Throwback Thursday Livresque #5 – Coup de coeur

Le Throwback Thursday Livresque est un rendez-vous hebdomadaire qui sévit depuis quelques années sur la blogosphère. Le principe ? Chaque jeudi, un thème donné est l’occasion de revenir sur une lecture passée – en accord avec le dit-sujet, bien sûr. Le récap’ des liens se fait sur le blog MyBooks.

J’ai longuement réfléchi à la thématique de la semaine car des coups de coeur, j’en ai eu de nombreux…Avec un peu de honte aujourd’hui parce que c’est très désuet, je choisis de vous présenter un livre que j’ai lu vers mes 13 ans: L’esprit de famille de Janine Boissard. Aujourd’hui, je pense que son lectorat est plutôt âgé. A l’époque, je l’ignorais et j’ignorais aussi qu’il existait un film. Je découvrais fascinée la vie de 4 jeunes filles, 4 soeurs dont le père était médecin et la mère au foyer. Et la chaleur de la Marette, leur maison. Peut-être qu’aujourd’hui, en relisant, je trouverais à ce roman un côté too much, trop miel-sucre-une-crêpe-maman-merci…Mais j’ai eu envie de le présenter comme un coup de coeur de jeunesse (il y en a d’autres, plus durables) parce que je pense avoir peu d’occasions de le présenter autrement.

(Précision: image prise sur le site Babelio)

Cette inconnue – Anne-Sophie Stefanini

Anne-Sophie Stefanini, née en 1982, est romancière et éditrice. Son premier roman Vers la mer est paru en 2011.

Éditions Gallimard-09/01/2020- 216 pages

Catherine, ayant toujours vécu à Paris, a un jour débarqué au Cameroun, en juillet 1982, enceinte de Constance. Jean-Martial, lui, est allé à Paris faire ses études puis est revenu à Yaoundé où il a épousé Marthe et eu un fils,Ruben. Constance et Ruben auront une enfance heureuse et seront élevés comme frère et sœur jusqu’à une nuit de mai 1991. Le jour de la disparition de Catherine qui monte dans un taxi et ne revient jamais…

Des années plus tard, Ruben, devenu chauffeur de taxi, resté à Yaoundé et Constance, partie vivre à Paris chez sa grand-mère, devenue veilleuse de nuit dans un hôtel, enquêtent. Ils veulent en savoir plus sur la disparition de Catherine. Qui était-elle? Pourquoi a t-elle disparu?

Mon avis sur le roman

J’ai beaucoup aimé ce roman à l’écriture fluide qui nous emmène à travers les yeux de Ruben découvrir les rues de Yaoundé. L’alternance de diverses voix narratives, de Ruben à Constance en arrivant ensuite à leurs parents, permet de se plonger dans la situation d’un pays de plusieurs manières: en découvrant la vie quotidienne au Cameroun avec les clients de Ruben, taximan mais aussi et surtout de manière politique. Car la politique est omniprésente dans cette quête identitaire et Anne-Sophie Stefanini nous plonge dans les heures les plus sombres du régime de Paul Biya.

De Catherine on en saura peu et beaucoup à la fois. Peu aux yeux des enfants pour qui elle est un souvenir et une recherche aussi. Peu aux yeux de ses amies de lycée car Catherine est ensuite devenue tellement différente au Cameroun. Et beaucoup parce que cette inconnue n’est pas une inconnue pour tous, Jean-Martial, le père de Ruben, la connaît mieux que quiconque. Cette inconnue, c’est une femme qui milite dans un mouvement opposant au régime en place, celle qui dérange même des années plus tard, celle dont il vaut mieux ne pas se souvenir peut-être…

Je vous conseille la lecture de ce roman parce que ce n’est pas seulement l’histoire de deux enfants, c’est une histoire à la fois politique et personnelle qui montre à quel point les descendants peuvent souffrir aussi et ne pas être libérés d’une histoire peut-être trop lourde à porter parce que faite de non-dits…

Le tiers temps – Maylis Besserie

Maylis Besserie, née en 1982, est auteure d’un premier roman, Le tiers temps, paru en 2020, qui a obtenu le Prix Goncourt du premier roman.

Éditions Gallimard-06/02/2020-184 pages

Résumé de l’histoire

Paris, 14ème arrondissement, rue Rémy-Dumoncel. Un immeuble blanc abrite une maison de retraite, Le tiers-temps. Parmi ses résidents, figure un vieux monsieur, grand, le visage sombre, très connu: Samuel Beckett (qui a réellement séjourné là-bas). Il y attend la fin, son épouse Suzanne étant déjà au ciel. Il se remémore sa vie, entre deux langues, l’anglais (il est d’origine irlandaise) et le français, langue de son exil. Le récit alterne entre vie quotidienne à la maison de retraite et les souvenirs des épisodes de sa vie les plus marquants.

