Un milliard d’années dans les sectes de la Scientologie – Lucas Le Gall

Editions Le Cherche-Midi – 10/09/2020 – 256 pages

Il ne s’appelle pas Lucas et il a peur d’être un jour retrouvé…

Son témoignage, Un milliard d’années dans les sectes de la scientologie raconte son enrôlement, très jeune, dès ses 10 ans, au sein de la secte de La Scientologie. Il s’en échappera à sa majorité, après bien des brimades et des privations. Il a souhaité écrire ce livre pour que d’autres enfants ne connaissent pas le même sort que lui.

J’ai trouvé sa démarche d’écrire très courageuse: il explique très clairement l’embrigadement de ses parents, les méthodes de recrutement de la secte, ses rouages hiérarchiques, la personnalité des dirigeants. D’autres personnes ont dans d’autres livres raconté leur histoire. Mais là, le fait que tout cela concerne un enfant fait froid dans le dos. Le message de l’auteur est clairement: « attention, en France, des enfants sont chaque jour déscolarisés et victimes de mouvements sectaires, victimes de punitions, de privations (nourriture, soins médicaux) au nom d’idéologie et personne ne leur vient en aide ». Il dénonce l’inertie des adultes, les manques des services de protection de l’enfance et de toutes les personnes qui auraient pu le sortir de son enfer.

Qu’il s’en soit sorti est porteur d’espoir. Mais son témoignage résonne aussi comme un cri d’alerte, son livre a une portée encore actuelle: l’Eglise de la Scientologie tente d’ouvrir un grand centre aux portes de Paris.

Je conseille ce livre à tous ceux qui souhaitent en savoir plus sur les mouvements sectaires et aussi aux adolescents qui se posent des questions identitaires.

Merci aux éditions Le Cherche-Midi et à NetGalley pour la découverte.

Ginette Kolinka, survivante du camp de Birkenau – Ginette Kolinka et Marion Ruggieri

Editions Rageot -23/09/2020-160 pages

Ce roman constitue un témoignage poignant de ce que fut la barbarie nazie dans les camps d’extermination. Il montre une jeunesse volée, une innocence perdue dans des conditions brutales. Ginette était une jeune fille de 19 ans choyée par sa famille quand elle fut arrêtée en 1944 avec son père, son jeune frère de 12 ans et son neveu de 14 ans. Elle les vit pour la dernière fois à la descente du train, conseillant à son frère et son frère de « monter dans les camions » pour être moins fatigués. Ce fut une douleur sans nom qui s’invita ensuite en elle et qui la hante encore aujourd’hui: elle ignorait alors que ces camions conduisaient aux chambres à gaz. Ce roman n’est pas seulement un ultime témoignage d’un rescapé de la Shoah, c’est aussi une leçon de transmission. Ginette Kolinka depuis les années 2000 va dans les établissements scolaires pour dire l’indicible. Pour que la jeune génération n’oublie pas qu’un jour elle et les siens furent arrêtés parce qu’ils étaient juifs. Pour que la jeune génération se souvienne. Elle évoque Birkenau telle qu’elle l’a connu à l’adolescence (en tant que camp d’extermination) et Birkenau après, le Birkenau où des guides racontent le passé aux visiteurs, où des survivants participent à ces récits. Elle évoque ses amies aussi, Marceline, Simone [Veil], compagnes précieuses dans l’enfer vécu. Elle fait jaillir devant nos yeux un monde que l’on ne peut imaginer; que seuls ceux qui ont survécu peuvent décrire. Elle sait pourtant combien le souvenir peut être perméable, elle ne se souvient parfois des choses que parce qu’on les lui a racontées ensuite. Son récit est complété par un dossier utile pour les jeunes: un compte-rendu de son entretien avec des collégiens lors d’une visite dans un établissement scolaire, des termes pour expliciter le vocabulaire employé alors, des plans des camps aussi; tout un appareil didactique qui peut également être utile aux enseignants. L’ensemble constitue un témoignage fort, utile, de la part d’une dame âgée qui sait que ses années sont comptées mais qui trouve malgré tout la force de raconter. Pour éloigner la haine et faire perdurer le devoir de mémoire et le besoin de transmission.

Roman pour la jeunesse dès 13 ans.

Merci aux éditions Rageot et à NetGalley pour la découverte.

Une femme en contre-jour -Gaëlle Josse

Editions Noir sur blanc-07/03/2019-160 pages

« Raconter Vivian Maier, c’est raconter la vie d’une invisible, d’une effacée. Une nurse, une bonne d’enfants.

Une photographe de génie qui n’a pas vu la plupart de ses propres photos.

Une Américaine d’origine française, arpenteuse inlassable des rues de New York et de Chicago, nostalgique de ses années d’enfance heureuse dans la verte vallée des Hautes-Alpes où elle a rêvé de s’ancrer et de trouver une famille.

Son œuvre, pleine d’humanité et d’attention envers les démunis, les perdants du rêve américain, a été retrouvée par hasard – une histoire digne des meilleurs romans – dans des cartons oubliés au fond d’un garde-meuble de la banlieue de Chicago.

Vivian Maier venait alors de décéder, à quatre-vingt-trois ans, dans le plus grand anonymat. Elle n’aura pas connu la célébrité, ni l’engouement planétaire qui accompagne aujourd’hui son travail d’artiste.

Une vie de solitude, de pauvreté, de lourds secrets familiaux et d’épreuves ; une personnalité complexe et parfois déroutante, un destin qui s’écrit entre la France et l’Amérique.

L’histoire d’une femme libre, d’une perdante magnifique, qui a choisi de vivre les yeux grands ouverts.

Je vais vous dire cette vie-là, et aussi tout ce qui me relie à elle, dans une troublante correspondance ressentie avec mon travail d’écrivain. » G.J.

