Le petit bonheur hebdomadaire #16

Le petit bonheur hebdomadaire est un rendez-vous initié par Gaëlle, du blog Pause Earl Grey.
Le but de ce rendez-vous est de parler de son petit bonheur de la semaine.

J’avoue que jusqu’à ce jour, j’ai bien failli répondre: rien. A cause essentiellement de la semaine de travail angoissante et de cette boule au ventre qui ne me quitte pas.

Et puis, j’ai trouvé: mon bonheur, cette semaine, est ce moment passé en famille, tranquille dans le canapé, en train de regarder le joli film d’animation Terra Willy, Planète Inconnue. De belles images colorées, des personnages sympathiques, une histoire plaisante: il n’en faut pas plus pour émerveiller petits et grands!

Le ghetto intérieur – Santiago H.Amigorena

Editions P.O.L – Août 2019-192 pages

Résumé du livre

En 1928, Vicente Rosenberg quitte Varsovie et la Pologne pour Bueños Aires et y laisse son frère, sa soeur et sa mère, pas mécontent de s’éloigner du giron familial.Il s’amuse avec ses amis, discute pendant des heures avec eux au café, rencontre Rosita, l’épouse, devient père de trois enfants et tient un magasin de meubles sans faire trop d’efforts. Son exil est une réussite sociale pour lui qui n’a jamais réussi à être accepté par les Polonais qui le considèrent comme Juif.

Lui ne se préoccupe nullement de sa judėitė, oublie le yiddish, apprend l’espagnol et s’il propose à sa mère de le rejoindre, il est soulagé de son refus, ne se voyant pas vivre avec elle.

1940. Les années passent, les conversations au café tournent souvent autour de ce qu’il se passe en Europe. Vicente répondait peu aux lettres de sa mère, qui le déplorait par ailleurs mais il comprend peu à peu, les lettres se raréfiant que sa mère ne s’en sortira peut-être pas. Elle sera enfermée dans le ghetto de Varsovie, souffrira du froid, de la faim et mourra déportée à Treblinka.

Vicente se sentira coupable, de ne pas être là-bas, de ne pas partager le destin des siens, de ne pas avoir insisté pour que sa mère vienne, de ne rien pouvoir dire à sa femme à qui il n’a que peu raconter son passé…Alors il s’enfermera progressivement dans un silence profond -son ghetto intérieur- et se désintéressera de sa femme et ses enfants.

Des années plus tard, Santiago, l’auteur, qui n’a que peu connu son grand-père, mort lorsqu’il avait sept ans, part sur les traces de cet homme mystérieux, Vicente…

Mon avis sur le livre

L’auteur, Santiago H.Amigorena, né en 1962 de parents psychanalystes, a vécu en Argentine et en Uruguay avant d’arriver en France, en 1973. En 1998, paraît Une enfance laconique, premier roman de son projet littéraire qui consiste en « l’élaboration d’une autobiographie qui se confondrait avec ses œuvres complètes, la création d’un texte monstre qui finirait par recouvrir sa vie. Et qui, en épuisant le matériau autobiographique, tarirait le besoin d’écrire, c’est-à-dire de se mettre à distance, en retrait de l’existence. » (Wikipédia).

Le ghetto intérieur est le sixième roman de ce projet et est consacré à l’année 1943. Ce roman est original en ce qu’il fait percevoir les événements tragiques à distance: par des lettres de la mère qui est au cœur de ces événements, par le point de vue de Vicente et aussi par le point de vue argentin. On mesure à quel point il était inconcevable de percevoir l’horreur, pour le monde extérieur, pour l’étranger. Les informations sont d’ailleurs confuses, incomplètes, partielles. On préfère alors ne pas savoir, ne pas en parler. J’ai beaucoup aimé cette mise à distance, participant pleinement pourtant au devoir de mémoire et au devoir de transmission face à la Shoah.

Santiago H.Amigorena invite le lecteur à se confronter avec les termes à choisir: génocide, extermination, Holocauste ou Shoah, selon les pays, les points de vue, quel terme retenir? Comment nommer l’innommable? Comment dire l’indicible? Vicente se retrouvera enfermé dans cette interrogation, prisonnier de l’intérieur. Parce qu’il ne peut pas dire. Parce qu’il ne peut pas nier une existence antérieure, basée sur ce qu’on pourrait nommer la culture juive (au même titre qu’une culture allemande, européenne), basée sur tout ce qui fait le terreau de son enfance. Il ne peut pas ne pas se rappeler et pourtant, avec la mort de sa mère, il ne peut que se trouver confronté à la disparition de tout cela. Ce n’est pas seulement personnel, ce n’est pas qu’une question identitaire, une appartenance à une famille qui lui est retirée, c’est l’anéantissement total d’un peuple, entraînant son possible anéantissement à lui.

Les thèmes de l’exil qui devient salut et de la culpabilité d’avoir échappé à l’extermination en fait une œuvre puissante, tout autant que celle de Primo Levi, Jorge Semprun ou d’autres écrivains passeurs de mémoire qui ont cru en la valeur du témoignage. L’auteur nous plonge autant dans l’Argentine des années 40, luxurieuse et éloignée des préoccupations de l’Europe, vivier salutaire des nazis pourchassées que dans la Pologne des années 40, une Pologne anéantie, détruite, antisémite et dévastée, sous le joug nazi. Il nous offre à la fois un témoignage historique qu’un pan de son histoire familiale et c’est cette livrée intimiste qu’il faut saluer. C’est ce qui fait « la patte » de Santiago H.Amigorena et caractérise son oeuvre romanesque.

Un livre qui était en lice pour le Prix Goncourt qui mérite d’être lu, relu, partagé et communiqué autour de soi.

