Le Réciteur

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Billes…billes versées…Billevesées
Coq…si…grue…Coquecigrues
Maurice Fond le Beurre!M’dame, j’chais pu!
Si j’aurais su, j’serais même pas venu!

Arrêtez, les souffleurs!
Vous, Monsieur le Réciteur,
Vous qui n’avez rien su,
Vous aurez quatre heures de retenue!

Pensez au professeur qui écoute,
Vos mots le mettent en déroute,
Chantez les sons, les phrases, articulez!
Poèmes, musique, sonorités, écoutez!

Cessez donc de tout écorcher!
On dit vous faites, trois fois, vous copierez!
Des lignes, des verbes, écrivez, écrivez!
Recto, verso, de papier, il ne faut pas gâcher!

Madame la Professeure, vous avez encore rêvé!
Aucun Réciteur, aucun écorcheur de mots!
Encore aucun mot ni aucun zéro!
Dormez et demain, vous direz bonne rentrée!













Le petit bidon et autres textes – Christophe Tarkos -Poèmes de mars #18

J’existe. Évidemment cela ne prouve rien. Cela ne prouve pas que j’existe. Mais je suis là. Et je ne suis pas fou. Je suis un vrai témoin, je suis capable de dire la vérité telle qu’elle me semble, je peux témoigner. Je pense que j’existe. Si vous ne voulez pas me croire. J’existe vraiment, d’ailleurs, seul un être humain pourrait vous le dire. Évidemment cela ne prouve rien. Cela ne prouve pas que je suis.

Christophe Tarkos, Le Petit Bidon et autres textes, P.O.L.

Chant funèbre pour Ignacio Sánchez Mejías – Poèmes de mars #16

16ème poème pour un Printemps des poètes qui s’achève bientôt. Aujourd’hui est aussi la journée mondiale de la poésie.

J’ai donc choisi de rendre hommage aujourd’hui à un poète espagnol: Federico Garcia Lorca. J’ai découvert sa verve il y a bien longtemps, grâce à une professeure d’espagnol qui m’avait prêté « Romancero Gitano ».

Voici le poème:

À ma chère amie Encarnación López Júlvez

I. La prise et la mort

     A cinq heures du soir

C’était juste cinq heures du soir.

Un enfant porta le drap blanc

     à cinq heures du soir.

Un panier de chaux déjà préparé

     à cinq heures du soir.

Tout le reste était mort et rien que mort      

     à cinq heures du soir

Le vent fit voler les flocons d’ouate

     à cinq heures du soir.

l’oxyde sema cristal et nickel

     à cinq heures du soir.

Une cuisse avec une corne désolée

     à cinq heures du soir.

Les cloches d’arsenic et de fumée

     à cinq heures du soir

Commencèrent leurs sons de faux-bourdon

     à cinq heures du soir

Aux coins des rues, des groupes de silence

     à cinq heures du soir.

Et le taureau, seul coeur debout!

     à cinq heures du soir.

Voici que la sueur de neige arrive

     à cinq heures du soir,

quand l’arène se couvrit d’iode

     à cinq heures du soir.

la mort plaça des oeufs dans la blessure

     à cinq heures du soir.

     A cinq heures du soir.

C’était juste cinq heures du soir.

Un cercueil à roues est son lit

     à cinq heures du soir.

Des flûtes et des os bruissent à son oreille

     à cinq heures du soir.

Le taureau déjà mugit vers son front

     à cinq heures du soir

Au loin déjà vient la gangrène

     à cinq heures du soir.

Trompe de lis dans l’aîne verte

     à cinq heures du soir.

Comme des soleils brûlaient les blessures

     à cinq heures du soir,

La foule brisait les fenêtres

     à cinq heures du soir.

     A cinq heures du soir.

Ah ! quelles terribles cinq heures du soir!

C’était cinq heures à toutes les horloges.

C’était cinq heures dans l’ombre du soir!

II. Le sang répandu

Le sang, je ne veux pas le voir!

Dis à la lune qu’elle vienne,

Que je ne veux pas voir le sang

d’Ignacio couler dans l’arène

Le sang, je ne veux pas le voir!

La lune luit de part en part.

Un cheval de nuages calmes

et la place grise du songe

avec des saules aux barrières.

