Naïs – Marcel Pagnol – #Reading Challenge Classics 2020

Naïs est un film réalisé en 1945 par Raymond Leboursier et Marcel Pagnol,avec pour acteurs principaux Fernandel et Jacqueline Bouvier, future Mme Pagnol.

C’est une adaptation d’une nouvelle de Zola, Naïs Micoulin. Les éditions de Fallois ont publié la version de Pagnol et c’est ce livre que j’ai déniché à la bibliothèque et lu.

Naïs est une jeune fille de condition modeste: orpheline de mère, son père, le père Micoulin, est métayer dans une ferme. Les propriétaires, les Rostaing, viennent d’Aix en Provence, avec leur fils, Frédéric, beau garçon satisfait de sa condition bourgeoise.

Toine est un être bossu qui travaille à la ferme des Rostaing. Il est amoureux de Naïs. Celle-ci s’éprend de Frédéric et le retrouve en secret: le père Micoulin est sévère et maltraitant envers elle, il verrait cet amour d’un mauvais oeil. Quand il comprend, en effet, il ne souhaite qu’une chose: tuer Frédéric. C’est sans compter Toine, qui se fait complice des jeunes gens en dépit de son amour pour Naïs. Le stratagème de Micoulin va donc se retourner contre lui. Naïs partira à la fin du roman avec les Rostaing.

[Dans la version de Zola, la fin est moins heureuse: Naïs comprend que ses amours avec Frédéric ne dureront pas et peu après la mort du père Micoulin, épouse Toine par dépit, Frédéric étant assez indifférent à la nouvelle.]

J’ai trouvé la version de Pagnol très vivante, très rythmée. Il n’y a qu’à lire le premier chapitre pour s’en rendre compte: les répliques de Toine sur sa bosse et sa condition de bossu campent un personnage attachant et réaliste.

« Il y a des enfants bien tristes, Henri, et qui font semblant de rire tout le temps, parce qu’ils ont tout le temps envie de pleurer…Et j’ai entendu dire: »Il rit comme un bossu. »Si on leur racontait Lauzun, les petits bossus riraient moins souvent parce qu’ils n’en auraient plus besoin ».

Cet ouvrage est empreint de poésie, les dialogues sont de toute beauté, les personnages font à la fois preuve de candeur et de lucidité, le tout donne un ton humoristique désarmant. On pense aussitôt à La fille du puisatier dans la même veine, on se revoit visionnant les films…(je n’ai pas vu les films en noir et blanc, je parle des films de Pagnol, en général). Marcel Pagnol n’avait pas son pareil pour écrire les dialogues que l’on imagine prononcés avec l’accent chantant…

A lire pour se plonger dans un univers provençal dans lequel un petit bossu a décidé de donner de l’amour et de sauver l’amour aussi…

Reading Classics Challenge 2020

Depuis le début du mois, je vois passer des billets sur divers blogs en relation avec le Reading Classics Challenge. C’est la troisième édition de ce défi mis en place par l’auteur du blog Lillyandbooks.

Le principe est le suivant: lire un ouvrage classique par mois. Classique s’entend au sens de « considéré comme un classique » ou datant d’avant la seconde moitié du XIXe siècle. Certaines personnes sur les blogs choisissent librement 12 classiques. Sur le blog Lillyandbooks, il est indiqué une liste d’auteurs pour favoriser les lectures communes,les partages. J’ai consulté la liste (cela fait quelque temps que j’essaie d’établir une liste, j’ai déjà lu pas mal de classiques) et je tente l’aventure: je ne connais pas certains auteurs et je suis sûre qu’il me reste des oeuvres de Pagnol à lire!

Voici ma liste

  1. Pagnol/ Pearl Buck: j’ai lu les classiques de Pagnol, je choisis donc Pearl Buck avec Vent d’est, vent d’ouest. [Finalement j’ai choisi Naïs de Pagnol, je lirai Pearl Buck plus tard.]
  2. Barjavel / Daphné du Maurier: j’ai du mal avec Daphné du Maurier, ce sera Barjavel.
  3. Selma Lagerlof: ce sera Vanina vanini de Stendhal
  4. Tolstoi/ Toni Morisson: ce sera Sula
  5. Louis Aragon/ Elsa Triolet: le choix est difficile, ce sera Aurélien de Louis Aragon
  6. Gabriel Garcia Marques/Nathalie Sarraute: Vivre pour la raconter
  7. Thomas Hardy/Mme de Villeneuve : Jude l’Obscur (ebook gratuit)
  8. Léopold Sėdar Senghor/Emily Dickinson: Poèmes
  9. Joseph Kessel/ Andrėe Chedid: Le message
  10. Kafka/ Madeleine Saint John: Parce que je connais bien la métamorphose, ce sera Le Procès
  11. Walter Scott/ Grazia Deledda: Les pirates de Walter Scott
  12. Jorge Luis Borges /Doris Lessing : Les enfants de la violence de Doris Lessing

Et maintenant, comme pour beaucoup d’entre vous, je pense, j’ai envie de lire!