Le petit bonheur hebdomadaire #15

Le petit bonheur hebdomadaire est un rendez-vous initié par Gaëlle, du blog PauseEarlGrey, le principe consistant à « nous trouver une fois par semaine pour prendre un peu de recul et nous dire le petit bonheur que vous avez saisi durant ces sept jours. »

Mon petit bonheur hebdomadaire est créatif, avant tout. J’éprouve du plaisir à écrire ce roman que j’ai commencé, il est encore bien imparfait mais j’espère arriver à le terminer (pas tout de suite!).

Pour évoquer la vie familiale, je dirais que je suis plutôt satisfaite du rapport que mes enfants ont avec les livres et la culture. Ils vont volontiers voir un spectacle (adapté cette fois des contes d’Andersen) et en plus, mon fils lit ensuite le conte. Puis le lit à sa soeur.

Là où chantent les écrevisses – Délia Owens

Délia Owens, née en 1949, est diplômée en biologie et zoologie et vit désormais en Caroline du Sud, après 23 ans passés en Afrique. Là où chantent les écrevisses est son premier roman.

Editions Le Seuil – Traduit de l’anglais par Marc Amfreville-02/01/2020-480 pages

Résumé du livre

Aux Etats-Unis, en Caroline du Nord, au coeur des marais, loin de la ville de Barkley Cove vit une famille dans une misérable cabane. En 1959, Kya, 6 ans, voit sa mère partir, la laissant seule, ses frères et soeurs et elle, avec un père alcoolique et violent qui a pour seuls revenus une pension d’invalide de guerre et les fruits de sa pêche. A leur tour, ses frères et soeurs abandonnent le foyer, même Jodie, le frère protecteur, de sept ans son aîné. Le père disparaît également et la petite fille doit apprendre à survivre dans le plus grand dénuement et la solitude.

Elle va apprivoiser le milieu des marais et apprendre beaucoup dans cette nature sauvage, donnant à manger et parlant aux oiseaux, découvrant les plantes, les espèces vivantes, des coquillages, observer et recueillant des spécimens…Elle vivra deux histoires d’amour, l’une avec Tate, de quatre ans son aîné, qui traverse souvent le marais pour pêcher avec son père, un jeune homme qui lui apprendra à lire et qui apprendra aussi beaucoup à son contact. Il passera de nombreux moments avec elle à parcourir la nature à observer les différentes espèces animales…Kya s’apprivoise mais Tate part à l’université et ne respecte pas sa promesse de revenir vers elle…Elle vit alors une autre histoire avec Chase Andrews, un garçon très populaire, admirée de toutes les filles de Barkley Cove. Jusqu’à ce que celui-ci se fiance et se marie.

En 1969, le cadavre de Chase est retrouvé dans le marais et la police est chargée d’enquêter. Toute la communauté pense à un meurtre et les soupçons convergent vite vers la « Fille des marais » qui fuit dès qu’on l’approche, n’est allée qu’une journée à l’école (les autres enfants se moquant d’elle), qui fréquente un couple de Noirs, Jumping et Marbel, qui tiennent la station-service…Les préjugés sont tenaces…Comment Kya pourra t-elle s’en sortir? Sera t-elle innocentée lors de son procès?

Mon avis sur ce livre

Un roman sublime, intelligent, poétique et plein d’humanité. Un énorme coup de cœur!

Comment ne pas être émue par l’enfance de Kya, cette gamine qui part pieds nus à travers les marées pour aller à l’épicerie la plus proche à des kilomètres acheter de quoi se nourrir, elle qui ne sait ni cuisiner ni compter! Comment ne pas être indignée par le rejet des habitants dont elle fait alors l’objet: « cette fille est sale ». Comment ne pas s’indigner par le traitement dur et méprisant que tous les habitants ou presque réserveront à « la fille des Marais », oubliant de quel courage et quelle ingéniosité il lui a fallu faire preuve pour survivre dans un milieu naturel hostile!

Vous aussi vous serez séduit(e) par la poésie de ce roman, par l’ode à la nature, si omniprésente. J’ai vraiment beaucoup aimé voir comment Kya apprivoise la nature et comment elle-même s’apprivoise à son contact. Certes, son savoir n’est pas académique (longtemps, elle ne sait pas lire) mais elle sait plus de choses que la plupart des habitants du coin et c’est là toute sa richesse intérieure! Vous lirez ces merveilleuses pages où elle chante, où elle parle aux éléments naturels, comme s’ils étaient humains, eux aussi.

L’auteure sait également nous plonger au cœur de l’enquête avec la recherche du coupable du meurtre, au cœur de la machine judiciaire, avec la défense à adopter pour innocenter Kya. L’alternance de récit entre 1952, année de départ de la mère de Kya, 1969, années du meurtre et les années précédentes et les années suivantes, nous permet de nous focaliser sur chaque pan de sa vie, sur chaque évolution.

Fermez les yeux: vous aussi, vous serez plongé(e) au coeur de la biodiversité, vous entendrez le cri des goélands, vous aurez envie de ramasser moules et coquillages pour aider Kya à survivre, vous aurez envie de partir à la découverte de nouvelles espèces, humant l’air parfois humide, parfois gorgé de brouillard…

Un super hymne à la nature, qui vous emmène loin, très loin, là où chantent les écrevisses…

Les toits du paradis – Mathangi Subramanian

Editions de l’Aube – 02/01/2020- Traduit de l’anglais par Benoite Dauvergne- 408 pages

Résumé du livre

L’histoire se passe dans le sud de l’Inde, plus précisément à Bangalore, dans un bidonville nommé Swarga ou Paradis, un nom inscrit sur un panneau enfoncé sur le terrain depuis 30 ans. Un bulldozer menace de tout détruire pour faire place à un centre commercial mais les femmes vivant là font front. Avec elles et les grands mères, cinq adolescentes, cinq amies: Banu, l’artiste, qui vit avec sa grand-mère, Deepa, jeune fille aveugle, pleine de ressources, Padma, venue d’ailleurs, Joy, transgenre, d’abord né garçon puis devenu fille et Rukshana qui est queer.

