Les lettres d’Esther – Cécile Pivot

Editions Calmann-Levy -19/08/2020-320 pages

Les lettres d’Esther est un roman agréable à lire. Cinq personnes acceptent de participer à un atelier d’écriture mené par Esther qui en anime un pour la première fois et décide d’y participer aussi.Chacun devra coucher ses pensées et émotions sur le papier et choisir deux correspondants à qui il écrira des lettres. Pas de mails, pas de téléphone: ceci est réservé à Esther qui commente les lettres des participants (elle a demandé à les recevoir) pour les aider à améliorer leur écriture. Cécile Pivot dresse les portraits de six personnes cabossées par la vie de manière non conventionnelle: à travers ce qu’ils écrivent d’eux, à travers ce qu’ils écrivent de leur entourage, à travers ce que les destinataires des lettres pensent. C’est toute la réussite du roman qui fait réfléchir à ce que l’acte d’écrire signifie. Quelle part de soi mettre dans une lettre?Comment écrire ses difficultés, son mal de vivre, surtout à des inconnus? Ce roman résonne de sensibilité, d’humanité, les personnages qui se dévoilent peu à peu au fil des confidences sont attachants, on aurait envie de correspondre avec eux, de les aider aussi.

Je le recommande sans hésiter, surtout pour les amateurs de belles histoires japonaises.

Des bleus au cartable – Muriel Zürcher

Editions Didier jeunesse-18/03/2020-192 pages

Résumé du livre

La première rentrée au collège pour les élèves de 6ème est une étape importante: finie, l’école primaire, il faut faire « les grands ».Zoé espère être populaire auprès de son groupe de copines.Ralph, lui, pousse exprès Lana et la fait tomber. Il continuera de l’embêter, faisant tomber son cartable, lançant son sac sur le toit, se moquant de son nom. Zélie voit tout mais n’intervient pas, ne dit rien, trouve même parfois Ralph drôle. Lana supporte tout, ne voulant pas inquiéter sa mère. Jusqu’au jour où son pire ennemi s’attaque sans le savoir à un chat trouvé qu’elle avait placé dans son sac.

Mon avis de lecture

Ce roman ayant pour thème le harcèlement est juste et se lit facilement.Il est composé d’une alternance de points de vue: celui du harceleur, Ralph, celui de la personne harcelée, Lana et celui de la personne témoin, Zélie. L’auteure ne prend pas parti, elle laisse les personnages évoluer, se rendre compte peu à peu de la situation. Le thème du harcèlement est traité intelligemment: ainsi, chaque jeune lecteur peut se rendre compte qu’une situation peut être complexe et réfléchir à telle ou telle situation dont il aurait été témoin.

Je recommande cette lecture vers le CM1-CM2 afin que les élèves réalisent dès leur plus jeune âge ce qu’est le harcèlement et comment il peut être traité.

Le Réciteur

Photo de bongkarn thanyakij sur Pexels.com

Billes…billes versées…Billevesées
Coq…si…grue…Coquecigrues
Maurice Fond le Beurre!M’dame, j’chais pu!
Si j’aurais su, j’serais même pas venu!

Arrêtez, les souffleurs!
Vous, Monsieur le Réciteur,
Vous qui n’avez rien su,
Vous aurez quatre heures de retenue!

Pensez au professeur qui écoute,
Vos mots le mettent en déroute,
Chantez les sons, les phrases, articulez!
Poèmes, musique, sonorités, écoutez!

Cessez donc de tout écorcher!
On dit vous faites, trois fois, vous copierez!
Des lignes, des verbes, écrivez, écrivez!
Recto, verso, de papier, il ne faut pas gâcher!

Madame la Professeure, vous avez encore rêvé!
Aucun Réciteur, aucun écorcheur de mots!
Encore aucun mot ni aucun zéro!
Dormez et demain, vous direz bonne rentrée!













Une rose seule – Muriel Barbery

Editions Acte Sud – 19/08/2020-160 pages

Résumé de l’histoire

Rose se rend au Japon pour la première fois après la mort de son père, pour prendre connaissance de son testament. Marchand d’art, cet homme a vécu loin de sa fille, botaniste française élevée par sa mère et sa grand-mère et a même appris son existence tardivement.

Accompagnée de l’assistant de son père, Paul, Rose va découvrir, selon un parcours choisi par son père, les temples et jardins de Kyoto. Des émotions et des rencontres l’attentes et lui révèleront le chemin jusqu’au plus profond d’elle-même.

Mon avis de lecture

Quel touchant roman, tout en délicatesse et plein de poésie! Des contes orientaux jalonnent le récit pour encore mieux plonger le lecteur dans une ambiance japanisante. On suit avec plaisir Rose dans les petits restaurants, la nourriture tient une place de choix dans le roman, symbole de la finesse et du raffinement du peuple japonais.

Dans un style simple, qui va droit au but, avec un phrasé poétique, Muriel Barbery touche à l’essence des choses et des objets, à l’unisson avec l’essence des êtres. On est presque dans la synesthésie baudelairienne où les sons et les couleurs se répondent, dans une correspondance entre l’être et l’inanimé. Là, tout n’est que beauté…calme…

J’ai aimé le personnage de Rose. Elle ne se doute nullement à sa descente d’avion que son univers ordinaire va être bouleversé à ce point. Elle sait avoir hérité de sa mère une certaine mélancolie. Elle sent une grande colère en elle parce qu’aucun de ses parents ne lui a expliqué son histoire familiale. Elle reconnaît que l’absence de son père a été vécue comme une blessure d’enfance. Elle est perdue, ne sait que chercher, que ressentir. L’attitude de Paul l’exaspère, il lui fait découvrir l’art de vivre japonais, les temples, les jardins, il lui montre le végétal, il lui explique les croyances. Elle, elle voit bien que les Japonais admiraient son père, Haru, elle voit que prendre le thé est un rituel très codifié, elle apprend ce qu’est le kami, l’esprit. Elle voit et malgré tout, elle conserve sa carapace, elle ne sait comment se comporter. Sauvage, elle est. Emmerdeuse professionnelle, a dit Paul, l’assistant, un homme qui, lui aussi, cache ses blessures.

Ce roman invite à se plonger à l’écoute de soi. Il est une ode aux éléments naturels et végétaux que Muriel Barbery décrit avec beaucoup de sensibilité. Elle nous révèle ainsi l’intériorité de ses personnages, qu’il s’agisse de Rose ou de Paul, après nous en avoir dévoilé les failles. Les mots et les paroles ne sont pas en reste non plus: les haïkus du poète Issa magnifient la nature avec humilité tandis que les paroles des « anciens » sont acceptées comme des conseils: les amis d’Haru parlent à Rose comme si elle était des leurs, née au Japon, comme si elle était leur fille.

Une rose seule , par ces magnifiques descriptions qui font appel à nos sens, va vous donner d’envie d’aller visiter Kyoto. De l’intérieur. Aller au Japon, cela se mérite, semble nous dire Muriel Barbery. Il faut en connaître les coutumes, il faut être prêt à découvrir la beauté, les rites, le bruit des murmures et les silences.

Je conseille ce roman à tous les amateurs de l’art de vivre à la japonaise, aux amateurs de poésie aussi et à tous ceux qui font vivre leur intériorité.

Un peu malgré eux – Becky Albertalli

Editions Hachette romans – 26/08/2020-432 pages

Résumé de l’histoire

Jamie, 17 ans, est un adolescent timide. Il est peu à l’aise avec les filles, il se souvient encore avoir demandé à une fille si elle voulait danser le « slove » et en est resté mortifié, ses camarades relayant à vitesse grand V cette maladresse. Il est maladroit, il est celui capable de faire tomber une pile d’oranges dans un supermarché sous les yeux de filles qui le regardent.