Mon avis de lecture

Ce roman est une biographie romancée réussie. Gaëlle Josse se livre à un exercice périlleux: mettre en mots le destin d’une personne dont on sait peu de choses, au talent non révélé. Elle passe l’épreuve avec succès: Vivian Maier prend peu à peu vie sous nos yeux, ancrée dans une histoire familiale douloureuse, pleine d’ombre, habitée par un art qu’elle sublime. A travers cet art, on la découvre autre, captant des visages, des expressions, une réalité loin d’être édulcorée…

Gaëlle Josse progresse dans le parcours de son personnage en interrogeant le rapport au monde, à la célébrité, à la solitude. Elle interroge son métier d’écrivain, avec la lancinante question: comment écrire sur une femme qui ne se donne pas à voir, qui n’a pas laissé grand-chose d’elle, hormis des photos?

Mon avis final est mitigé:j’ai aimé la démarche autour de l’écriture, le fait d’ancrer Vivian Maier dans son histoire familiale parmi d’autres femmes. Mais la lecture m’a semblé rempli de creux, mon imaginaire n’a pu être comblé totalement. Dommage!

Mémoire de fille – Annie Ernaux

Editions Gallimard-01/04/2016-160 pages

Résumé de l’histoire

En 1958, Annie à presque 18 ans n’a presque jamais voyagé. Elle va quitter l’épicerie normande familiale le temps d’un été pour être monitrice dans une colonie, dans l’Orne. Elle va découvrir les garçons et vivre sa première fois. Cette expérience va avoir un impact sur son corps et son psychisme deux ans durant. Par un aller-retour entre passé et présent, grâce à des lettres envoyées à des amies et des photos, elle se souvient de tout cela et en arrive à nous montrer ce qu’elle pense être la jeune fille d’alors…Quelle introspection va t-elle faire? Quelles traces va t-elle nous laisser de cette expérience de vie?

Mon avis sur ce roman

Annie Ernaux n’a pas son pareil pour nous plonger dans le côté introspectif de ses personnages, à travers une vision sociologique: le personnage au coeur d’un groupe.

Elle met d’abord à distance son personnage et le nomme tantôt « Annie D. », tantôt « elle », tantôt « la fille » pour le mettre à distance et prendre davantage de recul sur les événements. Il lui aura d’ailleurs fallu des années avant d’écrire sur sa perte de virginité car dans les années 1950 où cela pouvait signifier être fille-mère, se marier sans amour, avorter clandestinement, abandonner l’enfant, avoir une réputation de « putain sur les bords », déshonorer sa famille, devenir une laisser-pour-compte dont aucun homme ne veut plus…tant de choses dont une femme se passerait bien souvent volontiers.

On a l’impression qu’Annie D n’a pas tellement eu le choix, que le moniteur a jeté son dévolu sur elle, qu’elle en est tombée amoureuse et qu’elle en vit les affres ensuite. J’ai beaucoup aimé le cheminement intérieur du personnage, Annie Ernaux trouve les mots justes pour faire revivre à cette jeune fille les événements, l’alternance entre passé et présent matérialise le moment présent, donne de la consistance aux choses. Cela sublime le personnage qui n’est ainsi pas du tout réduit à une fille facile ni à une victime, comme le laisserait croire l’événement tel qu’il eut lieu: une relation brutale voulue par un garçon qui ne voulait pas autre chose qu’une seule fois, qu’une passade puisque très vite, il se détourne d’elle, voire s’en moque.

Le fait de ne pas seulement parler de la colonie permet de mesurer les conséquences de la perte de virginité. On se rend compte à quel point le corps prend une place énorme dans cette narration, le corps détraqué: la boulimie, le mal-être, l’aménorrhée suivent…Toute la société des années 50-60 s’étale alors sous nos yeux avec le silence des mères, l’inconséquence des petits-amis, le m’as-tu-vu qu’il faut avoir auprès des copines: tant d’apparences et de faux semblants qui rendent les choses plus difficiles pour la jeune fille de l’époque, pétrie de honte, finalement. Le traumatisme est dès lors bien écrit, bien analysé. Annie Ernaux nous livre une tranche de vie qui a une place dans son oeuvre, qui pour elle, prend sens dans son œuvre et je dirais que ce roman est à voir ainsi: l’analyse d’un événement de jeunesse qui donne une place à la femme dans des années durant lesquelles il n’était pas si facile d’évoquer sa sexualité et l’impact de celle-ci…

Mémoires – Beate et Serge Klarsfeld

Editions Flammarion- 25/03/2015 -688pages

Un homme. Une femme. Deux nationalités: l’un juif français né en Roumain ayant perdu son père dans le camp d’extermination d’Auschwitz, l’autre allemande. Dès leur rencontre en 1960, ils pressentent que leur destin sera d’être à deux.

Ils sont engagés dans diverses causes et militent ensemble durant de nombreuses années. Ils finissent par être surnommés « les chasseurs de nazis ».

Ces pages relatent leur vie, basée sur un combat. Ils vont de l’avant, toujours, leurs cultures et leurs aisances intellectuelles sont leurs armes. On ne peut qu’admirer leur ténacité, leur persévérance, leur amour aussi, leur union même face aux difficultés et à l’adversité.

Lire leurs mémoires est passionnant, cela permet d’en apprendre un rayon sur l’Histoire du XXème siècle.

Le consentement – Vanessa Springora

Editions Grasset – 02/01/2020-216 pages

Un peu avant sa sortie et même beaucoup après sa sortie, en janvier 2020, ce livre a beaucoup fait parlé de lui. Pour ceux qui n’auraient pas suivi l’actualité littéraire, voici la présentation de l’éditeur:

