Temps glaciaires – Fred Vargas

Editions Flammarion-04/03/2015-497 pages

Résumé de l’histoire

Un ccommissaire du 15ème arrondissement de Paris, Bourlin, fait appel au commissaire Adamsberg pour des affaires similaires : des suicides avec le même signe mystérieux, une espèce de H, sur les lieux.

Il n’en faut pas plus pour l’équipe d’Adamsberg pour échauffer des hypothèses et mener l’enquête. Celle-ci convergera vers l’Islande: les victimes ont toutes participé à un voyage il y a une dizaine d’années, notamment sur l’île de Grímsey. La brume les a contraints à rester sur l’île pendant 14 jours, cherchant de quoi survivre…Et si le meurtrier était parmi ces personnes dont deux semblent être mortes de froid?

Adamsberg, Danglard, Retancourt et les autres membres de l’équipe se retrouveront aussi plongés dans l’Histoire, avec des mises en scène à l’époque révolutionnaire, autour de Robespierre. Et si un meurtrier se cachait parmi les membres déguisés de cette association dont le Président joue Robespierre?…

Et qui est Amédée, le fils d’une des victimes dont la mère a perdu la vie en Islande? Et Victor, le secrétaire du père?

Les questions ne manquent pas durant l’enquête…

Mon avis de lecture

Ce huitième roman qui met en scène le personnage d’Adamsberg est une réussite. J’ai retrouvé avec plaisir chaque membre de l’équipe avec leurs particularités: mention spéciale à Danglard et sa formidable mémoire! Chacun a ses failles, ses doutes et pourtant, la solidarité prime, Retancourt l’instinctive sauve Adamsberg et Veyrenc sur l’île…

Vargas entraîne son lecteur dans des cercles, les intrigues s’enchaînent, s’emmêlent, se détachent, s’éloignent pour tout à coup converger…Adamsberg gratte, gratte, gratte encore, doute, fait confiance à son instinct…L’intrigue n’est pas seulement une succession de faits policiers, elle est aussi parsemée de faits historiques amenés de façon divertissante et distrayante.

J’ai donc hâte de retrouver Adamsberg pour d’autres aventures!

Il était deux fois – Franck Thilliez

Franck Thilliez est un écrivain français, né en 1973, connu pour ses nombreux romans policiers et thrillers dont le personnage récurrent est le commissaire Sharko et l’inspectrice Lucie Henebelle. Son troisième roman, La chambre des morts, a obtenu le Prix SNCF du polar français en 2007.

Editions Fleuve Noire – 04/06/2020 – 528 pages

2008. Julie, 17 ans, habitante de Sagas, une petite ville au coeur des montagnes, part se promener avec son vélo. Personne ne la reverra plus. Son père, Gabriel Moscato, capitaine de gendarmerie, mène l’enquête sans relâche. Ses pas le mènent à l’hôtel de la Falaise, dans lequel Julie travaillait l’été. Le réceptionniste lui attribue la chambre 29, au 2ème étage, Gabriel s’y rend dans l’intention de consulter le registre et s’endort. Réveillé par une pluie d’oiseaux morts, il se rend compte que quelque chose ne tourne pas rond…Il est en 2020 et sa fille a disparu depuis 12 ans.

D’autres éléments ont changé: son meilleur ami et collègue a épousé sa femme après leur divorce, il a lui-même déménagé, n’est plus gendarme. D’autres disparitions ont eu lieu et sa fille n’a pas été retrouvée…Son amnésie lui fait de nouveau mener l’enquête. Découvrira t-il l’identité du ravisseur? Sa fille sera t-elle encore vivante?

Mon avis de lecture

Un superbe Thilliez! Du suspense, des frissons, des rebondissements, de quoi faire des cauchemars et aussi un amour de la langue française avec la recherche des palindromes : tous les ingrédients d’un roman policier y sont!

Vous ne verrez plus l’art de la même façon, que ce soit la photographie ou la peinture, ni ne ferez une partie d’échecs sous le même angle. Le scénario n’est pas seulement bien mené (entre pièces de puzzle à reconstituer et labyrinthe à parcourir), il nous fait également réfléchir sur l’être humain, sur la part terriblement sombre de certains êtres humains…

Franck Thilliez, tout au long du roman, joue avec le lecteur, l’embarquant dans l’aventure avec ses personnages. Clin d’oeil aussi à un de ses autres romans, Le manuscrit inachevé, paru en 2008, qui laisse la part belle à plusieurs interrogations, notamment comment un écrivain construit une intrigue et quelle est la part de fiction et de vérité dans toute oeuvre.

Pour résumer, un très bon polar pour qui aime le genre! J’ai préféré Luca mais recommande celui-ci sans hésiter.

