Throwback Thursday livresque #2: Une couverture qui vous déplaît

Le Throwback Thursday Livresque est un rendez-vous hebdomadaire qui sévit depuis quelques années sur la blogosphère. Le principe ? Chaque jeudi, un thème donné est l’occasion de revenir sur une lecture passée – en accord avec le dit-sujet, bien sûr. Le récap’ des liens se fait sur le blog MyBooks.

J’ai choisi de vous présenter le roman Les amants du Tage de Joseph Kessel. La couverture qui me déplaît est celle ci-dessous:

Les amateurs et amatrices de choses hideuses seront déçus, je pense. J’admets que cette couverture n’est pas laide, elle me déplaît c’est tout. Je la trouve trop sobre, trop: « Me lisez pas » alors que si justement, on lit l’histoire, on en arrive à une belle histoire d’amour. Je ne dis pas heureuse, je dis passionnelle. Un amour sous fond de culpabilité car les amants, Antoine et Kathleen, ont tous deux tué leur conjoint. Antoine parce qu’il a surpris sa femme dans les bras d’un autre. Kathleen a poussé son mari du haut d’une falaise mais ne dit pas grand-chose à Antoine. Celui-ci va finir par côtoyer l’inspecteur Lewis sur les traces de Kathleen pour en savoir plus sur le défunt…

J’aurais aimé cette couverture un peu plus joyeuse, un peu plus colorée. Ou alors carrément plus austère, un homme tombant d’une falaise, Kathleen regardant au loin.

Mais j’aime bien Kessel et vous conseille d’autres romans: Le Lion est un indémodable (au sens où on le lit souvent dans sa scolarité), il y a aussi le moins connu La passante du Sans-souci.

Le prochain thème est « Un livre dont vous avez tout oublié ».

Contes et nouvelles – Léon Tolstoï

Léon Tolstoï est un écrivain russe né au 19ème siècle célèbre pour ses romans comme Guerre et Paix et ses nouvelles qui dépeignent la vie quotidienne du peuple russe à l’époque des tsars.

En découvrant la liste du Reading classics challenge de ce mois-ci, je me suis demandé : suis-je prête pour Anna Karėnine (j’ai vu le film il y a des années) ou Guerre et Paix? Puis j’ai trouvé les contes et je me suis dit: pourquoi pas ? J’ai déjà lu Beloved de Toni Morrison, j’avais envie de neuf.

Ce que je peux en dire d’autre?Foncez! Le recueil est truculent, Tolstoï fait preuve de beaucoup d’humour à travers des histoires courtes et faciles à lire. J’ai beaucoup aimé l’histoire « Le filleul », un conte qui va de rebondissements en rebondissements jusqu’à la morale pas tout à fait comme nous aurions pu le penser.

Throwback Thursday livresque # 1: L’un de vos premiers livres

Le Throwback Thursday qui a été créé par Bettierose books a pour but de remettre en lumière des romans de notre bibliothèque en répondant à un thème chaque jeudi. Le challenge est de ne pas réutiliser trop souvent les mêmes livres. Il est a présent repris sur le blog de My-Bo0ks. Merci à Mahault du blog https://lesmotsdemahault.blog/ de m’avoir fait découvrir ce défi!

Thème du jour : L’un de vos premiers livres

Je me souvenais de certains J’aime Lire ou du Journal de Mickey et de livres de la Bibliothèque rose…Et un jour, accompagnée de mes enfants, dans une salle d’attente, je l’ai vu: oui, c’était bien un des livres de mon enfance… J’ai nommé: Mademoiselle Tout-à-l’Envers de Philippe Corentin, paru pour la première fois en 1988 aux éditions de l’Ecole des Loisirs.

Voici la présentation de l’éditeur:

« Qui est-elle cette cousine d’Amérique qui arrive dans la famille de Trotinette et Totoche, les souris ? Elle est bizarre la cousine. Elle n’est pas chauve mais elle a un drôle de museau chiffonné, de grandes oreilles d’âne et deux horribles ailes ! »

Je me souviens que j’avais partagé l’étonnement des souris, en trouvant que leur cousine était bien bizarre. Pour le reste, j’avoue avoir tout oublié. L’avoir feuilleté adulte me fait dire qu’il s’agit d’une jolie histoire pour enfants et que les illustrations sont attrayantes.

