Les soeurs Grémillet, tome 1: Le rêve de Sarah – Barbucci et Di Gregorio

Editions Dupuis- 12/06/2020- 72 pages

Présentation de l’éditeur

Plonger dans l’histoire comme dans un rêve… Dans un turquoise lumineux et mélancolique apparaissent pour la première fois les trois soeurs Grémillet, guidées par des méduses qui flottent, jusqu’au grand arbre et son palais de verre. À l’intérieur, une petite méduse lévite au-dessus d’un lit. Sarah, l’aînée, ne s’explique pas ce rêve étrange. Obsédée par ce mystère, elle parviendra à l’élucider avec l’aide de ses deux soeurs.

Alessandro Barbucci illumine de son dessin virtuose cette chronique familiale moderne qui, derrière les révélations d’un drame du passé, célèbre l’amour d’une mère pour ses enfants. Dans ce trio féminin, chacune a son caractère attachant : Sarah, l’aînée autoritaire, Cassiopée la cadette artiste, et Lucille la plus petite qui ne parle qu’à son chat. Les belles pierres de la ville, le jardin des plantes, la végétation luxuriante, les petits marchés… le lecteur ne voudra plus quitter cet univers enchanteur créé par Barbucci et Di Gregorio !

Mon avis de lecture

La couverture de l’album est attirante et donne envie de feuilleter et lire: on y voit les trois soeurs au premier plan, dessinées de façon colorée tandis que le second plan, plus sombre, semble plus mystérieux.
Dès les premières pages, on apprend quel rêve fait Sarah: elle et ses soeurs semblent flotter dans l’eau, elle suit des méduses dans une forêt. Celles-ci la guident vers un arbre géant qui porte une serre de métal et de verre. Elle s’approche et observe une chambre qui ressemble à celle de sa maman. Elle voit sur le lit une méduse, elle l’appelle, elle voit qu’elle se retourne et…elle se réveille.
Ce point de départ plonge le lecteur dans une ambiance fantastique, pleine de zones d’ombre.
Au fil des pages, on apprend ensuite que le Club des frangines, c’est-à-dire les trois soeurs va mener l’enquête pour en savoir plus sur le passé de leur mère, silencieuse sur le sujet.
Un des thèmes de cet album est la relation familiale, notamment les liens que les trois sœurs ont entre elles. Le scénariste présente leur portrait simplement: Cassiopée est la romantique, celle qui voudrait rencontrer l’amour. Sarah a un fort caractère et entend rappeler à ses soeurs qu’elle est l’aînée. Lucille, la plus jeune, est plus effacée et ne parle qu’à son chat, Yurei.
Ces trois soeurs sont attachantes et on a envie tout naturellement de les suivre dans leur quête.
Une autre thématique prend également toute la place: celle des secrets enfouis que presque toutes les familles connaissent.
Ces sujets peuvent plaire à un jeune public, les enfants et adolescents pourront sans mal d’identifier aux héroïnes. Le scénario, accessible, est en cela une réussite.
Scénariste et dessinateur ont effectué un travail maîtrisé autour du ratio texte/dessin. Les planches comptent assez peu de cases, les textes sont assez aérés, laissant place au décor et à la rêverie. Le lecteur peut ainsi se plonger dans l’ambiance mystérieuse en laissant s’envoler son imagination grâce aux décors, les éléments naturels (arbres, eau) étant par ailleurs joliment représentés.
J’attends donc le deuxième tome de l’album, étant curieuse de savoir si les liens entre les soeurs vont évoluer.

Merci aux éditions Dupuis et à NetGalley pour la découverte!

Dans les yeux de Lya, tome 2: En quête du coupable – Carbone et Justine Cunha

Editions Dupuis-17/01/2020-64 pages

Présentation de l’éditeur
Lya va peut-être enfin connaître l’identité du chauffard qui l’a renversée la veille de ses 17 ans. Elle tient dans ses mains le dossier subtilisé dans le bureau de maître Martin de Villegan. C’est pour ce dossier qu’elle s’est faite embaucher comme stagiaire dans ce cabinet d’avo-cats. Tout ça pour ça. Mais Lya peut compter sur ses deux alliés fidèles, Adèle sa collègue dévouée et Antoine son meilleur ami. Sur le terrain, l’enquête pour la vérité vire à la série noire.

Mon avis de lecture

Ce deuxième opus se révèle à la hauteur du premier. Le graphisme est toujours très coloré et contribue à la réussite de l’album. L’enquête va de rebondissements en rebondissements et se centre sur la recherche du coupable à l’aide des indices trouvés dans le tome 1.

Antoine et Adèle se révèlent deux alliés efficaces. Le thème du handicap est peu abordé dans ce tome: Lya prend part à l’enquête tout comme ses amis, le fauteuil roulant est oublié. Le dui Lya/Adèle se révèle efficace et l’on sourit face à certaines scènes comme la remise du dossier dans le bureau de maître De Villegan. Je trouve cet album moins sombre que le premier, même si l’enquête est loin d’être facile et que la tension est de mise: on sent que Lya n’aura pas affaire à des personnes très recommandables et que l’enquête pourrait être dangereuse.

J’avoue que comme pour le tome 1, je suis restée sur ma fin. Et que j’attends donc le tome 3!

Je pense que cet album est une belle lecture pour des collégiens qui aiment lire des histoires d’aventure avec un peu de mystère et de suspense.

Merci aux éditions Dupuis et à NetGalley pour la découverte

Dans les yeux de Lya, tome 1: en quête de vérité – Carbone et Justine Cunha

Editions Dupuis – 01/03/2019- 73 pages (version numérique)

Présentation par l’éditeur
Alors que Lya s’apprête à fêter ses 17 ans, elle est renversée par un chauffard qui la laisse pour morte sur le bord de la route. Elle perd l’usage de ses jambes et un bout de son innocence. Quatre années plus tard, elle se fait engager par un prestigieux cabinet d’avocats dans le but de traquer le coupable…

Mon avis de lecture

Cette bande dessinée est un très bel album, réussi d’un point de vue graphique et aussi narratif.

