Ça raconte Sarah – Pauline Delabroy-Allard

Editions de Minuit- 06/09/2018-192 pages

La course aux prix littéraires actuelle me donne envie de me replonger dans la course 2018 et je vais donc présenter dans cet article ainsi que dans un autre article deux romans que j’ai lus à cette époque. Le premier, ce sera Ça raconte Sarah, paru en septembre 2018, le deuxième, ce sera Leurs enfants après eux (dans un prochain billet,donc).

Voici la présentation de Ça raconte Sarah par les Editions de Minuit (ouais, un premier roman publié aux Editions de Minuit, rien de moins!): « Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine. Ça raconte Sarah, de symbole : S. « 

Pauline, tu vas dire que je ne me foule pas: cela fait un an que je dois écrire cette critique, j’aurais pu le faire avant alors maintenant, voilà que je me contente d’un copié-collé. Eh bien, non, je vais te donner mon avis (et à vous aussi qui me lisez) sur ton roman. Il faut juste se dire que cela ne sera pas très original, pas très novateur: tout a été dit depuis un an. Allons-y quand même parce qu’il faut bien se dire aussi que si le livre étant sans intérêt, il ne ferait pas l’objet d’un billet.

Pour ceux qui connaissent et ont lu le roman, vous pouvez passer ce paragraphe. Pour les autres, voici un bref résumé: la narratrice dont on ignore le prénom est professeure, mère célibataire abandonnée par le père de son enfant, elle habite dans le 15ème arrondissement de Paris où elle mène une vie tranquille, faite du quotidien et de ses lourdeurs, de culture et de soirées entre amis. Lors d’une soirée de Nouvel An, elle rencontre Sarah qui est violoniste. On lui en a parlé, sans que rien ne s’éveille en elle. Elle la revoit. Et puis, voilà, la machine est progressivement lancée: la passion, la passion amoureuse sous tous ses traits. Telle est la première partie. La deuxième est toute autre: elle évoque les affres de la passion, le lointain (une partie de l’action a lieu à Trieste), la souffrance, terrible, la perte aussi.

Mon avis sur le livre

Je commence par une remarque entendue: « Ce roman décrit très bien la passion amoureuse, il se lit bien mais les verbes au présent, bof… » (paroles approximatives). Sur ce premier point, je dirais que le présent est ce qui fait la force du roman: parce qu’une passion, parce que cette passion-là, c’est l’immédiateté, la fulgurance aussi. On n’a pas le temps de penser au passé, on ne ressasse pas les souvenirs, on vit les choses. Intensément. Énormément.

L’écriture de Pauline Delabroy-Allard est fluide, oui, et rythmée aussi: les phrases simples expriment la passion et aussi tout le caractère de Sarah. La première partie s’articule autour des prémices de cette passion de la narratrice. Et d’emblée, Sarah prend toute la place. Sarah si vivante. Sarah qui fait tout oublier. C’est l’abandon de soi, la découverte de l’Autre, la découverte des corps aussi. Le tout dans un quotidien qui semble sans importance s’il ne s’appelle pas Sarah. La description de la passion s’articule autour de références littéraires, autour de la musique, qui semble lui donner tout son tempo (car la musique, c’est tellement Sarah).

Mais la passion, c’est aussi brusquement sa fin. Et la douleur de la narratrice. Même si vivre avec Sarah (et par elle) se révèle épuisant. Cette narratrice qui perdra pied et cette perte, cette descente vers une certaine folie ne peut avoir lieu que dans l’ailleurs, pas dans le quotidien des lieux.Chez Pauline Delabroy-Allard, l’espace prend forme aussi au sein même des émotions, surtout dans la deuxième partie du roman. Trieste, tristesse, solitude. Et aussi suffocation dans ces lieux rétrécis qui sont tellement sans elle, sans Sarah. Ce n’est plus tant la personne de Sarah qui est décrite, c’est son absence qui emplit les murs, c’est l’impact de la passion de la narratrice pour elle. Et on se demande comment tout cela se terminera…

Merci, Pauline, pour la description d’un Paris que je connais: le 15ème arrondissement à son charme. Merci pour ces nombreuses belles pages sur la passion amoureuse et son déclin, façon 21ème siècle (parce que les personnages du roman sont modernes, contemporains, Sarah, cela pourrait être notre meilleure pote, celle qu’on invite aux soirées, la narratrice pourrait être celle qu’on console, sachant que ce qu’elle livre n’est que l’iceberg de sa douleur).

Merci pour ce premier roman qui en annonce d’autres, espérons-le, tout aussi prometteurs.

Pour en finir avec la parution de ce roman il y a un an, j’ajoute pour ceux et celles qui l’ignorent que Ça raconte Sarah n’a finalement pas obtenu le Prix Goncourt, bien qu’étant en lice pour ce Prix au deuxième tour. Mais il a obtenu les prix littéraires suivants en 2018: le Prix du Roman des étudiants France Culture-Télérama, le prix des Libraires de Nancy, le Prix Envoyé par la Poste, le Prix du Style et il a été le Choix Goncourt de la Suisse, de la Roumanie et de la Pologne.

Ajoutons donc que lire Ca raconte Sarah suppose d’entrer dans un univers. L’univers de l’auteure: vous n’avez qu’a lire les nombreuses interviews qui ont été faites pour son roman, vous comprendrez un peu (un peu parce que je reste persuadée qu’un écrivain, surtout auteur d’un premier roman, ne se dévoile pas complétement) sa démarche littéraire, son trajet jusqu’à la consécration de ce roman…Car Ça raconte Sarah est une histoire qui a toute sa place dans l’écriture de l’intime et aussi l’écriture du dépassement de soi et le roman en tant qu’objet continue sa trajectoire à l’international.

Good luck, Pauline, je salue ton travail et ta force d’écriture!

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