Rhapsodie des oubliés – Sofia Aouine

Editions de la Martinière- 29/08/2019-208 pages

Résumé de l’histoire

Abad, 13 ans, est un adolescent qui vient du Liban qui arrive à Paris, dans le 18ème arrondissement et qui vit au cœur de Barbès, dans le quartier de la Goutte d’Or, à la sinistre réputation. L’adolescence est l’âge de tous les possibles et Abad se fait l’observateur de tous les travers de son quartier: pauvreté, chômage, prostitution, drogue et montée de la radicalisation sont des sujets très présents dans le roman. Abad, au gré de ses rencontres, veut tout faire pour s’arracher à cette vie-là, voyant son père victime d’un accident du travail devenir invalide et ne parvenant pas à retrouver un travail, sa mère qui part faire des ménages tôt le matin.

Mon avis sur le livre

Un premier roman pour l’auteure, quelques maladresses mais un joli roman. La première chose que je retiens, c’est son amour pour ce quartier, sa description en est réaliste, on sent que Sofia Aouine aime ces rues, loin d’être parfaites mais si vivantes et qu’elle a voulu avant tout faire partager un pan de vie de ses habitants, vie aussi déglingée soit-elle. La Goutte d’Or, cela renvoie si bien à Zola, à la misère qu’il a décrite, à la gouaille des ouvriers, des personnages alcooliques, aux enfants du XIXème siècle qui ont poussé là-bas, on ne sait trop comment.

Il y a un peu de cette idée, dans le roman de Sofia Aouine: tous ces adolesscents et enfants, observateurs des « méfaits »des adultes qui parfois ensuite deviennent guetteurs à la sortie du collège. C’est plus compliqué pour les filles: Abad parle d’elles comme les « Batman », des femmes voilées, recouvertes du niqab, il y a des hommes aussi, les « Barbapapas », tant de personnes radicalisées. Sofia Aouine décrit l’impuissance des « vieux Arabes » du quartier, celle des mères, celle des familles face à la montée du radicalisme. Le langage dans la bouche d’Abad est autant d’incursions dans ce quartier.

Son passage chez une psychanalyste est autant d’air frais pris ailleurs, dans un autre lieu, une autre ambiance. Psychanalyste elle aussi marquée par son passé, par son histoire familiale, par sa mère qui a vu sa famille embarquée et disparue en juillet 1942, survivante malgré elle. Femme qui dit aussi à quel point les racines familiales sont importantes.

Le roman de Sofia Aouine dit aussi le manque de repères familiaux, chez Abad, chez ses copains mais aussi chez les adultes. Prenons par exemple l’histoire de Gervaise qui vous semblera n’être qu’une prostituée sur le trottoir. Elle est retrouvée morte par des éboueurs et c’est alors qu’Abad s’autorise à raconter son histoire: envoyée en France par une « tante » parce que vendue par sa mère, maman d’une petite fille qu’elle a eu avec un homme de passage parce que sa mère la livrait aux hommes, tout comme elle le faisait elle-même. Gervaise qui a espéré si fort pour sa petite Nana une vie meilleure que la sienne. Et que dire de l’histoire de la fille d’en face, soeur d’Omar, radicalisé qui entraîne de nombreux jeunes sur la voie de la radicalisation? Que dire de ce frère qui se prend pour le père et qui corrige sa soeur pour la moindre broutille?

Un premier roman aux personnages touchants, marquant par son réalisme. Sofia Aouine, dans son genre, est une auteure à la plume prometteuse.

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