Et toujours les forêts – Sandrine Collette

Sandrine Collette est une romancière française née en 1970 dont le premier roman publié en 2013, Des noeuds d’acier, obtient le Grand Prix de littérature policière. Et toujours les forêts paru en 2019 a obtenu plusieurs prix: prix de la Closerie des Lilas 2020, Grand Prix RTL Lire.

Editions JC De Lattès – 02/01/2020- 334 pages

Résumé de l’histoire

Tout débute par Marie qui tombe amoureuse d’un gars des Forêts. Un garçon naît. Corentin. Pas reconnu par le père. Marie n’en veut pas, le fait garder par des copines puis des nounous. Un jour, elle le dépose chez la grand-mère du père, Augustine. Corentin reste et grandit dans les Forêts avec la vieille femme qui lui témoigne des gestes de tendresse à sa façon.

Lorsqu’il devient étudiant, il part pour la Grande ville et découvre la fête, les soirées alcoolisées, l’amitié des copains. Un jour, avec quelques amis, il assiste à un tremblement de terre, le soleil qui descend n’épargne rien sur son passage. En sortant du tunnel, chacun s’en va de son côté: dans le chaos,finie l’amitié!

Corentin part à la recherche des Forêts. Sur son passage, il sauve un chiot aveugle qu’il emmène avec lui. Augustine est vivante, il retrouve également Mathilde, fille des fermiers d’à côté, dont il était amoureux sans que cela soit réciproque. Avec elles, Corentin organisera la survie dans un monde devenu hostile.

Mon avis sur le roman

Ce roman tombe à pic en cette période de confinement. Il fait réfléchir au sens à donner au monde, notamment lorsque tout est chaos et à reconstruire.

Sandrine Collette a choisi de faire triompher la vie malgré tout. La vie humaine à travers la reproduction d’un homme et d’une femme qui finissent par éprouver une forme de tendresse l’un pour l’autre. La vie animale à travers la reproduction d’un chien aveugle et de loups. Une renaissance obsessionnelle et qu’importe l’amour! Seule la survie compte!

Sandrine Collette écrit un huis-clos post-apocalyptique intime. Un homme, une femme, des enfants. Le vide, la solitude, la disparition des vivants, des odeurs, du goût, des bruits aussi…Le paysage n’est pas seulement modifié, l’écosystème tout entier est réinventé dans un monde où les enfants ne connaissent du cheval ou de l’éléphant que sa forme.

Qu’est-ce qu’être un homme? pourrait être toute la question de ce roman. Comment réagir après la catastrophe? Faut-il partager le peu que l’on a?Faut-il vivre dans la peur? Ou au contraire faut-il se préparer à se défendre contre des survivants hostiles? Corentin à lui seul résume toute la complexité de ces questions. Ni lâche ni courageux, ni salaud ni bon, son parcours semé d’embûches le mène à survivre à l’écart, au coeur de la nature.

La catastrophe était annoncée: des ruisseaux qui tarissent, la chaleur qui assèche la terre, les arbres qui perdent leurs feuilles hors saison. Et pourtant personne n’y a pris garde. Et pourtant ce roman qui se veut noir est tout de même une note d’espoir pour qui veut y croire. L’espoir d’un après possible. Parce que rien ne s’arrête jamais complètement, Corentin y croit.

A lire parce que c’est un roman percutant, le texte sonne juste, les personnages aussi. Une fin du monde comme on pourrait la pressentir.

En France – Florence Aubenas

Florence Aubenas est une journaliste française, grand reporter, qui a publié de nombreux essais comme Quai de Ouistreham en 2010. En France (2014) rassemble de multiples récits de vie et a obtenu le Prix d’académie 2015.

Editions de L’Olivier – 16/10/2014-240 pages

Mon avis de lecture

Florence Aubenas a sillonné la France entre 2012 et 2014, pour recueillir en tant que journaliste des chroniques sociales, des témoignages de gens vivant en France. « En campagne », « au camping », « une jeunesse française » sont les trois chapitres de son recueil. Ils racontent tous la même chose: comment les Français interrogés vivent et survivent, eux qui appartiennent au petit peuple, à la France d’en bas, toujours à compter le moindre sou.