Maya a aussi 17 ans. Elle et lui et Jamie étaient amis petits mais ils se sont perdus de vue. Elle a une meilleure amie de son âge, Sara, qui lui promet de lui trouver des « plans », des baby-sittings par exemple mais qui se trouve brusquement trop occupée pour lui consacrer du temps. Ajoutons à cela la séparation de ses parents et un été qui s’annonce pas folichon et voilà devant nous une adolescente boudeuse et en colère.

Tous deux vont se retrouver à devoir faire du porte-à-porte pour soutenir la candidature d’un candidat lors d’une campagne électorale. Leur collaboration, pas évidente d’abord, prend une autre allure quand ils s’intéressent au contenu de la campagne…Comment cela se terminera t-il?

Mon avis de lecture

Becky Albertalli est l’auteure de Moi, simon, 16 ans, homo sapiens, un roman de littérature jeunesse qui traite de l’homosexualité adolescente à travers l’histoire de Simon, homosexuel qui ne l’a révélé à personne, à part à Blur qu’il a croisé sur le Tumblr du lycée. Blur est un pseudonyme, il ignore qui il est. Sont également abordés dans ce roman les thèmes chers aux adolescents dans leur vie quotidienne des adolescent: les petites tracasseries du lycée, la musique, les médias,la sexualité, l’amitié, les relations fraternelles.

J’avais trouvé qu’il s’agissait là d’un bon roman pour adolescents, un de ceux qui font réfléchir sur l’identité et sur la quête identitaire des jeunes. Le ton du roman était plutôt juste et les personnages attachants.

J’ai été assez déçue par Un peu malgré eux. Le récit est construit en alternance: tantôt on lit l’histoire de Jamie, tantôt celle de Maya, ce qui donne un certain rythme au roman, l’assurance pour le lecteur de ne pas s’ennuyer (normalement!).

Hélas, ce ne fut pas mon cas: après la lecture d’une cinquantaine de pages, je n’ai toujours pas réussi à entrer dans l’histoire. Ayant lu la quatrième de couverture, je savais que Maya et Jamie seraient amenés à faire équipe, j’attendais le moment du porte-à-porte mais cela n’améliora pas mon impression d’un roman qui tirait en longueur.

Pour être honnête, j’ai trouvé certains passages intéressants: la montée de leur engagement militant et les débuts de leur relation ou comment chacun apprivoise peu à peu l’autre tout en étant persuadé de ne pas être assez intéressant(e). Les adolescents pourront ainsi facilement s’identifier à Jamie, se demandant si Maya est intéressée par lui alors même que ses copains le lui garantissent. Et les adolescentes ne manqueront pas de reconnaître que Maya est prompte à la râlerie!

Je ne déconseille pas la lecture pour autant: je crois juste qu’un livre m’a donné un aperçu du style de l’auteur et qu’il ne m’est pas nécessaire d’en lire un deuxième. L’éditeur conseille la lecture à partir de 13 ans: nul doute que le public cible trouvera du charme à cette histoire bien menée. (Pour résumer grossièrement, ce roman n’est pour moi mais pour d’autres,oui!)

Roman lu grâce aux éditions Hachette et à NetGalley.

Nature humaine – Serge Joncour

Editions Flammarion – 19/08/2020 – 400 pages

La rentrée littéraire 2020 étant là, je me penche sur les ressources numériques proposées par ma médiathèque. Et je trouve ce roman, du même auteur que le très beau roman Chien-Loup qui fait l’objet d’un billet sur ce blog et qui interroge sur le rapport entre l’Homme et l’Animal, sur l’animalité de tout être humain, qui fait également la part belle à la nature.

Nature humaine, ce n’est pas l’histoire de la nature vue sous un angle humain ou du moins, ce n’est pas que cela (merci, Monsieur Joncour, de nous épargner les titres à l’emporte-pièce!)

Nature humaine, c’est d’abord l’histoire d’une famille, les Fabrier, vivant dans un petit coin isolé du Lot. Le père et la mère, Jean et Angèle, ont une ferme, héritée des parents. Ils peuvent compter sur leur fils Alexandre pour reprendre le flambeau tandis que les trois soeurs, Caroline, l’aînée, puis Vanessa et Agathe ne rêvent que de vivre en ville et deviendront des citadines.

C’est aussi l’histoire d’une période, entre 1976, année de la grande sécheresse en France (l’été 76, l’été 76, disent les personnes âgées bien souvent alors que d’autres étés caniculaires sont arrivées depuis) et 1999, année de la Grande Tempête durant laquelle, en deux nuits, des milliers de foyers se sont retrouvés privés d’électricité, certaines régions de France étant ravagées par de nombreux vents violents.

Entre ces deux dates, il y eut historiquement l’arrivée du socialisme au pouvoir avec Mitterrand comme Président, la catastrophe nucléaire Tchernobyl, la chute du Mur de Berlin, la marée Noire de l’Erika.Dans les campagnes, il y eut aussi la fascination pour les supermarchés au détriment de la petite épicerie, plus chère, plus limitée dans ses choix, l’attrait pour la viande sous-vide au détriment de la viande issue d’animaux nourris par le paysan du coin. La construction des autoroutes au détriment des terres. L’économie doit triompher sur l’agriculture. Les exploitants agricoles ne doivent plus se tuer à la tâche, il faut moderniser, aller de l’avant, agrandir.

Alexandre, 15 ans en 1976, va au lycée agricole pour succéder un jour à ses parents. La transmission est un des thèmes principaux du roman: les outils, les gestes, le savoir-faire, les techniques ancestrales. Serge Joncour use de sa plume la plus minutieuse pour décrire l’ambiance rurale, tant à la ferme, qu’au village. Tout est tellement fragile, il suffit de peu de temps pour que tout cela s’écroule. La transmission ne se fera pas sans heurt et l’on pensera au fur et à mesure qu’Alexandre vieillit qu’il s’agit d’un sacrifice.

Car deux événements majeurs bouleverseront sa vie: il tombera amoureux d’une jeune Allemande, Constanze, colocataire de sa soeur. Un symbole d’Ailleurs, un Ailleurs qui effraie un peu, c’est l’Allemagne de l’Est, son système de soins pas fiables. Sa présence en France est le résultat de la mondialisation, les jeunes voyagent, même les parents d’Alexandre l’ont intégré. Il fera la connaissance d’un autre groupe de jeunes,engagés dans des mouvement activiste, refusant la construction de centrales nucléaires. Leur discours est aussi violent que celui du vieux Cayssac, voisin d’Alexandre, qui refuse qu’on pose les lignes téléphoniques sur son domaine, qui participe à la lutte contre le barrage du Larzac, qui voit les idées progressistes d’un mauvais oeil .

Et Alexandre sera amené à faire des choix et sera face à des contradictions. D’un côté, il voit bien que les vieux, ses parents, craignent les changements, aussi infimes soient-ils (ils entraîneront d’ailleurs la disparition des petits commerces, entérineront l’arrivée de l’autoroute…). Eux, ils veulent conserver leurs terres et les idées des jeunes ou des citadins comme celle de ce publicitaire venu sur le domaine des Fabrier pour vanter la qualité d’un jambon sous vide, sont jugées farfelues. Ce n’est pas cela, le bon air de la campagne, les produits de qualité. Le monde rural, agricole, c’est au contraire la préservation des conditions de vie des animaux, on n’élève pas un poulet avec des hormones, un jambon rose, c’est suspect. Le monde rural, c’est une plongée dans une nature sauvage, à préserver. D’un autre côté, c’est un monde rude, aussi, un monde qui peut ne pas faire rêver. On a envie d’autre chose aussi, de pouvoir se déplacer plus vite, plus loin. Les jeunes fuient la campagne, attirés par le mouvement des villes.

