Les Amours jaunes – Tristan Corbière

Une fois n’est pas coutume, me voici en train de consacrer un billet à un recueil de poésie. Rassurez-vous, je ne vais pas le faire à la manière de celui-ou-celle-qui-passe-l’agrégation (car c’est au programme de l’agrégation de lettres). Non, je commenterai le recueil dans son ensemble, vous présentant l’ouvrage, son auteur, l’univers de son époque…(C’est un dix-neuvièmiste! J’adore les dix-neuvièmistes!!!)

Qui est Tristan Corbière?

Ce poète du 19ème siècle a pour prénom Edouard-Joachim. Nė en juillet 1845, il est de santé fragile et meurt en mars 1875, probablement de tubercule, ne laissant ni femme ni enfant.

Son oeuvre

Les amours jaunes , paru en 1873 à compter d’auteur, est son unique recueil poétique, passé inaperçu à l’époque.Il est composé de 101 poèmes et divisé en 7 parties.

Son talent a notamment été reconnu de façon posthume par Paul Verlaine qui l’a qualifié de « poète maudit » mais aussi par Joris-Karl Huysmans, l’auteur de A rebours qui le cite dans la bibliothèque de Des Esseintes, son héros.

Son oeuvre est influencée par deux passions: une passion amoureuse pour celle qu’il nomme dans son recueil Marcelle,Armida-Josefina Cuchiani, et une passion pour la mer qu’il tient de son père Edouard Corbière, navigateur reconnu comme le père du roman maritime.

Sa poésie est marquée par le romantisme et aussi par le folklore breton et ses légendes. On l’a beaucoup considéré comme un précurseur, tant chez les symbolistes que chez les surréalistes.

Mon avis sur le recueil et le poète

Tristan Corbière est celui que l’on qualifierait de « touche à tout ». Ce que je retiendrai particulièrement de sa poésie, c’est son goût pour les mots, son inventivité pour en inventer de nouveaux: plangorer, venu du latin plangor, signifie crier de douleur ou encore grazieller, inspiré de Graziella, le roman de Lamartine.

Ce que je retiens aussi, c’est une langue qui tangue, les rimes sont là et soudain une rupture rythmique, un adjectif à la ligne et le lecteur est entraîné ailleurs comme dans cette strophe du poème « Paria »:

– L’idéal à moi: c’est un songe

Creux ; mon horizon – l’imprévu,

Et le mal du pays me ronge…

Du pays que je n’ai pas vu.

Je retiens aussi cette formidable ode à sa région natale, la Bretagne, avec la partie Armor, de quoi faire découvrir au lecteur non breton des endroits et des légendes comme « Saint Tupetu », « la rapsode foraine et le pardon de sainte Anne ». La description des paysages n’est pas non plus en reste…

Si l’oeuvre de Tristan Corbière reste atypique dans l’univers du 19ème siècle, si elle n’est pas considérée comme majeure et si elle se révèle composée d’une seule oeuvre, elle n’en est pas moins marquante. On peut lire le recueil ou juste certains poèmes dans une perspective d’enrichissement culturel, les courants littéraires étant forcément marqués par des précurseurs et des ruptures avec des courants antérieures, remarque certes très terre à terre mais néanmoins il me paraît utile de le rappeler. L’histoire littéraire est riche de nombreux courants et pour comprendre les références à laquelle toute oeuvre renvoie, il est bon de connaître le patrimoine littéraire et culturelle. L’oeuvre de Tristan Corbière n’est pas une oeuvre que vous aborderez ex nihilo, vous devrez parfois parfaire vos connaissances pour la comprendre…Et si vous ne la comprenez pas toujours, laissez parler votre âme, répétez et répétez les vers: vous trouverez alors le sens que vous souhaitez, celui du voyage intérieur…

4 réflexions sur « Les Amours jaunes – Tristan Corbière »

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