De la pleine campagne où l’on se lève tôt pour aller gagner trois sous à la banlieue et les cités où des gamins de 15 ans font les guetteurs pour assurer le bissness des dealers, le rapport au travail ou à son absence est omniprésent. Emploi, Roms, mariage pour tous, vacances, politique et F, tout y est abordé. La parole est donnée à ceux qui n’ont presque rien et pourtant les jeunes le disent: leur père à l’usine a un CDI, eux font de l’intérim, du précaire. Conditions de travail dégradées, arrivée de l’étranger, du pain béni pour les partis extrêmistes. L’auteure explique tout ceci sans jugement et sans tomber dans le misérabilisme. La parole est aux « oubliés », témoins et acteurs d’une vie difficile et leur parole est autant de tranches de vie dans un système pour le moins très inégalitaire.

A lire.

Evasion – Benjamin Whitmer

Benjamin Whitmer est un auteur américain né en 1972 qui s’impose comme le maître du roman noir américain, notamment grâce à son troisième roman, Evasion.

Editions Gallmeister -Traduit par Jacques Mailhos- 06/09/2018-416 pages

Résumé de l’histoire

En 1968, douze détenus s’évadent de la prison d’Old Lonesome, située près d’une petite ville du Colorado, aux Etats-Unis, encerclée par les Montagnes Rocheuses. Plusieurs personnes se lancent à leurs trousses: le directeur de la prison, ses gardiens, un pisteur, un journaliste en quête de scoop et une trafiquante d’herbe à la recherche de son cousin qui fait partie des évadés.

La traque qui durera une nuit mettra les nerfs de tous à rudes épreuves. Du gardien au prisonnier, chacun a une histoire dans cette ville où l’on échoue sans aucun échappatoire, une ville de médiocres où les habitants semblent écraser par leur destin. Les traces de la guerre du Vietnam sont encore visibles chez ceux qui sont partis la faire et la violence est sous-jacente chez nombreux hommes, prête à exploser à tout moment.

Une tempête de neige et le vent rendent la traque ardue. Jusqu’où cette évasion mènera donc tous les protagonistes du roman?

Mon avis sur le roman

Benjamin Whitmer a l’art de plonger la narration dans une réalité crue, sans fard, où la violence règne et où la justice n’est pour le moins pas toujours juste. Il dresse le portrait de nombre de paumés dans une ville qui n’a rien d’attractif, ce qui contribue à rendre l’humain prisonnier, non à travers des barreaux, mais prisonnier d’une situation, d’une vie, tourné parfois vers un ailleurs dont on n’arrive pas à s’extraire, qui ramène à la vie misérable dans cette ville.

La force de ce roman vient des failles de chacun et de chaque élément. Faille déjà si l’on considère la tempête comme telle: un élément climatique qui ne facilite pas la traque. Failles des prisonniers aussi: Mopar, par exemple, est emprisonné dans sa tête par son histoire avec Molly, par exemple, sa maîtresse dont il a tué le mari, adjoint au shérif violent qui abusait des femmes.

Ce roman, c’est une Amérique sans concession: celle de la violence, des armes, des jours sans lendemains, des vies ennuyeuses que l’on traîne inlassablement dans les mêmes endroits ennuyeux, le bar, la maison, le cercle familial où l’on s’alcoolise et où l’on frappe souvent, les femmes, qu’en dire donc? , les femmes qui gèrent les foyers mais qui ont la vie rude, sous le joug des hommes. La description de cette ville du Colorado est loin de faire rêver et pourtant, chacun va lutter pour sa survie…

Une intrigue bien menée, sans temps mort, où l’on sent peu à peu monter la violence et le désespoir de certains. Un roman que l’on peut conseiller sans problème, qui contient une préface de Pierre Lemaître qui s’est trouvé emporté par le talent de Benjamin Whitmer. Je suis pour ma part curieuse de lire ses autres romans.

Et les vivants autour – Barbara Abel

Barbara Abel est une auteur belge de romans policiers née en 1969. Ses thèmes de prédilection sont souvent des milieux familiaux étouffants où germent délit et folie.