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La grand-mère de Jade – Frédérique Deghelt

Editions J’ai lu – 29/01/2011-288 pages

Résumé

Imaginez une vieille dame de 80 ans qui mène une vie paisible dans sa ferme savoyarde. Veuve depuis 3 ans, elle ne voit pas souvent ses trois filles, accaparées par leurs métiers et vie familiale et son fils, parti pour la Polynésie des années auparavant.

Une chute et une perte de connaissance troublent sa vie tranquille. Tout à coup, ses filles la trouvent trop vieille et veulent la faire déménager pour aller en maison de retraite.

C’est sans compter la fille du fils, Jade, 30 ans, Parisienne, qui vient de rompre avec son petit ami. Elle ne laissera pas tomber sa « Mamoune », elle hésite mais malgré ses doutes, elle enlève sa grand-mère et direction Paris!

Mamoune va lui confier bien des choses qui lui font réaliser qu’elle n’est pas qu’une grand-mère. Mamoune avoue qu’elle aime lire. Mamoune est surprenante et Jade et elle vont apprendre à se connaître.

Avis de lecture

Frédérique Deghelt signe là un roman plein de tendresse pour le 3ème âge. La relation entre Jade et sa grand-mère Jade est très belle, douce et tendre. On a envie d’avoir une grand-mère aux apparences classiques mais tourbillonnante à souhait!

La narration est présentée sous deux points de vue: celui de Jade à la troisième personne et celui de Mamoune à la première personne, chacune des deux femmes s’observant, analysant les choses à leur manière. Mamoune est un personnage caractéristique du troisième âge: pleine de recul, de sagesse, ayant une vie active…et surprenante à la fois: la lecture, pour elle, c’était des moments volés à tous, comme si lire était honteux! Elle sera donc une bonne alliée pour aider Jade à publier son premier roman.

La grand-mère de Jade est un roman attendrissant qui décrit une relation inter-générationnelle où ténacité et sagesse sont des valeurs fortes, la littérature y tenant une place importante. Le dénouement est surprenant et clôt admirablement ce roman qui se lit volontiers accompagné d’une madeleine, au coin du feu (cela n’a pas été mon cas mais je suis sûre que le faire aide à plonger dans l’ambiance).

Le vieil homme et son chat – Nekomaki

Editions Casterman – 05/09/2018-176 pages

Résumé (par l’éditeur)

Daikichi, instituteur à la retraite et veuf, et son chat Tama, coulent des jours paisibles. Anecdotes et souvenirs d’antan refont surface au fil des promenades anodines où l’on redécouvre un Japon oublié des contemporains. Les chats, eux, observent les hommes et il s’avère que leur présence discrète se révèle être du plus grand réconfort.

Mon avis

On suit avec plaisir les aventures de ce drôle de chat fidèle et de son maître. Le duo d’auteurs ayant pris pour pseudonyme Nekomaki nous offre une tranche de vie quotidienne telle qu’elle donne envie de dire: « j’en reprendrai bien un morceau ». La gastronomie est au rendez-vous de façon hilarante: le vieil homme et son chat passent leur temps à manger des mets qui paraissent fins et délicats (un véritable art japonais pour les ventres sur pattes!). Le temps et les saisons qui passent sont joliment narrés, entre les parties de pêche avec l’ami d’enfance, les souvenirs qu’on se remémore, l’entretien des sanctuaires…

Que dire du dessin? Il est délicat, poétique, les aquarelles en double page sont superbes. Le village de Daikichi apparaît paisible, revigorant même avec ses ressources naturelles.

Ce seinen qui fait partie de la sélection du prix Mangawa est joliment attachant!

Le petit bonheur hebdomadaire #11

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L’hiver, les longues journées de travail (les horaires, les longs trajets à cause de la grève des transports…): rien de bien propice à un « petit bonheur ».

Je dirais quand même: le soutien de certains collègues…et la bonne idée que deux collègues ont eue: amener des galettes des rois pour les pauses…Un peu de sucre, cela fait du bien!

