivé? Elle a été conduite dans les couloirs secrets du Kremlin et a rencontré…Staline en personne. Qui lui a ordonné d’exercer son pouvoir de guérisseuse magnétiseuse pour soulager ses douleurs. Et de se séparer de son mari, un physicien désabusé qui ne survit que par l’amour qui le lie à sa femme, sous peine de connaître les hivers sibériens. Tout cela se termine avec la mort de Staline, en 1953, mari et femme se retrouvent et un fils né quelques années après.

Une deuxième partie du roman nous emmène en Allemagne de l’Est. Un espion du KGB, Vladimir Plotov est mis à l’épreuve. Il est chargé d’approcher une Allemande de l’Est, soupçonnée d’espionnage. Son portrait est fait par deux militaires, témoins de son ascension et de son parcours. Le personnage Plotov semble être un clone de Vladimir Poutine, futur président.

Puis on en vient à la famille Altman. Pavel évoque son quotidien: sa femme qui n’a plus toute sa tête suite à un accident, la mère de celle-ci, sa maîtresse mais aussi ses enfants: Anna, journaliste et Vania, engagé dans la marine. Vania est « le » fils disparu, ils ont reçu une indemnité « en compensation ».

Mon avis sur ce roman

On arrive au coeur de l’histoire: celle du naufrage du Koursk, l’Oskar dans le roman.On découvre là aussi un monde corrompu, à l’échelle de la société, où les influences politiques se font et se défont. Après avoir lu les lignes montrant un Anton, meilleur ami du narrateur, d’un courage exemplaire (il savait qu’il allait mourir),on en arrive bientôt aux dernières heures de Vania. Dugain raconte, c’est d’un réalisme glaçant. Il dénonce aussi: Poutine savait mais n’a rien fait. Déliquescence de toutes parts de la Russie. Les hypothèses sur les causes du naufrage resteront…

Dugain maîtrise les codes de la narration historique, il fait prendre de l’étoffe aux personnages au fil de la narration. Ses descriptions nous font vivre l’Histoire. C’est un roman superbement bien écrit.

Petit bémol: j’ai mis du temps à entrer dans la narration. J’ai attendu de savoir quel était le rôle des deux militaires, dialoguant en prenant mille précautions. Je me suis un peu perdue dans leurs interminables conversations…Heureusement, ensuite, je n’ai pas décroché: le personnage de Pavel est intéressant, à la fois dans ce qu’il montre, un homme seul, blessé, que la vie n’épargne pas et dans ce qu’il nous fait découvrir: la vie de ses parents et de ses enfants…

Une exécution ordinaire est donc à lire et à relire…pour découvrir de nouveaux aspects la seconde fois.

Charlotte – David Foenkinos

Editions Gallimard-28/05/2014-224 pages

Après la lecture de ce roman, une seule pensée me vient: « mais pourquoi l’auteur nous offre t-il un style aussi inégal? » Si je ne lis pas ces romans dans l’ordre de parution, je ne peux m’empêcher de penser que les lecteurs de Vers la beauté ne pourront qu’être déçus s’ils ont lu Charlotte avant.

Un prénom pour titre, donc. On sait déjà avant d’avoir lu que ce prénom va nous plonger dans des sphères intimes. Charlotte? Un des prénoms des soeurs Brontë, cette histoire sera t-elle donc empreinte de mélancolie et de souvenirs de pensionnats horribles?

Il n’en est rien mais les deux Charlotte ont un point commun: elles meurent jeunes. Celle du dix-neuvième siècle meurt à 38 ans, vraisemblablement de maladie. Celle du vingtième siècle (celle de ce roman) est quant à elle frappée par les tragédies de la Grande Histoire: elle meurt à 26 ans à Auschwitz. La comparaison s’arrête là, revenons à présent au roman de Foenkinos.

Voici une brève biographie: Charlotte Salomon naît à Berlin le 16 avril 1917 de parents juifs allemands. Son père, Albert Salomon, est médecin et très accaparé par son travail. Sa mère, Franziska Grunwald, semble marquée par une malédiction familiale. Elle se suicidera quand Charlotte aura 9 ans, en 1926. En 1930, son père se remarie avec Paula, une cantatrice. Quelques années, après, arrivent les nazis au pouvoir. Charlotte se réfugie en France mais cela n’est qu’un asile temporaire: dénoncée, elle est envoyée au camp d’Auschwitz. Elle y mourra, enceinte, à 26 ans, gazée dès son arrivée.