J’ai immédiatement été attirée par la couverture, très colorée: le personnage de Lya, une jeune fille rousse aux grands yeux, est très expressif, un dossier à la main, assis sur une chaise dont on ignore encore qu’il s’agit d’un fauteuil roulant…Je remercie également certaines blogueuses comme Mahault ou Typhaine pour avoir donné leur avis qui a également contribué à mon choix de lecture.

Je trouve cette bande dessinée intéressante à plusieurs titres: l’histoire va de rebondissements en rebondissements. Elle commence in medias res avec l’emménagement de Lya chez Antoine et son entrée en stage dans un cabinet d’avocats. On apprend ensuite la véritable raison de ce choix: elle a découvert que ses parents ont été achetés pour ne pas engager de poursuivre contre le chauffard qui a renversé Lya, la laissant paraplégique et que son affaire a été traitée par le cabinet dans lequel elle va faire son stage.

J’ai beaucoup aimé la détermination de Lya et le traitement du thème du handicap dans cet album. En effet, cela demande à la jeune fille de rivaliser d’ingéniosité: comment surmonter le fait de ne pouvoir aller aux archives, à la recherche de son dossier, accessible seulement par les escaliers? Comment travailler sans éveiller les soupçons et ne pas trop s’épancher sur son accident pour que les avocats ne découvrent pas la véritable raison de sa présence? Tout en douceur, Lya va se faire des alliés, son handicap n’est nullement vu comme un frein, on va au contraire chercher à l’aider et louer sa détermination. Elle ne semble nullement s’apesantir sur son passé, ce qui donne à l’ensemble un bel optimisme.

J’ajoute que graphiquement, les dessins sont colorés, les traits de crayon simples, ce qui ajoute de la légèreté à l’album. Les personnages en sont pétillants. Elle est de ce fait accessible aux adolescents (l’éditeur la conseille à partir de 9 ans) et peut plaire à tous, adolescents comme adultes.

A noter également une critique sous-jacente du système judiciaire, traitée de façon peu approfondie pour l’instant. Rappelons que cet album n’est que le premier opus et que d’autres tomes -au moins le tome 2- sont prévus.

Merci aux éditions Dupuis et à NetGalley pour la découverte!

M.O.R.I.A.R.T.Y, Tome 1: Empire mécanique 1/2 (Duval et Pécau,Subic, Scarlett)

Editions Delcourt-29/08/2018-64 pages

Scénario

Londres, 1899. La police abat de 7 balles un monstre dans une fumerie d’opium. Sherlock Holmes, lui, a été missionné pour déjouer les plans d’un joueur de poker qui gagne à tous les coups, sa tactique étant trop parfaite pour être honnête.

L’histoire va faire interagir le célèbre détective avec son sens légendaire de la déduction mais aussi son frère Mycroft, son fidèle Watson, Winston Churchill, Docteur Jekyll et Hyde. Et à la surprise de tous, alors que Sherlock Holmes l’a vu mort va ressurgir un redoutable personnage: Moriarty…

Mon avis sur la bande dessinée

Cette bande dessinée est une réussite du coté du scénario. L’histoire est fouillée, les actions qui rebondissent ne laissent aucun temps mort. Mention spéciale également à Subic pour le graphisme et Smulkowski pour les couleurs qui donnent une épaisseur au récit, laissant à voir Londres comme une ville happée par les monstres, les crimes, gangrenée, dangereuse.

Petit bémol: certaines cases sont très sombres, les éléments pas toujours reconnaissables. Et les personnages sont trop nombreux (Holmes, son frère, Watson, docteur Jekyll, Baskerville, Moriarty, le chien maudit…), la force de la BD résultant de l’enchaînement des actions plus que par cette diversité de héros.

En résumé: un premier tome qui donne envie de lire le tome suivant pour qui aime l’ambiance fantastique et sombre qui se dégage de cet album. Même si je lui reconnais de nombreuses qualités, ma lecture s’arrêtera là.

Magic 7, Tome 1: Jamais seuls (Kid Toussaint, Giuseppe Quattrocchi, Scarlett Smulkowski)

Scénario

Léo arrive dans une nouvelle école et son premier jour ne se passe pas bien: il se retrouve enfermé par deux élèves de sa classe. Il se retrouve en retard et fait ainsi connaissance dans le bureau de la directrice de deux autres camarades, retardataires aussi. Hamelin, qui a le don de parler aux animaux, est orphelin de mère et vit dans une caravane. Farah, qui a le don de savoir utiliser le feu, est une fille issue d’une famille croyante et pratiquante. Léo, lui, a le don de communiquer avec des spectres et peut absorber leurs pouvoirs. Il va aider Hamelin, accusé de vol d’objets comme une coupe ou des bijoux.

A cette occasion, chacun se dévoilera aux autres. Ils feront aussi la connaissance de Lupe et Alice, dotées aussi de pouvoirs.

Mon avis sur ce premier tome

Ce premier tome illustre la rencontre entre trois des 7 adolescents possédant des pouvoirs. Cinq des personnages de la série sont au total évoqués ici, à la fois et surtout dans leur vie quotidienne de collégiens.

La bande dessinée est divertissante, entre magie et enquête. Les personnages, possédant chacun un pouvoir sont attachants. Farah fait preuve de beaucoup d’humour.

Les dessins sont plaisants, sans être originaux, ils toucheront leur cible, un public jeune.

Tout est loin d’être dévoilé et compréhensible dans ce premier tome, c’est aussi ce qui donne envie de poursuivre la lecture par le tome 2.

Klaw (Antoine Ozanam, Joël Jurion)

L’histoire

Ange Tomassini n’est pas un adolescent comme les autres: fils d’un marchand de poisson, il se fait conduire à l’école par un garde du corps. Lorsqu’il est en danger, un mystérieux homme-tigre lui vient en aide et il pense que c’est pour cela que ses camarades et professeurs le craignent…

Ses croyances vont prendre une toute autre tournure lorsque le petit ami de la fille qu’il aime est retrouvé mort. Il apprendra ainsi qui est véritablement son père et l’homme-tigre.