Celle que je suis- Bingo Morihashi

Caractéristiques du manga

Date de publication originale: 10 janvier 2019

Dessin : KOKO Suwaru

Scénario : MORIHASHI Bingo

Traducteur: OLIVIER Claire

Editeur: Akata

Prépublication: Sylph

Type: Shojo

Illustration: n&b

Origine: Japon – 2016

Résumé (par l’éditeur)

Années quatre-vingt, Tokyo. Yûji Manase est étudiant. Mais il vit au quotidien avec deux secrets dont il n’a jamais parlé à personne : d’une part, les sentiments qu’il éprouve pour son ami de longue date Masaki Matsunaga, et de l’autre, le malaise qu’il ressent vis-à-vis de son corps. Un jour, Yûji pose la main sur une robe que sa sœur a laissée dans son appartement, sans savoir que cet acte allait bouleverser sa vie…

Mon avis

Sous ses airs de shojo aux dessins ronds, ce manga aborde avec pudeur des thèmes sensibles comme la transidentité et le fait d’être attiré par les garçons. Le héros principal est touchant, on assiste à sa transformation, au fait qu’il soit devant sa glace, en train de s’observer, habillé en fille. On s’interroge avec lui, on ressent ses doutes, on vit avec lui le fait de savoir qu’il aime son meilleur ami…

Au delà de la question du genre, la question de trouver sa place dans la société, dans le Japon des années 80 très attaché aux traditions.

Si le premier tome pose les jalons de l’histoire, j’attends de lire le deuxième tome afin d’avoir une vue d’ensemble.

Ce manga fait partie de la sélection du prix Mangawa. Il faut avertir les adolescents sur le sujet mais aucune violence n’est véhiculée…

Eden- Monica Sabolo

Editions Gallimard -22/08/2019-288 pages

Résumé

Lucy est une adolescente blanche de 15 ans, venue de la ville avec son père, dans une réserve amérindienne du Nord de l’Amérique. Deux clans s’opposent : le personnel blanc des exploitations forestières, dont on entend les tronçonneuses vrombir à longueur de journée et les habitants des lieux, les « Indiens » qui aiment leur environnement au milieu de la nature qu’ils respectent et qui déplorent que l’écosystème soit menacé et saccagé.

Nita, la narratrice, vit avec sa mère à la lisière de la forêt. Elle et Lucy prennent le même car scolaire, sont dans la même classe mais ne sont pas amies, les Blancs et les autochtones ne se mélangent pas. Lucy est secrète, elle ne se mêle que peu aux autres adolescents, parcourant plutôt la forêt, à la recherche « d’esprits de la forêt ».

Elle disparaît deux jours. On la retrouve nue, mutique: elle a été violée. La police enquête et Nita cherche aussi la vérité. Elle raconte:la fascination des garçons pour Lucy, son rapport avec la nature. Elle explique aussi la vie à la réserve où Blancs et Indiens ont chacun leurs lois. En cherchant à savoir ce qu’a vécu Lucy, elle va découvrir et décrire un monde loin du paradis perdu…

Mon avis sur le roman

Un très beau roman qui décrit les ravages des machines sur la nature. Les descriptions de la forêt, lieu enchanteur, territoire menacé, espace initiatique pour les adolescents à la recherche de transgressions: alcool, drogue, sexe, contribuent à donner une ambiance mystérieuse au roman. Les personnages de Nita et de Kishi, sa copine, sont attachants. Toutes deux sont emplies d’une souffrance (la disparition du papa) qui n’en fait pas pour autant des êtres sombres. Au contraire, elles ont besoin de la nature, de la forêt pour se ressourcer, elles croient aux légendes véhiculées parce que c’est un pan de leur culture. Et si Nita décide de faire partie de ce gang de filles, les serveuses du bar « Hollywood » qui accueille les hommes des exploitations forestières, c’est par solidarité féminine et aussi pour dire « stop » à un monde empli de violence qui heurte l’environnement calme de la forêt.

Après Summer, où le lac apparaissait comme un endroit fascinant et dangereux à la fois, Monica Sabolo signe ici un roman où la forêt est partout et dans lequel chacun se situe par rapport à elle. Pour les hommes blancs, c’est un gagne-pain, peu importe, ils travaillent, ils détruisent les arbres puis le soir, s’enivrent et deviennent violents avec les filles. Pour les indiens, la forêt est un trésor à préserver, un lieu qu’ils savent menacer. Même si comme Nita, ils ont envie de partir. Même si comme Kishi, ils sont désabusés: « on ne pourra jamais s’en aller ».

J’ai beaucoup aimé ce roman qui dresse le portrait d’adolescents confrontés à une vie dure, à une nature violente, loin de l’Eden que l’on pourrait imaginer. A lire pour comprendre que tout peut changer, que le destin de chacun n’est jamais fermé et pour s’ouvrir aux beautés de la nature.