Et toujours les forêts – Sandrine Collette

Sandrine Collette est une romancière française née en 1970 dont le premier roman publié en 2013, Des noeuds d’acier, obtient le Grand Prix de littérature policière. Et toujours les forêts paru en 2019 a obtenu plusieurs prix: prix de la Closerie des Lilas 2020, Grand Prix RTL Lire.

Editions JC De Lattès – 02/01/2020- 334 pages

Résumé de l’histoire

Tout débute par Marie qui tombe amoureuse d’un gars des Forêts. Un garçon naît. Corentin. Pas reconnu par le père. Marie n’en veut pas, le fait garder par des copines puis des nounous. Un jour, elle le dépose chez la grand-mère du père, Augustine. Corentin reste et grandit dans les Forêts avec la vieille femme qui lui témoigne des gestes de tendresse à sa façon.

Lorsqu’il devient étudiant, il part pour la Grande ville et découvre la fête, les soirées alcoolisées, l’amitié des copains. Un jour, avec quelques amis, il assiste à un tremblement de terre, le soleil qui descend n’épargne rien sur son passage. En sortant du tunnel, chacun s’en va de son côté: dans le chaos,finie l’amitié!

Corentin part à la recherche des Forêts. Sur son passage, il sauve un chiot aveugle qu’il emmène avec lui. Augustine est vivante, il retrouve également Mathilde, fille des fermiers d’à côté, dont il était amoureux sans que cela soit réciproque. Avec elles, Corentin organisera la survie dans un monde devenu hostile.

Mon avis sur le roman

Ce roman tombe à pic en cette période de confinement. Il fait réfléchir au sens à donner au monde, notamment lorsque tout est chaos et à reconstruire.

Sandrine Collette a choisi de faire triompher la vie malgré tout. La vie humaine à travers la reproduction d’un homme et d’une femme qui finissent par éprouver une forme de tendresse l’un pour l’autre. La vie animale à travers la reproduction d’un chien aveugle et de loups. Une renaissance obsessionnelle et qu’importe l’amour! Seule la survie compte!

Sandrine Collette écrit un huis-clos post-apocalyptique intime. Un homme, une femme, des enfants. Le vide, la solitude, la disparition des vivants, des odeurs, du goût, des bruits aussi…Le paysage n’est pas seulement modifié, l’écosystème tout entier est réinventé dans un monde où les enfants ne connaissent du cheval ou de l’éléphant que sa forme.

Qu’est-ce qu’être un homme? pourrait être toute la question de ce roman. Comment réagir après la catastrophe? Faut-il partager le peu que l’on a?Faut-il vivre dans la peur? Ou au contraire faut-il se préparer à se défendre contre des survivants hostiles? Corentin à lui seul résume toute la complexité de ces questions. Ni lâche ni courageux, ni salaud ni bon, son parcours semé d’embûches le mène à survivre à l’écart, au coeur de la nature.

La catastrophe était annoncée: des ruisseaux qui tarissent, la chaleur qui assèche la terre, les arbres qui perdent leurs feuilles hors saison. Et pourtant personne n’y a pris garde. Et pourtant ce roman qui se veut noir est tout de même une note d’espoir pour qui veut y croire. L’espoir d’un après possible. Parce que rien ne s’arrête jamais complètement, Corentin y croit.

A lire parce que c’est un roman percutant, le texte sonne juste, les personnages aussi. Une fin du monde comme on pourrait la pressentir.

Evasion – Benjamin Whitmer

Benjamin Whitmer est un auteur américain né en 1972 qui s’impose comme le maître du roman noir américain, notamment grâce à son troisième roman, Evasion.

Editions Gallmeister -Traduit par Jacques Mailhos- 06/09/2018-416 pages

Résumé de l’histoire

En 1968, douze détenus s’évadent de la prison d’Old Lonesome, située près d’une petite ville du Colorado, aux Etats-Unis, encerclée par les Montagnes Rocheuses. Plusieurs personnes se lancent à leurs trousses: le directeur de la prison, ses gardiens, un pisteur, un journaliste en quête de scoop et une trafiquante d’herbe à la recherche de son cousin qui fait partie des évadés.

La traque qui durera une nuit mettra les nerfs de tous à rudes épreuves. Du gardien au prisonnier, chacun a une histoire dans cette ville où l’on échoue sans aucun échappatoire, une ville de médiocres où les habitants semblent écraser par leur destin. Les traces de la guerre du Vietnam sont encore visibles chez ceux qui sont partis la faire et la violence est sous-jacente chez nombreux hommes, prête à exploser à tout moment.

Une tempête de neige et le vent rendent la traque ardue. Jusqu’où cette évasion mènera donc tous les protagonistes du roman?