Editions Belfond- 05/03/2020 – 448 pages

Résumé de l’histoire

Il y a quatre ans, Jeanne Mercier, une jeune femme mariée à Jérôme, est victime d’un grave accident de voiture. Depuis, la vie de ses proches est suspendue autour de ce corps plongé dans le coma. Lorsque le professeur Goosens convoque les parents et le mari, ils imaginent qu’il s’agit de la débrancher. Il n’en est rien et la nouvelle qu’ils vont apprendre est le déclencheur qui met le feu aux poudres. Le père, la mère, la soeur et le mari de Jeanne vont alors se déchirer, libérant des non-dits, valsant parfois entre hésitation et certitude, tour à tour déterminés puis anéantis par le chagrin et la douleur. Quelle décision finale vont-ils donc prendre?

Mon avis sur le roman

Un roman qui prend des accents de thriller grâce à une intrigue bien menée. Une famille unie seulement en apparence dans laquelle les failles de chacun vont être révélées, les uns au contact des autres.J’ai beaucoup aimé le personnage de la mère qui révèle sa vraie nature au fil de l’intrigue.

Un roman somme toute agréable à lire, notamment si vous aimez les histoires à rebondissements.

Zia met son nez partout (Claire De Lille)

Confinement oblige, j’ai tenté de sortir des sentiers battus. Me voici donc en train de lire un livre reçu gratuitement par mail…

Zia est une journaliste people qui n’a pas son pareil pour dénicher un scoop. Sa particularité physique est d’avoir un long nez, ce dont ses camarades de classe se sont beaucoup moqués. Elle a su en faire une force en devenant un pilier du Girls Only, où travaille également son meilleur ami Alex. Tout va bien pour elle jusqu’au jour où sans le vouloir elle défraie la chronique en se trouvant soupçonnée de meurtre…Elle se lance dans une enquête, à la suite de deux inspecteurs, persuadée ainsi de prouver son innocence…Elle tombe sous le charme d’un des inspecteurs. Arrivera-t-elle à trouver la coupable?

Ce genre de littérature s’appelle de la chick literature. Effectivement, la couverture est girly. Il y a longtemps, j’avais lu Le journal de Bridget Jones parce que j’avais vu le film au cinéma (et pour des raisons personnelles), j’avais moins de 20 ans…et cela ne m’avait pas du tout donné la même impression.

J’ai trouvé le roman Zia met son nez partout ennuyeux, tout simplement. Que de longueurs pour camper le portrait d’une héroïne stéréotypée: célibataire, avec un meilleur ami homosexuel, voulant vivre sans trop y croire une belle histoire d’amour, complexée, consciente de ce qu’elle est mais quand même centrée sur sa situation…Bref, pour ceux qui voudraient lire tout de même, j’ai lu des critiques qui semblent positives pour les amateurs/amatrices du genre! Quant à moi, je vais relire un classique, je crois car je trouve rarement les héros fades!

Arrête avec tes mensonges- Philippe Besson

Philippe Besson est un écrivain français né en 1967 publie en 2001 le roman En l’absence des hommes qui reçoit plusieurs prix. Arrête avec tes mensonges a obtenu plusieurs prix: Prix Psychologies du roman inspirant (2017), Prix Maison de la Presse (2017), Finaliste du Prix Bla Jean-Marc Roberts (2017).

Editions Julliard-05/01/2017- 198 pages

Résumé du livre

A Bordeaux en 2007, Philippe, écrivain est en train d’accorder un entretien à une journaliste sur son dernier livre lorsque il aperçoit une silhouette familière. Même s’il sait que cela ne peut pas être lui, il crie son prénom: « Thomas ». Le jeune homme se retourne, Thomas est son père.