Le sang, je ne veux pas le voir!

Que mon souvenir se consume.

Allez avertir les jasmins

dont la blancheur est minuscule.

Le sang, je ne veux pas le voir!

La vache de l’ancien monde

Léchait de sa langue triste  

une gueule pleine de sang

répandu parmi l’arène,

et les taureaux de Guisando,

moitié de mort et de pierre,

mugirent comme deux siècles

fatigués  de fouler la terre

Non.

Le sang, je ne veux pas le voir!

Par les degrés Ignacio monte,

toute sa mort est sur son dos,

Il est en quête de l’aurore

mais l’aurore n’était pas là.

Il cherche son profil précis

mais le songe le fait errer.

Il cherchait son corps sans défaut

et rencontra  son sang ouvert.

Ne me dites pas de le voir !

Je ne veux pas sentir le jet

chaque fois avec moins de force,

ce jet  qui de sang qui illumine

les échafauds et qui tombe

sur le velours et le cuir

des multitudes altérées.

Qui me crie que j’apparaisse?

Ne me dites pas de le voir!

Ses yeux ne se fermèrent pas

quand il vit s’approcher les cornes

cependant les mères terribles

levèrent aussitôt la tête.

A travers les ganaderias

Ce fut un chant de voix secrètes :

des bergers  de nuage pâle

conduisaient des taureaux célestes .

Il n’y eut prince dans Séville

que l’on put lui comparer,

ni épée comme son épée,

ni coeur qui fût aussi vrai.

Comme un fleuve de lions

sa force était merveilleuse,

et comme un torse de marbre

sa prudence dessinée.

Un air de Rome andalouse

auréolait sa figure

où son rire était un nard

de sel et d’intelligence

Quel toréador dans l’arène!

Quel montagnard dans la montagne!

Qu’il était doux avec les blés

et dur avec les éperons!

Et tendre avec la rosée!

éblouissant dans les foires,

redoutable  avec les ultimes

banderilles des ténèbre.

Mais déjà,  pour jamais, il dort .

Déjà la mousse et les herbes

ouvrent avec leurs doigts sûrs

la fleur de sa tête de mort.

Déjà  son sang vient chanter

à travers étangs et prairies,

glisse sur des cornes transies,

vacille, sans âme, en la nue,

rencontre  mille pieds fendus,

 comme une large, obscure et triste langue,

pour former une flaque d’agonie

contre le Guadalquivir des étoiles.

O blancs murs de l’Espagne!

et taureau noir de peine!

O le sang dur d’Ignacio

Et le rossignol de ses veines!

Non.

Le sang, je ne veux pas le voir!

Qu’il n’y ait  pas de calice qui le contienne,

ni d’hirondelle qui le boive,

ni givre de lumière qui le refroidisse,

ni chant ni déluge de lis.

Il n’est pas de cristal qui le couvre d’argent.

Non,

Le sang, je ne veux pas le voir!

III. Corps présent

La pierre est un front dur où les songes gémissent

sans une eau incurvée et sans cyprès glacés.

La pierre est une épaule et sur elle, le temps

met ses arbres de pleurs, ses rubans, ses planètes.

J’ai vu de grises pluies courir après les vagues

Qui vers elles levaient leurs tendres bras criblés,

pour n’être pas chassées par la pierre étendue

qui disperse leurs membres et ne boit pas leur sang.

Car la pierre reçoit les graines, les nuages,

squelettes d’alouettes et loups de la pénombre,

mais ne donne aucun son de cristal ou de feu,

si ce n’est places, rien que des places sans murs.

Sur la pierre est déjà Ignacio, le bien-né,

C’est fini. Qu’y a-t-il? Contemplez sa figure :

la mort a recouvert son corps de soufres pâles,

et sa tête est changée en minotaure obscur.

Tout est fini. La pluie pénètre par sa bouche,

l’air, comme fou, déserte sa poitrine creuse.

L’Amour, tout ruisselant de ses larmes de neige

se réchauffe au sommet des forêts de taureaux.

Un silence chargé de puanteur repose.

Que disent-ils ? Près d’eux un corps présent s’estompe,

avec la forme claire qu’ont les rossignols,

et sous nos yeux elle s’emplit de trous sans fond.

