La perle et la coquille – Nadia Hashimi

Nadia Hashimi est une femme née à New-York en 1977 de parents ayant fui l’Afghanistan, espérant y revenir un jour, ce qui n’aura pas lieu. Publié en 2014, La perle et la coquille est devenu un best-seller international et a reçu plusieurs prix.

Editions Milady- 19/06/2015-432 pages

Résumé de l’histoire

Nous sommes en 2007, à Kaboul, au coeur de l’Afghanistan, un pays où les Talibans font la loi. Les femmes doivent faire attention à leur manière de se vêtir et ne doivent pas circuler seules, sans homme, dans les rues. Parce qu’elles n’ont pas de frères, Rahima et ses soeurs, Parwin et Shalha ne peuvent pas aller à l’école. Rahima va accepter de devenir une bacha posh, une fille travestie en garçon, pour pouvoir aller à l’école, faire les courses pour sa mère et avoir une plus grande liberté de mouvement. Cette pratique est courante dans les familles sans garçon mais s’arrête à la puberté, lorsqu’on décide que les filles sont bonnes à marier.

Sa tante , Khala Shaïma, lui raconte alors l’histoire de son ancêtre, Shebika, son arrière-arrière grand-mère qui a vécu au début du 20ème siècle. Shebika a été défigurée très jeune par un accident, un côté de son visage est brûlé. Elle perd ses frères et soeurs lors d’une épidémie de choléra puis enterre un an plus tard sa mère et bientôt son père avec qui elle travaillait: fille vaillante, elle était sa « fille-garçon », toujours prête à lui donner un coup de main. Lorsque sa famille paternelle la revoit, sa grand-mère, une femme méchante, la vend à un notable du village. Elle deviendra garde au palais du roi, son rôle est de surveiller les femmes du harem du roi. Tout ne se passa pas pour elle comme prévu et elle devint l’épouse d’un homme qui la sauve ainsi de la lapidation, qui a déjà une autre épouse et espère un fils (qu’elle lui donnera).

80 ans plus tard, Rahima connaîtra un destin pas si différent: elle se retrouvera mariée à Abdul Khaliq, un seigneur de guerre, patron de son père, rongé par l’opium et la pauvreté. Celui-ci a déjà de nombreuses femmes, dont Badriya, que Rahima, qui sait lire et écrire, accompagnera à Kaboul en tant qu’assistante parlementaire. C’est ainsi que, forte de l’histoire de son aieule, elle parvient un peu à s’émanciper, malgré la violence des hommes et le poids des coutumes qui fait qu’une femme est condamnée à obéir à son mari.

Mon avis sur ce roman

Un roman sublime qui dénonce la condition plus qu’inégalitaire des femmes afghanes, le poids des traditions et les codes d’honneur au nom de la religion, quel que soit l’époque traversée (la toute fin du XIXème siècle à travers l’histoire de Shekiba et le début du XXIème siècle à travers l’histoire de Rahima).

Nadia Hashimi, l’auteure, est une femme pédiatre née à New York en 1977 et qui vit aux Etats-Unis. Ses parents ont quitté leur pays d’origine, l’Afghanistan, dans les années 1970, pensant y revenir plus tard mais le climat du pays s’est détérioré après l’invasion soviétique dans les années 1980. Elle pose le pied sur le sol afghan pour la première fois en 2004. Sa description du quotidien des femmes afghanes considérées pour beaucoup comme des esclaves domestiques et des procréatrices est fine. Le récit oscille entre deux histoires, celle de Rahima et celle de Shekiba et cette alternance d’époque nous montre une société qui a du mal à évoluer. Quelle que soit l’époque, les femmes ne sont pas mieux traitées.

On relève d’ailleurs un paradoxe dans la société afghane telle qu’elle est décrite: la violence ne vient pas que des hommes mais aussi des belles-mères et des autres épouses. Il est fréquent que des mères soient rejetées, critiquées parce qu’elles n’enfantent que des filles. Le garçon est roi, dès sa naissance. Et la vieillesse est respectée: dès que les maris sont loin, affaiblis voire morts, c’est la belle-mère qui régente tout, souvent avec peu de bienveillance. Ce sont aussi les belles-mères qui souvent arrangent les mariages ou poussent les fils à se marier par intérêt, pour l’honneur de la famille. Les traditions familiales sont prégnantes, persistantes: au XXIème siècle comme au XIXème siècle, le port de la burka est omniprésente dans certaines familles tandis que dans d’autres, notamment lorsque les femmes sont instruites, des tolérances sont admises. Ainsi Hafida et Sula apparaissent aux yeux de Rahima comme des femmes libérées, cette liberté étant bien sûr mesurée au Pays des Talibans.

A travers l’histoire de Rahima, Nadia Hashimi évoque également le sort politique du pays. Badriya, la première épouse n’a pas été choisie au hasard pour être Parlementaire: elle doit en savoir assez pour pouvoir suivre ce que dictent les hommes (panneau vert/panneau rouge sont brandis lors d’élections de candidats, il lui suffit de suivre) mais elle ne représente aucun danger, ne sachant ni lire ni écrire, elle reste un instrument, sans cesse surveillée lors de ses déplacements à Kaboul.

Shekiba a commencé à incarner l’espoir et la révolte et c’est Rahima qui a pris le flambeau. L’ensemble donne au roman de nombreuses touches d’espoir, malgré la situation désespérante des femmes. Nadia Hashimi livre certes un portrait de personnages féminins pris dans un étau, sous le joug des hommes, étant parfois de vrais pantins mais le roman n’est pas totalement pessimiste: le destin de Rahima (pour ne pas dévoiler la fin) le prouve. Le fait d’écrire un tel roman, de décrire de telles histoires est nécessaire pour que la communauté internationale comprenne que les choses et les mentalités évoluent lentement mais que les femmes peuvent ne pas être livrées à leurs maris et à la violence. Un filet d’espoir donc.

Sortez tout de même vos mouchoirs: l’histoire des deux femmes liées par le sang ne vous laissera pas insensible(s)!

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