Mais ce roman, dont on ne sait s’il s’agit d’un roman autobiographique ou d’un récit, n’est pas une simple narration. David Foenkinos raconte aussi son obsession pour son personnage, Charlotte Salomon, dont il a découvert le travail lors d’une exposition à Berlin. Il a pris son temps et un jour, il a été prêt: il s’est mis à écrire en prose: le roman est composé de phrases en ligne. Ligne par ligne, on prend sa respiration, on est en apnée, on vit les choses au rythme de l’écriture. On lit tout d’une traite. Et en refermant le livre, on se dit que c’est un très bel hommage qui reflète la vie de l’artiste Charlotte Salomon.

En ce qui me concerne, la critique de ce roman sera aussi minimaliste. Je vois dis simplement que lire cette histoire se vit. Peut-on raconter la vie en quelques lignes? Peut-on raconter l’art en quelques lignes? Peut-on raconter la construction d’une artiste en quelques lignes? David Foenkinos a raconté. Lisez donc ses mots!

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Bilan de lecture (Juillet/Août 2019)

L’été s’en va progressivement, au fur et à mesure que la rentrée s’annonce. Les enfants ont repris le chemin de l’école, les adolescents celui du collège et du lycée, leurs enseignants aussi. Septembre est là et j’ai soudainement moins le temps de lire, après un été haut en couleurs et riche en pages dévorées.

Certains auteurs ont accompagné particulièrement mon été, notamment David Foenkinos et Valentine Goby, comme deux compagnons de chaise longue. J’ai repensé à Monica Sabolo et à ma lecture de Summer quelques mois auparavant. Je ne vous ai pas encore dit que souvent, mes lectures étaient associés à des moments: je me revois ensuite lire tel livre à tel endroit et parfois, je retiens aussi les passages…

Coup de cœur

Pour effectuer un bilan, je dirais que l’ouvrage « Coup de cœur » qui fait réfléchir a été Fugitive parce que reine de Violaine Husman (voir le bilet https://wordpress.com/block-editor/post/lireetpourquoipas.home.blog/185). Parce qu’il m’a vraiment remué les tripes.

Avis mitigé

Le roman que j’ai le moins aimé est La fissure de Jean-Paul Didierlaurent (voir le billet https://wordpress.com/block-editor/post/lireetpourquoipas.home.blog/159). Je crois que je n’ai pas accroché à l’interaction « nain et propriétaire du nain ».

Nombre de livres lus

Durant l’été, j’ai lu 14 romans

Avec toutes mes sympathies – Olivia De Lamberterie

Editions Stock-22/08/2018-256 pages

Je n’ai qu’un an de retard, ce livre ayant été publié en août 2018. J’étais passée à côté, n’en ayant pas entendu parler…Il a par la suite obtenu le prix Renaudot de l’essai…

A ceux qui se disent: » je connais l’auteure, je connais l’auteure…mais qui est-elle? », en voici deux mots: elle est journaliste pour le magazine Elle (elle le mentionne plusieurs fois dans le livre) mais le grand public la connaît pour ses chroniques littéraires dans Telematin, sur France 2, aux côtés de William Lemergy (ah, ce n’est plus lui, c’est vrai, il est resté tellement longtemps dans le paysage audiovisuel…).

Olivia De Lamberterie (tel est son nom), critique littéraire, écrit ce récit autobiographique pour raconter Alexandre. Alexandre De Lamberterie, son frère.Le 14 octobre 2015, à Montréal, ce frère se suicide en se jetant du pont Jacques Cartier. Il laisse une femme, Florence, une fille adolescente, Juliette et une sœur donc, Olivia. Qui raconte sa vie à lui, à elle et la vie de ceux qui les entourent. Leur enfance. Leur adolescence. Classique, me direz-vous, lorsque on évoque des êtres disparus.

Oui mais il y a l’âge adulte aussi. Et le mal être d’Alexandre. La dysthymie sera diagnostiquée tardivement par les médecins. Il y avait eu des signes pourtant: une fugue des années auparavant mais l’amour de Florence, sa femme, l’avait aidé.

« Écris ton livre » a t-il dit à sa sœur qui lisait des livres écrits par d’autres. Elle a honoré sa promesse: le voici. Véritable plongée dans un monde où gaité et chagrin se côtoient, ce témoignage est un acte d’amour fraternel. On n’écrit pas si facilement le mal de vivre: Avec toutes mes sympathies (expression québécoise signifiant « mes condoléances ») est un roman qui, au contraire, est une ode à la vie. Un roman tout en émotion qui distille deçà delà des mots vibrants. A lire.