Qui froisse le suaire? –  Ce qu’il dit n’est pas vrai :

personne ici ne chante et pleure dans un coin,

ne pique l’éperons, ni effraie le serpent.

Ici je ne veux plus que des yeux arrondis,

pour regarder un corps sans possible repos.

Je voudrais voir ici les hommes à la vois dure,

qui domptent les chevaux et dominent les fleuves,

ceux dont résonne le squelette, ceux qui chantent,

la bouche pleine de soleil et de silex.

C’est ici que je veux les voir, devant la pierre,

devant ce corps dont les rênes se sont brisées,

je veux apprendre d’eux où se trouve  l’issue,

pour ce grand capitaine attaché par la mort.

Je veux apprendre d’eux des larmes, comme un fleuve,

qui a de douces nues et de profondes rives

pour emporter le corps d’Ignacio et  qu’il se perde

sans écouter la double haleine des taureaux.

Qu’il se perde en la place arrondie de la lune

qui feint, enfant dolente, une bête immobile,

qu’il se perde en la nuit sans hymne des poissons

et dans les buissons blancs de la fumée glacée.

Ne lui mettez sur la figure aucun mouchoir :  

je veux qu’il s’accoutume  à la mort qui l’habite.

Ignacio, ne sens plus le chaud mugissement !

Dors et vole et repose !… la mer aussi se meurt.

IV. Ame absente

Le taureau ne te connait pas, ni le figuier,

ni les chevaux,  ni les fourmis de ta maison,

ni l’enfant, ni le soir ne te connaissent,

parce que tu es mort pour toujours.

Ne te connaissent ni les lombes de la pierre,

ni le satin noir où ton corps se défait

ni ne te connaît plus ton souvenir muet

parce que tu es mort pour toujours.

Viendra l’automne avec ses buccins,

ses grappes de nuages et les monts assemblés,

mais nul ne voudra voir tes yeux,

parce que tu es mort pour toujours.

Parce que tu es mort pour toujours,

comme tous les morts de la Terre,

comme tous les morts qu’on oublie

en un monceau de chiens éteints.

Je chante, pour plus tard, ton profil et ta grâce,

la célèbre maturité de ton savoir,

ton désir de la  mort et le goût de ta bouche

et la tristesse au fond de ta vaillante joie.

Nul ne te connaît plus, cependant je te chante,

il tardera beaucoup à naître, s’il peut naître,

un Andalou si clair, si riche d’aventure,

je chante sa noblesse avec des mots qui pleurent,

et songe au triste vent parmi les oliviers.

Traduit de l’espagnol par Rolland-Simon

Charlot éditeur (Fontaine), Alger, 1945

L’espérance – Andrée Chedid – Poèmes de mars #15

J’ai ancré l’espérance
Aux racines de la vie

*

Face aux ténèbres
J’ai dressé des clartés
Planté des flambeaux
A la lisière des nuits

*

Des clartés qui persistent
Des flambeaux qui se glissent
Entre ombres et barbaries

*

Des clartés qui renaissent
Des flambeaux qui se dressent
Sans jamais dépérir

*

J’enracine l’espérance
Dans le terreau du cœur
J’adopte toute l’espérance
En son esprit frondeur.

Andrée Chedid

Sortie de route – Flora Souchier- Poèmes de mars #14

Un envol de jupes plus lourd que ma conscience
Je branche les projecteurs
Je marche dans ma peur

Le froid vient dans les rideaux noirs
L’automne est un crépuscule
Je m’évanouirais bien si j’en avais la force

Flora Souchier, Sortie de route, Cheyne éditeur, 2019

La dernière urgence – Guy Allix – Poèmes de mars #13

Quand ce sera la dernière fois de nous
Le dernier cœur à corps
La dernière urgence
Et que nous ne saurons pas plus qu’avant
Pas plus qu’après

Quand ce sera déjà après
Et que nous lèverons un peu la tête comme avant
Mais sans plus de foi
Mais sans moins de foi
Sans plus de courage qu’avant
Mais avec ce souffle vain
Une dernière fois

Nous rentrerons dans l’ombre
Dont nous n’étions jamais sortis
Autrement que par cet amour

