Leurs enfants après eux – Nicolas Mathieu

Editions Acte Sud – Août 2018- 432 pages

Les garçons Anthony et son cousin Hacine et les filles, Clémence et Stéphanie, issues d’un milieu plus aisé, sont des enfants de la vallée de Heillange (ville fictive), dans l’Est, non loin du Luxembourg. Nous allons suivre leurs parcours pendant 4 étés, l’action débute en 1992 puis arrivent 1994, 1996 et 1998, le livre étant lui-même divisé en 4 chapitres, un par période.

Que peuvent donc faire des adolescents dans une ville marquée par la désindustrialisation, le chômage, l’alcoolisme et le désœuvrement des parents, aigris ou revanchards sans en avoir les moyens? Ils se réunissent en bandes, vont se baigner au lac, parlent, se disputent, jouent au ballon, avec leurs mobylettes, font l’amour aussi. Comme tous les jeunes de France, me direz-vous.

Nicolas Mathieu ne nous parle pas seulement de cela: il nous décrit une France de classes moyennes, avec maison-jardin-crédit à payer. La France d’ouvriers qui ont cru faire mieux que leurs parents, qui ont eu leur titre de propriété mais les voilà ancrés dans une certaine lassitude de la vie…

A 14 ans, Anthony observe autour de lui et rêve d’ailleurs. C’est pas très vendeur, la vie proposée par les adultes du coin: des formations courtes, sans réels débouchés, des emplois pas folichons…Il connaît son premier amour avec Stéphanie, considérée comme une petite bourgeoise. Il découvre aussi les strates d’une société sans fard qu’il observe sans concession…

Mon avis sur ce livre

Nicolas Mathieu mérite indéniablement le Prix Goncourt, de par la qualité de sa description infinitésimale de ce que l’on peut appeler « la France péri-urbaine ». Si le langage utilisé est souvent cru, on l’imagine sans peine être celui de cette génération d’enfants des années 70 grandissant dans les années 90. On a prêté à l’auteur une volonté balzacienne ou encore zolienne, on l’a comparé à Annie Ernaux. Il y a de tout cela dans ce roman paru en août 2018, c’est vrai: mais son projet littéraire repose aussi sur la perception adolescente des choses. Et c’est pour cela que l’on retrouve des pages et des pages d’excès, parce qu’un adolescent est dans le plein: le plein d’amitié, le plein d’amour, le plein de découvertes, de sensations, de violence de toutes parts aussi: violence de la découverte de sa classe sociale, violence d’une décision à prendre, urgence même. Comment fait-on pour s’arracher d’un endroit où rien ne bouge depuis des décennies? Comment fait-on pour vivre sa vie? Et doit-on nécessairement s’extirper de ce monde pour être heureux?

Anthony observe, le temps passe, certains jeunes de la vallée partent et reviennent aussi: parce qu’ils ont cru que l’argent facile était ailleurs, dans l’univers violent de Marseille et ses drogues, et le retour dans ce cas-là est lourd. Parce que certaines ont cru que le travail, ailleurs, cela ira mais que fait-on quand on a des gosses? Qui peut les garder mieux que les grands-mères? Alors, retour dans la vallée. Ce roman est aussi le roman d’une jeunesse désillusionnée, qui ne croit plus aux rêves de leurs parents. A eux de faire leurs propres repères et de s’éloigner de ce monde d’ennui.

Conseils: à lire absolument. Pour découvrir une langue qui sonne tellement vraie et un roman plein d’humour.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s