Le bal des folles – Victoria Mas

Résumé du roman

Elles s’appellent Louise, Thérèse, Eugénie et sont enfermées à la Salpêtrière d’où beaucoup de femmes ne ressortent jamais. Amenées par leur mari, leur père, leur famille, elles sont à l’abri des regards, loin de la société dix-neuvièmiste où il ne fait pas bon avoir une conduite sortant des sentiers battus.

La fin du dix-neuvième siècle est aussi l’époque où le psychiatre Charcot mène des expérimentations: une patiente, « une folle », est présentée à un groupe d’étudiants en médecine afin que soient étudiées, à l’aide de l’hypnose, les manifestations de l’hystérie.

C’est lui encore qui a l’idée d’organiser le bal des folles. Une fois par an, à la mi-carême, le tout-Paris est invité à contempler les patientes, déguisées pour l’occasion. Les bourgeois y viennent comme on va au zoo, pour voir « les folles », les médecins ont pour objectif de montrer les progrès de la médecine.

Le bal de 1885 ne ressemblera à aucun autre. Geneviève, chargée de surveiller les femmes, est en pleine période de doute. A travers son histoire et celles d’autres femmes, nous pouvons nous demander quelles sont les causes de la folie et jusqu’où celle-ci conduit-elle?

Mon avis sur le roman

J’ai beaucoup aimé ce roman (paru en août 2019) pour de multiples raisons. La première est le portrait superbe que Virginie Mas brosse de ces femmes, présentées davantage comme victimes que comme réellement folles. Thérèse le dit elle-même: en ce lieu, elle se sent protégée, que ferait-elle dehors? L’histoire de Louise est émouvante et triste: violée par son oncle, elle est amenée ici par sa tante et traumatisée, elle devient un sujet en crise, patiente vedette de Charcot.

J’ai également été beaucoup intéressée par l’histoire de la société du dix-neuvième siècle : celle de la psychiatrie qui était une discipline assez neuve. Par ses expérimentations, Charcot a fait avancer les travaux sur l’hystérie, les patientes sont désormais traitées plus humainement. Mais aussi celle de la société bourgeoise qui, par peur du déshonneur laisse ses filles dans cet endroit. Toutes ne sont pas « folles », certaines sont traumatisées suite à un viol, d’auťres ont commis un meurtre passionnel, d’autres encore semblent pouvoir communiquer avec les morts…Mais toutes se retrouvent enfermées, leurs conditions féminines sont bafouées par les pères, les frères, elles sont plongées dans un monde tout aussi violent, celui de la violence psychique , oubliées de tous.

Le bal n’est qu’un sujet parmi d’autres: s’il est prétexte à des préparatifs donnant l’impression pour les folles de remettre un pied dans la normalité, il est aussi le miroir d’une société voyeuriste. Celle là même qui se déplace pour voir des femmes à barbe ou des pygmées dans les cirques, fascinés et dégoûtés à la fois par l’anormalité.

Plongé(e)s dans le quotidien des patientes et des infirmières, nous mesurons, nous lecteurs et lectrices d’aujourd’hui , tous les progrès réalisés par la médecine qui, à l’époque, faisaient peu de cas des patientes. Bien des femmes ont dû être enfermées injustement mais ce n’est pas de cela dont il est question, finalement.

Victoria Mas tente plutôt de nous faire comprendre ce qui conduit à la folie, ce qu’est la folie et vers quoi elle débouche…Elle signe un très beau premier roman, très documenté sur les services psychiatriques. Si l’ambiance de l’hôpital de la Salpêtrière fait froid dans le dos, l’humanité et la solidarité restent tout de même présentent à travers les murs…

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