Princesse Détective – Anan Mayuki

Ce manga est paru en octobre 2018 aux éditions Nobi Nobi, dans la collection Shojo Kids (à partir de 11 ans). Il est destiné aux plus jeunes.

Résumé

En charge de la bibliothèque de l’école, Hinami Shion, une jeune collégienne à lunettes, passe ses journées à lire des livres policiers. Le plus grand trésor des lieux ? Un ouvrage de collection très rare des enquêtes de Sherlock Holmes. Mais un jour, le livre disparaît mystérieusement ! Qui peut bien être le voleur ? Comment a-t-il procédé ? Hinami a bien son idée, mais intimidée par les autres, elle a peur de parler en public… La jeune enquêtrice enlève alors ses lunettes pour ne plus voir leurs visages et exposer sa théorie : elle devient « Princesse Détective » ! Avec l’aide de ses deux amis, Rikka et Jin, elle va résoudre les enquêtes les plus complexes.

Mon avis de lecture

Un shojo agréable pour les plus jeunes, facile à lire et un tome 1 qui présente bien les éléments essentiels de l’action. La jeune Hinami fait penser à Detective Conan. En lisant la première enquête, celle du livre volé, on fait connaissance avec les personnages et on apprend comment la jeune héroïne timide devient Princesse Détective. La résolution du mystère passera par le fait d’enlever ses lunettes pour qu’elle voie le monde en flou qu’elle ose parler. Même si elle se veut être le Sherlock Holmes féminin, la résolution des enquêtes est tout de même rapide ainsi que les déductions. Les plus jeunes se focaliseront probablement sur ce qui arrive aux héros, vite attachants, sur leurs caractères, leurs costumes (avec les fameuses lunettes et les cheveux détachés de Hinami), et les éléments permettant de résoudre l’enquête.

Ce manga fait partie de la sélection du prix Mangawa.

Le tigre des neiges – Akiko Higashimura

Tout commence par une hypothèse: et si Uesugi Kenshin était en réalité une femme?Ce grand seigneur de guerre ayant vécu à l’époque Sengoku, au XVIeme a dirigé sa province d’Echigo avec fermeté. Il est considéré comme un grand stratège militaire et surnommé le tigre d’Echigo.

1529, au Japon, à l’ère Kyoroku. Au château de Kasugayama, la femme du seigneur Tamekage Nagao, Okon, attend son troisième enfant. Il y a déjà un grand frère, Harukage, 18 ans, qui n’a pas l’étoffe d’un grand guerrier et une soeur aînée, Ayahime, 5 ans, qui voudrait une petite soeur. Un garçon est espéré mais c’est une fille qui naît. La déception du père est grande. Il décide que le bébé s’appellera Torachiyo et que tout sera fait pour qu’il devienne une commandante militaire.

Ce manga historique raconte l’enfance de Tora de sa naissance à ses 7 ans. Dès les premières pages, la mangaka Akiko Higashimura fait preuve d’ingéniosité pour retenir l’attention du lecteur: elle présente un scénario plus historique en haut de la page et une histoire plus légère, plus humoristique en dessous, enjoignant le lecteur à lire le haut s’il « est nul en histoire ».

Ce seinen (pour les plus de 14 ans) s’adresse aux fans d’histoire mais aussi aux autres. Le récit est de qualité: la question du genre et des activités des filles et des garçons est abordée, on en apprend beaucoup sur la vie dans le Japon médiéval, l’éducation des futurs seigneurs, les entraînements militaires aussi. Si le poids de l’héritage est présent, la famille semble chaleureuse, la mère aimante, le père qui met tous ses espoirs chez son troisième enfant, les serviteurs dévoués.

J’ai particulièrement aimé le graphisme, les traits des personnages sont expressifs,les doubles pages représentant un élément mis en valeur sont superbes.

Cerise sur le gâteau: ce roman fait partie de la sélection du prix Mangawa. Il sera donc lu par de nombreux jeunes.

Trajet du matin

TRAJET DU MATIN
Elle a mis la clé

Dans la serrure

Elle a fermé la porte

Dans l’humidité de la nuit

Elle a fait quelques pas

Dans l’allée du jardin

Avec ses bottes de pluie

Elle a tourné la poignée

Elle a franchi le portillon

Et elle a marché dans la rue

Sans se retourner

Elle a allumé

Son téléphone

Elle a éclairé le chemin

Avec la lumière de l’écran

Elle a un peu marché

Loin de son quartier

Sans se retourner

Sans s’arrêter

A la gare elle est allée

Elle a entendu un train

Le bruit du train en marche

Elle a vu s’éloigner un bus complet

Parce qu’il pleuvait

Elle a attendu

Sous la pluie

Sans une parole

Avec d’autres voyageurs

Et elle a pris un livre

Minute par minute

Et au boulot elle va.