« Au milieu des années 80, élevée par une mère divorcée, V. comble par la lecture le vide laissé par un père aux abonnés absents. À treize ans, dans un dîner, elle rencontre G., un écrivain dont elle ignore la réputation sulfureuse. Dès le premier regard, elle est happée par le charisme de cet homme de cinquante ans aux faux airs de bonze, par ses œillades énamourées et l’attention qu’il lui porte. Plus tard, elle reçoit une lettre où il lui déclare son besoin « impérieux » de la revoir. Omniprésent, passionné, G. parvient à la rassurer : il l’aime et ne lui fera aucun mal. Alors qu’elle vient d’avoir quatorze ans, V. s’offre à lui corps et âme. Les menaces de la brigade des mineurs renforcent cette idylle dangereusement romanesque. Mais la désillusion est terrible quand V. comprend que G. collectionne depuis toujours les amours avec des adolescentes, et pratique le tourisme sexuel dans des pays où les mineurs sont vulnérables. Derrière les apparences flatteuses de l’homme de lettres, se cache un prédateur, couvert par une partie du milieu littéraire. V. tente de s’arracher à l’emprise qu’il exerce sur elle, tandis qu’il s’apprête à raconter leur histoire dans un roman. Après leur rupture, le calvaire continue, car l’écrivain ne cesse de réactiver la souffrance de V. à coup de publications et de harcèlement.
« Depuis tant d’années, mes rêves sont peuplés de meurtres et de vengeance. Jusqu’au jour où la solution se présente enfin, là, sous mes yeux, comme une évidence : prendre le chasseur à son propre piège, l’enfermer dans un livre », écrit-elle en préambule de ce récit libérateur.

Plus de trente ans après les faits, Vanessa Springora livre ce texte fulgurant, d’une sidérante lucidité, écrit dans une langue remarquable. Elle y dépeint un processus de manipulation psychique implacable et l’ambiguïté effrayante dans laquelle est placée la victime consentante, amoureuse. Mais au-delà de son histoire individuelle, elle questionne aussi les dérives d’une époque, et la complaisance d’un milieu aveuglé par le talent et la célébrité. »

Pour ceux qui n’ont pas suivi l’actualité people, voici trois mots qui vous éclaireront: l’affaire Gabriel Matzneff.

On -les médias- a dit beaucoup au sujet de l’affaire. Au sujet du livre aussi. Et de l’écrivaine. Et de l’écrivain dont il est question.

J’ai hésité avant de lire ce livre: aucune envie d’entrer dans le voyeurisme. Le people. Et la curiosité l’a emporté. Lire ce livre aujourd’hui, après avoir eu connaissance de tout le battage médiatique ayant eu lieu dessus n’a plus la même portée. Je ne peux bien sûr que déplorer que la société des années 1980 n’ait pas su protéger mieux ses enfants. Mais ce serait réducteur de ce qu’est le roman et de ce qu’était la société à l’époque.

Ce que je retiendrai de ce roman, c’est avant tout le cheminement parcouru par Vanessa. Chacun des mots est choisi, pesé, en fonction des expériences vécues. La prise de recul est énorme, il lui a fallu du temps pour se détacher de son vécu pour le retranscrire ainsi.

Ce que je retiendrai aussi, bien évidemment, c’est cette notion de transmission de son histoire en tant que geste libératoire pour elle mais aussi geste de prévention pour toutes les autres adolescentes. Celles qui un jour pourraient tomber sur un tel homme. Souhaitons comme elle que de telles choses ne se reproduisent pas, que les adolescentes puissent en être informées, que des adultes puissent les protéger au nom des lois existantes. Répétons aux jeunes que le consentement n’est pas une chose à prendre à la légère.

Les os des filles – Line Papin

Line Papin est une jeune femme née en 1995, fille d’un couple franco-vietnamien. Les os des filles paru aux éditions Stock en 2019 est son troisième roman.

Editions Le livre de Poche – 02/01/2020-184 pages

Résumé du livre

Née d’un père français et d’une mère vietnamienne, Line, la narratrice, est une enfant heureuse qui vit à Hanoi entourée par ses parents, son frère, ses grands-parents, sa nounou, ses tantes. Elle a donc plusieurs mamans et mène une vie insouciante jusqu’à ses 10 ans, lorsque ses parents décident de partir vivre en France. Line se retrouve déracinée, tant culturellement qu’effectivement. Elle sombre peu à peu dans l’anorexie.

Quelques années plus tard, on la retrouve à 23 ans, à l’aéroport, en partance pour Hanoi.Elle a déjà fait un retour à 17 ans, elle s’est rendue compte qu’elle était à la fois française et vietnamienne. Elle tentera de réconcilier passé et présent en racontant l’histoire des femmes de sa famille: sa mère et ses soeurs, toutes parties adultes dans d’autres pays, et Ba, sa grand-mère, née peu après la Seconde guerre mondiale dans un petit village. Toutes ont connu les guerres, la famine, la pauvreté.

Mon avis sur le roman

Un très beau roman autobiographique qui met en exergue des moments heureux vécus par la narratrice et des moments beaucoup moins heureux comme l’exil ou la maladie.

Line Papin déroule l’histoire familiale en évoquant l’Histoire, les guerres notamment ou l’embargo et la modernisation du Vietnam dans les années 1990. D’une écriture délicate et poétique, elle pose les jalons d’une identité difficile, due au déracinement, à l’exil. Alternant entre le « je » et la troisième personne « la petite fille » pour parler d’elle, elle met également sa famille à distance: son père est « le jeune français », sa mère est « une des soeurs H ». Manière pour elle de prendre du recul, de s’extérioriser d’une histoire qu’elle connaît mais qu’elle n’a pas vécue. Les os des filles l’accompagnent, peut-être ceux de sa grand-mère, peut-être ceux de toutes les femmes du Vietnam. La coutume étant de mettre dans un coffret ce qu’il reste des corps, c’est-à-dire les os. Seuls restent ensuite les sentiments des os. C’est ainsi que commence son histoire: de façon détournée, pour raconter aussi son rapport au corps, à la maladie.

Outre cette écriture, j’ai beaucoup aimé lire cette histoire familiale, faite d’exil et de retour. Elle est d’ailleurs empreinte de notes d’espoir qui laissent présager un retour au Vietnam possible et un renouveau envisageable. A lire, que l’on soit en quête identitaire ou pas!

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Arrête avec tes mensonges- Philippe Besson

Philippe Besson est un écrivain français né en 1967 publie en 2001 le roman En l’absence des hommes qui reçoit plusieurs prix. Arrête avec tes mensonges a obtenu plusieurs prix: Prix Psychologies du roman inspirant (2017), Prix Maison de la Presse (2017), Finaliste du Prix Bla Jean-Marc Roberts (2017).