Mon avis sur le roman

Quel beau Samuel que celui-là! On l’imagine mal, tant ses pièces sont dynamiques, attendant la fin et pourtant, Maylis Besserie décrit tout à fait un vieil homme attendant d’aller au ciel.

La forme du roman est originale, l’alternance entre les compte-rendus médicaux et le journal fictif du dramaturge décrit donne une épaisseur au personnage, on réalise le temps qui passe sur lui, sa vieillesse. Le temps est d’ailleurs très consigné dans le roman: les rapports médicaux décrivent faits et gestes de Beckett avec minutie, lentement.

J’ai beaucoup aimé l’évocation de son oeuvre et de sa vie, tant littéraire que privée, à travers ses souvenirs: d’abord l’allusion à son ami James Joyce puis à ses chansons d’Irlande, à sa mère et aussi à sa maison à Ussy, une ville découverte dans les années 50…

Un Beckett auquel on ne s’attend pas, un roman rempli de faits réels et aussi imaginaires, morceaux fragmentaires distillés ça et là, description d’une oeuvre littéraire par touche…Un très beau roman.

Throwback Thursday livresque #4: Un livre que vous allez relire prochainement

Je choisis Le Grand Meaulnes d’Alain-Fournier, classique de chez classique, mais qui ne fait pas partie des livres que je relis souvent alors c’est l’occasion!

Résumé de l’éditeur (Livre de Poche)

À la fin du xixe siècle, par un froid dimanche de novembre, un garçon de quinze ans, François Seurel, qui habite auprès de ses parents instituteurs une longue maison rouge –l’école du village–, attend la venue d’Augustin que sa mère a décidé de mettre ici en pension pour qu’il suive le cours supérieur: l’arrivée du grand Meaulnes à Sainte-Agathe va bouleverser l’enfance finissante de François…
Lorsqu’en 1913 paraît le roman d’AlainFournier, bien des thèmes qu’il met en scène –saltimbanques, fêtes enfantines, domaines mystérieux– appartiennent à la littérature passée, et le lecteur songe à Nerval et à Sylvie. Mais en dépassant le réalisme du xixe siècle pour s’établir, entre aventure et nostalgie, aux frontières du merveilleux, il ouvre à un monde d’une sensibilité toujours frémissante, et qui n’a pas vieilli.

Le prix – Cyril Gely

Cyril Gely est un écrivain français né en 1968 auteur de romans et pièces de théâtre. Son roman Le Prix, a été en 2019 en sélection finale du prix Relay des voyageurs et du Prix des libraires.

Editions Albin Michel- 02/01/2019- 224 pages

Résumé de l’histoire

Le 10 décembre 1946, Otto Hahn est à Stockholm, en Suède, dans l’attente de recevoir le Prix Nobel de chimie qui lui a été attribué deux ans plus tôt. Il reçoit la visite de Lise Meitner, qui a été son associée trente ans durant. Leur travail a pris fin huit ans auparavant, en juillet 1938, quand Lise, de nationalité autrichienne, devenue citoyenne allemande, a dû fuir l’Allemagne nazie en raison de sa religion. En passant par les Pays-Bas, elle est parvenue à gagner la Suède, aidée par ses collègues et Hahn.

Pourtant, elle ne vient pas pour le féliciter. Alors que la femme d’Otto est dans une chambre voisine, un huis clos s’engage entre les deux anciens associés. Lise veut savoir pourquoi, même après guerre, il ne mentionne pas son nom dans ses discours…

Mon avis sur le roman

Le prix est un roman constitué d’un face à face entre deux scientifiques unis autrefois par la passion éprouvée pour leur métier et qui se retrouvent confrontés aux prises de l’Histoire.

J’ai adoré le huis-clos fait d’actions, de répliques bien senties qui heurtent l’autre, les personnages ont du répondant tout en étant remplie de leur histoire personnelle. Chacun d’eux a fait des choix et les choix ont eu des conséquences pour chacun. Si Lise Meitner, en tant que femme vivante, a longtemps été considérée comme une Oubliée de l’Histoire, faut-il pour autant en conclure que Hahn, en tant qu’homme vivant, méritait tous les hommages rendus sans qu’il loue ses collaborateurs? La question du mérite scientifique et du travail en collaboration ainsi que l’amour de son pays est au coeur du roman et les personnages en sont d’admirables porte-voies.