Le petit bonheur hebdomadaire #9

Une semaine que je n’ai pas écrit d’avis de lecture…J’ai repris le chemin du boulot, je fais beaucoup d’anglais, ceci explique cela. Mais surtout je n’ai pas l’esprit assez léger pour lire ou écrire…

Mon petit bonheur hebdomadaire découle de tout cela: une longue discussion avec une collègue. Ou comment envisager de quitter un métier qui ne me correspond plus. Et comment l’envie d’écrire arrive…Un jour, une vie, une oeuvre…Qui sait?

Bilan de lecture (Décembre 2019)

Ce bilan sera court, mes lectures ayant elles-mêmes étaient peu nombreuses. Pour en savoir plus sur les romans, je vous invite à lire mes autres billets.

Type et nombre de livres lus: 17 livres, 15 romans et 2 BD

Coup de coeur pour le roman « Dix-sept ans » d’Eric Fottorino.

Déception pour le roman « J’ai dû rêver trop fort » de Michel Bussi.

Le petit bonheur hebdomadaire #8

Restons traditionnelle pour ce premier bonheur de l’année (concept initié par Pause Earl Grey).

J’ai apprécié les moments passés en famille, les goûters avec les enfants, les jeux de société, le partage de la galette des rois. Et aussi le fait de constater mes progrès en anglais: j’améliore ma compréhension orale.

Dans la tête de Sherlock Holmes – tome 1: L’affaire du ticket scandaleux

Editions Ankama – 24/05/2019-50 pages

Un matin, un médecin, Herbert Fowler, que le Docteur Watson connaît bien lui est amené au 221B Baker Street à Londres dans un triste état: blessé à la clavicule, en chemise de nuit, avec une pantoufle de femme à un pied, il est de surcroît partiellement amnésique. Il n’en faut pas plus pour aiguiser la curiosité du détective Sherlock Holmes. De la poudre sur les vêtements, un ticket de spectacle particulier le laissent penser qu’il s’agit d’un complot de grande ampleur…Les dessinateurs et scénaristes de la bande dessinée nous plongent tout droit dans les pensées de Sherlock Holmes pour résoudre cette affaire.

Mon avis sur cette bande dessinée

J’ai tout de suite été attirée par la couverture originale: le dessinateur Benoît Dahan nous présente un paysage londonien, certes classique mais le trait de crayon est joli. Et surtout au centre, en transparence, la tête de Sherlock et l’objet qui fait qu’on le reconnaît à coup sûr: sa pipe. Ajoutons à cela que nous est présentée également sa mansarde dans laquelle, petit bonhomme, il se trouve confronté à de nombreux ouvrages qu’il range.. Alors, que ce soient les fans inconditionnels du détective ou les non-initiés, chacun pense à ouvrir la première page de la bande dessinée.

Le scénariste Cyril Liéron et le dessinateur Benoît Dahan signent ici une très belle collaboration. Le graphisme est ultra-réaliste et les mots toujours assez justes pour retrouver l’esprit des aventures écrits par Sir Arthur Conan Doyle. Ajoutons à cela une superbe représentation de la ville de Londres à travers des plans minutieux, insérés de façon pertinente dans les planches. Le ton de l’oeuvre est respecté et j’ai beaucoup apprécié le fait que l’on place les lecteurs dans la tête de Sherlock: le cheminement de sa pensée est magnifiquement représenté par des moyens variés. La tête de Sherlock peut être représentée pour comprendre la situation de départ: « collecte des témoignages »: « 23 heures » « cadeau » « hôpital » « pas le seul médecin ». On peut également voir le personnage représenté en plus petit, en entier, une bulle indiquant: « Récapitulons ». Notons également l’importance des objets pour le cours de l’enquête et leur représentation détaillée comme si nous-mêmes les possédions: le ticket de spectacle, le coupon à motif pictographique…

La cerise sur le gâteau? Le premier tome répond à un questionnement, dévoile un cheminement de pensée mais la solution ne nous est pas offerte: il faudra pour cela attendre le second tome…

A lire, à lire, à lire!

(J’ajoute que cette bande dessinée est en lice pour la compétition officielle du festival d’Angoulême 2020 dans la catégorie « Sélection Fauve Polar SNCF », qu’elle fait aussi partie de la sélection officielle du Prix BD Landerneau et de la sélection Prix BD FNAC-France Inter)

Nous sommes l’étincelle – Vincent Villeminot

Editions Pocket Jeunesse – 04/04/2019

Résumé du roman

2061. Trois enfants, Dan, Montana et Judith, frère et soeurs s’amusent dans la forêt en pêchant, chassant ou encore en grimpant aux arbres. Ils apprennent beaucoup au contact de la nature, ils explorent les alentours. Soudain, ils sont enlevés par des braconniers. Leurs parents partent à leur recherche.