Mon avis

Je n’ai pas été vraiment séduite par cette bande dessinée mais je pense qu’elle peut plaire aux adolescents. Ils pourront s’identifier facilement à l’adolescent présenté et le côté « super-héros » a de quoi séduire. La façon dont va être utilisée le super pouvoir d’Ange pour faire le bien commun séduira également. La naïveté du personnage peut également plaire au sens où le héros fait preuve de qualités humaines et n’est pas tout puissant.

Le dessin proche de l’univers manga sert bien le scénario. Les scènes avec l’Homme-tigre sont assez réalistes et révèlent la puissance de l’Homme animal.

Obie Koul, Tome 1: Un week-end sur deux chez mon père (Pierre Makyo, Alessia Buffolo)

Scénario

Obie, 12 ans, emménage avec sa mère Mia dans une nouvelle ville, un nouveau quartier. Il découvre aussi son nouveau collège, lui en tant qu’élève, sa mère en tant que professeure de mathématiques.

Deux bandes rivales, les KD et les RG souhaitent le recruter en raison du métier de sa mère. Il demande conseil à son père. Ses parents lui font alors une révélation inattendue: son père n’est pas un Terrien, il vient de la planète Oxythol. Obie va devoir passer là-bas un week-end sur deux et la moitié des vacances scolaires.

Mon avis sur la bande dessinée

Une lecture sympathique et agréable. La force de cette bande dessinée réside dans ses thèmes : le divorce et les relations entre adultes sont abordés sous couvert d’un univers extraplanétaire. Le harcèlement scolaire est lui abordé intelligemment: à la violence d’une bande, la réplique est hors-norme, venant d’un père cherchant à protéger son fils. La découverte d’un monde extraterrestre n’est pas ici le seul sujet évoqué mais préfigure les tomes suivants de la série. Il est très probable que Obie sera mêlé à une guerre et que son pouvoir sera découvert, expliquant son sang jaune.

A noter que le dessin, réaliste, plaira certainement au public visé, des collégiens entre 12 et 14 ans.

La brigade des cauchemars, Tome 1: Sarah (Franck Thilliez,Yomgui Dumont, DRAC)

Scénario

Esteban, 14 ans, se déplace en fauteuil roulant. Amnésique, il a été recueilli trois ans plus tôt par le professeur Angus qui l’élève avec son fils, Tristan. A eux trois, ils forment la brigade des cauchemars. Leur mission est de s’infiltrer dans les cauchemars pour guérir ceux qui en souffrent.

Leur route croise celle de Sarah, une jeune adolescente perturbée par ses cauchemars. Esteban pense la connaître tandis que le professeur Angus se fait mystérieux. Les garçons parviendront-ils à comprendre l’origine de son cauchemar?

Mon avis sur cette bande dessinée

L’éditeur Jungle inaugure avec la Brigade des cauchemars la collection Jungle frissons pour proposer des thrillers aux adolescents.

A ce titre, l’album est une réussite. La couverture, en premier lieu, est intrigante et donne à voir les personnages principaux: un garçon en fauteuil roulant, un autre garçon et un homme à l’allure d’un professeur réalisant des expériences, à la mine un peu inquiétante. Une porte ouverte, symbole du passage dans un autre monde, les amène dans un autre monde, plus flou. Dans ce tome, on comprend immédiatement que la jeune femme à la peau bleue, avec l’oeil grand ouvert, va être un des personnages central de l’histoire.

Les personnages sont attachants. Le cauchemar de Sarah n’est en rien joyeux: un monde dans lequel les enfants se retrouvent indésirables au point d’être capturés par les adultes ne peut qu’effrayer. Esteban et Tristan vont mettre en oeuvre toute leur ingéniosité afin d’aider Sarah à sortir de son cauchemar victorieuse. Les adolescents lecteurs apprécieront les sentiments positifs qui émergent de l’aventure.

L’annonce d’un tome 2 est également bien menée. On comprend que le jeune Esteban va en apprendre davantage sur son passé ou du moins que des bribes lui en seront certainement révélées. Et on attend ce deuxième tome avec impatience!

Les quatre de Baker Street, Tome 1: L’affaire du rideau bleu -Jean-Blaise Djian, Olivier Legrand, David Etien

Scénario

Billy, Black Tom et Charlie sont des gamins des rues vivant sous l’ère victorienne de petits larcins. Les rues ne sont pas sûres dans l’East End londonien, les individus louches et les mendiants ne manquent pas. Un jour, Betty, la fiancée de Tom, se fait enlever sous ses yeux. Les trois adolescents vont alors mettre à profit les leçons de Sherlock Holmes pour lequel ils font parfois le guet et vont à leur tour enquêter. Qui est donc ce sale individu ayant kidnappé la jeune fille? Leur quête va les mener dans un univers violent, où se côtoient maquerelle, maquereau, fille de joie, flics corrompus. Un monde qui prendra fin grâce à la ténacité et la débrouillardise des jeunes gens.

Mon avis de lecture

Un très bel album aux qualités graphiques certaines. Des couleurs sombres pour illustrer les bas fonds londoniens aux scènes d’action qui s’enchaînent en rythmant l’intrigue, cet album est prometteur. Les décors sont détaillés suffisamment pour donner à voir le Londres du petit peuple. L’alternance entre plongée, contre plongée et gros plan donne de l’épaisseur au récit. Si l’intrigue peut sembler simpliste, on découvre au fil des pages qu’il n’en est rien: l’époque victorienne est magnifiquement décrites (avec les violences faites aux femmes, les rapts en pleine rue, la violence des malfrats, les bouges où un honnête citoyen ne mettrait pas un pied…).

Un très bel album dont on attend le deuxième tome avec impatience!

De retour…et de belles futures lectures!