A travers une connaissance accrue de la ruralité, Serge Joncour nous offre une fresque de vie qui tend à la fois vers le progrès et aussi vers le conservatisme. Au-delà des dualités citadins/paysans, militants/anti-militants, ce qui reste de ces tensions, de ces choix, c’est bien la perte de l’intérêt pour le « local« et la perte de lieux animés, vecteurs de liens sociaux: adieu, petite épicerie-bar, adieu, petite gare fermée, adieu, petite Poste!

Avec ce roman, Serge Joncour nous fait nous intéresser à la période des années 70 aux années 90: les progrès, les combats, sociaux, politiques, écologiques, les catastrophes naturelles sont autant d’éléments mis en scène pour nous faire nous interroger sur le monde actuel et sur les conséquences desdits progrès. L’ensemble du roman ne cesse également de prendre en compte le facteur humain, l’histoire d’amour entre Alexandre et Constanze apparaît comme autant de bouffées d’air avant de repartir dans la lutte. L’auteur fait montre d’une jolie plume dont on retiendra une envie de se plonger dans une campagne immaculée, calme, loin de tout artifice.

Un roman à ne pas manquer!

RC 2722 – David Moitet

Editions Didier Jeunesse -23/09/2020-320 pages

Voici une journée qui se termine de façon positive grâce à la lecture de ce roman jeunesse dystopique que je trouve très bon.

Tout au long de l’histoire, on suit le parcours d’Oliver qui souhaite tout d’abord en savoir plus sur la mort de son père, pensant qu’il a été assassiné et qu’il en savait trop.

Nous sommes dans un monde futuriste (pour nous) dans lequel Oliver est le réfugié climatique RC2722. Il vit avec son père et son frère dans une ville souterraine, à l’abri du monde extérieur dont il est un survivant parmi d’autres personnes ayant échappé à une épidémie. (Notons au passage que ce thème est on ne peut plus actuel, au regard de la crise sanitaire de 2020).

Lorsque son père meurt, il récupère son implant mémoriel et découvre un pan de son passé, inconnu de lui jusqu’à présent. Le récit alterne entre l’écoute des données, donc une plongée dans le passé, et la fuite d’Oliver, considéré comme rebelle, qui cherche d’abord à échapper aux guerriers de l’eau. Cette alternance et le changement de temporalité entraînent un effet de suspense qui nous fait continuer la lecture du livre.

Les récits concernant le passé de Lucas, le père d’Oliver, sont particulièrement intéressants pour comprendre comment le monde a pu être plongé dans un tel chaos. De plus, cela nous permet aussi, à nous, lecteurs, d’envisager de multiples éventualités face à un monde sans eau. Le périple des réfugiés climatiques fait penser, le terme est employé d’abord, à celui des migrants, leur point commun étant de tout faire pour survivre.

Oliver est un personnage déterminé: il brave les règles pour posséder l’implant de son père puis il découvre l’extérieur pour rejoindre son frère, banni par les guerriers de l’eau.

Il va rencontrer Tché, une jeune fille qui vit seule depuis la mort de ses parents. Elle sera son alliée et une aide précieuse pour lui faire découvrir un monde inconnu. De découvertes en découvertes, il fera tout pour sauver son frère des griffes d’assaillants qui veulent le forcer à dévoiler la localisation de son abri.

David Moitet dévoile une jolie plume pour nous plonger dans des mondes effrayants à souhait: qui aurait envie de croiser des édentés, mangeurs d’hommes, d’aller en « zone noire » ou radioactive ou encore de se retrouver pourchassés par des soldats ou des mercenaires du fossoyeur? Il nous décrit le monde des parents de Lucas dans lequel l’eau manque, la population fuit vers un avenir meilleur et un climat moins aride, un virus frappe et tue (non, non, on ne pense surtout pas à la COVID-19…). Il nous décrit le monde d’Oliver, un monde dans lequel des hommes vivent souterrainement et ont développé des stratégies pour survivre sans remonter à l’extérieur. Ces deux mondes ont en commun le mensonge, voire la duperie: dans le premier, seule une catégorie de la population privilégiée est choisie pour intégrer les abris, on maintient le reste de la population dans l’ignorance de ces abris, on leur fait croire à un Eldorado lointain (pensons en cet instants aux migrants qui débarquent à Lampedusa). Dans le second, on ment délibérément aux réfugiés des abris: il n’y a en réalité nul besoin de sortir pour se ravitailler en eau comme le prétendent les guerriers de l’eau et aucune contamination n’a lieu en allant à l’extérieur.

Les zones décrites sont sombres et pourtant, ce qui ressort également de ce récit, c’est une critique virulente de la société actuelle. C’est comme un avertissement, véhiculé d’ailleurs par les parents d’Oliver: « On ne pensait pas que cela changerait si vite ». Réchauffement climatique, virus, épidémie, migrants: autant de mots familiers que nous pouvons lire dans les journaux, côtoyer dans les médias. Notons l’ingéniosité des solutions proposées, au centre desquels les progrès techniques dominent. Notons aussi la façon dont les personnages se meuvent au coeur de ces techniques: Oliver comme Tché sont présentés remplis de débrouillardise. Ce sont également des personnages remplis de valeur et d’humanité. Des personnages capables de réfléchir à leur monde idéal: un monde tel que celui des Cités-Etat ne leur fait pas envie, les habitants en souhaitant toujours plus…

Sous des dehors satiriques, ce roman s’achève donc sur une note d’espoir, celui de personnages humains évoluant dans un monde à leur échelle, un monde dans lequel tout n’est facile mais dans lequel des valeurs humanistes peuvent triompher…

David Moitet a remporté des prix littéraires pour certains autres romans: je lui souhaite le même chemin pour ce roman riche en rebondissements!

Merci aux éditions Didier Jeunesse et à NetGalley pour la découverte!

31 lettres _Elodie Wang

Editions HLAB -18/03/2020-104 pages

Résumé de l’histoire

Se réveiller un matin avec l’envie d’écrire des lettres, à l’heure où mail est roi: telle est l’ambition de S., une lycéenne en Terminale. Elle écrit alors trente-et-une lettres en trois jours, une pour chaque élève de sa classe. Que leur dit-elle? Que leur révèle t-elle d’eux et d’elle-même?

Mon avis de lecture

Mon intention de départ était de découvrir ces trente-et-une lettres (il n’y a évidemment pas loin à chercher pour deviner le contenu du roman). La forme du roman est originale : raconter sa vie de lycéenne sous forme de lettres est inhabituel pour les adolescents du XXIème siècle. Cela permet un peu au lecteur d’entrer dans une phase nostalgique: souvenez-vous, enfants du XXème siècle, des lettres et cartes postales écrites aux copains pour raconter ses vacances.

Nos yeux de lecteur peuvent imaginer une jeune fille en train d’écrire, en train de réfléchir à ce que représentent l’écriture, l’acte d’écrire et aussi que ses camarades vont répondre. Cette jeune fille, la narratrice, se dévoile peu à peu, tout en en dévoilant de ses camarades. Elle le fait avec franchise, en se souvenant de la relation qu’elle a avec celui/celle à qui elle s’adresse, glissant des anecdotes sur les groupes d’adolescents de la classe dans chacune des lettres.

Néanmoins, ce roman est décevant en ce qu’il apparaît inachevé. Des réponses des camarades auraient été bienvenues ainsi que davantage d’anecdotes, de souvenirs. Et le roman est assez court pour un si grand nombre de personnages. Je garderais l’idée originale de présenter le caractère de la narratrice par bribes, à travers l’information qu’elle livre d’elle dans chacune de ses lettres et le recul pris dans la dernière lettre.

Merci aux éditions HLAB et à NetGalley pour la découverte!