En 1984, Philippe est un élève de Terminale C, dans un lycée de Barbezieux. Timide, gauche, ses excellents résultats lui attirent autant de sympathie que d’antipathie. On trouve souvent qu’il a des gestes de « fille ». Il remarque dans la cour un garçon d’une autre classe, Thomas, qu’il va observer à la dérobée. Entre eux va naître une histoire d’amour secrète: c’est une première expérience sexuelle pour Philippe mais pour Thomas qui n’avouera jamais son homosexualité, la relation ne peut pas durer…

Mon avis sur le roman

Par l’écriture de ce roman, Philippe Besson a voulu rendre hommage à l’amour de ses 17 ans: Thomas Andrieu. Dans plusieurs de ses romans, il a parlé de lui-même, de ses amis, de son entourage. Ici, il raconte un amour vécu dans les années 1980, à une époque où le Sida commence à faire des ravages, où avouer son homosexualité équivalait à être rejeté par sa famille. Thomas, en pleine jeunesse, ne pourra accepter cela. Cela le conduira à fuir l’auteur, pour fuir ce qu’il est, pour finir par épouser une jeune fille tombée enceinte de lui…Philippe Besson commencera son oeuvre romanesque en taisant cette histoire douloureuse, en y insérant des traces (Thomas sera le prénom d’un personnage…). Cette mise à nu le conduit à respecter ce que disait sa mère: « Arrête avec tes mensonges ».

Une oeuvre sincère donc. A découvrir.

Le pays des autres- Leila Slimani

Pour son troisième roman, Leila Slimani s’inspire de l’histoire de ses grands parents et couvre l’histoire du Maroc entre 1946 et 1956.

Editions Gallimard-05/03/2020-368 pages

Résumé de l’histoire

En 1944, une jeune Alsacienne, Mathilde, rencontre un jeune Marocain, Amine, combattant pour l’armée française. A la fin de la guerre, elle quitte la France pour le Maroc. Le père d’Amine a des terres à Meknès, une ville de garnison. Mariage, déménagement, naissance des enfants, Aicha et Sélim…Pour Mathilde, la désillusion est rude: elle découvre que le Maroc n’est pas la terre dont elle rêvait, l’ambiance est trop rigoriste pour elle et que l’exotisme qu’elle décrit dans les lettres qu’elle envoie à son père, Georges, et sa soeur, Irène, est loin de la réalité. Très loin même car Amine travaille dur mais les terres sont rocailleuses et pas aussi productives que son père le lui a promis. Le couple est en manque d’argent, leur travail sera t-il finalement récompensé? Dans les années 50, il assistera aussi à une montée de violence, à des tensions liées au colonialisme, le tout aboutissant à l’indépendance du Maroc en 1956.

Mon avis sur le roman

Leila Slimani décrit avec justesse « le pays des autres », le Maroc où tout un chacun peut ne pas se sentir intégré. A commencer par Mathilde, cette étrangère qui a épousé, non un Arabe riche mais un homme qui doit travailler dur sur une terre aride. Elle connaîtra la vie quotidienne à la ferme, une vie pleine de labeur, la solitude aussi et ne trouvera pas non plus beaucoup de réconfort auprès de son mari, toujours pris par le travail, qui s’assombrit au fur et à mesure que les années passent, déçu par ses terres. Si elle cherche comment s’émanciper sans heurter la culture de son mari ou du moins sans aller contre les apparences, lui, qui a eu en France le sentiment d’être un libérateur, est redevenu au Maroc un indigène parmi d’autres. Cela n’en fait pas un couple très heureux mais ce n’est pas eux que Leila Slimani pointe le plus du doigt, ce n’est pas la conception du couple qu’elle juge.

Non, ce qu’elle met en avant, c’est surtout les conditions de vie des femmes, les injustices et les inégalités dont elles sont victimes. Par le personnage de Selma, d’abord, la petite soeur d’Amine, surveillée par le grand frère, Omar. Celui-ci finit par disparaitre quelque temps, dans les tensions du pays, reprochant à son frère d’avoir épousé « une Française », voulant l’indépendance de son pays. Selma organisera à sa manière sa révolte, celle des jeunes femmes marocaines prêtes à tout pour s’émanciper et tombera amoureuse d’un Français qui l’abandonnera, sachant qu’elle est enceinte. Aicha, quant à elle, aussi jeune soit-elle sera déchirée entre la culture de son père et celle de sa mère, bien qu’élève dans un établissement catholique.