Entre grands malheurs et petits bonheurs, c’est leur histoire qui va nous être racontée mais aussi l’histoire du bidonville, déjà menacé de destruction à plusieurs reprises, l’histoire de leurs mères, de leurs grands-mères, de leurs père plutôt en retrait. C’est aussi un pan de la culture indienne qui nous est présentée, avec ses traditions, ses séparations de classe aussi. Les habitants de Bangalore voudraient ne pas voir ce bidonville. Les habitantes du Paradis, elles, au contraire, veulent empêcher sa destruction et montrer qu’elles aussi, elles existent, pleines de vies, animées, tournées vers l’espoir d’une vie meilleure…La destruction du bidonville pourra t-elle être empêchée? Comment la lutte va t-elle donc se terminer?

Mon avis sur le roman

Quelle lecture! Les toits du Paradis est une lecture splendide depuis son canapé vers un pays qui compte de nombreuses richesses insoupçonnées, y compris la richesse de cœur de ses habitants et surtout dans le cas présent ses habitantes qui ont peu mais qui sont tellement attachant(e)s.

Quelle leçon d’humanité nous donne l’auteure dans ce premier roman! Elle ne donne pas du tout au lecteur de quoi pleurer dans les chaumières, bien au contraire. Elle nous brosse le portrait de femmes débrouillardes, pleine de générosité, de bonté, qui sans forcément être très instruites ont « l’intelligence de la vie » en elle, faite d’expériences diverses.

A travers le regard de ces cinq amies adolescentes, c’est surtout la joie de vivre qui prime. Malgré tout: malgré la pauvreté, malgré la violence contre les femmes, si souvent rejetées en Inde jusque dans leur famille, malgré le système de caste qui perdure, les inégalités sociales présentes dans tous les milieux (même les ouvriers sur le chantier, au milieu des bulldozers évoquent la difficulté de payer les études, les mariages qui ne se font pas aisément, et la malédiction d’avoir une fille), malgré le fait d’être une fille, justement. Qu’ont-elles à perdre par rapport à ce qu’ont connu leurs mères et leurs grands-mères? Qu’est-ce qui les attend dans une société qui cherche à détruire leur lieu d’habitation?

C’est aussi l’histoire de leur destin qui nous est présentée. Leur meilleure alliée est la directrice de l’école, Mme Janaki, qui œuvre pour empêcher les retraits de l’école, synonyme de mariage souvent et que les filles aillent le plus loin possible dans leurs études, à l’université. Qui encourage chacune à exploiter son talent: Bana la peinture, Padma son talent pour les langues.

Fermez les yeux après la lecture du roman et vous retrouverez les odeurs de cuisine, vous respirerez les épices, les bons petits plats, vous aurez envie de toucher les tissus des tenues colorées et de vous promener dans les ruelles à la recherche des conversations de cette communauté de femmes…A travers les anecdotes de chacune, vous vous interrogerez sur les conditions de la femme indienne, surtout celle issue d’une classe pauvre. Et vous vous direz que ce roman délivre un message d’espoir pour les jeunes générations, en montrant une société en pleine mutation…

Un gros gros coup de cœur pour ce roman que je conseille vivement à tous !

Papa- Régis Jauffret

Régis Jauffret, né en 1955, est un écrivain qui met en scène, dans des romans souvent inspirés de faits divers, des personnages marqués par la souffrance, l’humiliation, le plus souvent sous forme de monologues. Papa est un roman, « une biographie trouée et amplifiée par la fiction »

Editions du Seuil – 02/01/2020-208 pages

Résumé du roman

En septembre 2018, l’auteur regarde un documentaire sur la police de Vichy et aperçoit son père, terrorisé et sortant d’un immeuble marseillais entre deux agents de la Gestapo. La scène se passe en 1943 mais Régis Jauffret ignore tout de ce fait, son père n’en ayant jamais parlé.

Alors il va enquêter et revisiter l’histoire familiale, en quête de ce père devenu sourd qu’il trouve un peu terne…

Mon avis sur le roman

Régis Jauffret offre à son père à travers l’écriture de ce roman un bel hommage bien que tardif car posthume. Le résultat donne un livre intimiste où on sent toute l’absence d’un père et toute la quête d’un fils en manque de père…L’imagination de l’auteur s’emballe car tout est possible puisqu’il ne sait rien sur cette année 1943. Les mots jaillissent et se veulent réparateurs, expliquant comment est ce père, Alfred, sourd, effacé, ayant du mal à communiquer avec son fils…Ne soyez pas déçu, vous comprendrez très vite que l’auteur ne trouvera pas la réponse à toutes ses interrogations. En revanche, vous découvrirez que, même si la rencontre entre ces deux êtres liés par le sang est ratée du vivant du père, l’écriture parvient à donner à leur histoire familiale un autre parcours, l’auteur parvenant à exprimer son amour filial.

J’ai découvert l’écriture incisive de Régis Jauffret et sa façon d’effectuer une analyse intimiste. Je lirais probablement un de ses autres livres, pour me faire une idée plus complète de cet écrivain.

Briser en nous la mer gelée -Erik Orsenna

« Lorsqu’un ami meurt, pour quelle raison faut-il que ce soient les discours qui s’éternisent et pas l’ami mort? (p.9/371) »

Editions Gallimard- 03/01/2020- 464 pages

Résumé du livre

Un jour, un homme écrit une lettre à une juge aux affaires matrimoniales . Il lui apprend qu’elle a prononcé son divorce, quelque temps plus tôt. Gabriel, c’est son nom, tient à expliquer son histoire d’amour fou avec Suzanne.

Ils se sont rencontrés par l’intermédiaire d’amis lors d’un diner. Gabriel demande Suzanne en mariage le lendemain. Quatre années de cauchemar s’ensuivent. Les deux amoureux ont beau être passionnés par le savoir, ils sont aussi tiraillés par leurs vies et leurs unions précédentes.

