115- Benoît Séverac

Editions Manufacture de livres- 05/10/2017-288 pages

Résumé du roman

115 est un roman qui nous plonge au coeur de la Ville Rose, Toulouse mais plutôt du côté obscur. Il y a d’abord cette histoire de deux filles albanaises, clandestines en France, qui fuient leurs passeurs et se réfugient dans un container (l’une d’elles a un fils). Il y a ensuite cette descente au cœur d’un camp de gitans qui organise des paris clandestins, opération menée par la major de police Nathalie Decrest. Sergine Hollard a été appelée aussi pour évaluer l’état de santé des coqs défoncés pour les combats: elle est vétérinaire et s’intéresse aussi au genre humain et pas seulement aux animaux alors le sort des Albanaises l’émeut.

Elle a aussi pour projet d’ouvrir une clinique ambulante pour les animaux de compagnie des SDF et son obstination sera sa force car elle y parvient. C’est l’occasion pour elle de rencontrer Odile, une SDF qui vit dans un campement de fortune avec d’autres SDF dont certains sont plutôt inquiétants.

Nathalie, quant à elle, n’apprécie guère la jeune femme. Un contentieux demeure entre elles: l’été dernier, Sergine a voulu aider une jeune Maghrébine, Samia, 15 ans, promise à un mariage forcé, qui travaille désormais bénévolement dans sa clinique mais ses méthodes de « sauvetage » ont mis le feu au quartier des Izards.

Mais toutes deux sont obstinées et vont au fil du roman se rapprocher pour unir leurs forces et travailler ensemble pour savoir ce qui est arrivé aux deux Albanaises, retrouvées par leurs passeurs…

Mon avis sur ce roman

J’ai passé un très agréable moment de lecture. Benoît Séverac nous plonge dans l’univers d’une brigade de police, le quotidien d’une femme flic déterminée et aussi dans l’univers d’une femme vétérinaire, avec en plus l’univers des propriétaires d’animaux. Cela donne un ensemble varié de gestes techniques, de portraits de personnages, certains parfois plus insolites que d’autres (le propriétaire du chien HK, par exemple). La géographie des lieux est elle aussi variée: d’un camp à un container, de souvenirs en Albanie à une présence en France, du passage en France en toute clandestinité avec les risques que cela comporte au proxénétisme, d’un hôtel qui abrite des personnes en détresse à un hôtel de passes, d’une clinique ambulante pour les animaux des SDF à un campement de fortune pour SDF…Chaque univers révèle les affres d’une vie cahotique: misère sociale, misère affective, violences, contraintes, femmes synonymes de marchandises ou femmes pas protégées dans la rue: tout y est.

Et pourtant Benoît Séverac ne fait pas un roman qui tombe dans le misérabilisme. Ce ne sont pas juste les bien-nées qui aident les pauvres gens. Non, parmi ces pauvres gens, il y en a qui sont plus méchants que d’autres. Il y en a qui sont fragilisés par l’alcool, il y en a aussi qui ont une vie de clochardisation parce qu’il y a une fêlûre quelque part (ce n’est pas pour rien que les soeurs sont appelées Charybde et Scylla). Il y en a toujours en ce bas monde des personnes qui profiteront de plus misérables encore (quitte à ne reculer devant rien, comme piquer la pension d’un jeune autiste, Cyril).

Face au poids de leur quotidien, Nathalie et Sergine vont alléger la rancoeur éprouvée l’une envers l’autre. Leur quotidien est lourd, en effet, et c’est ce mélange de lourdeurs et de failles intimes qui va leur faire ressentir qu’elles peuvent avoir besoin l’une de l’autre. Si cette enquête policière et sociale touche, c’est aussi à cause des émotions qu’elle véhicule.

115 est un roman qui interpelle sur les tragédies de l’existence, sur le destin de ces femmes étrangères à qui on promet la lune et qui tombent de bien haut vers du bien bas pour parfois ne jamais se relever. Sur le sort de ces SDF déjà fragiles voire parfois très instables, qui ont pour tout quotidien la rue et sa violence. Et aussi sur la gestion des pouvoirs publics de tous ces problèmes qu’on voudrait ou préférerait ne pas voir. Car quel autre choix reste t-il pour certains que la marginalisation, la clochardisation, la prostitution?

Un roman humain sur l’humain. A lire. De toute urgence. Allô le 115? Je vous invite à lire aussi (même si je suppose que c’est fait).

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s