Mon avis sur le roman

Benjamin Whitmer a l’art de plonger la narration dans une réalité crue, sans fard, où la violence règne et où la justice n’est pour le moins pas toujours juste. Il dresse le portrait de nombre de paumés dans une ville qui n’a rien d’attractif, ce qui contribue à rendre l’humain prisonnier, non à travers des barreaux, mais prisonnier d’une situation, d’une vie, tourné parfois vers un ailleurs dont on n’arrive pas à s’extraire, qui ramène à la vie misérable dans cette ville.

La force de ce roman vient des failles de chacun et de chaque élément. Faille déjà si l’on considère la tempête comme telle: un élément climatique qui ne facilite pas la traque. Failles des prisonniers aussi: Mopar, par exemple, est emprisonné dans sa tête par son histoire avec Molly, par exemple, sa maîtresse dont il a tué le mari, adjoint au shérif violent qui abusait des femmes.

Ce roman, c’est une Amérique sans concession: celle de la violence, des armes, des jours sans lendemains, des vies ennuyeuses que l’on traîne inlassablement dans les mêmes endroits ennuyeux, le bar, la maison, le cercle familial où l’on s’alcoolise et où l’on frappe souvent, les femmes, qu’en dire donc? , les femmes qui gèrent les foyers mais qui ont la vie rude, sous le joug des hommes. La description de cette ville du Colorado est loin de faire rêver et pourtant, chacun va lutter pour sa survie…

Une intrigue bien menée, sans temps mort, où l’on sent peu à peu monter la violence et le désespoir de certains. Un roman que l’on peut conseiller sans problème, qui contient une préface de Pierre Lemaître qui s’est trouvé emporté par le talent de Benjamin Whitmer. Je suis pour ma part curieuse de lire ses autres romans.

Et les vivants autour – Barbara Abel

Barbara Abel est une auteur belge de romans policiers née en 1969. Ses thèmes de prédilection sont souvent des milieux familiaux étouffants où germent délit et folie.

Editions Belfond- 05/03/2020 – 448 pages

Résumé de l’histoire

Il y a quatre ans, Jeanne Mercier, une jeune femme mariée à Jérôme, est victime d’un grave accident de voiture. Depuis, la vie de ses proches est suspendue autour de ce corps plongé dans le coma. Lorsque le professeur Goosens convoque les parents et le mari, ils imaginent qu’il s’agit de la débrancher. Il n’en est rien et la nouvelle qu’ils vont apprendre est le déclencheur qui met le feu aux poudres. Le père, la mère, la soeur et le mari de Jeanne vont alors se déchirer, libérant des non-dits, valsant parfois entre hésitation et certitude, tour à tour déterminés puis anéantis par le chagrin et la douleur. Quelle décision finale vont-ils donc prendre?

Mon avis sur le roman

Un roman qui prend des accents de thriller grâce à une intrigue bien menée. Une famille unie seulement en apparence dans laquelle les failles de chacun vont être révélées, les uns au contact des autres.J’ai beaucoup aimé le personnage de la mère qui révèle sa vraie nature au fil de l’intrigue.

Un roman somme toute agréable à lire, notamment si vous aimez les histoires à rebondissements.

Au soleil redouté- Michel Bussi

Editions Presse de la Cité-06/02/2020-432 pages

Résumé de l’histoire

Connaissez-vous les îles Marquises, en Polynésie française où sėjournèrent le peintre Paul Gauguin et le chanteur Jacques Brel? Rêveriez-vous d’y séjourner en compagnie d’un célèbre écrivain Paul-Yves François et d’être choisie parmi d’autres lectrices pour participer à un atelier d’écriture à Hiva Oa?

Voici comment cinq femmes se retrouvent sur l’île, accompagnée d’une adolescente et du mari de l’une d’entre elles.

Lorsque le romancier disparaît, tous pensent d’abord à un jeu pour stimuler l’imagination puisque il a demandé aux participantes de l’atelier d’écrire tout et le plus sincèrement possible. Mais la tension monte d’un cran quand une des femmes est assassinée…L’île pleine de charme avec ses statues, les tikis, ses mantras, ses tatouages, sa faune et sa flore paradisiaque devient soudain plus menaçante…L’ambiance vire carrément au thriller quand certains comprennent que le meurtrier ou la meurtrière est parmi eux…

Mon avis

L’intrigue est bien menée et l’auteur, tout au long du roman, joue avec le lecteur, l’entraînant dans une piste pour le faire virer ensuite dans une autre…Si certains personnages apparaissent caricaturaux (le mère de Maïma par exemple), d’autres son sincères et attachants: Yann, flic paumé, effacé par l’aura de sa femme et Maïma,une adolescente débrouillarde et réfléchie. Si l’ambiance fait penser aux Dix petits nègres d’Agatha Christie (l’auteur nous en parle lui-même), l’intrigue est parsemée d’art et de littérature: on retrouve des références à Gauguin, à Jacques Brel, on se met à fredonner des airs lointains, on s’interroge aussi sur ce que cela fait d’être un écrivain à succès, ce succès donne t-il donc tous les droits, même celui de disparaître? Qu’est-ce donc qu’être une future écrivaine, préférée, choisie…ou non pour son talent littéraire? Et l’éditrice, Servane Austin, très drôle au demeurant, quel est son rôle exactement? Ajoutée à l’enquête policière, cela ne manque pas de piquant et on oscille souvent entre action, bons sentiments et beauté des paysages, en passant par la découverte des traditions (les tatouages y sont pour beaucoup).