Sur certains aspects, j’ai entrevu les actions du roman de Stephan Zweig, le Joueur d’échecs, probablement parce que le jeu d’échecs est évoqué. Que ce soit dans l’un ou l’autre roman, la tension entre les deux personnages est tout aussi palpable. Cela me donne envie de relecture!

Un si petit oiseau – Marie Pavlenko

Marie Pavlenko, née en 1974, est une auteure de romans de littérature jeunesse, notamment fantastiques comme la trilogie Le livre de Saskia qui connut un certain succès auprès des adolescents. Un si petit oiseau a obtenu le Prix Jeunes adultes Babelio 2019.

Editions Flammarion Jeunesse – 02/01/2019-400 pages

Résumé du roman

Abigail, 20 ans, est en voiture avec sa mère qui conduit lorsque l’accident se produit: à cause d’un téléphone portable, d’un panneau « stop » grillé, elle se retrouve sans bras.

Sa vie s’en trouve bouleversée: finie la classe préparatoire pour être vétérinaire, son rêve. Adieu Thomas, son petit ami, qu’elle refuse de voir ainsi que ses amis Jonas, Marion, Astrid…Sa petite soeur de 15 ans, Millie, l’énerve, elle toujours pleine de vie. Seule sa tante Coline, 36 ans, célibataire un peu déjantée recueille ses confidences.

Entre une mère bienveillante et un père qui fait des blagues pourries pour masquer son chagrin, la vie familiale est difficile. Et puis elle reçoit des livres de Blaise Cendras par la Poste, elle ignore qui les lui envoie. Cela la conduira à aller de découverte en découverte: des premières promenades au parc seule à la visite d’un ami d’enfance, Aurèle, en passant par un séjour à la montagne pour étudier des oiseaux…Une lente reconstruction s’opère alors.

Mon avis sur le roman

Ce roman traite d’un sujet pas facile: vivre avec un handicap suite à un accident, apprivoiser cet handicap pour accepter de vivre avec lui. Marie Pavlenko dépeint des personnages attachants, à commencer par Abby. Qui met du temps à accepter. Qui a peur du regard des autres. Parce que sa vie a basculé en deux secondes, elle est en colère permanente. Contre la conductrice qui lui a fait cela. Contre sa famille qu’elle ne supporte pas.Contre Thomas, heureux si vite sans elle.

Coline est, elle aussi, un personnage attachant. Elle a à coeur de redonner le goût de vivre à sa nièce, de faire en sorte que les relations entre soeurs ne s’enveniment pas…

A la place d’Abby, je passerais beaucoup de temps dans sa famille. Aimante, unie, chagrinée et mettant tout en oeuvre pour le bonheur d’Abby.

J’aimerais également avoir un ami comme Aurèle, là quand il faut, acceptant Abby telle qu’elle est, tant physiquement que moralement.

Et que dire de ce séjour à la montagne qui donne de la couleur et une fraîcheur indicible au roman. C’est le point de départ de la reconstruction d’Abby qui, malgré sa douleur, malgré ses blessures, accepte de s’ouvrir aux autres, de s’ouvrir au monde. De l’étude des oiseaux à la naissance d’un amour, il y a avant tout les ailes de la liberté, comme sur la couverture du livre.

Marie Pavlenko a su écrire cette histoire sans tomber dans le pathos, sans mièvrerie et si le positivisme paraît parfois dégoulinant, c’est probablement pour faire comprendre à quel point famille et amis peuvent être des refuges précieux.

Les adolescents apprécieront certainement ce roman écrit pour la jeunesse pour sa façon simple d’aborder le thème de l’acceptation de soi après un accident.

Throwback Thursday Livresque #3: Le livre dont vous avez tout oublié

Le Throwback Thursday Livresque est un rendez-vous hebdomadaire qui sévit depuis quelques années sur la blogosphère. Le principe ? Chaque jeudi, un thème donné est l’occasion de revenir sur une lecture passée – en accord avec le dit-sujet, bien sûr. Le récap’ des liens se fait sur le blog MyBooks.

Difficile choix que celui-ci. J’ai regardé les livres de ma bibliothèque, les livres de ma jeunesse, le début de ma vie d’adulte pour la plupart (j’achète peu de livres, j’emprunte à la médiathèque, je lis des livres numériques).

Je choisis Madame Bâ d’Eric Orsenna.

