Un milliard d’années dans les sectes de la Scientologie – Lucas Le Gall

Editions Le Cherche-Midi – 10/09/2020 – 256 pages

Il ne s’appelle pas Lucas et il a peur d’être un jour retrouvé…

Son témoignage, Un milliard d’années dans les sectes de la scientologie raconte son enrôlement, très jeune, dès ses 10 ans, au sein de la secte de La Scientologie. Il s’en échappera à sa majorité, après bien des brimades et des privations. Il a souhaité écrire ce livre pour que d’autres enfants ne connaissent pas le même sort que lui.

J’ai trouvé sa démarche d’écrire très courageuse: il explique très clairement l’embrigadement de ses parents, les méthodes de recrutement de la secte, ses rouages hiérarchiques, la personnalité des dirigeants. D’autres personnes ont dans d’autres livres raconté leur histoire. Mais là, le fait que tout cela concerne un enfant fait froid dans le dos. Le message de l’auteur est clairement: « attention, en France, des enfants sont chaque jour déscolarisés et victimes de mouvements sectaires, victimes de punitions, de privations (nourriture, soins médicaux) au nom d’idéologie et personne ne leur vient en aide ». Il dénonce l’inertie des adultes, les manques des services de protection de l’enfance et de toutes les personnes qui auraient pu le sortir de son enfer.

Qu’il s’en soit sorti est porteur d’espoir. Mais son témoignage résonne aussi comme un cri d’alerte, son livre a une portée encore actuelle: l’Eglise de la Scientologie tente d’ouvrir un grand centre aux portes de Paris.

Je conseille ce livre à tous ceux qui souhaitent en savoir plus sur les mouvements sectaires et aussi aux adolescents qui se posent des questions identitaires.

Merci aux éditions Le Cherche-Midi et à NetGalley pour la découverte.

En France – Florence Aubenas

Florence Aubenas est une journaliste française, grand reporter, qui a publié de nombreux essais comme Quai de Ouistreham en 2010. En France (2014) rassemble de multiples récits de vie et a obtenu le Prix d’académie 2015.

Editions de L’Olivier – 16/10/2014-240 pages

Mon avis de lecture

Florence Aubenas a sillonné la France entre 2012 et 2014, pour recueillir en tant que journaliste des chroniques sociales, des témoignages de gens vivant en France. « En campagne », « au camping », « une jeunesse française » sont les trois chapitres de son recueil. Ils racontent tous la même chose: comment les Français interrogés vivent et survivent, eux qui appartiennent au petit peuple, à la France d’en bas, toujours à compter le moindre sou.

De la pleine campagne où l’on se lève tôt pour aller gagner trois sous à la banlieue et les cités où des gamins de 15 ans font les guetteurs pour assurer le bissness des dealers, le rapport au travail ou à son absence est omniprésent. Emploi, Roms, mariage pour tous, vacances, politique et F, tout y est abordé. La parole est donnée à ceux qui n’ont presque rien et pourtant les jeunes le disent: leur père à l’usine a un CDI, eux font de l’intérim, du précaire. Conditions de travail dégradées, arrivée de l’étranger, du pain béni pour les partis extrêmistes. L’auteure explique tout ceci sans jugement et sans tomber dans le misérabilisme. La parole est aux « oubliés », témoins et acteurs d’une vie difficile et leur parole est autant de tranches de vie dans un système pour le moins très inégalitaire.

A lire.

Le guide décapant des parents imparfaits: l’éducation positive (tome 5) (Candice Kornberg-Angel, Eve Aboucaya, Camille Skrzynski)

A l’ère de la bienveillance (ceux qui enseignent chaque jour à des ados pas toujours tendres savent ce que ce mot peut avoir de dégoulinant), pourquoi ne pas se pencher sur l’éducation positive ? Je suis une mère imparfaite? Raison de plus!

C’est surtout la couverture de l’ouvrage qui a attiré mon attention :j’aime le jaune et plus sérieusement, en lisant le titre, je me suis dit: « pourquoi pas? ». J’avais déjà vu des ouvrages de la collection « Guide décapant des parents imparfaits » sans pour autant avoir envie de (re)plonger dans les affres de la parentalité…C’était le moment qui m’a fait choisir cet ouvrage.

J’ai donc lu attentivement. Pour rester générale, ce livre est un ouvrage qui se veut rempli de conseils, de préconisations pour expliquer comment aller vers l’éducation positive, comment la développer…en évitant en premier lieu de culpabiliser. Ce livre est apprentissage d’abord: apprentissage de la parentalité, apprentissage de la pensée positive, prise en compte des émotions des enfants, des parents aussi.

Précisons-le tout de suite: ce guide n’est en rien moralisateur et ce n’est pas non plus un concentré de jargon psychologique ou philosophique.