Leila Slimani porte beaucoup de douceur dans son roman: la violence est là, réelle, palpable mais elle ne tombe jamais dans les travers d’accusation, ce qui lui permet de nous dévoiler un pan historique du Maroc sous toutes ses coutures: sans racisme, sans parti pris, décrivant aussi bien les combattants oeuvrant pour l’indépendance que ceux de l’autre camp. Si la domination colon-indigène et homme-femme est présente, elle est décrite avec nuance et c’est cette absence de parti pris, mêlée d’histoire personnelle qui rend le roman intéressant. Tout est une question de regard dans ce roman: regard des autres vers « l’étrangère », regard de « l’étrangère » vers les autres, volonté d’indépendance et d’émancipation de part et d’autre.

J’attends vivement le deuxième opus de la trilogie annoncée. Aicha y tiendra probablement une grande place. En attendant, bien sûr, je vous conseille la lecture de ce roman-ci.

Rhapsodie des oubliés – Sofia Aouine

Editions de la Martinière- 29/08/2019-208 pages

Résumé de l’histoire

Abad, 13 ans, est un adolescent qui vient du Liban qui arrive à Paris, dans le 18ème arrondissement et qui vit au cœur de Barbès, dans le quartier de la Goutte d’Or, à la sinistre réputation. L’adolescence est l’âge de tous les possibles et Abad se fait l’observateur de tous les travers de son quartier: pauvreté, chômage, prostitution, drogue et montée de la radicalisation sont des sujets très présents dans le roman. Abad, au gré de ses rencontres, veut tout faire pour s’arracher à cette vie-là, voyant son père victime d’un accident du travail devenir invalide et ne parvenant pas à retrouver un travail, sa mère qui part faire des ménages tôt le matin.

Mon avis sur le livre

Un premier roman pour l’auteure, quelques maladresses mais un joli roman. La première chose que je retiens, c’est son amour pour ce quartier, sa description en est réaliste, on sent que Sofia Aouine aime ces rues, loin d’être parfaites mais si vivantes et qu’elle a voulu avant tout faire partager un pan de vie de ses habitants, vie aussi déglingée soit-elle. La Goutte d’Or, cela renvoie si bien à Zola, à la misère qu’il a décrite, à la gouaille des ouvriers, des personnages alcooliques, aux enfants du XIXème siècle qui ont poussé là-bas, on ne sait trop comment.

Il y a un peu de cette idée, dans le roman de Sofia Aouine: tous ces adolesscents et enfants, observateurs des « méfaits »des adultes qui parfois ensuite deviennent guetteurs à la sortie du collège. C’est plus compliqué pour les filles: Abad parle d’elles comme les « Batman », des femmes voilées, recouvertes du niqab, il y a des hommes aussi, les « Barbapapas », tant de personnes radicalisées. Sofia Aouine décrit l’impuissance des « vieux Arabes » du quartier, celle des mères, celle des familles face à la montée du radicalisme. Le langage dans la bouche d’Abad est autant d’incursions dans ce quartier.

Son passage chez une psychanalyste est autant d’air frais pris ailleurs, dans un autre lieu, une autre ambiance. Psychanalyste elle aussi marquée par son passé, par son histoire familiale, par sa mère qui a vu sa famille embarquée et disparue en juillet 1942, survivante malgré elle. Femme qui dit aussi à quel point les racines familiales sont importantes.

Le roman de Sofia Aouine dit aussi le manque de repères familiaux, chez Abad, chez ses copains mais aussi chez les adultes. Prenons par exemple l’histoire de Gervaise qui vous semblera n’être qu’une prostituée sur le trottoir. Elle est retrouvée morte par des éboueurs et c’est alors qu’Abad s’autorise à raconter son histoire: envoyée en France par une « tante » parce que vendue par sa mère, maman d’une petite fille qu’elle a eu avec un homme de passage parce que sa mère la livrait aux hommes, tout comme elle le faisait elle-même. Gervaise qui a espéré si fort pour sa petite Nana une vie meilleure que la sienne. Et que dire de l’histoire de la fille d’en face, soeur d’Omar, radicalisé qui entraîne de nombreux jeunes sur la voie de la radicalisation? Que dire de ce frère qui se prend pour le père et qui corrige sa soeur pour la moindre broutille?

Un premier roman aux personnages touchants, marquant par son réalisme. Sofia Aouine, dans son genre, est une auteure à la plume prometteuse.

Vanda – Marion Brunet

Marion Brunet, née en 1976, a été éducatrice spécialisée avant de publier son premier roman pour adolescents, Frangine, en 2013.