Une bouteille à la mer – Lenia Major

Editions Slalom -03/09/2020-291 pages

Résumé de l’histoire

Axel, 15 ans est un lycéen ordinaire qui vit en Alsace avec ses deux parents artistes. Sa vie va changer lorsque il trouve une bouteille à la mer, dans laquelle une adresse mail a été glissée. Il envoie un mail et reçoit une réponse de Charline, collégienne de 14 ans qui, un jour d’ennui dans son île de Ouessant, a eu l’idée, accompagnée de ses camarades, d’envoyer une bouteille à la mer parce que dans l’île, à part l’été avec les touristes, il ne se passe pas grand-chose.

Les adolescents vont faire connaissance, se raconter leurs parents, leurs amis, parler de leur vie quotidienne…Un jour, Axel apprend de Charline qu’elle a une leucémie. La maladie va faire partie de leur quotidien, désormais. Comment Axel va t-il donc aider Charline? Celle-ci va t-elle accepter l’aide d’un presque inconnu?

Mon avis de lecture

Avant la lecture, j’ai pensé à Ne t’inquiète pas d’Alice Kuipens, de par la forme épistolaire (mère et fille correspondent à l’aide de post-it, faute de temps, la maman étant médecin) et de par le thème principal qui est celui de la maladie (la mère de l’adolescente tombe malade: un cancer).

Ici, ce sont deux adolescents qui échangent des mails, des conversations Whatsapp et des photos. Et la maladie touche une adolescente. Dans les deux romans, tous les événements n’ont pas lieu sous nos yeux: un gros travail de déduction de la part du/des lecteur(s) est sollicité. Le roman Une bouteille à la mer est moins accès sur les reproches qu’une mère peut faire à sa fille, même si la relation de Charline et de sa mère n’est pas au beau fixe.

Ce qui éclaire le roman, ici, c’est surtout l’humour dont les deux adolescents font preuve tout au long de leurs échanges, comme autant de rixes verbales, entre eux. Un humour comme arme contre la maladie et aussi certaines désillusions de la vie comme des parents un peu trop fantasques pour Axel et un père indifférent pour Charline.

On prend plaisir à lire, on partage les émotions, on assiste à la montée des sentiments sans-en-avoir-l’air, on salue le courage de Charline et l’aide précieuse d’Axel à son égard.

Un joli roman, tendre malgré le sujet, qui constituera une lecture agréable pour les adolescents, même ceux dont la lecture n’est pas le loisir favori, parce qu’il se parcourt rapidement. Et je vous le confie: on ne résiste à un roman dans lequel se côtoient la description touristique de l’île de Ouessant, celle des marchés de Noël en Alsace et des salons du Livre et aussi des extraits de l’oeuvre de Jules Supervielle et des références à GOT!

Merci aux éditions Slalom et à NetGalley.

Les soeurs Grémillet, tome 1: Le rêve de Sarah – Barbucci et Di Gregorio

Editions Dupuis- 12/06/2020- 72 pages

Présentation de l’éditeur

Plonger dans l’histoire comme dans un rêve… Dans un turquoise lumineux et mélancolique apparaissent pour la première fois les trois soeurs Grémillet, guidées par des méduses qui flottent, jusqu’au grand arbre et son palais de verre. À l’intérieur, une petite méduse lévite au-dessus d’un lit. Sarah, l’aînée, ne s’explique pas ce rêve étrange. Obsédée par ce mystère, elle parviendra à l’élucider avec l’aide de ses deux soeurs.

Alessandro Barbucci illumine de son dessin virtuose cette chronique familiale moderne qui, derrière les révélations d’un drame du passé, célèbre l’amour d’une mère pour ses enfants. Dans ce trio féminin, chacune a son caractère attachant : Sarah, l’aînée autoritaire, Cassiopée la cadette artiste, et Lucille la plus petite qui ne parle qu’à son chat. Les belles pierres de la ville, le jardin des plantes, la végétation luxuriante, les petits marchés… le lecteur ne voudra plus quitter cet univers enchanteur créé par Barbucci et Di Gregorio !

Mon avis de lecture

La couverture de l’album est attirante et donne envie de feuilleter et lire: on y voit les trois soeurs au premier plan, dessinées de façon colorée tandis que le second plan, plus sombre, semble plus mystérieux.
Dès les premières pages, on apprend quel rêve fait Sarah: elle et ses soeurs semblent flotter dans l’eau, elle suit des méduses dans une forêt. Celles-ci la guident vers un arbre géant qui porte une serre de métal et de verre. Elle s’approche et observe une chambre qui ressemble à celle de sa maman. Elle voit sur le lit une méduse, elle l’appelle, elle voit qu’elle se retourne et…elle se réveille.
Ce point de départ plonge le lecteur dans une ambiance fantastique, pleine de zones d’ombre.
Au fil des pages, on apprend ensuite que le Club des frangines, c’est-à-dire les trois soeurs va mener l’enquête pour en savoir plus sur le passé de leur mère, silencieuse sur le sujet.
Un des thèmes de cet album est la relation familiale, notamment les liens que les trois sœurs ont entre elles. Le scénariste présente leur portrait simplement: Cassiopée est la romantique, celle qui voudrait rencontrer l’amour. Sarah a un fort caractère et entend rappeler à ses soeurs qu’elle est l’aînée. Lucille, la plus jeune, est plus effacée et ne parle qu’à son chat, Yurei.
Ces trois soeurs sont attachantes et on a envie tout naturellement de les suivre dans leur quête.
Une autre thématique prend également toute la place: celle des secrets enfouis que presque toutes les familles connaissent.
Ces sujets peuvent plaire à un jeune public, les enfants et adolescents pourront sans mal d’identifier aux héroïnes. Le scénario, accessible, est en cela une réussite.
Scénariste et dessinateur ont effectué un travail maîtrisé autour du ratio texte/dessin. Les planches comptent assez peu de cases, les textes sont assez aérés, laissant place au décor et à la rêverie. Le lecteur peut ainsi se plonger dans l’ambiance mystérieuse en laissant s’envoler son imagination grâce aux décors, les éléments naturels (arbres, eau) étant par ailleurs joliment représentés.
J’attends donc le deuxième tome de l’album, étant curieuse de savoir si les liens entre les soeurs vont évoluer.

Merci aux éditions Dupuis et à NetGalley pour la découverte!

Dans les yeux de Lya, tome 2: En quête du coupable – Carbone et Justine Cunha

Editions Dupuis-17/01/2020-64 pages

Présentation de l’éditeur
Lya va peut-être enfin connaître l’identité du chauffard qui l’a renversée la veille de ses 17 ans. Elle tient dans ses mains le dossier subtilisé dans le bureau de maître Martin de Villegan. C’est pour ce dossier qu’elle s’est faite embaucher comme stagiaire dans ce cabinet d’avo-cats. Tout ça pour ça. Mais Lya peut compter sur ses deux alliés fidèles, Adèle sa collègue dévouée et Antoine son meilleur ami. Sur le terrain, l’enquête pour la vérité vire à la série noire.

Mon avis de lecture

Ce deuxième opus se révèle à la hauteur du premier. Le graphisme est toujours très coloré et contribue à la réussite de l’album. L’enquête va de rebondissements en rebondissements et se centre sur la recherche du coupable à l’aide des indices trouvés dans le tome 1.

Antoine et Adèle se révèlent deux alliés efficaces. Le thème du handicap est peu abordé dans ce tome: Lya prend part à l’enquête tout comme ses amis, le fauteuil roulant est oublié. Le dui Lya/Adèle se révèle efficace et l’on sourit face à certaines scènes comme la remise du dossier dans le bureau de maître De Villegan. Je trouve cet album moins sombre que le premier, même si l’enquête est loin d’être facile et que la tension est de mise: on sent que Lya n’aura pas affaire à des personnes très recommandables et que l’enquête pourrait être dangereuse.

J’avoue que comme pour le tome 1, je suis restée sur ma fin. Et que j’attends donc le tome 3!

Je pense que cet album est une belle lecture pour des collégiens qui aiment lire des histoires d’aventure avec un peu de mystère et de suspense.