Quand ce sera la dernière fois de nous
Quand ce ne sera plus que notre amour à jamais
Et à jamais fini

Quand ce sera la dernière fois de toi
De moi qui à jamais t’aimais

Acrostiche – Poèmes de mars #12

La saison du courage
Eau humble jetée sur le printemps

Courber l’échine, aller contre le vent
Ouvrir aux femmes opprimées, piétinées
Une espérance derrière les fenêtres
Résister, s’évader, survivre
Aimer à corps perdu
Garder les mots en vie
Et puis rire toute une éternité dedans la terre

Acrostiche réalisé à partir de fragments de poèmes de : Peter Bakowski, Louise Dupré, Edwin Madrid, Anita Bharti, Hélène Dorion, Michel Dunand, Dimitri Porcu, Luis Mizon, Alexei Bueno.

(Courage ! – Dix variations sur le courage et un chant de résistance) – Éditions Bruno Doucey

Icare est chu ici – Philippe Desportes – Poèmes de mars #11

Icare est chu ici, le jeune audacieux,
Qui pour voler au Ciel eut assez de courage :
Ici tomba son corps dégarni de plumage,
Laissant tous braves cœurs de sa chute envieux.

Ô bienheureux travail d’un esprit glorieux,
Qui tire un si grand gain d’un si petit dommage !
Ô bienheureux malheur, plein de tant d’avantage
Qu’il rende le vaincu des ans victorieux !

Un chemin si nouveau n’étonna sa jeunesse,
Le pouvoir lui faillit, mais non la hardiesse ;
Il eut, pour le brûler, des astres le plus beau.

Il mourut poursuivant une haute aventure,
Le ciel fut son désir, la mer sa sépulture :
Est-il plus beau dessein, ou plus riche tombeau ?

Philippe DESPORTES (1546-1606)

(Recueil : Les amours d’Hippolyte)

Du courage – Nashmia Noormohamed -Poèmes de mars #10

Il faut avoir le courage de se faire face,
De regarder son âme dans cette glace,
Au travers de ses fissures et blessures,
De ses brisures et de toutes ses ratures.

Il faut trouver le courage de se faire face,
Tous les jours oeuvrer, demeurer coriace,
Chercher un moyen de relever le regard,
Se relever et avancer, sans rester hagard.

Il faut avoir le courage de se faire face,
Malgré ses échecs et ses disgrâces,
Essayer d’oblitérer son abjecte lâcheté,
Agir, réagir et ne jamais laisser tomber.

Il faut trouver le courage de se faire face,
De se pardonner ses mauvaises passes,
Ses fautes monumentales et ses erreurs,
Avec bienveillance, patience et sans peur.

Le courage est une bataille quotidienne,
Il n’est jamais acquis, et ainsi se construit,
En nous modelant; à chaque jour sa peine,
À chaque détour, le coeur se révèle et éblouit.

A.M.A.T – Alfred de Musset -Poèmes de mars #9

Ainsi, mon cher ami, vous allez donc partir !
Adieu ; laissez les sots blâmer votre folie.
Quel que soit le chemin, quel que soit l’avenir,
Le seul guide en ce monde est la main d’une amie.

Vous me laissez pourtant bien seul, moi qui m’ennuie.
Mais qu’importe ? L’espoir de vous voir revenir
Me donnera, malgré les dégoûts de la vie,
Ce courage d’enfant qui consiste à vieillir.

Quelquefois seulement, près de votre maîtresse,
Souvenez-vous d’un coeur qui prouva sa noblesse
Mieux que l’épervier d’or dont mon casque est armé ;

Qui vous a tout de suite et librement aimé,
Dans la force et la fleur de la belle jeunesse,
Et qui dort maintenant à tout jamais fermé

Clown – Henri Michaux -Poèmes de mars #8

Un jour,
Un jour, bientôt peut-être,
Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers

Avec la sorte de courage qu’il faut pour être rien et rien que rien.
Je lâcherai ce qui paraissait m’être indissolublement proche.

Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler.
D’un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misérables combinaisons et enchaînements « de fil en aiguille »
Vide de l’abcès d’être quelqu’un, je boirai à nouveau l’espace nourricier.