Et si tout était lié au début de l’aventure? Des années auparavant, en 2025, des jeunes de 20 ans, Antigone, Xavier puis Paul et Jay ont décidé de se rebeller et de vivre en autonomie, dans la forêt. Leurs valeurs: l’amitié, l’amour et la liberté. Ils rêvent d’une société alternative sans leader, sans argent, sans conflit générationnel. Des années plus tard, seuls les survivants restent. Que s’est-il donc passé depuis la révolte, pour en arriver à l’enlèvement des enfants?

Avis en cours de lecture

Je n’en suis qu’à la page 100 (sur 512). Je peux d’ores et déjà vous dévoiler une faiblesse majeure du roman. Les récits se mêlent: trois époques différentes (2025, 2040 et 2061), plusieurs personnes, trois générations. On a à peine le temps de découvrir les caractéristiques physiques et morales d’un personnage et pouf, zoom sur un autre et une autre période. Les chapitres sont assez courts. Le début du roman ne permet donc pas de nous lancer dans l’intrigue facilement, on a un peu de mal à s’accrocher.

Mon avis après lecture complète du roman

Les sujets du roman sont intéressants en ce qu’ils nous permettent de réfléchir à l’avenir que nous souhaitons laisser à nos enfants et aux générations futures, notamment au point de vue écologique. La description d’un monde utopique est bien pensée: pour commencer un livre à la base de l’utopie puis des lois qui régissent la société et enfin, l’espoir d’une génération qui se veut optimiste malgré tout. Les modes de vie, les transports et la notion même de famille s’en trouveront bouleversés, à jamais. L’histoire de 2061 nous prouve d’ailleurs que la famille et les valeurs familiales sont au coeur de cette société. Un beau roman d’anticipation, donc.

Mais les allées et retours entre les personnages, entre passé et présent, m’ont véritablement empêchée de trouver la lecture agréable. Je reconnais les qualités d’écriture de Vincent Villeminot, j’ai d’ailleurs beaucoup aimé certains de ses romans, mais j’ai eu du mal à terminer ce roman-là.

Oublier Klara – Isabelle Autissier

Editions Stock – 02/05/2019-320 pages

Résumé

Iouri, 46 ans, a passé plus de la moitié de sa vie aux États-Unis et s’était juré de ne plus mettre un pied dans son pays natal, la Russie.

Le voici néanmoins de retour à Mourmansk, au Nord du cercle polaire. Son père mourant, Rubin, l’a appelé à son chevet pour lui faire une demande particulière: chercher à savoir ce qui est arrivé à Klara. Klara, la grand-mère de Iouri, chercheuse scientifique, géographe talentueuse, a été arrêtée des années plus tôt, en 1950 par les sbires de Staline. Direction le goulag, laissant derrière elle un petit Rubin de 6 ans et son mari, Anton, désespérés.

Pour son père, devenu patron d’un chalutier, pas tendre avec lui, pourtant, Iouri va chercher. Cela est loin d’être simple: la période stalinienne fut très sombre pour nombre de concitoyens, à l’époque, on ne posait pas de question, on se taisait, de peur d’être emmené à son tour…Il fallait oublier, c’était mieux. alors Iouri lutte contre le silence, contre l’Histoire et plonge dans le passé trouble d’une Russie contemporaine que lui-même reconnaît si peu…

Mon avis sur le roman

Un mot: superbe!

Je salue en premieu lieu l’hymne à la nature: Iouri nous fait partager sa passion pour les oiseaux et l’observation du ciel, Klara nous entraîne vers les mystères des territoires et Rubin nous fait plonger dans les méandres de la mer! J’ai trouvé ce roman très bien écrit, le vocabulaire technique est maitrisé et chaque personnage, au contact de la nature, parvient à révéler ses émotions.

Le fait d’aborder une sombre période de l’Histoire au travers de personnages amis de la nature me semblent intéressant: les conditions de détention des prisonniers soviétiques sont d’autant plus effroyables qu’ils vivent dans une nature particulièrement hostile…Et pourtant, au coeur de tragédies, au coeur d’événements qui peuvent paraître négatifs, la beauté apparaît: prenons l’exemple de ces deux ados, Iouri et Luka, réunis dans la chambre de Luka pour contempler les oiseaux dans le ciel, prêts à s’avouer leurs sentiments, tout en sachant que cela est interdit! Des années après, Iouri se souvient de l’émotion ressentie, à la fois par l’émoi éprouvé par les adolescents et à la fois par la découverte de ces oiseaux, ce paysage magnifique!

