Kinderzimmer – Valentine Goby

Éditions Actes Sud-Août 2013-224 pages

Actuellement en train de lire le dernier roman de Valentine Goby, Murène (cela fera l’objet d’un prochain billet), je me rappelle n’avoir pas encore consacré de billet au sublime Kinderzimmer.

J’ai découvert ce roman paru en août 2013 dans un contexte professionnel: il faisait partie de la sélection pour le Prix des Lycéens d’Ile de France, auquel j’ai assisté en 2015, au Salon du Livre à Paris (porte de Versailles, pour les connaisseurs). Mais je n’ai pas usé que de mon oeil de professionnelle du livre, mon coeur aussi a contribué et battu fort, fort pour ce roman, me submergeant d’émotion.

Le sujet même d’abord: une Kinderzimmer est une pièce destinée aux nourrissons, dans un endroit où la vie est plus facilement enlevée que donnée. N’oublions pas: nous sommes en 1944, en pleine seconde guerre mondiale. Au camp de Ravensbrück. J’apprends ainsi que non seulement des bébés ont survécu dans les camps de la mort mais aussi que certains y sont nés, y ont vécu et survécu.

Elle s’appelle Mila (ou Suzanne à l’état civil), elle a 20 ans. Au printemps 1944, elle arrive au camp qui compte 40000 femmes, venues d’Europe. Pour des faits de résistance. Elle n’est pas seule, sa cousine l’accompagne. Et aussi un petit être qui grandit en elle.
Elle connaîtra une descente aux Enfers, processus de déshumanisation orchestrée par les nazis. La faim, le froid, la promiscuité avec les autres femmes, l’épuisement, le désespoir et toujours le devoir d’obéir aux règles. Travailler, ne pas protester, quelles que soient les conditions, même lors des appels en pleine nuit, même quand des camarades manquent à l’appel parce qu’il a fallu fermer leurs yeux pour toujours.

Mila se dit qu’il faut survivre pour ce bébé, même s’il est le signe d’une anomalie dans l’univers concentrationnaire. En attendant, elle lutte pour sa survie, même si c’est pas la vie, dit-elle. Et une camarade, Teresa, lui répond « qu’être vivant, c’est faire des gestes qui préservent ».

Des années après, c’est Suzanne qui témoigne devant de nombreux lycéens et répond à leurs questions. Oui, elle est sortie du camp avec un bébé, James, à qui elle a raconté son histoire Oui, ce bébé, c’était un espoir pour elle comme pour d’autres, une raison de vivre.

Valentine Goby nous offre un récit court mais intense, sans verser dans le pathos. Le sujet même ne prête pas à rire et n’appelle pas non plus un jugement. Cela s’est passé et il a été possible de s’en tirer. L’humain s’est accroché dans l’inhumain, le présent de narration fait s’étaler les choses sous nos yeux. Cela prend aux tripes, cela bouleverse à un point tel qu’on mesure ce qu’est la vie aux frontières de la mort…A lire, à lire, à dire aussi, il faut en parler aux jeunes générations…

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