Pour résumer, j’ai préféré ce livre là au précédent de l’auteur, J’ai dû rêver trop fort. Je ne dévoile pas la fin mais je suis sûre qu’elle vous surprendra!

Propriété privée- Julia Deck

Julia Deck, née en 1974, a fait des études de lettres et est actuellement secrétaire de rédaction pour divers journaux et magazines. Elle a publié plusieurs romans depuis 2012 aux éditions de Minuit.

Editions de Minuit-05/09/2019-176 pages

Résumé

Eva et Charles Caradec ont la cinquantaine et ce couple va pour la première fois de sa vie devenir propriétaire. Ils ont choisi une petite commune en plein essor, un écoquartier et sont au début impatients de vivre chez eux, dans un endroit qui leur semble paisible.

C’est sans compter les voisins, sympathiques de prime abord mais qui vont vite crisper le couple. Du chat retrouvé mort éventré aux alliances clivantes de voisins , la vie dans ce lotissement se révélera plus pesante qu’il n’y paraît…

Avis de lecture

Je m’attendais un peu à une ambiance à la « Desperate Housewives » à la lecture de la 4ème de couverture. Je n’ai pas été déçue.

L’auteure fait preuve d’une bonne dose d’ironie et d’une verve douce-amère. Son personnage Eva, la narratrice, distille avec un oeil de lynx les us et coutumes de ses voisins sans rien épargner. Le chat qui vient dans le jardin, les adolescentes copines voisines, l’adolescent voisin pas inclus dans leur groupe, le voisin kinésithérapeute qui rentre tard, la voisine Inès qui vote Mélenchon. Politique, ėcologie, horaires, allers et venues, travaux, constructions,habitudes, conversations, même les plus anodines, rapports sociaux, rapports de couple : tout y passe.

Le microcosme des voisins est une critique de la société dans son entièreté. La tension sur divers sujets monte au fil des pages, insidieuse, lourde, les couples et les rapports de couple sont au coeur de cette tension. Eva, urbaniste débordée de travail supporte un mari dépressif, Charles tandis que la voisine, Annabelle Lecocq, se balade en micro-short et que le mari de celle-ci, Arnaud, semble s’intéresser à elle. On découvre alors un monde hypocrite, où les apparences comptent énormément: il faut afficher un bonheur complet, dans une maison parfaite, avoir des enfants parfaits, il est de bon ton d’agir écologiquement en garant sa voiture hors du quartier et en mangeant des aliments sains (et pourtant, les poulets du supermarché paraissent suspects aux yeux d’Eva…).

J’avoue que j’ai été moins réceptive à la partie « enquête de police, garde à vue, soupçons et tutti quanti ». Même si cela a donné du cachet au roman pour qu’il puisse être considéré comme un polar, mettant à son paroxysme les tensions sous-jacentes entre voisins.

Quoi qu’il en soit, Julia Deck montre à quel point vivre ensemble n’est pas facile. Nous avons tous eu un voisin à qui on a eu envie de dire: »fais moins de bruit! » « il y a trop de bruits de chaise » « ton chien aboie trop » etc…et à qui on s’est contenté de sourire poliment autour d’un apéro. Lisez ce livre et vous verrez certainement votre entourage d’un autre oeil!

Un(e)secte- Maxime Chattam

Editions Albin Michel- 30/10/2019-480 pages

Résumé de l’histoire

A Los Angeles, Atticus Gore , policier, est chargé de résoudre un meurtre « gore » (ok, il fallait la faire, celle-là!). Un cadavre dans un zoo désaffecté, il n’en reste que le squelette habillé et du sang séché, c’est comme s’il avait été dévoré de l’intérieur. A ses côtés, on retrouve une multitude d’insectes écrasés. Comment un corps a t-il se décomposer aussi rapidement?

A New York, la détective privée Kat Kordel est amenée à rechercher une disparue. Annie Fowlings n’a plus de nouvelles de sa fille, Lena, une jeune fille majeure, indépendante, qui a envoyé à sa mère un SMS étrange, d’où l’angoisse alors même que la police considère qu’il ne s’agit pas d’une affaire inquiétante.