Gabriel, se retrouvant seul, s’embarque pour le Grand Nord. Suzanne le rejoint, sa Suzanne. Vont-ils réapprendre à s’aimer?

Mon avis sur ce livre

Il y a longtemps, j’ai lu et relu Longtemps que j’ai adoré. Une passion amoureuse exprimée dans toute sa lenteur, dans toute son immensité.

J’ai retrouvé avec plaisir la plume d’Erik Orsenna et la présence de son narrateur, Gabriel. J’ai retrouvé la verve d’Orsenna, son humour, son amour de la langue française aussi. Mais j’avoue que l’histoire ne m’a pas passionnée, trop remplie de digressions.

Je conseille ce livre tout de même parce que la plume d’Erik Orsenna est à connaître. Et parce que le bonhomme l’a dit, il écrit un roman d’amour à peu près tous les dix ans. A bientôt, Eric!

Mr Gwyn- Alessandro Baricco

Editions Gallimard-Traduit de l’italien par Lise Caillat-05/05/2014-192 pages

Résumé

Jasper Gwyn est un écrivain britannique d’une quarantaine d’années qui connaît un succès honorable suite à l’écriture de trois romans. Pourtant, il fait publier une liste de 52 choses qu’il ne fera plus, parmi lesquelles écrire un roman. Décision qui désespère son ami et agent littéraire, Tom Bruce Shepperd.

Le temps passe et Jasper se rend compte que le geste d’écrire lui manque. Il réfléchit à ce qu’il pourrait faire (traducteur, guide de voyage?) et il décide qu’il sera copiste, copiste d’êtres humains. Pas peintre, non, il va écrire les portraits.

Son premier modèle est Rebecca qui travaille pour Tom et qui deviendra par la suite l’assistante de Jasper. Les portraits ne seront pas diffusés aux yeux du public mais les modèles poseront nus et seront mis à nu, de façon à ce qu’ils soient en quête d’eux-mêmes.

Mon avis sur le roman

Lire Mr Gwym m’a donné envie de poursuivre la lecture de l’oeuvre d’Alessandro Barrico. J’ai beaucoup aimé l’humour qui se dégage de cet ouvrage (cela doit être encore plus drôle non traduit mais je ne lis pas l’italien), Jasper fait des rencontres improbables de personnages décalées dans les laveries, car il y passe son temps, dans les laveries.

Au delà de l’histoire plaisante, agréable à lire, l’auteur fournit au lecteur une réflexion autour de ce qu’est l’Art, autour de l’acte d’écriture. Comment un écrivain peut-il arriver à la saturation, au manque d’inspiration? Comment peut-il faire face à l’injonction d’écrire ou face à la tentation du plagiat?

Le fait que ce soit Jasper qui soit porteur de ces questions est intéressant car il s’agit d’un personnage tout à fait fantasque, original, qui ne pense comme personne. Comment donc va t-il se tirer de cette situation?

Le lecteur (moi, en somme!) se retrouve plongé avec délice dans ce roman, à la recherche des ficelles du personnage. C’est une aventure formidable!

Je conseille donc ce roman à tous et en préconise fortement la lecture!

La charrette bleue – René Barjavel -#Reading Challenge Classics 2020

René Barjavel, né en 1911 à Nyons, raconte dans ce roman autobiographique son enfance dans la boulangerie de ses parents jusqu’à son entrée au collège à Cusset. son père, de retour de la Grande Guerre, fait de nouveau « le meilleur pain du monde ». La mère est là, elle aide à la boutique. Elle est la mère protectrice pour René avant de tomber malade et de mourir à 41 ans.

L’auteur évoque aussi ses grands-parents paysans et la vie dans ce village de la Drôme provençale, au temps où l’outil et la main de l’homme priment. Ainsi, il n’est pas rare que la fabrication d’une charrette soit une « attraction » pour les enfants, regroupés autour de l’artisan maître d’oeuvre.

A lire parce que c’est plein de tendresse!

Et j’invite ceux/celles qui le souhaitent à participer au Reading Classics Challenge 2020!

Née contente à Oraibi – Bérengère Cournut

Editions Le Tripode – 05/01/2017 – 304 pages

Un gros gros coup de coeur pour cette lecture qui m’a transportée dans un ailleurs existant, si éloigné de notre société occidentale!

Tayatitaawa, jeune amérindienne d’Arizona, appartenant à la tribu des Hopis, vit avec sa famille dans le clan des Papillons. Bérengère Cournut en fait la narratrice de son récit en nous contant son enfance ainsi que les us et coutumes de sa tribu.

A travers les yeux de la petite fille, nous découvrons le quotidien de la tribu, marquée aussi bien par les deuils (comme celui du père de Tayatitaawa) que par les conditions de vie rudes. Les traditions, les rites folkloriques donnent une impression d’un peuple harmonieux, soucieux des traditions, porteur de diverses croyances comme le chamanisme.

Une belle découverte d’un peuple dont j’ignorais tout. Les photos à la fin du livre nous permettent de mieux nous représenter les choses. Bérengère Cournut a réalisé un travail très documenté, explorant avec finesse sentiments, gestes et actions d’un peuple semblant vivre dans une sphère intemporelle.

Un(e)secte- Maxime Chattam

Editions Albin Michel- 30/10/2019-480 pages

Résumé de l’histoire

A Los Angeles, Atticus Gore , policier, est chargé de résoudre un meurtre « gore » (ok, il fallait la faire, celle-là!). Un cadavre dans un zoo désaffecté, il n’en reste que le squelette habillé et du sang séché, c’est comme s’il avait été dévoré de l’intérieur. A ses côtés, on retrouve une multitude d’insectes écrasés. Comment un corps a t-il se décomposer aussi rapidement?