Editions Julliard-05/01/2017- 198 pages

Résumé du livre

A Bordeaux en 2007, Philippe, écrivain est en train d’accorder un entretien à une journaliste sur son dernier livre lorsque il aperçoit une silhouette familière. Même s’il sait que cela ne peut pas être lui, il crie son prénom: « Thomas ». Le jeune homme se retourne, Thomas est son père.

En 1984, Philippe est un élève de Terminale C, dans un lycée de Barbezieux. Timide, gauche, ses excellents résultats lui attirent autant de sympathie que d’antipathie. On trouve souvent qu’il a des gestes de « fille ». Il remarque dans la cour un garçon d’une autre classe, Thomas, qu’il va observer à la dérobée. Entre eux va naître une histoire d’amour secrète: c’est une première expérience sexuelle pour Philippe mais pour Thomas qui n’avouera jamais son homosexualité, la relation ne peut pas durer…

Mon avis sur le roman

Par l’écriture de ce roman, Philippe Besson a voulu rendre hommage à l’amour de ses 17 ans: Thomas Andrieu. Dans plusieurs de ses romans, il a parlé de lui-même, de ses amis, de son entourage. Ici, il raconte un amour vécu dans les années 1980, à une époque où le Sida commence à faire des ravages, où avouer son homosexualité équivalait à être rejeté par sa famille. Thomas, en pleine jeunesse, ne pourra accepter cela. Cela le conduira à fuir l’auteur, pour fuir ce qu’il est, pour finir par épouser une jeune fille tombée enceinte de lui…Philippe Besson commencera son oeuvre romanesque en taisant cette histoire douloureuse, en y insérant des traces (Thomas sera le prénom d’un personnage…). Cette mise à nu le conduit à respecter ce que disait sa mère: « Arrête avec tes mensonges ».

Une oeuvre sincère donc. A découvrir.

Le ghetto intérieur – Santiago H.Amigorena

Editions P.O.L – Août 2019-192 pages

Résumé du livre

En 1928, Vicente Rosenberg quitte Varsovie et la Pologne pour Bueños Aires et y laisse son frère, sa soeur et sa mère, pas mécontent de s’éloigner du giron familial.Il s’amuse avec ses amis, discute pendant des heures avec eux au café, rencontre Rosita, l’épouse, devient père de trois enfants et tient un magasin de meubles sans faire trop d’efforts. Son exil est une réussite sociale pour lui qui n’a jamais réussi à être accepté par les Polonais qui le considèrent comme Juif.

Lui ne se préoccupe nullement de sa judėitė, oublie le yiddish, apprend l’espagnol et s’il propose à sa mère de le rejoindre, il est soulagé de son refus, ne se voyant pas vivre avec elle.

1940. Les années passent, les conversations au café tournent souvent autour de ce qu’il se passe en Europe. Vicente répondait peu aux lettres de sa mère, qui le déplorait par ailleurs mais il comprend peu à peu, les lettres se raréfiant que sa mère ne s’en sortira peut-être pas. Elle sera enfermée dans le ghetto de Varsovie, souffrira du froid, de la faim et mourra déportée à Treblinka.

Vicente se sentira coupable, de ne pas être là-bas, de ne pas partager le destin des siens, de ne pas avoir insisté pour que sa mère vienne, de ne rien pouvoir dire à sa femme à qui il n’a que peu raconter son passé…Alors il s’enfermera progressivement dans un silence profond -son ghetto intérieur- et se désintéressera de sa femme et ses enfants.

Des années plus tard, Santiago, l’auteur, qui n’a que peu connu son grand-père, mort lorsqu’il avait sept ans, part sur les traces de cet homme mystérieux, Vicente…

Mon avis sur le livre

L’auteur, Santiago H.Amigorena, né en 1962 de parents psychanalystes, a vécu en Argentine et en Uruguay avant d’arriver en France, en 1973. En 1998, paraît Une enfance laconique, premier roman de son projet littéraire qui consiste en « l’élaboration d’une autobiographie qui se confondrait avec ses œuvres complètes, la création d’un texte monstre qui finirait par recouvrir sa vie. Et qui, en épuisant le matériau autobiographique, tarirait le besoin d’écrire, c’est-à-dire de se mettre à distance, en retrait de l’existence. » (Wikipédia).

Le ghetto intérieur est le sixième roman de ce projet et est consacré à l’année 1943. Ce roman est original en ce qu’il fait percevoir les événements tragiques à distance: par des lettres de la mère qui est au cœur de ces événements, par le point de vue de Vicente et aussi par le point de vue argentin. On mesure à quel point il était inconcevable de percevoir l’horreur, pour le monde extérieur, pour l’étranger. Les informations sont d’ailleurs confuses, incomplètes, partielles. On préfère alors ne pas savoir, ne pas en parler. J’ai beaucoup aimé cette mise à distance, participant pleinement pourtant au devoir de mémoire et au devoir de transmission face à la Shoah.

Santiago H.Amigorena invite le lecteur à se confronter avec les termes à choisir: génocide, extermination, Holocauste ou Shoah, selon les pays, les points de vue, quel terme retenir? Comment nommer l’innommable? Comment dire l’indicible? Vicente se retrouvera enfermé dans cette interrogation, prisonnier de l’intérieur. Parce qu’il ne peut pas dire. Parce qu’il ne peut pas nier une existence antérieure, basée sur ce qu’on pourrait nommer la culture juive (au même titre qu’une culture allemande, européenne), basée sur tout ce qui fait le terreau de son enfance. Il ne peut pas ne pas se rappeler et pourtant, avec la mort de sa mère, il ne peut que se trouver confronté à la disparition de tout cela. Ce n’est pas seulement personnel, ce n’est pas qu’une question identitaire, une appartenance à une famille qui lui est retirée, c’est l’anéantissement total d’un peuple, entraînant son possible anéantissement à lui.