Les deux affaires vont finir par se croiser, la détective et le flic vont être amenés à se rencontrer et à travailler ensemble. Se retrouvant confrontés à quelque chose de plus « grand » et « menaçant » encore que ce qu’ils imaginaient…

Mon avis sur ce roman

C’était mon « premier Chattam » (eh oui, c’est possible!). J’ai donc découvert le style de cet auteur, je le connaissais de par les articles lus sur lui, notamment pour ses conseils d’écriture.

J’ai été happée dès le prologue. Maxime Chattam sait dès le départ faire monter la tension et instiller la peur, à travers la description d’un univers menaçant: ces insectes qui grouillent…(heureusement, ces bestioles ne me rendent pas phobique).

J’ai apprécié l’alternance entre les deux affaires, entre New York et Los Angeles, entre le travail d’un policier et d’une détective. La psychologie des personnages principaux est bien mise en place et efficace. On sait que ces deux héros sont de la même « trempe », ils iront jusqu’au bout et cette tenacité est rassurante pour le lecteur qui peut davantage se concentrer sur le coeur des affaires plutôt que sur de quelconques doutes des personnages.

Ce polar a également des allures de science fiction et là se posent nos interrogations de lecteur face au monde qui nous entoure. Savoir que la société actuelle semble régie par des multinationales qui peuvent manipuler les gens à leur guise est effarant!

J’ai globalement bien aimé ce roman, qui traine cependant quelques longueurs (mais il y a tout de même plus de 400 pages!). Les personnages sont attachants, les insectes et l’enquête font leur effet. Et cela permet de s’interroger sur la surconsommation dans la société, le pouvoir des grandes multinationales, les progrès scientifiques également…

115- Benoît Séverac

Editions Manufacture de livres- 05/10/2017-288 pages

Résumé du roman

115 est un roman qui nous plonge au coeur de la Ville Rose, Toulouse mais plutôt du côté obscur. Il y a d’abord cette histoire de deux filles albanaises, clandestines en France, qui fuient leurs passeurs et se réfugient dans un container (l’une d’elles a un fils). Il y a ensuite cette descente au cœur d’un camp de gitans qui organise des paris clandestins, opération menée par la major de police Nathalie Decrest. Sergine Hollard a été appelée aussi pour évaluer l’état de santé des coqs défoncés pour les combats: elle est vétérinaire et s’intéresse aussi au genre humain et pas seulement aux animaux alors le sort des Albanaises l’émeut.

Elle a aussi pour projet d’ouvrir une clinique ambulante pour les animaux de compagnie des SDF et son obstination sera sa force car elle y parvient. C’est l’occasion pour elle de rencontrer Odile, une SDF qui vit dans un campement de fortune avec d’autres SDF dont certains sont plutôt inquiétants.

Nathalie, quant à elle, n’apprécie guère la jeune femme. Un contentieux demeure entre elles: l’été dernier, Sergine a voulu aider une jeune Maghrébine, Samia, 15 ans, promise à un mariage forcé, qui travaille désormais bénévolement dans sa clinique mais ses méthodes de « sauvetage » ont mis le feu au quartier des Izards.

Mais toutes deux sont obstinées et vont au fil du roman se rapprocher pour unir leurs forces et travailler ensemble pour savoir ce qui est arrivé aux deux Albanaises, retrouvées par leurs passeurs…

Mon avis sur ce roman

J’ai passé un très agréable moment de lecture. Benoît Séverac nous plonge dans l’univers d’une brigade de police, le quotidien d’une femme flic déterminée et aussi dans l’univers d’une femme vétérinaire, avec en plus l’univers des propriétaires d’animaux. Cela donne un ensemble varié de gestes techniques, de portraits de personnages, certains parfois plus insolites que d’autres (le propriétaire du chien HK, par exemple). La géographie des lieux est elle aussi variée: d’un camp à un container, de souvenirs en Albanie à une présence en France, du passage en France en toute clandestinité avec les risques que cela comporte au proxénétisme, d’un hôtel qui abrite des personnes en détresse à un hôtel de passes, d’une clinique ambulante pour les animaux des SDF à un campement de fortune pour SDF…Chaque univers révèle les affres d’une vie cahotique: misère sociale, misère affective, violences, contraintes, femmes synonymes de marchandises ou femmes pas protégées dans la rue: tout y est.

Et pourtant Benoît Séverac ne fait pas un roman qui tombe dans le misérabilisme. Ce ne sont pas juste les bien-nées qui aident les pauvres gens. Non, parmi ces pauvres gens, il y en a qui sont plus méchants que d’autres. Il y en a qui sont fragilisés par l’alcool, il y en a aussi qui ont une vie de clochardisation parce qu’il y a une fêlûre quelque part (ce n’est pas pour rien que les soeurs sont appelées Charybde et Scylla). Il y en a toujours en ce bas monde des personnes qui profiteront de plus misérables encore (quitte à ne reculer devant rien, comme piquer la pension d’un jeune autiste, Cyril).