A New York, la détective privée Kat Kordel est amenée à rechercher une disparue. Annie Fowlings n’a plus de nouvelles de sa fille, Lena, une jeune fille majeure, indépendante, qui a envoyé à sa mère un SMS étrange, d’où l’angoisse alors même que la police considère qu’il ne s’agit pas d’une affaire inquiétante.

Les deux affaires vont finir par se croiser, la détective et le flic vont être amenés à se rencontrer et à travailler ensemble. Se retrouvant confrontés à quelque chose de plus « grand » et « menaçant » encore que ce qu’ils imaginaient…

Mon avis sur ce roman

C’était mon « premier Chattam » (eh oui, c’est possible!). J’ai donc découvert le style de cet auteur, je le connaissais de par les articles lus sur lui, notamment pour ses conseils d’écriture.

J’ai été happée dès le prologue. Maxime Chattam sait dès le départ faire monter la tension et instiller la peur, à travers la description d’un univers menaçant: ces insectes qui grouillent…(heureusement, ces bestioles ne me rendent pas phobique).

J’ai apprécié l’alternance entre les deux affaires, entre New York et Los Angeles, entre le travail d’un policier et d’une détective. La psychologie des personnages principaux est bien mise en place et efficace. On sait que ces deux héros sont de la même « trempe », ils iront jusqu’au bout et cette tenacité est rassurante pour le lecteur qui peut davantage se concentrer sur le coeur des affaires plutôt que sur de quelconques doutes des personnages.

Ce polar a également des allures de science fiction et là se posent nos interrogations de lecteur face au monde qui nous entoure. Savoir que la société actuelle semble régie par des multinationales qui peuvent manipuler les gens à leur guise est effarant!

J’ai globalement bien aimé ce roman, qui traine cependant quelques longueurs (mais il y a tout de même plus de 400 pages!). Les personnages sont attachants, les insectes et l’enquête font leur effet. Et cela permet de s’interroger sur la surconsommation dans la société, le pouvoir des grandes multinationales, les progrès scientifiques également…

Le petit bonheur hebdomadaire #14

Je rappelle le principe car je ne le fais pas toujours: il s’agit de sélectionner son bonheur de la semaine et ce concept a été initié par Gaëlle du blog PauseEarlGrey.

Mon petit bonheur, cette semaine, c’est bien sûr, Saint-Valentin oblige, la surprise de l’Amoureux.

Vacances, vacances, c’est aussi le temps passé avec les enfants à inventer des petits jeux: Motus avec une feuille et un stylo, vous connaissez? On a joué aussi à des jeux de société. Et mon fils a fait un dessin trop cool que je ne vais pas montrer ici (parce que droits d’auteur: la maman dépose un copyright: « c’est le dessin de Fiston Chéri ») mais en voici le contenu: il a fait une maison, sa famille, ses grands-parents, a écrit « Bon anniversaire, Mamie » ainsi que « Pichatchou, Bakugan ». A la question « Pourquoi? », il a répondu: « Ben, j’aime bien Mamie et j’aime bien Pikachu et Bakugan ». Mon fils, mon héros!

TAG – La Saint Valentin

Puisque lejour s’y prête, je suis Muffinsandbooks et je réponds au tag qu’elle a créé sur la Saint Valentin. Pour voir ses réponses, c’est par ici!

  • Le cadeau idéal pour la Saint Valentin : le livre que vous voulez en ce moment

Mon choix se porterait sur une bande dessinée sortie récemment: soit Mary Jane soit Vie(s) de Sarah Bernhardt, Divineundefined

  • la jolie peluche d’amour (toujours pour la Saint-Valentin) : un livre que vous trouvez trop beau.

Le bar du vieux français (Jean-Philippe Stassen/Denis Lapière). Ce n’est pas récent mais la couverture me plaît. J’ai l’impression que cette bande dessinée veut m’emmener ailleurs…

  • La boite de chocolat offerte à la Saint Valentin : le livre que vous n’attendiez pas mais que vous avez aimé.

Je lis peu de mangas alors je dirais Le tigre des neiges. J’ai beaucoup aimé découvrir l’histoire du Japon du XVIème siècle.

  • toi et moi, à jamais : ce livre ou cette saga que vous aimez plus que tout.

Si je devais choisir une saga, je dirais « L’amie prodigieuse » d’Elene Ferrante.

  • la soirée de couple idéal : le livre que vous ferez lire à votre moitié.

Pour mon conjoint, il faut de l’action…Je dirais L’homme aux cercles bleus de Fred Vargas pour qu’il fasse connaissance avec le commissaire Adamsberg.

  • Tu es mon idéal masculin … mais j’ai quand même des bookboyfriends.

– Harry Potter, Sherlock Holmes, Ulysse (chacun dans leur genre, bien sûr!).

  • On forme un beau couple hein ? : tes ships préférés.

– Colin et Chloé – L’écume des jours ( Boris Vian)

– Elea et Paikan- La nuit des temps (René Barjavel)

-Edward et Bella – Twilight (Stėphanie Meyer)

-Tristan et Yseult (oui, j’ose)

–Tara Duncan et Cal – Tara Duncan (Sophie Audouin-Mamikonian)

– Marius et Cosette – Les Misérables (Victor Hugo)

après tout, on a pas besoin d’être en couple pour être heureux : un héro ou une héroïne seul et c’est très bien comme ça!

-Sherlock Holmes parce qu’il nous emmène toujours dans des enquêtes invraisemblables

-Adamsberg

-Matilda, petite fille surdouée

-Jane Eyre

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  • euh, ça c’est un motif de rupture : ce que ton copain / ta copine ne devra jamais, ô grand jamais faire. 