« Je vais au supermarché samedi matin! » a décidé mon conjoint. Paroles banales de toute personne pour ravitailler la famille…

Quelle ne fut ma surprise de le voir revenir avec quelques bandes dessinées. L’opération « 48h BD », vous connaissez? Certes, cela se veut commercial mais qu’importe, lorsqu’on est enfant (puisque c’était pour eux), d’avoir un ouvrage à 2 ou à 10 euros dans les mains?

Ayant émis le souhait de lire aussi, me voici avec une belle PAL:

M.O.R.I.A.R.T.Y

La brigade des cauchemars (F.Thilliez, mon amour!)

Klaw

Magic 7

Obie Koul

Ira Dei

Les quatre de Baker Street

Anuki (on connaît la série, la Poupette sera ravie de « lire » seule)

Il faut aussi que je me réinscrive à la médiathèque pour emprunter des ressources numériques: le dernier livre d’Elena F. m’attend!

Elle s’appelait Sarah (BD) – Tatiana de Rosnay, Patrick Bresson et Horne

Editions Marabulles – 03/10/2018- 208 pages

Précision

Elle s’appelait Sarah est d’abord un roman écrit par Tatiana de Rosnay, paru en 2007 aux éditions Héloïse d’Ormesson.

L’adaptation en BD a été réalisée par le dessinateur Horne et le scénariste Patrick Bresson. Elle est parue aux éditions Marabulles en 2018.

L’histoire

Juillet 1942. Sarah Starzynski, une petite fille de 10 ans, est réveillée par des coups violents frappés contre la porte. La police française, mandatée par la Gestapo, vient l’arrêter ainsi que sa mère. Elle ordonne à son petit frère Michel, 4 ans, de se cacher dans le placard. Elle retrouve son père qui les rejoints, sa mère et elle. Ils sont emmenés dans un garage puis au Vel d’Hiv, avec tant d’autres gens, Juifs comme eux.

Mai 2002. Julia Jarmond, journaliste américaine mariée à Bertrand, un architecte français, enquête pour écrire un article sur le 60ème anniversaire du Vel d’Hiv. Dans le même temps, elle visite l’ancien appartement de Mamé, la grand-mère de Bertrand dans lequel ils vont emménager après travaux. Elle découvrira un lien entre la famille de son mari et les Starzynski…

Mon avis sur la BD

A la lecture des premières pages, ce qui frappe, ce sont les couleurs. Le gris domine, avec en plus en 1942, des tonalités de jaune et doré pour les cheveux et de bleus pour les yeux. La période 2002 est, elle, aussi représentėe en gris. Horne a ainsi mis en avant avec brio les émotions des personnes tantôt en gros plan (les larmes qui coulent ) tantôt en plan moyen (les barbelés, les champs…). Les « méchants » sont représentés comme étant de grandes ombres noires, menaçantes, certaines planches montrant des bouches noires qui aboient des ordres.Patrick Bresson, lui, a choisi de présenter un récit alterné: récit d’une petite fille de 10 ans qui ne sait pas ce qui va arriver, qui a peur et qui assiste à un spectacle désolant et récit des événements issus des recherches d’une journaliste des années plus tard.

Le tout donne un ensemble plaisant. Le thème de la mémoire, du devoir de mémoire est très présent à travers les dessins de plaques commémoratives qui sont autant de choses que l’on remarque à peine. Que l’enquête soit menée par une journaliste américaine, c’est-à-dire par quelqu’un qui découvre l’histoire de la France, entraîne une mise à distance qui n’empêche pas de rester saisi de stupeur face au destin de tous ces enfants juifs raflés et jamais revenus.

Un très bel album à mettre aussi dans les mains des jeunes générations adolescentes.

Broderies- Marjane Satrapi

Editions L’association- mars 2003

Vous connaissez sûrement Persepolis, la bande dessinée autobiographique en noir et blanc qui raconte la vie enfantine et adolescente de Marjane Satrapi dans les années 1980, durant la révolution islamique islamiste, après la chute du shah, la guerre Iran-Irak, puis à Vienne? Un film a été réalisé, il est souvent au programme de Collège au cinéma pour les adolescents.

Broderies est une bande dessinée qui donne la parole aux femmes iraniennes, notamment à la grand-mère de Marjane, opiomane et aux autres femmes Satrapi.Après le déjeuner, lorsque les hommes vont faire la sieste, la grand-mère demande à « Marji » de préparer le samovar. C’est alors l’heure des confidences entre femmes ou « la ventilation du coeur ». Entre histoires de virginité, d’honneur, de mariage arrangé, les femmes racontent leurs aventures et déboires sexuelles ou celles de leurs amies.

Marjane Satrapi, dans un style en noir et blanc bien à elle , manie humour et langage cru avec brio. Les rêves des femmes (aller en Europe, rêver d’un beau mariage…) sont décortiqués, analysés, avec un brin de commérages mais sans vulgarité. Malgré la révolution islamique islamiste, les femmes veulent être modernes (la grand-mère s’est mariée 3 fois) et cela passe par la sexualité et les confidences entre femmes. Alors elles parlent des hommes, de leurs expériences, la soumission aux hommes n’est pas totale dans la société iranienne patriarcale.

A lire parce que le langage est truculent, les dessins en noir et blanc sont plein de lumière et la personnalité des femmes attachante.

Dans la tête de Sherlock Holmes – tome 1: L’affaire du ticket scandaleux

Editions Ankama – 24/05/2019-50 pages

Un matin, un médecin, Herbert Fowler, que le Docteur Watson connaît bien lui est amené au 221B Baker Street à Londres dans un triste état: blessé à la clavicule, en chemise de nuit, avec une pantoufle de femme à un pied, il est de surcroît partiellement amnésique. Il n’en faut pas plus pour aiguiser la curiosité du détective Sherlock Holmes. De la poudre sur les vêtements, un ticket de spectacle particulier le laissent penser qu’il s’agit d’un complot de grande ampleur…Les dessinateurs et scénaristes de la bande dessinée nous plongent tout droit dans les pensées de Sherlock Holmes pour résoudre cette affaire.