Face au poids de leur quotidien, Nathalie et Sergine vont alléger la rancoeur éprouvée l’une envers l’autre. Leur quotidien est lourd, en effet, et c’est ce mélange de lourdeurs et de failles intimes qui va leur faire ressentir qu’elles peuvent avoir besoin l’une de l’autre. Si cette enquête policière et sociale touche, c’est aussi à cause des émotions qu’elle véhicule.

115 est un roman qui interpelle sur les tragédies de l’existence, sur le destin de ces femmes étrangères à qui on promet la lune et qui tombent de bien haut vers du bien bas pour parfois ne jamais se relever. Sur le sort de ces SDF déjà fragiles voire parfois très instables, qui ont pour tout quotidien la rue et sa violence. Et aussi sur la gestion des pouvoirs publics de tous ces problèmes qu’on voudrait ou préférerait ne pas voir. Car quel autre choix reste t-il pour certains que la marginalisation, la clochardisation, la prostitution?

Un roman humain sur l’humain. A lire. De toute urgence. Allô le 115? Je vous invite à lire aussi (même si je suppose que c’est fait).

Deuils de miel – Franck Thilliez

J’ai lu les Thilliez les plus récents mais quand j’ai vu celui-ci à la médiathèque, je me suis dit: « pourquoi pas? » .Je précise que je n’ai pas lu le premier opus « Train d’enfer pour ange rouge » mais je le ferai dès que possible.

Éditions Pocket-2008-340 pages

Pour commencer ce polar-là, Thilliez choisit de faire expliquer à Sharko son drame: sa femme et sa fille Eloise ont été renversées par une voiture. Tuées toutes les deux. Depuis, Franck se bourre de médicaments. Cela fait un an et pour lui, c’est comme si c’était hier…

Son métier le rattrape: le voilà plongé dans une enquête qui commence dans une église. Une femme a été retrouvée morte, entièrement nue et rasée, sans blessure apparente. Le commissaire Sharko se lance sur la piste d’un tueur machiavélique. Le message trouvé à l’église reste énigmatique, d’autres cadavres se profilent à l’horizon, des papillons et des insectes apparaissent…Une course contre la montre s’engage bientôt…

Sharko fait face à ses démons. Une petite fille bien étrange apparaît chez lui: elle prétend que sa maman est partie au travail en l’enfermant dehors par inadvertance alors qu’elle s’élançait à la poursuite du chat…Mais elle sait des choses sur Franck et sur Eloise que Franck est seul à connaître…Qui est-elle donc? Pourquoi apparaît-elle si soudainement?

Franck finit par comprendre que le tueur éprouve une fascination pour les insectes et que cela peut être très dangereux. Il trouve une liste avec les prénoms et la première lettre du nom des prochaines victimes du tueur. Cinquante-deux personnes. Rien que cela. A force de réflexion, il parvient à localiser ces personnes, issues du même village. Il croit comprendre aussi que le tueur est un être qui a beaucoup souffert, il retrouve un hypnotiseur qui l’a eu pour passion, il fouille dans le passé du tueur pour découvrir ses motivations…

Les derniers chapitres nous offriront le dénouement, avec un retournement de situation qui est le révélateur d’une autre situation périlleuse. Seule certitude: les insectes sont toujours présents pour transmettre une maladie contagieuse (le paludisme) et c’est contre cela qu’il faudra lutter…Sharko, en bon flic, se retrouvera également face au tueur. Qui lui fera des révélations inattendues.

Mon avis sur le roman

Je n’ai pas trouvé ce roman aussi palpitant que les derniers romans de Thilliez. Mais il vaut tout de même son pesant d’or. C’est un véritable thriller qui nous fait aller de rebondissements en rebondissements. Avec un Sharko pas tout à fait lui-même, à cran, au bout de lui-même, hanté par son drame personnel, sa femme, sa fille et cette petite fille qui n’est en fin de compte présente que dans son imagination…Les personnages décrits par Franck Thilliez sont traumatisés à souhait, les pages de description des meurtres donnent la chair de poule…A fuir par contre pour celui qui a peur des insectes: vous ne les regarderez plus jamais du même oeil…

J’ai dû rêver trop fort -Michel Bussi

Editions Presse de la cité -28/02/2019-480 pages

Résumé du roman

Nathalie est hôtesse de l’air et son métier la transporte aux quatre coins du monde.

Il y a 20 ans, en 1999, sa route a croisé celle d’un musicien, Ylian. Grâce à lui, elle assiste gratuitement à un concert de The Cure. Ils deviennent amants (Nathy a un mari et une petite fille) et se retrouveront lors de plusieurs autres voyages à San Diego, Barcelone et Djakarta.