-jeter mes livres, corner les pages, les abīmer

  • la saint-valentin ou la fête du rose : une couverture rose
  • Rose de Tatiana de Rosnay

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Nous étions nés pour être heureux – Lionel Duroy

Editions Julliard-22/08/2019-138 pages

Présentation de l’éditeur

Depuis trente ans, Paul a fait de son histoire familiale, et du désastre que fut son enfance, la matière même de ses romans. Une démarche que ses frères et soeurs n’ont pas comprise, au point de ne plus lui adresser la parole pendant de longues années. Et puis arrive le temps de la réconciliation. Paul décide de réunir à déjeuner, dans la maison qui est devenue son refuge, tous les protagonistes de sa tumultueuse existence : ses neuf frères et soeurs, leurs enfants et les siens, et même ses deux ex-femmes.
Viendra qui voudra. Et advienne que pourra. Le temps d’un singulier repas de famille, Lionel Duroy parvient à reconstituer tous les chapitres essentiels de la vie d’un homme. Avec sa profondeur psychologique habituelle et l’élégance de son style, il livre ici un récit vibrant de vérité sur les liens indestructibles de l’enfance, la résilience et la paix enfin retrouvée.

Mon avis sur le roman

Je dois sincèrement dire que je suis déçue. J’ai peiné à le lire jusqu’au bout et si je l’ai fait, c’est parce que je m’attendais à quelque chose de plus que je n’ai pas trouvé. Lionel Duroy écrit bien et met parfaitement en scène cette famille venue chez le frère écrivain pour ressouder les liens et oublier la brouille au sujet d’un livre publié des années plus tôt sur la dite famille. En lisant, le lecteur peut se figurer présent au repas: qui n’a jamais eu un membre de sa famille soucieux de savoir s’il y a assez de jambon pour tous (ou un autre aliment)? Qui n’a jamais eu une soeur, une tante venue avec deux tartes? Qui ne s’est jamais soucié de mettre ses invités à l’ombre? Quelle famille ne s’est pas retrouvée en pleine conversation animée au cours d’un repas? Qui n’a jamais été vexé par une phrase prononcée trop vite ou par une rancoeur inavouée?

Lioney Duroy maîtrise parfaitement les subtilités des liens familiaux qui se font et se défont, tels des fils fragiles. Mais il y a aussi un petit quelque chose qui fait que je n’ai pas adhéré, les personnages sont touchants, on sent l’émotion mais je suis restée en dehors, pas assez concernée…

Elle s’appelait Sarah (BD) – Tatiana de Rosnay, Patrick Bresson et Horne

Editions Marabulles – 03/10/2018- 208 pages

Précision

Elle s’appelait Sarah est d’abord un roman écrit par Tatiana de Rosnay, paru en 2007 aux éditions Héloïse d’Ormesson.

L’adaptation en BD a été réalisée par le dessinateur Horne et le scénariste Patrick Bresson. Elle est parue aux éditions Marabulles en 2018.

L’histoire

Juillet 1942. Sarah Starzynski, une petite fille de 10 ans, est réveillée par des coups violents frappés contre la porte. La police française, mandatée par la Gestapo, vient l’arrêter ainsi que sa mère. Elle ordonne à son petit frère Michel, 4 ans, de se cacher dans le placard. Elle retrouve son père qui les rejoints, sa mère et elle. Ils sont emmenés dans un garage puis au Vel d’Hiv, avec tant d’autres gens, Juifs comme eux.

Mai 2002. Julia Jarmond, journaliste américaine mariée à Bertrand, un architecte français, enquête pour écrire un article sur le 60ème anniversaire du Vel d’Hiv. Dans le même temps, elle visite l’ancien appartement de Mamé, la grand-mère de Bertrand dans lequel ils vont emménager après travaux. Elle découvrira un lien entre la famille de son mari et les Starzynski…

Mon avis sur la BD

A la lecture des premières pages, ce qui frappe, ce sont les couleurs. Le gris domine, avec en plus en 1942, des tonalités de jaune et doré pour les cheveux et de bleus pour les yeux. La période 2002 est, elle, aussi représentėe en gris. Horne a ainsi mis en avant avec brio les émotions des personnes tantôt en gros plan (les larmes qui coulent ) tantôt en plan moyen (les barbelés, les champs…). Les « méchants » sont représentés comme étant de grandes ombres noires, menaçantes, certaines planches montrant des bouches noires qui aboient des ordres.Patrick Bresson, lui, a choisi de présenter un récit alterné: récit d’une petite fille de 10 ans qui ne sait pas ce qui va arriver, qui a peur et qui assiste à un spectacle désolant et récit des événements issus des recherches d’une journaliste des années plus tard.

Le tout donne un ensemble plaisant. Le thème de la mémoire, du devoir de mémoire est très présent à travers les dessins de plaques commémoratives qui sont autant de choses que l’on remarque à peine. Que l’enquête soit menée par une journaliste américaine, c’est-à-dire par quelqu’un qui découvre l’histoire de la France, entraîne une mise à distance qui n’empêche pas de rester saisi de stupeur face au destin de tous ces enfants juifs raflés et jamais revenus.

Un très bel album à mettre aussi dans les mains des jeunes générations adolescentes.

Signé poète X – Elizabeth Acevedo

Editions Nathan – Titre original: Poet X (traduit de l’anglais par Clémentine Beauvais)-Août 2019-384 pages

Résumé du livre

Xiomara est une jeune New-Yorkaise de Harlem, elle a 15 ans et a un corps qui attire les regards (hanches chaloupées et bonnet D). Elle a aussi un frère jumeau, Xavier, qu’elle appelle Jumeau et une meilleure amie, Caridad, qui tente de la canaliser. Les parents de Xiomara viennent de République Dominicaine et sa mère donne à ses enfants une éducation stricte, faite d’interdits et de devoirs pour sa fille: interdit de parler aux garçons, obligation d’aller à l’église, interdit de sortir avec un garçon, obligation de bien travailler…

Xiomara écrit ses humeurs, ses révoltes et ses ardeurs dans un carnet, sous forme de poèmes. Un jour, au lycée, elle apprend l’ouverture d’un club de poésie. Cela se passe en même temps que les cours pour la confirmation à l’église. Elle lutte tout d’abord contre elle-même pour ne pas y aller et puis, elle franchit le pas…Va t-elle parvenir à trouver sa voie?