Les thèmes de l’exil qui devient salut et de la culpabilité d’avoir échappé à l’extermination en fait une œuvre puissante, tout autant que celle de Primo Levi, Jorge Semprun ou d’autres écrivains passeurs de mémoire qui ont cru en la valeur du témoignage. L’auteur nous plonge autant dans l’Argentine des années 40, luxurieuse et éloignée des préoccupations de l’Europe, vivier salutaire des nazis pourchassées que dans la Pologne des années 40, une Pologne anéantie, détruite, antisémite et dévastée, sous le joug nazi. Il nous offre à la fois un témoignage historique qu’un pan de son histoire familiale et c’est cette livrée intimiste qu’il faut saluer. C’est ce qui fait « la patte » de Santiago H.Amigorena et caractérise son oeuvre romanesque.

Un livre qui était en lice pour le Prix Goncourt qui mérite d’être lu, relu, partagé et communiqué autour de soi.

La charrette bleue – René Barjavel -#Reading Challenge Classics 2020

René Barjavel, né en 1911 à Nyons, raconte dans ce roman autobiographique son enfance dans la boulangerie de ses parents jusqu’à son entrée au collège à Cusset. son père, de retour de la Grande Guerre, fait de nouveau « le meilleur pain du monde ». La mère est là, elle aide à la boutique. Elle est la mère protectrice pour René avant de tomber malade et de mourir à 41 ans.

L’auteur évoque aussi ses grands-parents paysans et la vie dans ce village de la Drôme provençale, au temps où l’outil et la main de l’homme priment. Ainsi, il n’est pas rare que la fabrication d’une charrette soit une « attraction » pour les enfants, regroupés autour de l’artisan maître d’oeuvre.

A lire parce que c’est plein de tendresse!

Et j’invite ceux/celles qui le souhaitent à participer au Reading Classics Challenge 2020!

Le neveu d’Amérique – Luis Sepúlveda

Editions Le Métailié-01/01/1996-180 pages

Résumé du livre

Luis, enfant, a promis à son grand-père, exilé au Chili de se rendre un jour à Martos, une ville d’Andalousie, en Espagne.

Il ne pourra honorer sa promesse que bien des années plus tard, son parcours d’adulte étant jalonné de prime abord de multiples embûches.

Communiste sous la dictature de Pinochet, il reçoit ainsi « un billet pour nulle part », c’est-à dire en prison. Il passera deux ans dans la prison de Temuco et sera libéré grâce à l’intervention d’Amnesty international en 1977.

Contraint à l’exil, il parcourra ensuite l’Amérique du Sud, ses notes attestant de son passage en Equateur, Patagonie, Bolivie, Argentine ou encore Brésil. Ses pérégrinations le conduisent à côtoyer de fantasques personnes et à entendre des récits insolites.

Mon avis sur le livre

J’ai beaucoup aimé ce roman dès le premier chapitre pour toutes les petites anecdotes qui donnent du « piquant » au récit. Les premières lignes sur la relation entre le grand-père et le petit-fils sont pleines d’humour: on imagine un curé furieux se battant avec le grand-père car le petit-fils vient (à la demande de celui-ci) de faire pipi sur le porche d’une église…

Luis Sepúlveda manie la plume avec beau coup de douceur et de verve pour décrire les rencontres et leur importance aussi. Il n’a pas son pareil pour faire émerger l’humain chez ses compagnons de route, chez ceux qu’il croise. La dictature et ses conséquences y sont présentes dans tous les pays et pourtant, chacune des personnes rencontrées n’est éprise que de liberté…

Un roman qui tout en décrivant les travers de régimes dictatoriaux donne beaucoup d’espoir…A lire!

La part du fils – Jean-Luc Coatalem

Editions Stock-21/08/2019-272 pages

Résumé du livre

Paol, ex officier colonial,a été arrêté par la Gestapo un jour de septembre 1943. Né en 1894, marié à Jeanne, père de 3 enfants, Luce, Ronan et Pierre, originaire de Bretagne, cet homme connaitra la prison de Brest, incarcéré avec d’autres « terroristes » (le motif de son arrestation est inconnu) avant d’être déporté vers les camps nazis.Nul ne l’a revu et le silence pèsera longtemps dans la famille.

Des années après, un de ses petits-fils, le fils de Pierre, aura envie de partir à la recherche de ce grand-père inconnu. Il ira sur ses traces, interrogeant les gens qui l’ont connu, allant dans les endroits qu’il a fréquentés, fouillant les archives…

Et ce malgré son père, Pierre, peu désireux de le voir effectuer des recherches …

Mon avis sur le roman

Une quête tant identitaire que familiale: l’auteur cherche à en savoir plus sur son grand-père tant pour savoir à qui il ressemble que pour se situer dans son histoire familiale. Le narrateur/l’auteur cherche aussi à savoir qui est Pierre, son taiseux de père. Remuer le passé n’est pas sans risque: le narrateur sera entraîné dans des fausses pistes et comprendra aussi que certaines personnes préfèrent les non-dits (les souvenirs de guerre peuvent être douloureux). Son père a donc choisi de se taire.

La quête familiale n’en est que plus intéressante: le narrateur doit-il aller contre le choix du père qui souhaite le voir abandonner? Il choisira de persévérer, malgré la douleur du père.

Ce roman est un formidable partage: le narrateur fait partager au lecteur ses tâtonnements, ses hésitations, ses découvertes (on ressent l’émotion), son ressenti aussi. Qu’importe finalement que le puzzle reste à jamais incomplet, ce qui compte, c’est le cheminement.