Editions Albin Michel-26/02/2020- 240 pages

Mon avis de lecture

Vanda est un roman agréable à lire qui véhicule une jolie histoire, surtout si l’on pense au bien-être que la nature procure à l’être humain. Lisez ce livre et vous aussi aurez parfois envie de vous plonger dans la mer quand vous voulez (on attend la fin du confinement, on ne part pas en vacances…)

Une jolie histoire parce que ce roman narre la vie d’un garçon, Noé, 6 ans, et de sa mère, Vanda, qui se bat et souvent même se débat pour leur survie. Tous deux vivent ensemble, en marge, dans un cabanon près de la plage. Le petit va à l’école, Vanda au travail, elle est femme de ménage dans un hôpital psychiatrique. Ils sont complices, ils sont fusionnels, ils sont seuls contre le monde entier.

Vanda n’est pas une mère comme les autres. Elle a grandi dans un village en Bretagne, usant de ses poings pour défendre sa mère,  » qui couche avec n’importe qui ». Elle part, elle fait les Beaux-Arts à Marseille. Elle a un enfant, Noé, sans même prévenir le père, c’est son enfant et elle. Elle a un look atypique, des tatouages, des cheveux indisciplinés et une rage en elle qui fait que non,elle ne rentre pas dans les cases: « vie bien rangée ». Envie de faire la fête et alcool sont souvent son quotidien. Elle fait au mieux pour son fils, du moins le pense t-elle.

Un jour, elle croise le père de son enfant, Simon, parti à Paris, revenu pour l’enterrement de sa mère. Une peur en elle surgit: elle ne veut pas partager son enfant. Simon, qui découvre l’existence de Noé six ans après sa naissance, est d’abord perdu, d’autant que sa copine, Chloé, ne veut pas d’enfant. Et puis l’envie de connaître son fils vient et l’envie de lui offrir un peu de confort, aussi, une chambre chez lui.

Le roman fait place à ces deux personnages, Vanda et Simon, l’auteure en dresse des portraits très fouillés. On s’attache à Vanda et à sa révolte, on est avec Simon, on l’encourage à assumer sa paternité. On s’interroge aussi sur l’avenir de cet enfant, Noé, qui aime sa mère, qui se contente de ce qu’il a mais qui peut-être aimerait avoir plus (un père?).

De beaux portraits, une description réaliste de Marseille et du point de vue des Parisiens sur la ville, des personnages qui racontent à leur façon…Marion Brunet, dans ce roman social, réussit à entraîner le lecteur vers ce qu’il ne soupçonne même pas, avec beaucoup de finesse et des personnages dont on se souviendra. A lire donc!

La loi du rêveur- Daniel Pennac

Editions Gallimard- 03/01/2020-176 pages

Mon avis sur le roman

Avant toute chose, sachez que j’aime beaucoup les romans de Daniel Pennac, je suis une « fan » de la famille Maulaussène, je me souviens encore de la découverte du premier roman lu à l’adolescence: La petite marchande de prose. Des années plus tard, je souligne toujours le talent de ce monsieur amoureux des mots et de la belle langue. Contrairement à des auteurs qui misent tout sur l’intrigue et l’enchevêtrement des faits, lui, ce qu’on sent à travers ses romans, c’est vraiment son amour des mots, son amour pour ses proches et aussi une certaine tendresse pour ses personnages plébiscités par le public (Benjamin Malaussène, je te salue!).

Je dois vous dire, Monsieur, que j’ai beaucoup aimé certaines phrases de votre copain Louis, saluant votre talent: « Mon pote est un rêveur génial. Quand nous serons grands, il sera écrivain », ajoutant plus loin: « Et moi, je serai personnage ». Indéfectible lien d’amitié que celui-ci, quoi de plus précieux qu’un ami que l’on glisse dans un livre? Quoi de plus précieux qu’un ami qui nous écoute raconter nos rêves, aussi?