Isabelle Autissier a une très belle plume pour brosser le portrait d’êtres humains pris dans les tourments de l’Histoire. Personne, dans cette histoire, n’est tout blanc ou tout noir et la part sombre ou mystérieuse de chacun est révélée au cours du récit, la tension prenant de plus en plus d’ampleur. Qu’est-il donc arrivé à Klara? On suit avec intérêt le cheminement de Iouri, on lui en voudrait presque de rentrer aux Etats-Unis. Est-il donc possible d’oublier Klara, lui qui entrevoyait déjà de découvrir qui était sa grand-mère inconnue? Peut-il le faire, lui, après avoir vécu une telle jeunesse, sous le joug de la contrainte et des normes sociétales dans l’URSS d’après-guerre? Et son père, qui est-il réellement? Un homme penché sur la bouteille, amateur de femmes ou un petit garçon blessé et perdu, refusant secrétement d’obéir à son père: il faut « oublier Klara ».

De l’émotion à l’état brut. Des émotions. C’est ce que ce livre vous procurera. A lire! Vous aussi, vous éprouverez un véritable coup de coeur! (je vous le souhaite!)

La part du fils – Jean-Luc Coatalem

Editions Stock-21/08/2019-272 pages

Résumé du livre

Paol, ex officier colonial,a été arrêté par la Gestapo un jour de septembre 1943. Né en 1894, marié à Jeanne, père de 3 enfants, Luce, Ronan et Pierre, originaire de Bretagne, cet homme connaitra la prison de Brest, incarcéré avec d’autres « terroristes » (le motif de son arrestation est inconnu) avant d’être déporté vers les camps nazis.Nul ne l’a revu et le silence pèsera longtemps dans la famille.

Des années après, un de ses petits-fils, le fils de Pierre, aura envie de partir à la recherche de ce grand-père inconnu. Il ira sur ses traces, interrogeant les gens qui l’ont connu, allant dans les endroits qu’il a fréquentés, fouillant les archives…

Et ce malgré son père, Pierre, peu désireux de le voir effectuer des recherches …

Mon avis sur le roman

Une quête tant identitaire que familiale: l’auteur cherche à en savoir plus sur son grand-père tant pour savoir à qui il ressemble que pour se situer dans son histoire familiale. Le narrateur/l’auteur cherche aussi à savoir qui est Pierre, son taiseux de père. Remuer le passé n’est pas sans risque: le narrateur sera entraîné dans des fausses pistes et comprendra aussi que certaines personnes préfèrent les non-dits (les souvenirs de guerre peuvent être douloureux). Son père a donc choisi de se taire.

La quête familiale n’en est que plus intéressante: le narrateur doit-il aller contre le choix du père qui souhaite le voir abandonner? Il choisira de persévérer, malgré la douleur du père.

Ce roman est un formidable partage: le narrateur fait partager au lecteur ses tâtonnements, ses hésitations, ses découvertes (on ressent l’émotion), son ressenti aussi. Qu’importe finalement que le puzzle reste à jamais incomplet, ce qui compte, c’est le cheminement.

A travers la quête de ses racines, le narrateur comprend qu’il aura beau parcourir tous les endroits où est passé son grand-père, il manquera toujours des éléments. C’est par l’écriture que l’écrivain réussira finalement à dresser un superbe portrait de ce grand-père et à faire grandir le narrateur: d’une quête, il passera à un cheminement et cela lui apportera une meilleure connaissance de son père…

A découvrir parce que l’histoire familiale est si fortement imbriquée dans l’Histoire et que c’est cette histoire collective qui réunit les hommes et en apporte une meilleure compréhension…

Ma mère du Nord- Jean-Louis Fournier

Editions Stock – 30/09/2015-198 pages

L’écrivain Jean-Louis Fournier ressent le besoin de consacrer un ouvrage à sa mère, après avoir écrit déjà sur son père, ses enfants, la femme avec qui il a vécu et sa fille. Alors il a écrit « Ma mère du Nord » et revient sur l’histoire de sa mère. D’abord son enfance, avec la description de quelques photos. On en apprend déjà beaucoup d’ailleurs sur la photo de couverture, en noir et blanc: on y distingue une femme dans les vagues, vêtue de blanc, qui porte une ceinture. Elle semble distinguée et réservée.

Après une enfance qui n’a pas l’air folichonne, elle entre ses parents, fille unique, les études: elle est étudiante en lettres modernes à la Catho, institut catholique de Lille et obtient une licence. Elle a un fiancé mais rencontre un jeune médecin dont elle tombe amoureuse. Elle l’épouse et ils fondent une famille. Un tableau idyllique, croit-elle.