A travers la quête de ses racines, le narrateur comprend qu’il aura beau parcourir tous les endroits où est passé son grand-père, il manquera toujours des éléments. C’est par l’écriture que l’écrivain réussira finalement à dresser un superbe portrait de ce grand-père et à faire grandir le narrateur: d’une quête, il passera à un cheminement et cela lui apportera une meilleure connaissance de son père…

A découvrir parce que l’histoire familiale est si fortement imbriquée dans l’Histoire et que c’est cette histoire collective qui réunit les hommes et en apporte une meilleure compréhension…

Ma mère du Nord- Jean-Louis Fournier

Editions Stock – 30/09/2015-198 pages

L’écrivain Jean-Louis Fournier ressent le besoin de consacrer un ouvrage à sa mère, après avoir écrit déjà sur son père, ses enfants, la femme avec qui il a vécu et sa fille. Alors il a écrit « Ma mère du Nord » et revient sur l’histoire de sa mère. D’abord son enfance, avec la description de quelques photos. On en apprend déjà beaucoup d’ailleurs sur la photo de couverture, en noir et blanc: on y distingue une femme dans les vagues, vêtue de blanc, qui porte une ceinture. Elle semble distinguée et réservée.

Après une enfance qui n’a pas l’air folichonne, elle entre ses parents, fille unique, les études: elle est étudiante en lettres modernes à la Catho, institut catholique de Lille et obtient une licence. Elle a un fiancé mais rencontre un jeune médecin dont elle tombe amoureuse. Elle l’épouse et ils fondent une famille. Un tableau idyllique, croit-elle.

Jean-Louis Fournier considère sa mère comme une sorte de « Mère courage ». Dans ses dernières volontés, elle écrit « Dans ses dernières volontés, elle a écrit un petit mot pour ses enfants : « je veux vous dire en vous quittant que vous avez été l’essentiel de ma vie et que les joies ont dominé les peines ». On voit là toute la pudeur de cette femme. Toute la pudeur de l’écrivain aussi qui a écrit ce roman tardivement, parce que sa mère lui manque et qu’il n’a pas su lui avouer son amour de son vivant.

Cet ouvrage contient beaucoup d’amour, de tendresse, de pudeur et de courage aussi. Il en fallait à cette mère qui supportait le côté « grenouille de bénitier » et le joug de sa propre mère sous son toit. Et surtout et aussi le fait d’avoir un mari alcoolique. Médecin brillant et compétent mais alcoolique. Au début, la mère, l’épouse ne savait pas ce qu’avait son mari, elle s’inquiétait: une amie lui a dit, lui a expliqué ce qu’était l’alcoolisme. On voit là toute la naïveté dont a pu faire preuve la mère.

Un mari pas bien vaillant…et elle qui fait preuve d’exemplarité dans son rôle de mère: elle emmène les enfants dans les musées, au cinéma et aussi en vacances. Le père, ils ne le voient pas dans ces moments-là.

Prenant pour titre des bulletins météo marine, pour refléter l’humeur du moment aussi, Jean-Louis Fournier partage avec ses lecteurs un témoignage intime, personnel, avec beaucoup de douceur, de sincérité et de poésie. Et les paroles rapportées des petits-enfants prouvent que la grand-mère est aussi dans tous les coeurs, qu’elle est une pièce maîtresse de la famille.

A lire si vous aimez les chroniques familiales.

Dix-sept ans -Eric Fottorino

Editions Gallimard- 16/08/2018-272 pages

Résumé du roman

Lors d’un banal dîner de famille où les fils sont sommés de rester seuls avec elle (sans femme et enfants), une mère révèle un secret: elle a donné naissance puis abandonné aussitôt une petite fille bien des années plus tôt.

Et voilà Eric qui part soudainement en quête de cette mère, Lina, qui l’a mis au monde à 17ans. Fille-mère dans les années 60, c’était trop pour sa propre mère, d’où l’abandon du 2ème enfant.

De Bordeaux à Nice en passant par La Rochelle et la Normandie, l’auteur part à la recherche d’informations sur son identité, tentant de retracer le parcours d’une adolescente de 17 ans, prise dans l’étau d’une société autoritaire où il ne fait pas bon déroger aux règles. Que va t-il donc apprendre sur lui-même?

Mon avis sur le roman

Ce roman est beau de douleur. Une douleur silencieuse, car les mots ne coulent pas. A la place, il y a les allers et venues, les interrogations, les hypothèses. Un fils qui cherche sa mère, pas sa mère vieillissante, sa mère jeune. On se sent en empathie avec cette adolescente de 17 ans, perdue, sous la coupe d’une mère dominante. On se sent révolté contre l’Eglise et ses abus. On se demande comme l’auteur, ce qui peut bien être advenu de cette petite soeur à jamais disparue…

Eric Fottorino utilise des mots simples pour décrire l’attente, la quête des origines, aussi douloureuse soit-elle. Je ne connaissais pas cet auteur, il semble dans d’autres romans écrire sur ses deux pères, Moshé de Fès et Michel Signorelli de Tunis. Il livre ici un très beau portrait de sa mère et montre à quel point les relations familiales sont fragiles, les secrets tenaces et que les non-dits peuvent rester non-dits…Une lecture agréable!

Rien n’est noir – Claire Berest

Editions Stock-21/08/2019-250 pages

Frida Kahlo et Diego Rivera. Une histoire d’amour passionnel au Mexique, des années 1920 aux années 1950. Tel pourrait être le résumé succinct du roman « Rien n’est noir » paru aux Editions Stock en août 2019.

L’auteure, Claire Berest

Claire Berest, née en 1982, est une écrivaine qui fut d’abord professeure pendant quelques années en zone d’éducation prioritaire. Cette expérience lui inspira l’essai La lutte des classes, pourquoi j’ai démissionné de l’Education Nationale en 2012. Elle écrivit aussi trois romans: Mikado en 2011, L’orchestre vide en 2012 et Bellevue en 2016. Le roman Gabriële, écrit avec sa soeur Anne Berest, rencontra le succès.

Mon avis sur le livre

Un camaïeu de couleurs superbe. Claire Berest nous embarque dans cette histoire remplie de passion en peignant chaque chapitre de vie, chaque instant à l’aide d’une couleur. Tout commence en 1928, à Mexico,quand Frida et Diego se rencontrent, se parlent et se découvrent en tant qu’amants: le bleu domine. La description de l’accident entre un bus et un tramway dont fut victime Frida? Bleu acier. Parce qu’un morceau de fer lui a traversé le corps. Ajoutons à cela la polio qui l’a frappée à six ans, lui donnant le surnom de « Frida jambe-de-bois ».