Merci aux éditions Dupuis et à NetGalley pour la découverte

La femme qui reste – Anne de Rochas

Éditions Les Escales -20/08/2020- 480 pages

Résumé du roman

Le Bahaus: une école d’architecture créée en 1919 à Weimar, déplacée à Dessau puis fermée à Berlin en 1933.

Clara, Holger et Théo s’y rencontrent au moment où rêver est encore permis. L’école est pour eux symbole de modernité et de promesses: l’Art triomphera à Berlin, de nouvelles formes et matériaux voient le jour. Mais bientôt, l’Ecole se retrouvera aux prises de la grande Histoire: les nazis sont là. Les amis devront faire des choix qui les engageront, sans qu’ils soient toutefois en mesure de réaliser la portée réelle…

Mon avis de lecture

J’ai trouvé ce livre intéressant et bien documenté. Anne de Rochas nous fait nous plonger dans le monde du Bahaus, cette école d’architecture qui connut son heure de gloire dans l’entre-deux-guerres et qui fut aussi le symbole de la destruction de l’art par les nazis. Clara est le personnage féminin du roman, magnifiquement sublimée. Elle est celle qui est restée, celle qui a souffert dans une Allemagne en ruines, décrite avec précision.
Ce roman repose vraiment sur la question des choix. L’écriture est fluide, précise, les sujets forment un bon équilibre. La fin, pas si surprenante, laisse place à la réflexion.
Je conseille ce livre à ceux qui aiment l’Histoire et qui sauront aussi se laisser emportés par l’euphorie de la nouveauté, la fraîcheur de l’art.

Merci aux Éditions les Escales et à NetGalley pour la découverte!

La discrétion – Faïza Guène

Editions Plon- 27/08/2020-256 pages

Résumé du roman

Yamina, 70 ans, est discrète. D’une discrétion qui énerve ses enfants. Tous habitent dans le même appartement à Aubervilliers en Seine Saint Denis, le 9-3. La famille de Yamina, ce sont ses 3 filles et son fils et aussi son mari, Brahim de 10 ans son aîné. Lui a travaillé comme mineur en arrivant en France, il a aussi connu le bidonville de Nanterre et les foyers de jeunes travailleurs. Elle est arrivée en France en 1981 après son mariage. Il avait déniché un petit appartement sans douche, il fallait aller aux douches municipales.

Née en Algérie, elle a connu les troubles du pays et l’exil au Maroc aussi. Elle aurait voulu aller plus longtemps à l’école mais a dû travailler comme couturière, son père ne souhaitant pas la marier tout de suite, comme les autres filles du village, puisqu’elle était son bras droit.

Maintenant, ce qui compte, ce sont ses enfants. Elle est fière de les avoir bien élevés, ils n’ont pas fait de prison. Elle est prête à tout pour eux. Même si elle ne comprend pas qu’elles ne soient pas mariées, qu’Hannah ait eu besoin de prendre son indépendance. Elle soutient Omar, chauffeur Uber, alors même que Brahim regrette que son fils ne soit pas plus viril et passe son temps libre à jouer aux jeux vidéos, lui qui était déjà berger à six-sept ans.

Les enfants comprennent peu à peu que la colère étouffée par leurs parents qui ne disent rien, ce sont eux qui la portent en eux. Que vont-ils donc bien pouvoir en faire? Comment vont-ils donc se construire?

Mon avis de lecture

J’ai beaucoup aimé le traitement de l’écart générationnel, la vie des parents et des enfants est aux antipodes, entre la vie de personnes exilées et celles des personnes nées en France. Faiza Guène traite avec intelligence le thème de l’intégration en France, le thème de l’exil et l’impact que cet exil peut avoir pour la génération suivante.

J’ai retrouvé avec plaisir le langage familier, argotique, découvert il y a longtemps dans Kiffe kiffe demain. Les touches d’humour sont ce qui rendent le récit cocasse. Il se dégage de ce livre une belle histoire familiale, un bel amour entre frère et sœurs, un respect indéfectible pour les parents. Faïza Guène rend là un bel hommage à ses parents puisque elle s’est inspirée de leur vie pour l’écriture du roman.

Merci aux éditions Plon et à NetGalley pour la découverte!

Dans les yeux de Lya, tome 1: en quête de vérité – Carbone et Justine Cunha

Editions Dupuis – 01/03/2019- 73 pages (version numérique)

Présentation par l’éditeur
Alors que Lya s’apprête à fêter ses 17 ans, elle est renversée par un chauffard qui la laisse pour morte sur le bord de la route. Elle perd l’usage de ses jambes et un bout de son innocence. Quatre années plus tard, elle se fait engager par un prestigieux cabinet d’avocats dans le but de traquer le coupable…

Mon avis de lecture

Cette bande dessinée est un très bel album, réussi d’un point de vue graphique et aussi narratif.

J’ai immédiatement été attirée par la couverture, très colorée: le personnage de Lya, une jeune fille rousse aux grands yeux, est très expressif, un dossier à la main, assis sur une chaise dont on ignore encore qu’il s’agit d’un fauteuil roulant…Je remercie également certaines blogueuses comme Mahault ou Typhaine pour avoir donné leur avis qui a également contribué à mon choix de lecture.

Je trouve cette bande dessinée intéressante à plusieurs titres: l’histoire va de rebondissements en rebondissements. Elle commence in medias res avec l’emménagement de Lya chez Antoine et son entrée en stage dans un cabinet d’avocats. On apprend ensuite la véritable raison de ce choix: elle a découvert que ses parents ont été achetés pour ne pas engager de poursuivre contre le chauffard qui a renversé Lya, la laissant paraplégique et que son affaire a été traitée par le cabinet dans lequel elle va faire son stage.

J’ai beaucoup aimé la détermination de Lya et le traitement du thème du handicap dans cet album. En effet, cela demande à la jeune fille de rivaliser d’ingéniosité: comment surmonter le fait de ne pouvoir aller aux archives, à la recherche de son dossier, accessible seulement par les escaliers? Comment travailler sans éveiller les soupçons et ne pas trop s’épancher sur son accident pour que les avocats ne découvrent pas la véritable raison de sa présence? Tout en douceur, Lya va se faire des alliés, son handicap n’est nullement vu comme un frein, on va au contraire chercher à l’aider et louer sa détermination. Elle ne semble nullement s’apesantir sur son passé, ce qui donne à l’ensemble un bel optimisme.

J’ajoute que graphiquement, les dessins sont colorés, les traits de crayon simples, ce qui ajoute de la légèreté à l’album. Les personnages en sont pétillants. Elle est de ce fait accessible aux adolescents (l’éditeur la conseille à partir de 9 ans) et peut plaire à tous, adolescents comme adultes.

A noter également une critique sous-jacente du système judiciaire, traitée de façon peu approfondie pour l’instant. Rappelons que cet album n’est que le premier opus et que d’autres tomes -au moins le tome 2- sont prévus.

Merci aux éditions Dupuis et à NetGalley pour la découverte!

La liberté au pied des oliviers – Rosa Ventrella

Éditions Les Escales – 04/06/2020 -285 pages

Résumé de l’histoire

Deux soeurs, Teresa et Angelina, vivent dans le Sud de l’Italie, dans un univers rural et dur. La Seconde Guerre mondiale et l’éloignement du père, alors au front, ne fait qu’accentuer leur pauvre condition sociale. Pour subvenir aux besoins de la famille, leur mère, une femme d’une grande beauté, cède au baron Personè, propriétaire de leurs terres.