Tout parent au contraire a de quoi se raccrocher à son quotidien ou à ce qu’il a vécu, grâce aux nombreux exemples présentés. Il y a aussi des journées type (celle de la maman branchée « éducation positive »…de quoi bien te faire sentir que ta journée à toi, elle est moisie…ah non, c’est caricatural). Les listes d’astuces (par exemple: » 8 phrases à ne jamais prononcer quand votre enfant se plante »…et là, avant de lire, vous vous demandez si vous avez commis l’irréparable…). Les tests (de quoi vous faire sentir un parent pas si mauvais!). Les radio-trottoirs, c’est-à-dire les petites bêtises des enfants racontées par les parents,qui font sourire. Des commandements aussi, comme les 11 commandements du parent positif ( » de ton passé, tu apprendras »). Quelques tuyaux aussi pour éviter les cris (sympa, ça, on a tous crié un jour, même trop crié).

Quand et pourquoi lire ce livre?

Ce livre est, à mon avis, un des premiers qu’il faut lire sur le sujet avant de passer à des ouvrages d’Isabelle Filliozat, une psychothérapeute qui a écrit de nombreux ouvrages sur l’éducation, le rôle des parents, la relation parents-enfants (C’était pour citer une spécialiste, je pourrais vous conseiller d’autres auteurs)…Bref, ce livre se lit facilement, il est très visuel, les textes sont variés (tantôt des listes, tantôt des illustrations, tantôt des textes…).Il est rempli d’humour, cela permet aux parents de dédramatiser, de prendre du recul sur ce qu’ils pourraient vivre. Il se veut une note d’espoir aussi. Parce que penser positivement s’apprend. Parce que grâce aux préconisations de ce genre d’ouvrage, un parent peut grandir avec son enfant et en même temps que lui.

En camping-car – Ivan Jablonka

Editions du Seuil-04/01/2018-192 pages

« Le camping-car nous a emmenés au Portugal, en Grèce, au Maroc, à Tolède, à Venise. Il était pratique, génialement conçu. Il m’a appris à être libre, tout en restant fidèle aux chemins de l’exil. Par la suite, j’ai toujours gardé une tendresse pour les voyages de mon enfance, pour cette vie bringuebalante et émerveillée, sans horaires ni impératifs. La vie en camping-car. » (Ivan Jablonska)

Mon avis sur le roman

Je suis complètement passée à côté et me suis ennuyée à la lecture de ce roman paru en janvier 2018. Je suppose qu’au contraire, les personnes ayant vécu la même chose que l’auteur (passer des vacances en camping-car dans les années 80) ont trouvé plaisant de replonger dans les souvenirs.

Le roman a des atouts pourtant: bien raconté, il est le fruit d’une époque qui a de quoi rendre nostalgique. Il fait réfléchir au sens que l’on veut donner aux vacances, aussi.

Avec toutes mes sympathies – Olivia De Lamberterie

Editions Stock-22/08/2018-256 pages

Je n’ai qu’un an de retard, ce livre ayant été publié en août 2018. J’étais passée à côté, n’en ayant pas entendu parler…Il a par la suite obtenu le prix Renaudot de l’essai…

A ceux qui se disent: » je connais l’auteure, je connais l’auteure…mais qui est-elle? », en voici deux mots: elle est journaliste pour le magazine Elle (elle le mentionne plusieurs fois dans le livre) mais le grand public la connaît pour ses chroniques littéraires dans Telematin, sur France 2, aux côtés de William Lemergy (ah, ce n’est plus lui, c’est vrai, il est resté tellement longtemps dans le paysage audiovisuel…).

Olivia De Lamberterie (tel est son nom), critique littéraire, écrit ce récit autobiographique pour raconter Alexandre. Alexandre De Lamberterie, son frère.Le 14 octobre 2015, à Montréal, ce frère se suicide en se jetant du pont Jacques Cartier. Il laisse une femme, Florence, une fille adolescente, Juliette et une sœur donc, Olivia. Qui raconte sa vie à lui, à elle et la vie de ceux qui les entourent. Leur enfance. Leur adolescence. Classique, me direz-vous, lorsque on évoque des êtres disparus.

Oui mais il y a l’âge adulte aussi. Et le mal être d’Alexandre. La dysthymie sera diagnostiquée tardivement par les médecins. Il y avait eu des signes pourtant: une fugue des années auparavant mais l’amour de Florence, sa femme, l’avait aidé.

« Écris ton livre » a t-il dit à sa sœur qui lisait des livres écrits par d’autres. Elle a honoré sa promesse: le voici. Véritable plongée dans un monde où gaité et chagrin se côtoient, ce témoignage est un acte d’amour fraternel. On n’écrit pas si facilement le mal de vivre: Avec toutes mes sympathies (expression québécoise signifiant « mes condoléances ») est un roman qui, au contraire, est une ode à la vie. Un roman tout en émotion qui distille deçà delà des mots vibrants. A lire.