Ce roman, c’est le parcours de Frida. L’accident, donc, en bleu. Puis l’abandon du fiancé avec elle lors de l’accident. Et la rencontre avec Diego Rivera, bleu safre.Une injonction de Frida sur son travail. Sur un de ses tableaux. A l’hôpital, elle a peint: « elle peint sans raison, sans décision, sans ambition, elle ne sait pas pourquoi elle peint et ne se pose pas la question. Ça la soulage. Elle peint parce qu’elle est attachée à ce lit, qu’elle a toujours aimé tenir un crayon, parce qu’elle ne peut plus baiser les charmants garçons, parce qu’Alejandro a abandonné sa novia, et qu’il ne faut pas mourir tout de suite mais un peu plus tard. Tant qu’à faire » (bleu ardoise)

Puis vient le rouge et le séjour aux Etats-Unis de 1930 à 1932.Frida et Diego se sont mariés. Et le rouge est une fête remplie de mondanités. Et de peinture, toujours. Il est aussi question d’enfants, de ceux que n’arrive pas à porter Frida. La voilà qui dit à Diego: «  Tu sais pourquoi je pleure? Parce que j’ai été victime de deux horribles accidents dans ma vie, Diego, le premier, c’est le tramway. L’autre, c’est quand je t’ai rencontré. »

Les années passent. Période jaune: Mexico-New York- Paris, entre 1933 et 1940. « Le problème, c’est que Diego veut être aimé du monde entier et du siècle. – Et toi, Frida? – Moi, je veux être aimée de Diego Rivera ». ( jaune réséda). Les problèmes de couple jaillissent. Diego a une liaison avec Cristina, la soeur de Frida. Frida découvre l’amour avec les femmes. Et elle peint, toujours. Et elle expose aussi, aux Etats-Unis. Il peint toujours. Ils divorcent. Puis se remarient ensuite.

Et puis, c’est Mexico, en 1954. Et c’est le noir d’Ivoire, un noir pur. Frida n’est plus. Diego pense, trop solennel, conscient de lui, déplacé. – Je vois pour la dernière fois tes yeux, Kahlo, poison de ma vie. Avant, il y a eu le gris et la première exposition des tableaux de Frida au Mexique. Proposition d’une amie du couple, Lola Alvarez Bravo. Ce fut un succès, une fête.

Ce roman, ce sont tous les petits instants animés d’un couple ravagé par la passion commune de la peinture. Leur vie fut peinture. Tango pictural. Leur passion amoureuse fut la leur.

Claire Berest raconte en toute sobriété, son récit est plein de couleur, Frida est un personnage de roman magnifique. Elle utilise l’art pour sublimer sa douleur, pour sublimer l’amour aussi et ses trahisons, les infidélités de Diego, les pleurs, les séparations, les réconciliations, les colères aussi…L’auteure décrit de façon colorée un amour sublimé par l’art et un parcours de vie d’une femme vibrante et passionnée. Un cocktail réussi. A lire pour mieux connaître Frida et Diego.

Chroniques de Jérusalem – Guy Delisle

Editions Delcourt – 16/11/2011

Ce matin, j’ai découvert sur le blog de Uska V. un billet consacré à une bande dessinée de Guy Delisle que je n’ai pas encore lue (pour lire, c’est ici: https://wordpress.com/read/feeds/80291525/posts/2465494735). En revanche, je me décide à partager avec vous mon avis sur l’album Chroniques de Jérusalem.Paru en 2011 aux éditions Delcourt, cet album de bande dessinée autobiographique (selon la terminologie de l’encyclopédie collaborative Wikipedia) a obtenu le Fauve d’Or-Prix du meilleur album du festival d’Angoulême en 2012.

Résumé

Guy Delisle et sa famille s’installent pour une année à Jérusalem. Mais pas évident de se repérer dans cette ville aux multiples visages, animée par les passions et les conflits depuis près de 4 000 ans. Au détour d’une ruelle, à la sortie d’un lieu saint, à la terrasse d’un café, le dessinateur laisse éclater des questions fondamentales et nous fait découvrir un Jérusalem comme on ne l’a jamais vu.

Mon avis de lecture

Autant le dire tout de suite, je ne serai pas très objective: j’ai adoré cet album! Un vrai coup de coeur! Une découverte de l’auteur, aussi!

J’ai lu le roman graphique non à sa parution mais quelques années après. Cela ne change rien, vous pouvez vous aussi foncer en librairie vous le procurer (pour découvrir quelques planches, je vous invite à consulter le site des éditions Delcourt: https://www.editions-delcourt.fr/serie/chroniques-de-jerusalem.html).

Ce roman est avant tout un carnet de voyages, la découverte d’une ville de personnes vivant auparavant en Occident mais habituées à voyager (en Birmanie si l’on prend pour exemple les Chroniques birmanes). Guy Delisle nous fait voyager dans de petites ruelles, dans les lieux saints (églises, mosquées et synagogues), dans les différents quartiers.

Mais au delà d’une minutieuse description de la ville qui donne envie de la visiter, Guy Delisle en fait également un reportage, s’intéressant à son histoire politique, religieuse, géopolitique. Il crayonne à longueur de journée et nous donne à voir une situation politique loin d’être simple qui impacte sur la vie quotidienne: les rapports sont codifiés entre les différentes religions mais les tensions sont nombreuses (on peut relever une montée des conditions sécuritaires).

Son objectif n’est pas de prendre parti et il utilise souvent l’humour pour représenter des situations qui paraissent ubuesques.

Des dessins simples, compréhensibles par tous pour un résultat sublime: cet album a tout à fait mérité son Prix! et tend à nous faire réfléchir sur la situation humanitaire mondiale.

Charlotte – David Foenkinos

Editions Gallimard-28/05/2014-224 pages

Après la lecture de ce roman, une seule pensée me vient: « mais pourquoi l’auteur nous offre t-il un style aussi inégal? » Si je ne lis pas ces romans dans l’ordre de parution, je ne peux m’empêcher de penser que les lecteurs de Vers la beauté ne pourront qu’être déçus s’ils ont lu Charlotte avant.