Lorsque le père revient et d’autres hommes du village aussi, jamais ils ne sont ceux d’avant, la vie se réorganise. Une lutte va s’engager, celle des ouvriers agricoles qui veulent davantage de justice et posséder des biens. Dans la famille Sozzu, les histoires continuent, c’est la fille cadette, Teresa, qui raconte: les femmes du village, les prédictions d’une vieille femme un peu sorcière, l’arrivée d’un neveu de cette dame, les traumatismes des hommes revenus de la guerre …Et surtout, surtout sa relation avec sa sœur, la belle Angelina qui voit sa vie loin…Les deux sœurs atteindront-elles leurs rêves?

Mon avis de lecture

J’ai bien aimé cette histoire d’héroïnes cherchant à dépasser leur condition sociale.

Dès les premières lignes du roman, on sent qu’un drame va se produire. L’auteure cherche à instaurer une complicité avec le lecteur à travers la voix de la narratrice, Teresa. C’est une histoire familiale qui va nous être présentée. Une histoire aux prises avec la Grande Histoire. Une histoire où rumeurs, tirages de cartes et commères démontre toute l’importance de  » ce qu’on dit de nous ».

L’originalité de ce roman réside dans le fait que c’est la sœur discrète, Teresa, qui offre son témoignage, son regard sur les choses. Elle écrit, elle écrit sur ses origines, son village avec quelques personnages certes caricaturaux mais qui font partie du « folkore » italien. Elle explique si bien aussi l’amour qui l’unit à sa soeur.

A travers ce roman, par la voix de sa narratrice, Rosa Ventrella montre à quel point il est difficile de vivre dans l’Italie des années 40-50, suite à la guerre. Au-delà de l’histoire familiale, c’est toute l’histoire du village qui est abordée avec moults personnages du voisinage décrits de façon minutieuse: on se représente très bien la makara qui voit l’avenir et fait un peu peur aux villageois et la sage-femme. Destinée et rumeur sont deux éléments qui ont du poids dans la vie de ces Italiens, l’auteure trouve un bon équilibre entre ces éléments et distille ça et là de nombreux indices qui amènent peu à peu à découvrir l’essence du drame…

Les portraits des trois femmes, la mère et les deux soeurs, sont finement décrits. J’ai beaucoup aimé le caractère fougueux d’Angelina contrastant avec celui plus discret de Teresa. Cet amour entre soeurs porte magnifiquement le récit, donnant une dimension plus intime au vécu: ensemble, elles affrontent un monde difficile, remplie de jalousie, de désirs d’hommes, de malédictions -la beauté en est une selon la makara-, de superstitions qui rythment la vie quotidienne face à un monde dans lequel les pauvres restent pauvres…

L’écriture de Rosa Ventrella dénote par ailleurs de touches poétiques, notamment autour des éléments de la nature: en colère, en désarroi, les soeurs contemplent la mer et ses variations, et les vagues. Leur maison tremble aussi au gré du vent…Avec des mots choisis, l’auteure montre qu’il n’est pas si facile d’accéder à la liberté, de rêver d’un autre destin…Tout doux, tout doux, conseille t-on à Teresa.

Cette lecture a été agréable, cette histoire puissante de femmes ravira ceux et celles qui aiment découvrir des sagas familiales.

Merci aux éditions Les Escales et à NetGalley pour l’accès à cette lecture!

Les vierges et autres nouvelles – Irène Némirovsky

Il y a longtemps, j’ai découvert la plume d’Irène Némirovsky par le biais d’une de ses œuvres très remarquée: Suite française. Une magnifique fresque de la France au début des années 40, quand les destins hésistent, certains voguant du côté de la lâcheté tandis que d’autres choisissent le courage alors même que la plupart de la bonne société ne cherche qu’à préserver son confort bourgeois…

Je retrouve avec ravissement l’écriture d’Irène Némirovsky. Elle n’a pas son pareil pour décrire dans ses nouvelles la société avec une acuité accrue. On se croirait réellement dans une hypotypose, elle dresse un portrait si vivant de ses personnages et ce, dans un style si maîtrisé, elle écrit bien et nous offre, à nous lecteurs, des phrases sans emphase, sans fioritures. Il y a juste le mot là où il faut.

Et moi, là, il me faut vous détailler chaque nouvelle afin que vous vous fassiez une idée de ce qui vous attend à la lecture!

FILM PARLE: Vous connaissez l’histoire de la Fantine des Misérables? Transposez cela au 20ème siècle et vous retrouverez un peu l’histoire d’Eliane et de sa fille Anne. Une mère « montée » à Paris, croyant à l’amour, découvrant un monde bien plus dur que celui auquel elle pensait. Ce monde de la nuit, des bars et des filles de joie est sublimement décrit : fermez les yeux, vous verrez sans souci le Willy’s bar avec son cortège de femmes abîmées par la vie, redevables d’une « dette » envers une mauvaise femme. Vous verrez aussi ces hommes qui ont de l’argent, qui viennent chercher la compagnie de ces femmes. Et puis Anne arrive. La fille d’Eliane. Enfuie de « sa province », élevée par une « tante » qui profite de l’argent envoyé par la mère et en demande toujours plus. Une fille attirée par le tumulte, ce qu’elle nomme « la vie », qui ne veut absolument pas retourner dans « une vie tranquille ». Vous assisterez à de superbes duels, somme toute sybillins, entre mère et fille, Eliane ne comprenant pas que sa fille souhaite la même vie qu’elle, Anne reprochant à sa mère de ne pas l’avoir gardée avec elle. Peu de dialogues sont échangés mais les quelques phrases disent l’essentiel. Et c’est cet essentiel qui fait l’essence de la nouvelle, cette pauvreté, ce besoin d’amour, cette ascension sociale qui n’est en réalité qu’une dégringolade.

ECHO: il s’agit ici d’une nouvelle très courte qui met en scène un écrivain. Homme qui aime être admiré. Qui raconte volontiers des anecdotes de son enfance. Non loin de lui, son fils. Qu’il ne regarde que peu, si ce n’est pour lui faire des remarques. Une hérédité qui semble être un poids. Des femmes admiratrices ou mères: tel est le rôle que l’auteure assigne à ces femmes dans un style simple que n’aurait pas renié Maupassant.

MAGIE: L’auteure nous fait voyager: d’abord en Finlande, en 1918, où des émigrés russes sont réfugiés. Elle nous livre des croyances et des rituels empreints de mystère et de magie…auxquels on est libre de croire ou non. Un jeune homme demande ainsi à un esprit de lui livrer le nom de celle qui lui est destinée: apparaît le nom d’une jeune fille inconnue. Il finit par ignorer cet incident et épouse la femme à ses côtés avec qui il émigre à Paris. Il avoue des années plus tard à une autre jeune femme, témoin de la scène, qu’il a rencontrée la femme inconnue, qu’elle existe…Une nouvelle réussie qui donne envie d’en savoir plus sur les froids hivers finlandais et les rituels et traditions russes de l’époque…

EN RAISON DES CIRCONSTANCES: dans cette nouvelle, nous sommes plongés au début de la Seconde Guerre Mondiale: un couple s’est marié le matin même à Paris, simplement, sans fioritures, en « raison des circonstances ». La scène se passe au domicile des parents de la mariée, le soir, à l’heure du coucher. Le mari demande à sa femme de venir se coucher, de venir avec lui. Le mariage est l’occasion pour la mère de se souvenir de son premier mariage, pendant la guerre lui aussi, son mari ayant ensuite été tué. Irène Némirovsky nous présente un portrait de femme qui a toujours affirmé au second mari que le premier mari, le toujours jeune, le mort à la guerre, était un ami d’enfance épousé « en raison des circonstances ». Et qui par le parcours de sa fille, redoutant qu’elle ne suive un destin similaire au sien, va prendre conscience de ce qu’est l’amour, de ce qu’est le bonheur conjugal…

LES CARTES: cette nouvelle nous plonge de nouveau dans une ambiance mystérieuse, de spectacle, avec le tirage de cartes et les histoires de destin et de sort. Ce sera la danseuse Anita qui en fera les frais et pas de la manière la plus heureuse. Elle pense se débarrasser d’un oiseau de mauvaise augure en faisant renvoyer la bonne, pauvre fille sans le sou, qui, pense t-elle, attire son mari. Toute en légéreté, l’écriture d’Irène Némirovsky insiste sur les émotions féminines, les croyances, les complexes aussi (ai-je bien dansé? suis-je aimée?), l’âge vieillissant des femmes qui pensent devoir rivaliser avec des plus jeunes…

LA PEUR: quelques pages qui résument une amitié qui a résisté à la guerre, aux obus, aux tranchées. Une amitié qui se terminera à cause d’un sentiment si humain et si irrationnel: la peur. Des paysans qui se laissent prendre à la rumeur: un parachutiste est en fuite, dans le coin. Dès lors, la nature change, les hommes sont aux aguets. La peur devient menace, la peur abolit tout discernement. Lentement, insidieusement, Irène Némirovsky fait monter la tension jusqu’à l’acmée, jusqu’à ce que le pire arrive: la mort, l’ami tuant l’autre ami accidentellement. Une réussite.