Voici la présentation de l’éditeur:

« Pour retrouver son petit-fils préféré qui a disparu en France, avalé par l’ogre du football, Madame Bâ Marguerite, née en 1947 au Mali, sur les bords du fleuve Sénégal, présente une demande de visa. Une à une, elle répond scrupuleusement à toutes les questions posées par le formulaire officiel 13-0021. Et elle raconte alors l’enfance émerveillée au bord du fleuve, l’amour que lui portait son père, l’apprentissage au contact des oiseaux…, sa passion somptueuse et douloureuse pour son trop beau mari peul, ses huit enfants et cette étrange « maladie de la boussole » qui les frappe…
Sans fard ni complaisance, c’est l’Afrique d’aujourd’hui qui apparaît au fil des pages, l’Afrique et ses violences, ses rêves cassés, ses mafias, mais aussi ses richesses éternelles de solidarité et ce formidable tissage entre les êtres.
Quinze ans après L’Exposition coloniale, Erik Orsenna explore à nouveau les relations de la France avec son ancien empire. Mais cette fois, c’est le Sud qui nous regarde. »

J’en avais vraiment tout oublié (eh oui, cela arrive!) mais relire la présentation m’a donné envie de le relire. J’aime beaucoup le style d’Eric Orsenna, il aime la langue française et manipuler les mots, il a d’ailleurs écrit La grammaire est une chanson douce dont je relis des extraits avec plaisir.

Les os des filles – Line Papin

Line Papin est une jeune femme née en 1995, fille d’un couple franco-vietnamien. Les os des filles paru aux éditions Stock en 2019 est son troisième roman.

Editions Le livre de Poche – 02/01/2020-184 pages

Résumé du livre

Née d’un père français et d’une mère vietnamienne, Line, la narratrice, est une enfant heureuse qui vit à Hanoi entourée par ses parents, son frère, ses grands-parents, sa nounou, ses tantes. Elle a donc plusieurs mamans et mène une vie insouciante jusqu’à ses 10 ans, lorsque ses parents décident de partir vivre en France. Line se retrouve déracinée, tant culturellement qu’effectivement. Elle sombre peu à peu dans l’anorexie.

Quelques années plus tard, on la retrouve à 23 ans, à l’aéroport, en partance pour Hanoi.Elle a déjà fait un retour à 17 ans, elle s’est rendue compte qu’elle était à la fois française et vietnamienne. Elle tentera de réconcilier passé et présent en racontant l’histoire des femmes de sa famille: sa mère et ses soeurs, toutes parties adultes dans d’autres pays, et Ba, sa grand-mère, née peu après la Seconde guerre mondiale dans un petit village. Toutes ont connu les guerres, la famine, la pauvreté.

Mon avis sur le roman

Un très beau roman autobiographique qui met en exergue des moments heureux vécus par la narratrice et des moments beaucoup moins heureux comme l’exil ou la maladie.

Line Papin déroule l’histoire familiale en évoquant l’Histoire, les guerres notamment ou l’embargo et la modernisation du Vietnam dans les années 1990. D’une écriture délicate et poétique, elle pose les jalons d’une identité difficile, due au déracinement, à l’exil. Alternant entre le « je » et la troisième personne « la petite fille » pour parler d’elle, elle met également sa famille à distance: son père est « le jeune français », sa mère est « une des soeurs H ». Manière pour elle de prendre du recul, de s’extérioriser d’une histoire qu’elle connaît mais qu’elle n’a pas vécue. Les os des filles l’accompagnent, peut-être ceux de sa grand-mère, peut-être ceux de toutes les femmes du Vietnam. La coutume étant de mettre dans un coffret ce qu’il reste des corps, c’est-à-dire les os. Seuls restent ensuite les sentiments des os. C’est ainsi que commence son histoire: de façon détournée, pour raconter aussi son rapport au corps, à la maladie.

Outre cette écriture, j’ai beaucoup aimé lire cette histoire familiale, faite d’exil et de retour. Elle est d’ailleurs empreinte de notes d’espoir qui laissent présager un retour au Vietnam possible et un renouveau envisageable. A lire, que l’on soit en quête identitaire ou pas!

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Nos espérances – Anna Hope

Anna Hope, née en 1974, est une actrice et une romancière anglaise dont les deux premiers romans, Le chagrin des vivants (2016) et Salle de bal (2017) ont eu un succès remarqué. Nos espérances est son troisième roman.

