Le plus fou des deux- – Sophie Bassignac

Editions J.-C.Lattès – 21/08/2019-304 pages

Elle s’appelle Lucie Paugham. Elle est marionnettiste, célèbre. Un soir de réveillon, elle croise au cinéma un inconnu qui lui demande:  » Donnez-moi une bonne raison, une seule, de ne pas me suicider cette nuit ». Lucie se retrouve plongée trente ans en arrière: son père lui avait fait la même sommation. Elle était adolescente, elle regardait avec sa sœur Agnès un film qu’elle connaissait par cœur, il faisait chaud, moite et elle n’a pas prêté attention aux paroles de son père. Sa sœur l’a retrouvé pendu dans le garage.

Depuis, elle s’en veut alors là, elle se dit qu’elle a l’occasion de réparer. Elle ne laisse pas l’inconnu tomber. Elle le prend sous son aile, l’engage pour travailler avec elle et Théodora, sa marionnette.

Rien ne sera simple: elle est mariée à Philippe, a deux enfants, Louis et Véga, adolescents. En apparence, tout roule. Il n’en est rien, en réalité. Et la présence d’un inconnu ne fait que déliter son univers. Alexandre Lanier est bloqué dans son présent, elle est bloquée dans son passé.

Un soir, juste avant une représentation, il disparaît. Des pages et des pages de description d’un monde d’artistes sur le fil, tout en délicatesse, concentrés sur leur art, un art de saltimbanque, une vie précaire mais un art au centre. Tout cela pour ça? Lucie ne peut l’accepter et part à la recherche d’Alexandre. Mais qui est-il? En essayant de comprendre, Lucie tente de se comprendre elle-même. Avec ses fêlures et ses dénis. Mêlés à ceux de sa sœur qui en a d’autres aussi.

Et si ce roman était aussi le roman de la confiance? Ne dit-on pas: « le plus fou des deux n’est pas celui qu’on croit? » Est-ce Lucie? Ou s’agit-il d’Alexandre? Ou des deux, se retrouvant englués dans une folie artistique qui les dépasse? Lucie a choisi l’art de la marionnette pour lutter contre un bégaiement qui ne l’a pas choisi mais qu’elle a subi enfant. Alexandre a prêté sa voix à Théodora qu’il n’aime pas parce qu’il a trouvé là le moyen de ne pas sombrer pour un temps.
Ces deux-là peuvent-ils se faire confiance, unis de spectacle en spectacle?

A travers ses épisodes de lutte contre elle-même, à travers ses introspections, Lucie peut-elle vivre une autre vie? Sa vie d’artiste et l’essence de son art la subliment mais sa vie conjugale n’est qu’illusion et ne fait que l’enfermer, sans qu’elle parvienne à exprimer son ressenti face à son drame familial.

Avis

J’ai beaucoup aimé ce roman (paru en août 2019) et l’intériorité des personnages sur le fil, si fragiles mais si forts ensemble, à condition d’accepter la folie de leurs conditions. Et si l’art permettait de tout sublimer? Sophie Bassignac nous offre des portraits de personnages qui se cachent, qui se cherchent, qui s’aiment sans le voir, qui se détestent sans le dire, qui s’indiffèrent souvent mais qui s’humanisent aussi, à la recherche de leur passion, des moments les plus propices pour exister enfin. Je recommande, je recommande, je recommande encore et encore!

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