Mon avis sur cette bande dessinée

J’ai tout de suite été attirée par la couverture originale: le dessinateur Benoît Dahan nous présente un paysage londonien, certes classique mais le trait de crayon est joli. Et surtout au centre, en transparence, la tête de Sherlock et l’objet qui fait qu’on le reconnaît à coup sûr: sa pipe. Ajoutons à cela que nous est présentée également sa mansarde dans laquelle, petit bonhomme, il se trouve confronté à de nombreux ouvrages qu’il range.. Alors, que ce soient les fans inconditionnels du détective ou les non-initiés, chacun pense à ouvrir la première page de la bande dessinée.

Le scénariste Cyril Liéron et le dessinateur Benoît Dahan signent ici une très belle collaboration. Le graphisme est ultra-réaliste et les mots toujours assez justes pour retrouver l’esprit des aventures écrits par Sir Arthur Conan Doyle. Ajoutons à cela une superbe représentation de la ville de Londres à travers des plans minutieux, insérés de façon pertinente dans les planches. Le ton de l’oeuvre est respecté et j’ai beaucoup apprécié le fait que l’on place les lecteurs dans la tête de Sherlock: le cheminement de sa pensée est magnifiquement représenté par des moyens variés. La tête de Sherlock peut être représentée pour comprendre la situation de départ: « collecte des témoignages »: « 23 heures » « cadeau » « hôpital » « pas le seul médecin ». On peut également voir le personnage représenté en plus petit, en entier, une bulle indiquant: « Récapitulons ». Notons également l’importance des objets pour le cours de l’enquête et leur représentation détaillée comme si nous-mêmes les possédions: le ticket de spectacle, le coupon à motif pictographique…

La cerise sur le gâteau? Le premier tome répond à un questionnement, dévoile un cheminement de pensée mais la solution ne nous est pas offerte: il faudra pour cela attendre le second tome…

A lire, à lire, à lire!

(J’ajoute que cette bande dessinée est en lice pour la compétition officielle du festival d’Angoulême 2020 dans la catégorie « Sélection Fauve Polar SNCF », qu’elle fait aussi partie de la sélection officielle du Prix BD Landerneau et de la sélection Prix BD FNAC-France Inter)

Noire : la vie méconnue de Claudette Colvin (Emilie Plateau)

Editions Dargaud – 18/01/2019-136 pages

Contrairement à ce que l’histoire retient, Rosa Parks n’a pas été la première femme Noire à refuser de céder sa place à un blanc, en pleine période de ségrégation, dans les Etats-Unis des années 1950…9 mois auparavant, le 2 mars 1955, Claudette Colvin, une adolescente de 15 ans qui prenait le bus pour revenir de l’école et rentrer chez elle, dans un quartier pauvre de Montgomery, en Alabama, refusa de se plier aux règles ségrégationnistes. Lorsqu’une personne blanche n’a pas de place dans l’espace qui lui est réservé, à l’avant du bus, les personnes noires doivent se lever pour qu’elle puisse s’asseoir.

Tania de Montaigne a consacré un ouvrage à Claudette Colvin en 2015, dénonçant également le racisme contemporain auquel sont confrontés les noirs de nos jours. Emilie Plateau, dessinatrice et scénariste, a choisi aussi de raconter l’histoire de Claudette Colvin dans une superbe bande dessinée parue en janvier 2019.

Emilie Plateau ne raconte pas seulement le refus de Claudette Colvin. Elle explique en quoi son geste est courageux. Claudette Colvin est arrêtée et jugée, elle plaidera non-coupable et attaquera la ville en justice. La BD est en deux parties: la première consacrée à son histoire, la seconde consacrée à Rosa Parks. Au milieu des deux sont abordés et expliqués le boycott des bus, acte de rébellion de la communauté noire, le rôle de la NAACP, du WCC, les lois Jim Crow, le rôle de Martin Luther King, alors jeune pasteur…

Emilie Plateau utilise dès les premières pages les couleurs noires, blanches, ocres, marrons…Nous sommes happé(e)s dans l’histoire: « imaginez que vous êtes noire », embarqué(e)s dans l’Alabama des années 1950…La sobriété du texte qui ne s’éloigne guère du roman mais qui est souvent hors-case renforce l’impression de devoir raconter. Raconter cette héroine oubliée de tous, raconter cette page de l’histoire méconnue. Les décors minimalistes ajoutent à la condition pauvre des personnes noires, à la toute-puissance des personnes blanches, au peu d’égard envers cette adolescente…

Le fait que l’ouvrage va à l’essentiel et la simplicité du dessin font que cette bande dessinée est adaptée à un public adolescent (et à un public adulte aussi, bien sûr!). A la fin de l’ouvrage, des explications supplémentaires sur le rôle des protagonistes impliquées ‘Rosa Parks, Nixon, Martin Luther King) et sur les diverses abréviations (WCC, NAACP…) permettent de comprendre davantage le contexte historique.

A lire!

Un sac de billes – Kris et Vincent Bailly

Le téléfilm passant ce soir, j’ai eu envie de vous présenter la bande dessinée « Un sac de billes »,la superbe adaptation littéraire du roman de Joseph Joffo.

Éditions Futuropolis-09/02/2017

Pour ceux qui ne connaissent pas, voici un résumé de l’histoire. En 1941, Joseph, 10 ans, vit avec ses parents dans le 18ème arrondissement de Paris.Grand amateur de billes, il y joue souvent avec Maurice, son frère de deux ans plus âgé. Leur papa est coiffeur, la maman est au foyer.

Le quotidien de la famille se durcit en 1942, lorsque le port de l’étoile jaune devient obligatoire. Les parents, sentant le danger, pressent Joseph et Maurice de quitter Paris pour aller rejoindre leurs grands frères, Albert et Henri, à Menton, en zone libre.

En pleine guerre, dans un pays envahi par les Allemands,les deux enfants font preuve de courage et de débrouillardise pour y parvenir.

Mon avis sur la bande dessinée

Dès les premières pages, on se sent happés dans l’action, on retrouve l’ambiance du roman. Ce mélange d’insouciance et de gravité. Vincent Bailly fait de superbes cadrages et de superbes mises en couleurs à l’aquarelle, Kris a écrit avec soin les textes.