Editions Gallimard – Traduit de l’anglais par Elodie Leplat- 12/03/2020- 368 pages

Résumé de l’éditeur

Hannah, Cate et Lissa sont jeunes, impétueuses, inséparables. Dans le Londres des années 1990 en pleine mutation, elles vivent ensemble et partagent leurs points de vue sur l’art, l’activisme, l’amour et leur avenir, qu’elles envisagent avec gourmandise. Le vent de rébellion qui souffle sur le monde les inspire. Leur vie est électrique et pleine de promesses, leur amitié franche et généreuse.
Les années passent, et à trente-cinq ans, entre des carrières plus ou moins épanouissantes et des mariages chancelants, toutes trois sont insatisfaites et chacune convoite ce que les deux autres semblent posséder. Qu’est-il arrivé aux femmes qu’elles étaient supposées devenir?

Mon avis sur le roman

Trois beaux portraits de femmes modernes, énergiques, « dans le vent ». Ce roman n’a pourtant rien d’un feel good: Anna Hope décrit de façon réaliste la jeunesse anglaise, dans leur rapport aux autres et dans leur rapport générationnel avec leurs parents. Le roman évoque également beaucoup les luttes féministes, les rapports de couple, la parentalité. L’amitié est mise en avant comme un totem, les retours en arrière permettant aux yeux des lecteurs de la cimenter.

L’ensemble est construit sur un fil tenu, les trois femmes ont toutes un côté bordeline une certaine ténacité pour aller au bout des choses, quitte à se tromper…

Ce roman est une lecture agréable qui met en avant toutes les tensions existantes de l’amitié avec ses jalousies et ses trahisons. Il dévoile également à travers ces destinées féminines un pan de l’histoire de villes anglaises comme Londres ou Manchester à différentes époques. Un beau roman générationnel en somme.

Chien-loup – Serge Joncour

Editions Grasset- Publication: 22/08/2018 -Pages: 480

Résumé de l’histoire

Lise et Franck sont un couple sans enfant. Lise a eu envie pour les vacances de se couper de toute connexion, ce qui au contraire angoissait Franck. Producteur de cinéma, c’est un homme qui a besoin de son téléphone portable, d’Internet, pour avoir des nouvelles de ses collaborateurs, des films qui sortent, de la concurrence, il ne s’imagine pas trois semaines sans rien…Pourtant, ce gîte dans les collines du Lot est vraiment isolé de tout. Cent ans plus tôt, lors de la Première Guerre Mondiale, un dompteur de lion allemand y a séjourné avec ses lions.

Aux Orcières, il va se passer des choses imprévues. L’alternance de récits entre présent (2017) et passé (1914-1915) va éclairer le lecteur en même temps que les deux citadins, Lise et Franck, vont chacun à leur manière apprivoiser la nature, tout en découvrant l’histoire des lieux. Un chien est là qui semble dire quelque chose à Franck: ce n’est pas un chien comme les autres. Il sera un précieux guide pour faire découvrir au couple la beauté de la nature autant que sa violence.

Avis de lecture

J’ai beaucoup aimé l’alternance entre le passé et le présent. J’ai certes moins accroché à l’histoire lors de la Première Guerre Mondiale mais elle est un point de départ nécessaire à la compréhension des événements présents. Le personnage de Franck m’a particulièrement plu: sa manière d’être accrochée à la technologie sans pouvoir s’en détacher (il est bien content de trouver un café avec du Wi-Fi) montre à quel point l’humain est devenu dépendant, certains s’éloignant même des bienfaits de la nature, ne sachant comment en profiter ou pire n’en percevant pas la beauté. Il essaye de ne pas se laisser gagner par la peur, par les avertissements des voisins tandis que Lise est davantage obnubilée par le fait de profiter des vacances.

Serge Joncour parvient à faire de la peur le moteur du roman: la peur des habitants du village, quelle que soit l’époque, la peur d’une nature sauvage, pas maîtrisée par l’homme, qui échappe à son contrôle, la peur des animaux sauvages. La peur aussi d’être assimilé à cette nature pour Franck qui souhaite à tout prix garder un peu de modernité. La peur du chien et des animaux en général envers l’humain. La possibilité aussi de maîtriser la peur, de devenir le dominant par le dressage, comme le fait le dompteur en 1915. La possibilité de finalement apprivoiser la nature et l’espèce animale comme le fera Franck.

J’ai beaucoup aimé la relation entre l’humain et l’animal et ce rapport de force que l’homme entretient avec une nature manifestement pas apprivoisée. Franck amadoue le chien progressivement, lui achetant même du jambon dans une boucherie, lui qui est devenu végétarien. Et lorsqu’il se retrouvera aux prises de jeunes loups, ses associés prêts à tout pour produire un film, même à pactiser avec Netflix et Amazon, il fera du chien son allié.