Daniel Pennac commence fort: au début du récit, le narrateur, c’est-à-dire lui enfant, affirme à son copain Louis, 10 ans comme lui que la lumière, c’est de l’eau et fait le rêve d’être pris dans une explosion de lumière liquide. Que peut-on bien faire de ses rêves, au réveil? Daniel choisit d’emmener son lecteur à la rencontre de ses rêves: plongez donc au cœur d’un village englouti, partez à la découverte d’un barrage. Profitez-en aussi pour découvrir Fellini. Qui est donc Federico Fellini? Lisez ce livre pour le savoir, je ne vous en dirai que quelques mots: Daniel Pennac rend hommage à l’homme qui dessinait ses rêves pour en faire la matière de ses films. Il fait de ses rêves un processus créatif, les faisant s’emboiter les uns aux autres.

Il oscille souvent entre rêve et réalité, évoquant également ses élèves et le pouvoir des rêves sur eux. Ceux-ci se révélant bloqués par le fait d’écrire, le professeur Pennac leur a demandé de recueillir leurs songes dans un carnet puis s’est lui-même chargé d’écrire leurs rêves au tableau. Et ses élèves ont adhéré, ils ont cru au pouvoir mystificateur du rêve. Et Pennac a continué de nous emmener aussi voir son vieux copain Louis, affirmant à ses petits-enfants qu’avec lui, il trouvait la matière d’un de ses textes. Balade littéraire ou réflexion sur ce que signifie l’acte d’écrire, La loi du rêveur est un roman inclassable. Mais croyez-moi, après l’avoir lu, vous aussi, vous aurez envie, comme Daniel Pennac, d’être victime d’un accident domestique : ce monsieur, en voulant changer l’ampoule grillée d’un rétroprojecteur, s’est retrouvé à terre, suite à la chute d’un escabeau et a vu toute sa vie défiler devant lui. Le tout alors que sa femme et lui regardaient le film Amarcord de Fellini…

Au soleil redouté- Michel Bussi

Editions Presse de la Cité-06/02/2020-432 pages

Résumé de l’histoire

Connaissez-vous les îles Marquises, en Polynésie française où sėjournèrent le peintre Paul Gauguin et le chanteur Jacques Brel? Rêveriez-vous d’y séjourner en compagnie d’un célèbre écrivain Paul-Yves François et d’être choisie parmi d’autres lectrices pour participer à un atelier d’écriture à Hiva Oa?

Voici comment cinq femmes se retrouvent sur l’île, accompagnée d’une adolescente et du mari de l’une d’entre elles.

Lorsque le romancier disparaît, tous pensent d’abord à un jeu pour stimuler l’imagination puisque il a demandé aux participantes de l’atelier d’écrire tout et le plus sincèrement possible. Mais la tension monte d’un cran quand une des femmes est assassinée…L’île pleine de charme avec ses statues, les tikis, ses mantras, ses tatouages, sa faune et sa flore paradisiaque devient soudain plus menaçante…L’ambiance vire carrément au thriller quand certains comprennent que le meurtrier ou la meurtrière est parmi eux…

Mon avis

L’intrigue est bien menée et l’auteur, tout au long du roman, joue avec le lecteur, l’entraînant dans une piste pour le faire virer ensuite dans une autre…Si certains personnages apparaissent caricaturaux (le mère de Maïma par exemple), d’autres son sincères et attachants: Yann, flic paumé, effacé par l’aura de sa femme et Maïma,une adolescente débrouillarde et réfléchie. Si l’ambiance fait penser aux Dix petits nègres d’Agatha Christie (l’auteur nous en parle lui-même), l’intrigue est parsemée d’art et de littérature: on retrouve des références à Gauguin, à Jacques Brel, on se met à fredonner des airs lointains, on s’interroge aussi sur ce que cela fait d’être un écrivain à succès, ce succès donne t-il donc tous les droits, même celui de disparaître? Qu’est-ce donc qu’être une future écrivaine, préférée, choisie…ou non pour son talent littéraire? Et l’éditrice, Servane Austin, très drôle au demeurant, quel est son rôle exactement? Ajoutée à l’enquête policière, cela ne manque pas de piquant et on oscille souvent entre action, bons sentiments et beauté des paysages, en passant par la découverte des traditions (les tatouages y sont pour beaucoup).

Pour résumer, j’ai préféré ce livre là au précédent de l’auteur, J’ai dû rêver trop fort. Je ne dévoile pas la fin mais je suis sûre qu’elle vous surprendra!