Si on examine la première page, on retrouve des symboles compréhensibles par tous: des individus habillés de noir s’approchent. les bottes qui martèlent le sol, l’insigne avec la croix gammée sur le bras, le képi sont des détails prouvant que ce sont des S.S. Deux gamins qui jouaient dans la rue leur jouent un bon tour: ils s’adossent à la devanture rouge du salon de coiffure « Joffo Coiffeur »…cachant ainsi l’inscription en allemand stipulant que la boutique est un commerce tenu par des Juifs.

La suite de la BD est dans la même veine: on ressent chez Joseph l’insouciance due à son âge et aussi une certaine conscience du danger. Kris, dans la narration, présente bien cet équilibre, fait de silence lorsque le péril et proche et de dialogues pour expliciter les choses, comme lorsque le père Joffo explique le progroom vécue par sa famille à Odessa (on sent l’importance de la transmission familiale).

A noter que le coup de crayon de Vincent Bailly nous mène superbement dans l’ambiance des années 1940.

Cette bande dessinée est un réel coup de coeur et vous donnera à coup sûr envie de vous plonger dans la lecture du roman!

Cadavre exquis – Pénélope Bagieu

Encore une lecture à l’envers: je connais Pénélope Bagieu grâce à ces tomes « Les Culottées », publié après « Cadavre exquis ». Quand j’ai vu cet album à la médiathèque, je me suis dit: « Tiens, Pénélope Bagieu ». La couverture est par ailleurs attrayante: on se demande ce qui va arriver à cette jeune femme dans ce  » cadavre exquis ».

Le titre?

Venons-en logiquement d’abord au titre et à sa définition. Qu’est-ce donc qu’un cadavre exquis? Vous avez dû tous y jouer, au collège, au lycée, avec vos amis: vous prenez un papier, vous écrivez un mot, les autres personnes enchaînent (la première personne écrit le sujet, la deuxième le verbe, la troisième et les suivantes les compléments), chacun écrit sans voir ce qu’à écrit l’autre précédemment.

Pour ceux qui l’ignorent et ceux qui souhaitent un rappel, le cadavre exquis est un jeu d’écriture collectif ou un jeu graphique inventé par les surréalistes. Le dictionnaire abrégé du surréalisme en donne cette définition: « jeu qui consiste à faire composer une phrase, ou un dessin, par plusieurs personnes sans qu’aucune d’elles ne puisse tenir compte de la collaboration ou des collaborations précédentes. »

La couverture

Couverture de Cadavre Exquis

Au premier plan, l’héroïne de l’histoire. Grâce aux couleurs dominantes, le rouge (le rouge du vêtement, le rouge à lèvres, le rouge aux joues et sur les ongles) et le noir (les cheveux en chignon, les grands yeux, les cils maquillés), on devine un personnage pétillant, jeune, moderne. Elle tient un livre dans les mains: pas de titre. Le lit-elle? Ses yeux regardent ailleurs, la littérature ne semble pas être son dada.

A l’arrière plan, deux personnes. Un homme à lunettes, pas très soigné (pas rasé), qui tient une tasse de café en main. On sent l’intellectuel. Derrière se tient une femme aux cheveux longs. Elle paraît élégante et hautaine à la fois, bien moins sympathique que le personnage au premier plan. Ces deux derniers personnages sont représentés de façon moins gaie, d’ailleurs (le noir et les couleurs sombres dominent).

Quels liens unit donc ces trois personnages?

L’histoire

Zoé est une hôtesse d’accueil de 22 ans qui ne supporte plus son job et son mec, un chômeur qui dort avec ses chaussettes et qui pète. Un mec sans grande ambition. Un jour, elle rencontre Thomas Rocher, un écrivain dont elle ignore tout: elle l’aperçoit à sa fenêtre et monte chez lui, prétextant un besoin urgent. Ils vont se revoir, elle va s’installer chez lui.

Un jour, elle découvre l’existence d’Agathe, l’éditrice de Thomas et de son ex-femme. Elle fait une crise de jalousie et demande à Thomas pourquoi ils ne sortent jamais, pourquoi ils vivent les volets fermés. Peu branchée par la culture, elle va entrer dans une librairie pour la première fois de sa vie et découvrir la surpercherie de Thomas et d’Agathe…L’amour peut-il sauver de tout? Peut-il apporter le succès espéré? Peut-il faire oublier que dehors, il y a la vie?

Mon avis sur cet album

Graphiquement, la bande dessinée est une réussite. Les traits graphiques sont à la mesure du texte: économes, sobres et justes. Les personnages ont des traits expressifs (surtout Zoé), la gamme des couleurs, les tons et demi-tons, disent bien les sentiments de chacun, les émotions et les actions aussi. Quand Pénélope voit rouge, c’est rouge. Thomas, lui, apparaît en toute sobriété, les couleurs dominantes tirent pour lui plutôt vers le bleu, le gris, le presque crayonné. C’est un personnage qui se dévoile peu, on en saura davantage sur lui à travers les récits d’autres personnes.

Zoé est sublime de sincérité. C’est le personnage qui évolue le plus dans l’album. On peut la croire naive (croire au grand amour avec un écrivain connu, elle, la petite hôtesse d’accueil), voire sous cultivée (et le décalage paraît parfois grand avec Thomas, elle qui n’a même jamais mis un pied dans une librairie, elle pour qui le livre n’est pas un objet familier). Mais un libraire lui met dans les mains « Belle du seigneur » (la BD ne le dit pas mais l’auteur est Albert Cohen et le livre est un chef d’oeuvre de la littérature française) et elle en fait quelque chose de surprenant.

L’histoire peut paraître gnangnan au début mais ce n’est pas du tout le cas. Parce que sous ses airs de ne pas y toucher, Pénélope Bagieu développe des thèmes qui lui sont chers (comme la dénonciation du machisme, incarné par le compagnon de Zoé) et parvient à produire une fin renversante, inattendue, trucculente même. Je n’en dis pas plus, je ne veux pas gâcher le plaisir des futurs lecteurs et futures lectrices.