L’INCONNUE: « c’était un jeune acteur en 1920, un de ceux qui ont mis leur jeunesse en viager, à cette époque, et qui ont vécu d’elle pendant 20 ans ». Cette nouvelle est trucculente, j’ai beaucoup aimé la chute et l’histoire de ce couple dont l’homme est écrivain en déclin et la femme admiratrice qui a persisté à lui écrire jusqu’à ce qu’il l’épouse. J’ai beaucoup aimé le portrait dressé de cet écrivain vaniteux pris à son propre piège et de cette femme tenace, prête à tout par amour.

LA VOLEUSE: cette nouvelle est bien écrite et l’histoire est fouillée, intéressante. Il y est question de bâtardise, de biens, d’honneur, d’hérédité aussi. Irène Némirovsky a choisi de jouer sur les apparences: la voleuse n’est peut-être pas celle que l’on croit. Et ici, personne n’est ni méchant ni gentil, ni faible ni fort. L’écrivaine nous laisse entrevoir des sentiments paysans refoulés, avoués aussi mais c’est toujours l’honneur qui prime: foi de paysans!

LES REVENANTS: une plongée dans le passé qui en rendrait plus d’un nostalgique avec cette touche de magie qui fait voir on ne sait comment les revenants à ces jumeaux qui revivent ainsi l’enfance de leur maman avec la compagnie d’un petit garçon, revenant, mort à la guerre. Un récit bien mené, un secret bien gardé par la maman (celui d’un amour pour le petit garçon devenu grand)…Une lecture réellement plaisante.

L’AMI ET LA FEMME: un beau récit qui laisse part à l’expression des sentiments humains. Ceux d’un homme, victime d’un accident d’avion, rescapé qui meurt loin de chez lui en appelant sa femme qu’il pare de nombreuses qualités et qu’il aime sincèrement. Ceux de l’ami rescapé aussi du naufrage qui lutte avec lui contre faim et froid jusqu’à trouver asile, qui met du temps à aller voir la femme de l’homme mort et qui finalement la trouve bien éloignée de celle présentée par le mari. Le récit est intéressant en ce que le point de vue présenté est celui d’un homme: un homme jeune qui laisse transparaître tout son mépris pour les femmes « pas comme il le pense ». Une réflexion au delà du récit sur le devenir des veuves et la condition féminine.

LA GRANDE ALLEE: cette nouvelle décrit un monde de paysans sauvage où l’on pense qu’un coup de fusil peut venger l’honneur. Dans lequel entendre un coup de fusil peut mener à l’article de la mort. On peut mourir de tristesse dans ce récit…

LES VIERGES: la nouvelle éponyme du recueil! Un texte intéressant qui dépeint tout aussi bien les affres de l’union conjugale que ses bonheurs. Une femme se sépare de son mari qui a toujours eu soif de changement et qui a finit par lui préférer une maîtresse. Elle arrive un soir en France, dans un petit village du Centre, chez sa sœur institutrice où elle retrouve également une amie d’enfance et une parente éloignée. Sa fille, faisant semblant d’être endormie, écoute les quatre femmes parler dont une seule -sa mère- a connu l’amour et un homme. Irène Némirovsky évoque la conjugalité et la passion amoureuse dans ce qu’il y a de plus intime. Et c’est très réussi.

BILAN: les nouvelles sont de qualité et de longueur inégales. Mes préférées sont celles qui ouvre et clôt le roman, de par leur longueur et la qualité des textes. Chaque nouvelle développe une pensée féminine, des sentiments humains: chaque femme est en prise avec son propre vécu. J’ai beaucoup aimé les nouvelles relatant le point de vue des mères qui réfléchissent également à l’amour: l’amour en général, l’amour des amants, des maris, des filles…Je classerais un peu à part les nouvelles « Magie » ou « Les revenants » qui vont au delà des sentiments humains mais aborde le rapport que chacun entretient avec ses croyances. Ces nouvelles représentent également pour l’écrivaine (exterminée par les Nazis à Auschwitzch) un ailleurs issues de ses origines interculturelles et de son histoire: sa famille a beaucoup voyagé et s’est beaucoup imprégnée des croyances véhiculées dans divers pays.

Ce livre est un grand grand coup de coeur et je le conseille vivement pour sa qualité littéraire!

Les dames blanches – Pierre Bordage

Résumé du roman

Elodie Mangin l’a vue la première. Lorsque Camille, journaliste, l’interroge, elle sait déjà que d’autres mères, pas seulement à l’Ouest de la France, ont vécu un drame similaire: voir son enfant de moins de 4 ans disparaître, attiré et happé par une énorme bulle blanche.

D’autres bulles apparaissent, grossissent, capturent des enfants pendant de nombreuses années sans que rien ne puisse les arrêter. Les Etats du monde se liguent contre elles mais leur activité magnétique est telle que des dysfonctionnements numériques et technologiques apparaissent. L’ONU décide alors d’envoyer dans les bulles des pédokazes, enfants de moins de 4 ans chargés d’explosifs, d’abord des orphelins. Mais les enfants manquent et chaque famille doit bientôt désigner son « pédokaze », un enfant bombe. Une lutte clandestine pour faire fi de la loi d’Isaac commence, certaines familles refusant ce système et se retrouvant pourchasser par l’armée .Les dames blanches cesseront-elles de prendre des enfants? Parviendra-t-on à les faire disparaître? Les enfants reviendront-ils?

Avis de lecture

J’ai beaucoup aimé ce roman dystopique et je le conseille fortement, que vous aimiez ou non la science-fiction.

Car Pierre Bordage ne se contente pas de nous plonger dans un monde futuriste dysfonctionnant, rempli d’un futur sombre. Il nous plonge également dans une quête intérieure et nous fait nous interroger sur des questions universelles comme le salut passe-t-il par les générations futures? La promulgation de lois conduisant vers la mort ou du moins la disparition peut-elle réguler une société?

Les thèmes abordés sont variés: le deuil d’un enfant, le devenir de l’espèce humaine, le rôle des réseaux technologiques et communicationnels, le droit à la vie, le système de répression dans une société, le rôle des médias également…Le monde tel que Pierre Bordage le décrit rappelle un monde qui a existé: la politique de l’enfant unique en Chine et les contrôles du gouvernement deviennent ici une injonction à choisir au sein d’une famille un pédokaze, les enfants emmenés par les militaires dans des camps rappellent les camps de transit de la Seconde Guerre Mondiale…Pierre Bordage nous envoie une critique de la société en dérive en nous donnant à voir plusieurs points de vue: celui de Camille et Basile, son compagnon, ufologue, tous deux prêts à risquer leur vie pour percer le mystère de ces « dames blanches ». Celui aussi d’hommes et de femmes anti loi Isaac, qui deviendront donc clandestins pour sauver leurs familles. Celui d’hommes militaires aussi, prêts à faire appliquer les lois, coûte que coûte. Cette diversité d’opinions est intéressante et se traduit structurellement par des chapitres consacrés à une succession de personnes présentant chacune leur histoire en relation avec ces « dames blanches ».