A coups de ridicule, de déchéances (qu’est-ce que la déchéance?), par éclatement.
Par vide, par une totale dissipation-dérision-purgation, j’expulserai de moi la forme qu’on croyait si bien attachée, composée, coordonnée, assortie à mon entourage
Et à mes semblables, si dignes, si dignes mes semblables.

Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une immense trouille.
Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m’avait fait déserter.
Anéanti quant à la hauteur, quant à l’estime.
Perdu en un endroit lointain (ou même pas), sans nom, sans identité.

CLOWN, abattant dans la risée, dans l’esclaffement, dans le grotesque, le sens que toute lumière je m’étais fait de mon importance.
Je plongerai.
Sans bourse dans l’infini-esprit sous-jacent ouvert à tous, ouvert moi-même à une nouvelle et incroyable rosée.

A force d’être nul
Et ras
Et risible…

If – Rudyard Kipling – Poèmes de mars #7

If you can dream and not make dreams your master;
If you can think and not make thoughts your aim;
If you can meet with Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same
;

Si tu peux être rêver sans n’être qu’un rêveur

Et que tu peux penser sans n’être qu’un penseur

Si Triomphe et Désastre croisent ton chemin

Et que face à ces pièges tu sais rester serein.

Le courage juste à temps – Nicole Brossard – Poèmes de mars #3

[Poème du jour trouvé tout simplement sur le site Printemps des poètes.]

Touche pour voir
d’un seul coup
la poitrine, les joues
ton humanité
avec ou sans visa sans visage
touche voir
si le courage troue les monstres
si ça fonce drette dans l’âme d’autrui
si ça accélère tou’le temps partout
la fièvre les pensées
si l’infini se déverse
dans le sang
juste à temps

Nicole Brossard, Nous, avec le poème comme seul courage, anthologie Le Castor Astral éditeur, 2020.

Courage – Paul Eluard – Poèmes de mars #2

Paris a froid Paris a faim
Paris ne mange plus de marrons dans la rue
Paris a mis de vieux vêtements de vieille
Paris dort tout debout sans air dans le métro
Plus de malheur encore est imposé aux pauvres
Et la sagesse et la folie
De Paris malheureux
C’est l’air pur c’est le feu
C’est la beauté c’est la bonté
De ses travailleurs affamés
Ne crie pas au secours Paris
Tu es vivant d’une vie sans égale
Et derrière la nudité
De ta pâleur de ta maigreur
Tout ce qui est humain se révèle en tes yeux
Paris ma belle ville
Fine comme une aiguille forte comme une épée
Ingénue et savante
Tu ne supportes pas l’injustice
Pour toi c’est le seul désordre
Tu vas te libérer Paris
Paris tremblant comme une étoile
Notre espoir survivant
Tu vas te libérer de la fatigue et de la boue
Frères ayons du courage
Nous qui ne sommes pas casqués
Ni bottés ni gantés ni bien élevés
Un rayon s’allume en nos veines
Notre lumière nous revient
Les meilleurs d’entre nous sont morts pour nous
Et voici que leur sang retrouve notre coeur
Et c’est de nouveau le matin un matin de Paris
La pointe de la délivrance
L’espace du printemps naissant
La force idiote a le dessous
Ces esclaves nos ennemis
S’ils ont compris
S’ils sont capables de comprendre

Vont se lever

Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent – Victor Hugo – Poèmes de mars #1

Le printemps des poètes arrivant à grands pas, j’ai eu envie de faire partager aussi un peu de poésie. Chaque jour de mars, je copierai dans un billet de blog un poème de mon choix, de préférence sur le thème du courage puisque c’est le thème retenu pour cette 22ème édition du Printemps.