Jean-Louis Fournier considère sa mère comme une sorte de « Mère courage ». Dans ses dernières volontés, elle écrit « Dans ses dernières volontés, elle a écrit un petit mot pour ses enfants : « je veux vous dire en vous quittant que vous avez été l’essentiel de ma vie et que les joies ont dominé les peines ». On voit là toute la pudeur de cette femme. Toute la pudeur de l’écrivain aussi qui a écrit ce roman tardivement, parce que sa mère lui manque et qu’il n’a pas su lui avouer son amour de son vivant.

Cet ouvrage contient beaucoup d’amour, de tendresse, de pudeur et de courage aussi. Il en fallait à cette mère qui supportait le côté « grenouille de bénitier » et le joug de sa propre mère sous son toit. Et surtout et aussi le fait d’avoir un mari alcoolique. Médecin brillant et compétent mais alcoolique. Au début, la mère, l’épouse ne savait pas ce qu’avait son mari, elle s’inquiétait: une amie lui a dit, lui a expliqué ce qu’était l’alcoolisme. On voit là toute la naïveté dont a pu faire preuve la mère.

Un mari pas bien vaillant…et elle qui fait preuve d’exemplarité dans son rôle de mère: elle emmène les enfants dans les musées, au cinéma et aussi en vacances. Le père, ils ne le voient pas dans ces moments-là.

Prenant pour titre des bulletins météo marine, pour refléter l’humeur du moment aussi, Jean-Louis Fournier partage avec ses lecteurs un témoignage intime, personnel, avec beaucoup de douceur, de sincérité et de poésie. Et les paroles rapportées des petits-enfants prouvent que la grand-mère est aussi dans tous les coeurs, qu’elle est une pièce maîtresse de la famille.

A lire si vous aimez les chroniques familiales.

Noire : la vie méconnue de Claudette Colvin (Emilie Plateau)

Editions Dargaud – 18/01/2019-136 pages

Contrairement à ce que l’histoire retient, Rosa Parks n’a pas été la première femme Noire à refuser de céder sa place à un blanc, en pleine période de ségrégation, dans les Etats-Unis des années 1950…9 mois auparavant, le 2 mars 1955, Claudette Colvin, une adolescente de 15 ans qui prenait le bus pour revenir de l’école et rentrer chez elle, dans un quartier pauvre de Montgomery, en Alabama, refusa de se plier aux règles ségrégationnistes. Lorsqu’une personne blanche n’a pas de place dans l’espace qui lui est réservé, à l’avant du bus, les personnes noires doivent se lever pour qu’elle puisse s’asseoir.

Tania de Montaigne a consacré un ouvrage à Claudette Colvin en 2015, dénonçant également le racisme contemporain auquel sont confrontés les noirs de nos jours. Emilie Plateau, dessinatrice et scénariste, a choisi aussi de raconter l’histoire de Claudette Colvin dans une superbe bande dessinée parue en janvier 2019.

Emilie Plateau ne raconte pas seulement le refus de Claudette Colvin. Elle explique en quoi son geste est courageux. Claudette Colvin est arrêtée et jugée, elle plaidera non-coupable et attaquera la ville en justice. La BD est en deux parties: la première consacrée à son histoire, la seconde consacrée à Rosa Parks. Au milieu des deux sont abordés et expliqués le boycott des bus, acte de rébellion de la communauté noire, le rôle de la NAACP, du WCC, les lois Jim Crow, le rôle de Martin Luther King, alors jeune pasteur…

Emilie Plateau utilise dès les premières pages les couleurs noires, blanches, ocres, marrons…Nous sommes happé(e)s dans l’histoire: « imaginez que vous êtes noire », embarqué(e)s dans l’Alabama des années 1950…La sobriété du texte qui ne s’éloigne guère du roman mais qui est souvent hors-case renforce l’impression de devoir raconter. Raconter cette héroine oubliée de tous, raconter cette page de l’histoire méconnue. Les décors minimalistes ajoutent à la condition pauvre des personnes noires, à la toute-puissance des personnes blanches, au peu d’égard envers cette adolescente…

Le fait que l’ouvrage va à l’essentiel et la simplicité du dessin font que cette bande dessinée est adaptée à un public adolescent (et à un public adulte aussi, bien sûr!). A la fin de l’ouvrage, des explications supplémentaires sur le rôle des protagonistes impliquées ‘Rosa Parks, Nixon, Martin Luther King) et sur les diverses abréviations (WCC, NAACP…) permettent de comprendre davantage le contexte historique.

A lire!