Les thèmes abordés dans la bande dessinée

Un des thèmes principaux est la condition des écrivains. Que faut-il faire pour rester un écrivain à succès? Suffit-il d’épouser son éditrice?(apparemment pas, indique la BD puisque Agathe et Thomas sont séparés et ont cessé de s’aimer). Faut-il simuler sa mort et la mettre en scène, inspiré par la mort symbolique de Romain Gary qui a pris comme pseudonyme Emile Ajar, auteur d’un roman couronné par le Goncourt (Romain Gary a ainsi obtenu deux fois le Prix Goncourt)? Cette piste là semble avoir été choisie par Thomas mais est-elle réellement durable? Zoé et lui doivent vivre cachés. Il ne lui a d’ailleurs pas dit la vérité à ce sujet, elle l’apprendra par Agathe.

Un autre thème abordé, surtout présent au début de l’album, est le machisme des hommes. Zoé en a assez des « gros lourds » qui draguent dans les salons chaque hôtesse. Elle en a assez de son mec qui ne la respecte pas, ils n’ont aucun dialogue et il ne fait aucun effort…Cela est dit ouvertement, aucun doute sur ce que veut dénoncer Pénélope Bagieu. Mais si on en vient à considérer l’attitude de Thomas, c’est la même chose: Zoé est certes une fille dont il semble amoureux mais pourquoi, comme elle le souligne, ne partage t-il pas ses idées? pourquoi ne lui parle t-il pas de son roman?pourquoi la tient-il écarté de son oeuvre littéraire? Parce qu’il pense probablement qu’il y a d’un côté les intellectuels (comme lui) et de l’autre les filles comme Zoé, valorisantes pour la carrière d’un écrivain, voire sources d’inspiration. Tout indique qu’à la fin de l’écriture de son roman, Zoé sera reléguée aux oubliettes: car le monde littéraire est un monde plein de petitesse, rempli de requins…

Conseil

Cet album est un coup de coeur! Il est bien sûr à lire, à commencer par un public de lycéens et de lycéennes! Nul doute que certaines personnes pourront par certains côtés s’identifier à Zoé…La force de Pénélope Bagieu, c’est cela: montrer, représenter des situations quotidiennes qui pourraient être véçues par toutes les femmes, de façon à faire réfléchir et à dénoncer.

Au revoir là-haut -Pierre Lemaître et Christian De Metter

J’ai lu le superbe roman qui a obtenu le prix Goncourt, j’ai vu le film, je n’avais pas encore lu l’album et j’en ai eu tout de suite envie en le voyant à la médiathèque.

Présentation de l’album par les éditions Rue de Sèvres

1919. Au sortir de la guerre, la société française peine à ménager une place aux anciens poilus devenus encombrants, et les trafics les moins glorieux vont bon train. Albert Maillard, modeste comptable qui a sauvé la vie d’Édouard Péricourt, jeune fils de bonne famille, juste avant la fin des combats, tente de les faire vivre de retour à Paris. Édouard, défiguré, refuse de reprendre contact avec les siens et imagine une gigantesque arnaque à la nation pour tenter de se projeter dans une vie nouvelle, ailleurs.

Mon avis sur l’album

Le dessinateur Christian De Metter était face à un véritable défi: mettre en images un Prix Goncourt. Il l’a relevé avec brio avec cet album paru en août 2015 aux Editions Rue de Sèvres (c’est un gage de qualité).

Tout y est: les malheureux soldats envoyés au combat par le lieutenant Pradelle, Maillard découvrant ensuite qu’on leur a tiré dans le dos, Péricourt qui le sauve dans le trou d’obus où Pradelle l’a envoyé de peur d’être dénoncé. Les images permettent une meilleure représentation: en couleurs, Pradelle est encore on ne peut plus redoutable, cruellement effrayant…Défiguré, Edouard Péricourt ne veut pas se montrer ainsi et devient Eugène Larivière tandis qu’Albert Maillard évite de justesse le peleton d’exécution (Pradelle a affirmé qu’il avait cherché à déserter) et doit quitter l’armée. Pour survivre dans cette société d’après-guerre, les deux hommes devenus amis montent une escroquerie hors-norme, profitant du patriotisme et de l’engouement pour les hommages aux soldats morts et pour les sépultures.

Le coup de crayon est affirmé, le texte laisse place à l’image, il est aisé de se représenter l’action. Quand tout est sombre, les onomatopées rappellent la noirceur de la scène. Quand tout est colorisé, c’est la joie et les émotions des personnages qui triomphent…Christian de Metter, sobrement, laisse place aux émotions et actions de façon harmonieuse et équilibrée. Les planches se succèdent, on s’attache à ces personnages tout comme dans le roman, ils nous sont proches, on entre dans leur univers…Et Pradelle est d’autant plus un salaud.

Un bel album à ne pas rater!

Un printemps à Tchernobyl- Emmanuel Lepage

 » 26 avril 1986. À Tchernobyl, le coeur du réacteur de la centrale nucléaire commence à fondre. Un nuage chargé de radionucléides parcourt des milliers de kilomètres. Sans que personne ne le sache… et ne s’en protège. C’est la plus grande catastrophe nucléaire du XXe siècle. Qui fera des dizaines de milliers de victimes. À cette époque, Emmanuel Lepage a 19 ans. Il regarde et écoute, incrédule, les informations à la télévision. 22 ans plus tard, en avril 2008, il se rend à Tchernobyl pour rendre compte, par le texte et le dessin, de la vie des survivants et de leurs enfants sur des terres hautement contaminées. Quand il décide de partir là-bas, à la demande de l’association les Dessin’acteurs, Emmanuel a le sentiment de défier la mort. Quand il se retrouve dans le train qui le mène en Ukraine, où est située l’ancienne centrale, une question taraude son esprit : que suis-je venir faire ici ?  » (Editions Futuropolis) (album paru en octobre 2012)