Je commence par un extrait d’un poème de Victor Hugo: « ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent… »

 » Ceux qui vivent, ce sont ceux qui luttent ; ce sont
Ceux dont un dessein ferme emplit l’âme et le front.
Ceux qui d’un haut destin gravissent l’âpre cime.
Ceux qui marchent pensifs, épris d’un but sublime.
Ayant devant les yeux sans cesse, nuit et jour,
Ou quelque saint labeur ou quelque grand amour.
C’est le prophète saint prosterné devant l’arche,
C’est le travailleur, pâtre, ouvrier, patriarche.
Ceux dont le coeur est bon, ceux dont les jours sont pleins.
Ceux-là vivent, Seigneur ! les autres, je les plains.
Car de son vague ennui le néant les enivre

Car le plus lourd fardeau, c’est d’exister sans vivre. « 

Paris, décembre 1848 – Les Châtiments (1852)

(L’image est extraite du site http://www.qqcitations.com, vous pouvez cliquer sur https://qqcitations.com/citation/112315)

Les Amours jaunes – Tristan Corbière

Une fois n’est pas coutume, me voici en train de consacrer un billet à un recueil de poésie. Rassurez-vous, je ne vais pas le faire à la manière de celui-ou-celle-qui-passe-l’agrégation (car c’est au programme de l’agrégation de lettres). Non, je commenterai le recueil dans son ensemble, vous présentant l’ouvrage, son auteur, l’univers de son époque…(C’est un dix-neuvièmiste! J’adore les dix-neuvièmistes!!!)

Qui est Tristan Corbière?

Ce poète du 19ème siècle a pour prénom Edouard-Joachim. Nė en juillet 1845, il est de santé fragile et meurt en mars 1875, probablement de tubercule, ne laissant ni femme ni enfant.

Son oeuvre

Les amours jaunes , paru en 1873 à compter d’auteur, est son unique recueil poétique, passé inaperçu à l’époque.Il est composé de 101 poèmes et divisé en 7 parties.

Son talent a notamment été reconnu de façon posthume par Paul Verlaine qui l’a qualifié de « poète maudit » mais aussi par Joris-Karl Huysmans, l’auteur de A rebours qui le cite dans la bibliothèque de Des Esseintes, son héros.

Son oeuvre est influencée par deux passions: une passion amoureuse pour celle qu’il nomme dans son recueil Marcelle,Armida-Josefina Cuchiani, et une passion pour la mer qu’il tient de son père Edouard Corbière, navigateur reconnu comme le père du roman maritime.

Sa poésie est marquée par le romantisme et aussi par le folklore breton et ses légendes. On l’a beaucoup considéré comme un précurseur, tant chez les symbolistes que chez les surréalistes.

Mon avis sur le recueil et le poète

Tristan Corbière est celui que l’on qualifierait de « touche à tout ». Ce que je retiendrai particulièrement de sa poésie, c’est son goût pour les mots, son inventivité pour en inventer de nouveaux: plangorer, venu du latin plangor, signifie crier de douleur ou encore grazieller, inspiré de Graziella, le roman de Lamartine.

Ce que je retiens aussi, c’est une langue qui tangue, les rimes sont là et soudain une rupture rythmique, un adjectif à la ligne et le lecteur est entraîné ailleurs comme dans cette strophe du poème « Paria »:

– L’idéal à moi: c’est un songe

Creux ; mon horizon – l’imprévu,

Et le mal du pays me ronge…

Du pays que je n’ai pas vu.

Je retiens aussi cette formidable ode à sa région natale, la Bretagne, avec la partie Armor, de quoi faire découvrir au lecteur non breton des endroits et des légendes comme « Saint Tupetu », « la rapsode foraine et le pardon de sainte Anne ». La description des paysages n’est pas non plus en reste…

Si l’oeuvre de Tristan Corbière reste atypique dans l’univers du 19ème siècle, si elle n’est pas considérée comme majeure et si elle se révèle composée d’une seule oeuvre, elle n’en est pas moins marquante. On peut lire le recueil ou juste certains poèmes dans une perspective d’enrichissement culturel, les courants littéraires étant forcément marqués par des précurseurs et des ruptures avec des courants antérieures, remarque certes très terre à terre mais néanmoins il me paraît utile de le rappeler. L’histoire littéraire est riche de nombreux courants et pour comprendre les références à laquelle toute oeuvre renvoie, il est bon de connaître le patrimoine littéraire et culturelle. L’oeuvre de Tristan Corbière n’est pas une oeuvre que vous aborderez ex nihilo, vous devrez parfois parfaire vos connaissances pour la comprendre…Et si vous ne la comprenez pas toujours, laissez parler votre âme, répétez et répétez les vers: vous trouverez alors le sens que vous souhaitez, celui du voyage intérieur…