20 ans plus tard, en 2019, Nathalie se retrouve face à de nombreuses coïncidences : les mêmes escales au programme avec quasiment les mêmes collègues, un sac perdu 20 ans plus tôt qui semble le même, les mêmes mélodies et d’autres choses que seule elle et Ylian connaissent se produisent. Elle va chercher à comprendre, troublée par l’enchaînement des événements…

Mon avis de lecture

En toute honnêteté, la mayonnaise n’a pas pris. J’avais en tête le sublime Nymphéas noirs , paru il y a quelques années déjà (l’intrigue était bien menée, les références picturales étaient fouillées, on se voyait vraiment à Giverny, le suspense était à son comble au moment venu, le retournement de situation était juste assez à point pour satisfaire pleinement le lecteur…). J’ai été déçue par ce roman de 2019.

Au commencement, j’ai trouvé la narration sans grand intérêt. J’ai attendu plus de 100 pages que quelque chose se passe. Le jeu de miroirs entre deux époques est intéressant, on cherche les similitudes, on se demande comment tel personnage présent il y a 20 ans va réagir…Mais il y a un petit quelque chose qui fait que « ça ne le fait pas ». Le rythme de l’histoire est trop poussif, on ne se laisse pas prendre au jeu de cette histoire d’amour…

Le rebondissement final rend l’histoire plus bancale encore, les détails nous donnent l’impression d’une intrigue tirée par les cheveux…

Bref, pas sûre de relire du Bussi. Sauf pour avoir en tête la chanson de Bashung…

Le manuscrit inachevé- Franck Thilliez

Editions Fleuve-03/05/2018-528 pages

Résumé du roman

Janvier 2014. Une jeune joggeuse de 17 ans, Sarah, part courir. Il fait froid, en janvier, à Berck-sur-Mer, où elle vit entre son père, chef de chantier en restauration du patrimoine, et sa mère, ancienne institutrice devenue romancière à succès. Tomber malade n’est pas le seul danger qui la guette. Ses parents ne la reverront jamais, elle fait partie des victimes d’un tueur qui,en 2018, attend son procès derrière les barreaux et livre, un à un, l’emplacement des corps des jeunes filles enlevées et tuées.

Décembre 2017. A Grenoble, Quentin, 18 ans, conduit pour semer la douane, après avoir réalisé un braquage. La course-poursuite se termine dans un ravin. A l’intérieur de la voiture qui s’avère volée, se trouve le cadavre d’une femme au visage arraché.

Une équipe de policiers sera chargée de l’enquête, dont Vadim Morel et Vic Altran, qui a une mémoire étonnante. Qui a tué cette femme? L’histoire les mènera vers Sarah, vers ses parents, Léane et Jullian.

Plusieurs histoires sont en une et comme les personnages, on ne sait parfois plus très bien où est la réalité et comment parvenir à la vérité…

Mon avis sur ce roman

Génial. Palpitant. Haletant. Un Thilliez haut en couleurs.

Une ambiance glauque, voire très très sombre. Des personnages bien tordus. Des flics prêts à aller jusqu’au bout. Des proches de victimes prêtes à tout pour découvrir la vérité, aussi horrible soit-elle.

Une description des corps et des mutilations à en cauchemarder la nuit. De la douleur, psychique, physique. Franck Thilliez décrit des âmes blessées et de beaux salopards, pervers, sadiques, comme on souhaiterait ne jamais en croiser.

Mais Franck ne s’arrête pas là: il joue avec nous, pauvres lecteurs englués dans la recherche de vérité: qui a tué Sarah et où est son corps? Apolline va t-elle être sauvée et si oui, dans quel état sera t-elle? Grégory Giordano est-il innocent? Et Jullian Morgan, pourquoi se comporte t-il si étrangement, à tel point que même sa femme, Léane, ne sait plus que faire ni qui croire?

D’histoire en histoire, de mise en abyme en mise en abyme, de livre en livre dans un seul livre, Franck nous mène vers la fin de son roman inachevé. En nous demandant comme aux enquêteurs de faire marcher notre cerveau. D’énigmes en énigmes, à la poursuite de Sherlock Holmes et Moriarty. C’est une partie d’échecs dans laquelle on a toujours un coup de retard. A nous de déterminer aussi si le roman inachevé s’achève réellement ou n’est pas plutôt une multitude de possibles…

Luca- Franck Thilliez

Editions Fleuve – 02/05/2019-552 pages

Résumé du livre

Quel lien peut-il exister entre Flowizz, pseudonyme de Florence sur les réseaux sociaux et Bertrand, un quadragénaire prêt à tout pour avoir le bébé dont il rêve tant avec son épouse?

Et surtout qui est le dingue qui les a kidnappés, enfermés dans des cylindres et qui diffuse sur les réseaux sociaux leur quotidien comme un compte à rebours, en menaçant de les tuer si la police agit?