Mon avis sur le livre

En lisant les premières pages, j’ai d’abord été déconcertée par la forme du roman, me demandant si j’allais poursuivre ma lecture. Signé poète X est en effet écrit comme un poème en vers libre, jetés ça et là sur les pages. Puis j’ai été happée par l’histoire de Xiomara, cette adolescente prise par le feu sacré de l’écriture…J’ai par ailleurs appris beaucoup sur le slam, la valeur de la déclamation et cette façon d’exprimer sa vision du monde et ses sentiments bruts.

Dans ses poèmes, Xiomara raconte sa vie, sa vision des choses: harcèlement des garçons envers les filles, misogynie, servitude des femmes, dévouées à leur mari, leur maison et à l’église…Peu de place à l’imagination, à l’imaginaire, dans un tel monde…Heureusement pour elle, il y a son amie, Caridad, qui semble être « la voix de la raison ». Et Aman, un garçon différent des autres qui lui fera connaître douceur et amour…Xiomara est LE personnage de ce roman et l’auteure en fait un portrait plein d’humanité, une jeune fille qui reçoit en pleine figure les affres de l’adolescence et qui lutte de toutes ses forces pour se battre pour ses convictions…

Ce que l’on peut retenir dans ce roman, c’est la puissance d’écriture qui émerge. Ce n’est pas seulement l’histoire d’une adolescente en révolte, c’est aussi la mise en oeuvre de cette révolte, c’est l’apaisement par l’écriture. Ce roman est poétique, très poétique et je ne résiste donc pas à l’envie de vous faire partager un passage…

« Mon frère est né comme naît la brise:

frêle, se frayant un chemin parmi les feuilles.

moi, je suis née bourrasque, et j’arrache à la terre

quiconque tente de faire du mal à mon frère. »

Pour conclure, je dirais que ce roman est à lire parce que la beauté des mots est saisissante et parce qu’il s’agit d’une histoire remplie de sentiments qui font palpiter le coeur. J’ignore si les adolescents « accrocheront » mais à vous, adultes, je vous le conseille sans hésiter.

Le neveu d’Amérique – Luis Sepúlveda

Editions Le Métailié-01/01/1996-180 pages

Résumé du livre

Luis, enfant, a promis à son grand-père, exilé au Chili de se rendre un jour à Martos, une ville d’Andalousie, en Espagne.

Il ne pourra honorer sa promesse que bien des années plus tard, son parcours d’adulte étant jalonné de prime abord de multiples embûches.

Communiste sous la dictature de Pinochet, il reçoit ainsi « un billet pour nulle part », c’est-à dire en prison. Il passera deux ans dans la prison de Temuco et sera libéré grâce à l’intervention d’Amnesty international en 1977.

Contraint à l’exil, il parcourra ensuite l’Amérique du Sud, ses notes attestant de son passage en Equateur, Patagonie, Bolivie, Argentine ou encore Brésil. Ses pérégrinations le conduisent à côtoyer de fantasques personnes et à entendre des récits insolites.

Mon avis sur le livre

J’ai beaucoup aimé ce roman dès le premier chapitre pour toutes les petites anecdotes qui donnent du « piquant » au récit. Les premières lignes sur la relation entre le grand-père et le petit-fils sont pleines d’humour: on imagine un curé furieux se battant avec le grand-père car le petit-fils vient (à la demande de celui-ci) de faire pipi sur le porche d’une église…

Luis Sepúlveda manie la plume avec beau coup de douceur et de verve pour décrire les rencontres et leur importance aussi. Il n’a pas son pareil pour faire émerger l’humain chez ses compagnons de route, chez ceux qu’il croise. La dictature et ses conséquences y sont présentes dans tous les pays et pourtant, chacune des personnes rencontrées n’est éprise que de liberté…

Un roman qui tout en décrivant les travers de régimes dictatoriaux donne beaucoup d’espoir…A lire!

Les inoubliables – Fanny Chartres

Ce roman a été publié aux Editions Ecole des Loisirs, dans la collection Médium pour les 11-13 ans.

Editions L’école des loisirs- 30/01/2019-192 pages

Résumé du livre

Luca est un adolescent roumain qui vit depuis peu en France avec son père. Il effectue sa première rentrée au lycée avec d’autres élèves comme lui, les EANA, c’est-à-dire les élèves allophones nouvellement arrivés en France. Il y a Chavdar, le Bulgare, fils de diplomate, Jae-Hwa la Coréenne du Sud, Tezel qui vient de Turquie et Marvin qui ne parle qu’en anglais. Il y a aussi Anna, leur tutrice dans cette classe, qui a leur âge et dont la mère veut taire ses origines roumaines. C’est surtout l’évocation de la Roumanie qui est faite dans cette histoire, d’ailleurs, même si le thème de l’exil et de l’adaptation en France sont présents pour tous les pays.

Luca rêve de devenir violoniste, la raison de sa venue en France est principalement sa préparation pour entrer au Conservatoire. Mais c’est aussi une toute autre histoire qu’il va vivre, une histoire d’amitié entre jeunes déracinés qui cherchent leur place, une histoire de racines, aussi, les siennes et celles d’Anna, à travers celles de la mère de celle-ci…

Mon avis sur le livre

Ce roman est plaisant à lire et sa lecture est rapide. Fanny Chartres évoque ici des trajectoires différentes, des adolescents aux caractères différents avec des similitudes qui les rapprochent: tous ont des souvenirs de leurs pays et des visages à ne pas oublier…dont ils ne peuvent parler qu’entre eux, à leur famille. Car la France les accueille et leur colle tout de même une étiquette d’étranger: leurs camarades de classes font ainsi montre de clichés. Le ton est gentillet, tout de même, l’auteur s’adresse à un public jeune. Faire front parce qu’on est différent, faire fi des préjugés, être accepté: tels sont les messages véhiculés par ce roman. Anna est à ce titre une figure exemplaire: non seulement elle aide les EANA mais en plus, elle les défend face aux camarades qui font preuve d’étroitesse d’esprit et enfin elle partage avec eux son quotidien, son histoire, tout comme eux partagent le leur.