Un album qui a obtenu de nombreux prix…

Finaliste du Grand Prix de la critique 2013

BD de l’année dans le palmarès du magazine Lire des 20 meilleurs livres de l’année

Sélection du Prix Tournesol 2013

Sélection du Prix FNAC de la BD 2013

Prix Diagonale-Le soir 2013 du Meilleur album

Prix Balzac Verkhovnia 2013

Prix Cezam Bretagne 2013 (Prix régional de la bande dessinée des comités d’entreprise

Prix littéraire des lycéens, apprentis et stagiaires de la formation professionnelle en Ile-de-France 2014

Prix du vent dans les BD 2014

Mon avis sur cet album

Parce qu’on est en novembre, en automne, j’ai eu envie brusquement de partager avec vous mon avis sur cet album qui évoque le printemps (c’est logique, non?). Sauf que bien sûr, le titre est « Un printemps à Tchernobyl » et vous aurez beau chercher: cela ne vous rappellera aucune saison.

Le dessinateur se demandera tout au long de son périple; que suis-je venu faire ici? Et dans son périple, il nous fera partager son questionnement sur son propre rapport au dessin, à l’art, sur sa capacité à dessiner, comme un besoin vital.

Par le dessin, il a choisi de véhiculer ses émotions, le tout en nous présentant les choses de façon documentée. Ce n’est pas seulement une bande dessinée, on ne mettrait pas ce livre dans les mains d’un enfant pour le divertir. Dans cet album, le texte et le dessin sont complémentaires. Le texte sert de support au dessin, il nous amène à comprendre les choses, l’ampleur de la catastrophe. Mais le texte ne dit pas tout. Et l’absence du texte parfois en dit tout aussi long que l’absence de couleur.

Merci, Monsieur Lepage, pour les belles pages illustrées! Merci pour ce noir et blanc si saisissant qui rend le paysage à jamais figé, qui offre à nos yeux 22 ans après des paysages toujours désolés, une nature toujours perdue dans les abîmes de la radioactivité. Et merci aussi pour ces splendides couleurs qui jaillissent soudainement au détour d’une page. Le printemps est là. La nature aussi par endroits a poussé envers et contre tout, reprenant ses droits les plus élémentaires.

Vous avez partagé votre étonnement pour les paysages post-apocalyptiques, immortalisés et dessinés tels qu’ils étaient au premier jour de la catastrophe. Et puis, sous votre crayon, la vie est tout de même apparue. Malgré les zones interdites, les gens sont revenus habiter là où ils étaient avant ou à d’autres endroits. Parce qu’ils n’avaient nulle part où aller, parce que c’était chez eux. Et cela aussi, vous l’avez décrit.

L’album dit la désolation d’un paysage à jamais marqué par les ravages du nucléaire. Il dit l’ampleur de la catastrophe. Il dit surtout le temps qui passe, lentement, un temps jamais figé malgré les apparences, grâce à la nature qui renaît, différemment certes, grâce aux habitants: l’entraide, la solidarité sont des valeurs fortes pour eux.

J’ai véritablement beaucoup aimé cet album qui retrace le parcours d’un illustrateur qui ne tombe jamais dans le pathos. On ne pleure pas dans les chaumières, ici. On pense au contraire au lien que l’Homme peut entretenir avec la nature.

Le plus +

Pour découvrir quelques planches, c’est ici

Chroniques de Jérusalem – Guy Delisle

Editions Delcourt – 16/11/2011

Ce matin, j’ai découvert sur le blog de Uska V. un billet consacré à une bande dessinée de Guy Delisle que je n’ai pas encore lue (pour lire, c’est ici: https://wordpress.com/read/feeds/80291525/posts/2465494735). En revanche, je me décide à partager avec vous mon avis sur l’album Chroniques de Jérusalem.Paru en 2011 aux éditions Delcourt, cet album de bande dessinée autobiographique (selon la terminologie de l’encyclopédie collaborative Wikipedia) a obtenu le Fauve d’Or-Prix du meilleur album du festival d’Angoulême en 2012.

Résumé

Guy Delisle et sa famille s’installent pour une année à Jérusalem. Mais pas évident de se repérer dans cette ville aux multiples visages, animée par les passions et les conflits depuis près de 4 000 ans. Au détour d’une ruelle, à la sortie d’un lieu saint, à la terrasse d’un café, le dessinateur laisse éclater des questions fondamentales et nous fait découvrir un Jérusalem comme on ne l’a jamais vu.

Mon avis de lecture

Autant le dire tout de suite, je ne serai pas très objective: j’ai adoré cet album! Un vrai coup de coeur! Une découverte de l’auteur, aussi!

J’ai lu le roman graphique non à sa parution mais quelques années après. Cela ne change rien, vous pouvez vous aussi foncer en librairie vous le procurer (pour découvrir quelques planches, je vous invite à consulter le site des éditions Delcourt: https://www.editions-delcourt.fr/serie/chroniques-de-jerusalem.html).

Ce roman est avant tout un carnet de voyages, la découverte d’une ville de personnes vivant auparavant en Occident mais habituées à voyager (en Birmanie si l’on prend pour exemple les Chroniques birmanes). Guy Delisle nous fait voyager dans de petites ruelles, dans les lieux saints (églises, mosquées et synagogues), dans les différents quartiers.

Mais au delà d’une minutieuse description de la ville qui donne envie de la visiter, Guy Delisle en fait également un reportage, s’intéressant à son histoire politique, religieuse, géopolitique. Il crayonne à longueur de journée et nous donne à voir une situation politique loin d’être simple qui impacte sur la vie quotidienne: les rapports sont codifiés entre les différentes religions mais les tensions sont nombreuses (on peut relever une montée des conditions sécuritaires).

Son objectif n’est pas de prendre parti et il utilise souvent l’humour pour représenter des situations qui paraissent ubuesques.

Des dessins simples, compréhensibles par tous pour un résultat sublime: cet album a tout à fait mérité son Prix! et tend à nous faire réfléchir sur la situation humanitaire mondiale.