Qui a tué l’homme dont le corps mutilé a été retrouvé en forêt, au fond d’une fosse?

Qui a programmé la mort de cet homme qui s’est effondré devant les locaux de la police?

Et qu’adviendra t-il de Luca, apparemment conçu par mère porteuse, qui n’est finalement pas le fils de Bertrand et dont on ignore tout de la mère biologique?

L’équipe du commandant Sharko sera amenée à élucider quelques meurtres et énigmes en un court laps de temps. Tous prendront conscience de la montée de l’intelligence artificielle: jusqu’à quel point la technique gouverne t-elle nos vies? jusqu’où peut-aller le manque d’éthique humain?

Mon avis sur le roman

Passionnant. Prenant. Palpitant. Angoissant. Les adjectifs ne manquent pas pour décrire cette pepite du thriller français. Une véritable réussite.

Dans ce roman paru en mai 2019, Franck Thilliez nous fait partager le quotidien d’une équipe de choc (ce n’est pas une surprise pour les lecteurs de ces autres livres) dont chaque membre sous sa carapace révèle son humanité. Sharko et Lucie, le couple phare du précédent roman Sharko, pensent à leurs enfants ek cas de coup dur et se soutiennent à leur manière. Nicolas Bellanger lutte tant bien que mal contre un stress post-traumatique et s’intéresse fortement à Audra, une nouvelle recrue marquée par l’attentat de Nice.

L’écriture est alerte, l’action est resserrée, les rebondissements sont légion. Le lecteur n’a vraiment pas le temps de s’ennuyer, d’autant plus que les descriptions des techniques relevant de l’intelligence artificielle (puce, pacemaker…) sont d’une précision digne d’un scientifique et passionnantes.

Je n’en dirai pas plus. Mais faites comme moi: commencez ce roman et vous n’aurez qu’une envie: le lire d’une traite!

Quand sort la recluse – Fred Vargas

Editions Flammarion -10/05/2017-480 pages

Un Vargas comme je les aime: plein d’humour et de rebondissements! L’histoire est truculente et on retrouve avec plaisir le commissaire Adamsberg.

Ami lecteur, en parcourant les pages, tu apprendras comme lui ce qu’est une recluse. Attention, il a une enquête à mener, suite à un fait divers en apparence banal: trois nonagénaires ont été tués près de Nimes. Par une morsure d’araignée.

Pas n’importe quelle araignée: une recluse, une araignée présente en Amérique du Sud. Normalement, son venin n’est pas mortel pour l’homme, sauf si plusieurs dizaine d’araignées viennent l’attaquer.

Quand sort la recluse paru en 2017 ne se veut pas un roman entomologiste. Non, c’est un roman dans lequel chaque décision pèse. Et elles sont nombreuses, les décisions à prendre et ils seront nombreux, les désaccords entre les membres de l’équipe d’Adamsberg.

La ou les recluse(s) croiseront aussi le chemin des blaps (eh, Fred, tu as consulté le dictionnaire des insectes ou quoi?) ou scarabées puants, insectes qui vivent dans le noir et se gavent d’excréments de rats.

Tout cela paraît tellement éloigné des meurtres commis. Mais d’autres personnages âgées sont tués et ça y est, la piste du règlement de compte est avancée…

Il faudra du temps au commissaire pourtant pour parvenir à résoudre le mystère. Du temps et une plongée dans son passé, aussi. Car une recluse, ce n’est pas seulement un insecte, c’est aussi une femme (on parle de reclus pour un homme mais ce fut moins fréquent). Au Moyen-Age existaient des recluseries (eh, Fred, tu es médiéviste, maintenant?), des petites loges situées hors des villes, dans des coins reculés. Pour prouver son amour à Dieu et pour se retirer de la société, la recluse consacrait ses journées à la prière. Elle n’en ressortait que morte, emportée par la maladie ou les conséquences de son enfermement (elle avait peu à manger aussi, dépendant des dons d’autres personnes). Adamsberg a justement croisé une recluse durant son enfance…Mais quel est donc le lien entre la femme et l’araignée? Et comment convaincre une équipe divisée de le suivre?

Avis

Je dirais qu’on peut aimer…ou pas. J’aime le style « Vargas », j’aime son humour, les portraits qu’elle dresse de ses personnages, j’aime le commissaire Adamsberg qui parvient à ses fins sous ses airs un peu linaires. J’aime la montée progressive de l’intrigue et même les digressions qui donnent l’impression que l’on s’éloigne de l’intrigue principale (attention, ce n’est qu’une impression…). Et puis Vargas est une virtuose des mots, des jeux de mots, qu’elle distille à travers la bouche de ses personnages.

Je me laisse volontiers bercer dans cette atmosphère…Avec une interrogation tout de même: mais pourquoi, diable, Estalère ne fait-il pas un bon café?