Un prénom pour titre, donc. On sait déjà avant d’avoir lu que ce prénom va nous plonger dans des sphères intimes. Charlotte? Un des prénoms des soeurs Brontë, cette histoire sera t-elle donc empreinte de mélancolie et de souvenirs de pensionnats horribles?

Il n’en est rien mais les deux Charlotte ont un point commun: elles meurent jeunes. Celle du dix-neuvième siècle meurt à 38 ans, vraisemblablement de maladie. Celle du vingtième siècle (celle de ce roman) est quant à elle frappée par les tragédies de la Grande Histoire: elle meurt à 26 ans à Auschwitz. La comparaison s’arrête là, revenons à présent au roman de Foenkinos.

Voici une brève biographie: Charlotte Salomon naît à Berlin le 16 avril 1917 de parents juifs allemands. Son père, Albert Salomon, est médecin et très accaparé par son travail. Sa mère, Franziska Grunwald, semble marquée par une malédiction familiale. Elle se suicidera quand Charlotte aura 9 ans, en 1926. En 1930, son père se remarie avec Paula, une cantatrice. Quelques années, après, arrivent les nazis au pouvoir. Charlotte se réfugie en France mais cela n’est qu’un asile temporaire: dénoncée, elle est envoyée au camp d’Auschwitz. Elle y mourra, enceinte, à 26 ans, gazée dès son arrivée.

Mais ce roman, dont on ne sait s’il s’agit d’un roman autobiographique ou d’un récit, n’est pas une simple narration. David Foenkinos raconte aussi son obsession pour son personnage, Charlotte Salomon, dont il a découvert le travail lors d’une exposition à Berlin. Il a pris son temps et un jour, il a été prêt: il s’est mis à écrire en prose: le roman est composé de phrases en ligne. Ligne par ligne, on prend sa respiration, on est en apnée, on vit les choses au rythme de l’écriture. On lit tout d’une traite. Et en refermant le livre, on se dit que c’est un très bel hommage qui reflète la vie de l’artiste Charlotte Salomon.

En ce qui me concerne, la critique de ce roman sera aussi minimaliste. Je vois dis simplement que lire cette histoire se vit. Peut-on raconter la vie en quelques lignes? Peut-on raconter l’art en quelques lignes? Peut-on raconter la construction d’une artiste en quelques lignes? David Foenkinos a raconté. Lisez donc ses mots!

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Le lambeau – Philippe Lançon

Editions Gallimard-12/04/2018-512 pages

Résume de l’éditeur

« Lambeau, subst. masc.
1. Morceau d’étoffe, de papier, de matière souple, déchiré ou arraché, détaché du tout ou y attenant en partie.
2. Par analogie : morceau de chair ou de peau arrachée volontairement ou accidentellement. Lambeau sanglant ; lambeaux de chair et de sang. Juan, désespéré, le mordit à la joue, déchira un lambeau de chair qui découvrait sa mâchoire (Borel, Champavert, 1833, p. 55).
3. Chirurgie : segment de parties molles conservées lors de l’amputation d’un membre pour recouvrir les parties osseuses et obtenir une cicatrice souple. Il ne restait plus après l’amputation qu’à rabattre le lambeau de chair sur la plaie, ainsi qu’une épaulette à plat (Zola, Débâcle, 1892, p. 338). (Définitions extraites du Trésor de la Langue Française).  » (Editions Gallimard, 512 pages)

Ce roman est paru en 2018 et évoque l’attentat de Charlie Hebdo et les suites post-traumatiques d’une victime qui a vu mourir ses camarades.

Avis de lecture

Je ne vous dirais pas que je ne l’ai pas aimé, celui-là, car il ne fait pas partie des livres qu’on aime ou pas. On ne peut pas aimer un tel livre si on s’en tient à son sujet ou on ne peut qu’aimer ce livre si on s’en tient au sujet (parce que sinon, on passe pour un sans cœur…).

Je voulais le lire dès que j’ai eu connaissance de sa parution mais ayant d’autres lectures en chantier, j’ai attendu et je l’ai lu sur ma liseuse (je dirais: « tant mieux, je n’ai pas eu à toucher le livre papier, cela peut mettre à distance des émotions). Puisqu’on parle du sujet, même si l’éditeur ne le dit pas dans son résumé, autant en parler tout de suite: il s’agit de l’attentat de Charlie Hebdo. Ou plutôt ce livre va l’évoquer mais il s’agit du témoignage de Philippe Lançon qui raconte l’attaque du 7 janvier 2015. Il y était, il l’a vécue, il y a perdu beaucoup de ses amis et aussi son visage, sa mâchoire réduite en lambeau. Il a survécu alors il raconte comment on peut se reconstruire quand on a perdu autant, tant dans sa tête que dans son corps que dans sa vie.

Philippe, la « Gueule cassée », tel qu’il se définit lui-même, a vu son ami Bernard mourir. Et d’autres aussi. Il a réalisé qu’il était en vie aussi. Être en vie après un attentat, cela veut dire passer un nombre incalculable d’heures dans les hôpitaux: 13 opérations lourdes, des allers et retours entre la chambre et le bloc. Et des moments incalculables de doutes et d’incertitude. Et l’amour, là dedans? Et Gabrielle, sa compagne? Gabrielle va tenir bon, vaille que vaille.

Merci, Philippe, merci d’avoir écrit ce livre, qui fut pour toi un véritable exutoire. Des heures d’enfer, j’imagine, à sortir toute cette souffrance. Pardonne-moi, je n’ai pas pu achever la lecture de ce livre: je me suis laissée porter par mes émotions, j’ai pleuré, pleuré, pleuré. Et je te tutoie maintenant parce que malgré tout, j’ai été avec toi, dans tout le récit que j’ai lu (la moitié du livre environ).

Mais, toi, ami lecteur, si tu as le cœur bien accroché, n’hésite surtout pas. C’est une leçon d’humanité. Merci encore, Philippe!