Certains personnages m’ont plu: Camille en journaliste engagée qui a aussi perdu un fils, Nathan et qui va tout faire pour améliorer sa relation avec sa fille. Cette dernière, Catel,marquée par une histoire familiale douloureuse, la disparition de son frère, l’indifférence de sa mère à son égard, va se retrouver face à un choix: donner ou non son fils. Catel va passer d’un désintéressement complet pour son fils à une forme de dévouement qui consistera à chercher le cadre idéal pour cet enfant considéré autiste. Ce cheminement est comparable à celui de Jacques: ancré dans ses certitudes, il devient militaire, prêt à faire appliquer les lois. Mais ayant une fille unique, il va refuser qu’elle devienne pédokaze et sa vision du monde va s’en trouver bouleversée.

Un livre à lire en se demandant : » Que ferais-je dans une telle société? »

Un camaieu de gris et de beige- Marie-Claude Cassegrain

Ebook gratuit -Editions Colo Nosykomba-2011

Résumé de l’histoire

Maxence, veuf depuis peu, est invité par un couple d’amis dans leur maison de famille à Cabourg. La maîtresse de maison, Lorraine, était la meilleure amie de sa femme, Maud, décédée accidentellement. Il y rencontre d’autres personnes: Bernard et Françoise, Noël, Ghislaine, toutes entre 50 et 60 ans, issues de la petite bourgeoisie.

Ils mènent une vie stable, ont des situations professionnelles et financières prospères. Ils vont être confrontés aux aléas de la vie: maladie et décès, décès accidentel d’un fils adolescent, divorce, perte d’emploi et risque d’une condamnation pour diverses malversations, enfants ingrats, attirés par l’argent, solitude, espérances et désillusions amoureuses…Sauront-ils quitter leur monde d’apparat pour s’écouter et surmonter leur mauvaise fortune?

Mon avis de lecture

Je ne me serai pas intéressée à ce livre en librairie. Comme tout un chacun, il m’arrive de souhaiter faire des découvertes littéraires, d’autant plus si elles sont synonymes de gratuité, ce qui est le cas avec cet ebook numérique.

En fait de découverte, j’ai été assez déçue. La lecture de ce roman n’a pas été agréable pour moi, je l’ai souvent trouvée ennuyeuse. Aucun des personnages décrits n’est réellement sympathique, on n’a aucune envie de suivre ces parcours. La description du milieu bourgeois semble caricaturale, sans réelle surprise. L’histoire d’amour entre Maxence et Muriel peut susciter un intérêt au début mais prend ensuite une dimension trop hésitante. Aucun personnage ne peut être érigé en héros ou tiré réellement son épingle du jeu.

Je n’ai pas grand-chose à ajouter sur le style: le roman se lit, la narration est cohérente, les tournures de phrases accessibles et pas alambiquée.

Je ne conseille donc pas cette lecture.

Une femme en contre-jour -Gaëlle Josse

Editions Noir sur blanc-07/03/2019-160 pages

« Raconter Vivian Maier, c’est raconter la vie d’une invisible, d’une effacée. Une nurse, une bonne d’enfants.

Une photographe de génie qui n’a pas vu la plupart de ses propres photos.

Une Américaine d’origine française, arpenteuse inlassable des rues de New York et de Chicago, nostalgique de ses années d’enfance heureuse dans la verte vallée des Hautes-Alpes où elle a rêvé de s’ancrer et de trouver une famille.

Son œuvre, pleine d’humanité et d’attention envers les démunis, les perdants du rêve américain, a été retrouvée par hasard – une histoire digne des meilleurs romans – dans des cartons oubliés au fond d’un garde-meuble de la banlieue de Chicago.

Vivian Maier venait alors de décéder, à quatre-vingt-trois ans, dans le plus grand anonymat. Elle n’aura pas connu la célébrité, ni l’engouement planétaire qui accompagne aujourd’hui son travail d’artiste.

Une vie de solitude, de pauvreté, de lourds secrets familiaux et d’épreuves ; une personnalité complexe et parfois déroutante, un destin qui s’écrit entre la France et l’Amérique.

L’histoire d’une femme libre, d’une perdante magnifique, qui a choisi de vivre les yeux grands ouverts.

Je vais vous dire cette vie-là, et aussi tout ce qui me relie à elle, dans une troublante correspondance ressentie avec mon travail d’écrivain. » G.J.

Mon avis de lecture

Ce roman est une biographie romancée réussie. Gaëlle Josse se livre à un exercice périlleux: mettre en mots le destin d’une personne dont on sait peu de choses, au talent non révélé. Elle passe l’épreuve avec succès: Vivian Maier prend peu à peu vie sous nos yeux, ancrée dans une histoire familiale douloureuse, pleine d’ombre, habitée par un art qu’elle sublime. A travers cet art, on la découvre autre, captant des visages, des expressions, une réalité loin d’être édulcorée…

Gaëlle Josse progresse dans le parcours de son personnage en interrogeant le rapport au monde, à la célébrité, à la solitude. Elle interroge son métier d’écrivain, avec la lancinante question: comment écrire sur une femme qui ne se donne pas à voir, qui n’a pas laissé grand-chose d’elle, hormis des photos?

Mon avis final est mitigé:j’ai aimé la démarche autour de l’écriture, le fait d’ancrer Vivian Maier dans son histoire familiale parmi d’autres femmes. Mais la lecture m’a semblé rempli de creux, mon imaginaire n’a pu être comblé totalement. Dommage!

La grande escapade -Jean-Philippe Blondel

Editions Buchet-Chastel – 15/08/2019-164 pages

Résumé de l’histoire

1975. Dans un groupe scolaire de province se côtoient des instituteurs, institutrices qui vivent là dans des logements de fonction avec conjoints et enfants. Les effets de Mai 68 commencent à se faire sentir: les femmes mariées et travailleuses restent soumises à leurs obligations familiales. Les enfants des cinq familles se regroupent entre eux pour jouer, habitués à entendre les bruits des uns et des autres, à avoir le père ou la mère des copains comme instit’. Comment tout ce microcosme va t-il réagir face aux changements qui arrivent progressivement, comme la nomination d’un instituteur adepte des méthodes pédagogiques modernes? Ou comment va t-il affronter l’émancipation et le désir d’autonomie de certaines femmes?

Mon avis de lecture

Jean-Philippe Blondel nous offre par ce roman une belle page sociétale des années 1970, entre attachement aux traditions et désir de renouveau.

Il est intéressant que soient exprimés les points de vue de trois femmes quadragénaires ou presque: l’une, Janick, est secrétaire mais rêve d’être styliste, tout en osant d’abord pas trop chambouler les habitudes familiales et son rôle de mère et d’épouse. L’autre, Michèle Goubert, assujettie à un mari qui tient à ce qu’elle s’occupe du foyer en plus de son travail d’institutrice. Elle hésitera à vivre une vie extra-conjugale, fascinée par cet homme marié adepte des pédagogies modernes qui fait battre son coeur. Et la dernière, Geneviève Coudrier, décrite comme commère qui sera surprise de se découvrir capable d’une aventure extra-conjugale, elle qui faisait un passe-temps des racontars glanés ça et là.

Les enfants sont également des personnages intéressants, notamment Philippe, le fils de Michèle, qui parvient à faire fi des commentaires entendus et à se révéler scolairement et socialement grâce aux nouvelles méthodes de son instituteur.

Je n’ai néanmoins pas été captivée par l’histoire, le thème de la grande escapade arrive assez tard dans le roman et j’ai trouvé quelques longueurs.