Il est à noter le ton léger et plein d’humour face à l’apprentissage de la langue française, Chavdar étant l’archétype de l’étudiant plein d’humour ayant du mal à s’exprimer, confondant un mot pour un autre, croyant écrire une poésie tout en en déformant une autre.

Je ne sais pas si les adolescents qui le lisent le verront du même oeil que les lecteurs adultes…Probablement pas. Mais cela reste une bonne lecture pour les élèves qui, sans être en UPE2A, ont des parents venus de pays étrangers: cela pourrait être l’occasion de découvrir un autre pan de leur histoire ou tout simplement cela pourrait être l’occasion d’ouvrir le dialogue avec leurs parents et d’entre-apercevoir leur jeunesse…

Héloïse, ouille! – Jean Teulé

Editions Julliard – 05/03/2015 – 352 pages

Résumé du roman

Jean Teulė raconte à sa façon l’histoire d’Hėloïse et d’Abelard, deux amants du Moyen-Age ayant vécu un amour impossible et aussi éternel jusqu’à la tombe.

En 1113, Héloïse a 16 ans lorsque son oncle Fulbert, chanoine, confie son éducation à Abélard, devenu à 36 ans brillant maître en théologie à la cathédrale de Notre Dame de Paris. Tous deux empreints d’érudition vivront une histoire charnelle qui sera découverte. Héloïse, enceinte, donnera naissance à leur fils Astrolabe et se retirera dans le monastère dans lequel elle a passé son enfance, après s’être mariée à Abėlard. Celui-ci sera puni par des hommes envoyés par le chanoine Fulbert et émasculé en 1117.

Héloïse prend le voile à l’abbaye d’Argenteuil et devient en 1129 abbesse du couvent du monastère le Paraclet. Abélard, lui, devient moine à l’abbaye Saint-Denis. Leur lien est désormais épistolaire et basé sur la spiritualité tout en étant empreint d’amour.

Tous deux partagent le même tombeau, au Paraclet. Leurs restes furent transférés au cimetière du Père Lachaise, en 1917.

Mon avis sur le roman

Le roman a le mérite de m’avoir fait découvrir la légende de façon plus approfondie. Mais je n’ai pas adhéré à la version de Jean Teulė, à cause du langage cru qui m’a beaucoup gêné.

J’ai en revanche été très vite plongée dans l’univers moyen-âgeux très bien décrit par l’auteur. J’ai retrouvé le style « Teulė » que j’aime assez dans ses autres romans, une écriture directe, piquante et empreinte de poésie à la fois. Je conseille aux curieux qui souhaiteraient découvrir l’histoire d’amour d’aller au delà de l’impression de grossièreté, les personnages révélant leur caractère et leur profondeur au fil des pages.

Par les routes – Sylvain Prudhomme

Editions Gallimard-22/08/2019-304 pages

Introduction

Ce livre m’appelait depuis quelque temps. J’aime trouver en chaque livre un voyage, en chaque personnage une âme de voyageur. Le titre m’interpellait, d’autant plus quand j’ai su que le roman avait été primé deux fois par le Prix Landerneau et le Prix Femina, en 2019.

J’ai cherché des informations sur l’auteur aussi. Un petit jeune de 40 ans. J’imaginais quelqu’un « avec de la bouteille », c’est quelqu’un qui a bourlingué quand même à l’étranger.

Résumé du livre

Sacha, écrivain, aspire au calme et souhaitant s’éloigner de Paris, s’installe à V. dans une petite ville du Sud de la France.

Il y retrouve celui qu’il appelle « l’autostoppeur », un type avec qui il a sillonné les routes des années plus tôt, qu’il n’avait pas revu depuis 17 ans. Il a désormais une femme, Marie, et un fils, Agustin.

Sacha comprend très vite qu’il est toujours féru d’auto-stop. Il part, de plus en plus, de plus en plus loin, rencontrant de nombreux conducteurs, parcourant de nombreux endroits. Mais tout cela ne représente t-il pas un danger, tant en amitié, en désir que pour son couple?

Mon avis

Sylvain Prudhomme signe là un roman géographique et sociologique très complet. Un voyage initiatique au coeur des routes françaises fait de rencontres parfois improbables (ce groupe de jeunes qui paraît pas 18 ans), résumé sous forme de cartes postales, appels et photos.

Ce livre donne l’impression que le temps est à notre portée. Il y a une urgence de vivre chez l’autostoppeur freinée par l’attente des proches et cette attente fait du temps une donnée mesurable. Il y a Sacha qui assiste au départ et à la réaction de la famille, tel un spectateur familier. C’est comme une façon d’apprivoiser le temps qui passe, cette prise de recul, cette mise à distance d’autrui.

Les personnages sont superbement bien décrits. L’autostoppeur est une figure parfaitement insaisissable: tantôt partageur par ses envois et ses envies de partager son aventure, tantôt égoïste et puéril par son envie de partir malgré tout, laissant les contraintes familiales derrière lui. Sacha, au contraire, est pleinement conscient de son rôle d’ami, rôle glissant. Marie, elle, joue la femme forte, anti-conventions mais les allers et venues de l’autostoppeur vont la fatiguer.

Je conseille la lecture de ce roman, avec un bémol: accrochez-vous au début, même si vous avez l’impression que l’histoire ne décolle pas, que le roman a des allures de feel good, il n’en est rien.