Le tiers temps – Maylis Besserie

Maylis Besserie, née en 1982, est auteure d’un premier roman, Le tiers temps, paru en 2020, qui a obtenu le Prix Goncourt du premier roman.

Éditions Gallimard-06/02/2020-184 pages

Résumé de l’histoire

Paris, 14ème arrondissement, rue Rémy-Dumoncel. Un immeuble blanc abrite une maison de retraite, Le tiers-temps. Parmi ses résidents, figure un vieux monsieur, grand, le visage sombre, très connu: Samuel Beckett (qui a réellement séjourné là-bas). Il y attend la fin, son épouse Suzanne étant déjà au ciel. Il se remémore sa vie, entre deux langues, l’anglais (il est d’origine irlandaise) et le français, langue de son exil. Le récit alterne entre vie quotidienne à la maison de retraite et les souvenirs des épisodes de sa vie les plus marquants.

Mon avis sur le roman

Quel beau Samuel que celui-là! On l’imagine mal, tant ses pièces sont dynamiques, attendant la fin et pourtant, Maylis Besserie décrit tout à fait un vieil homme attendant d’aller au ciel.

La forme du roman est originale, l’alternance entre les compte-rendus médicaux et le journal fictif du dramaturge décrit donne une épaisseur au personnage, on réalise le temps qui passe sur lui, sa vieillesse. Le temps est d’ailleurs très consigné dans le roman: les rapports médicaux décrivent faits et gestes de Beckett avec minutie, lentement.

J’ai beaucoup aimé l’évocation de son oeuvre et de sa vie, tant littéraire que privée, à travers ses souvenirs: d’abord l’allusion à son ami James Joyce puis à ses chansons d’Irlande, à sa mère et aussi à sa maison à Ussy, une ville découverte dans les années 50…

Un Beckett auquel on ne s’attend pas, un roman rempli de faits réels et aussi imaginaires, morceaux fragmentaires distillés ça et là, description d’une oeuvre littéraire par touche…Un très beau roman.

Rhapsodie des oubliés – Sofia Aouine

Editions de la Martinière- 29/08/2019-208 pages

Résumé de l’histoire

Abad, 13 ans, est un adolescent qui vient du Liban qui arrive à Paris, dans le 18ème arrondissement et qui vit au cœur de Barbès, dans le quartier de la Goutte d’Or, à la sinistre réputation. L’adolescence est l’âge de tous les possibles et Abad se fait l’observateur de tous les travers de son quartier: pauvreté, chômage, prostitution, drogue et montée de la radicalisation sont des sujets très présents dans le roman. Abad, au gré de ses rencontres, veut tout faire pour s’arracher à cette vie-là, voyant son père victime d’un accident du travail devenir invalide et ne parvenant pas à retrouver un travail, sa mère qui part faire des ménages tôt le matin.

Mon avis sur le livre

Un premier roman pour l’auteure, quelques maladresses mais un joli roman. La première chose que je retiens, c’est son amour pour ce quartier, sa description en est réaliste, on sent que Sofia Aouine aime ces rues, loin d’être parfaites mais si vivantes et qu’elle a voulu avant tout faire partager un pan de vie de ses habitants, vie aussi déglingée soit-elle. La Goutte d’Or, cela renvoie si bien à Zola, à la misère qu’il a décrite, à la gouaille des ouvriers, des personnages alcooliques, aux enfants du XIXème siècle qui ont poussé là-bas, on ne sait trop comment.

Il y a un peu de cette idée, dans le roman de Sofia Aouine: tous ces adolesscents et enfants, observateurs des « méfaits »des adultes qui parfois ensuite deviennent guetteurs à la sortie du collège. C’est plus compliqué pour les filles: Abad parle d’elles comme les « Batman », des femmes voilées, recouvertes du niqab, il y a des hommes aussi, les « Barbapapas », tant de personnes radicalisées. Sofia Aouine décrit l’impuissance des « vieux Arabes » du quartier, celle des mères, celle des familles face à la montée du radicalisme. Le langage dans la bouche d’Abad est autant d’incursions dans ce quartier.

Son passage chez une psychanalyste est autant d’air frais pris ailleurs, dans un autre lieu, une autre ambiance. Psychanalyste elle aussi marquée par son passé, par son histoire familiale, par sa mère qui a vu sa famille embarquée et disparue en juillet 1942, survivante malgré elle. Femme qui dit aussi à quel point les racines familiales sont importantes.

Le roman de Sofia Aouine dit aussi le manque de repères familiaux, chez Abad, chez ses copains mais aussi chez les adultes. Prenons par exemple l’histoire de Gervaise qui vous semblera n’être qu’une prostituée sur le trottoir. Elle est retrouvée morte par des éboueurs et c’est alors qu’Abad s’autorise à raconter son histoire: envoyée en France par une « tante » parce que vendue par sa mère, maman d’une petite fille qu’elle a eu avec un homme de passage parce que sa mère la livrait aux hommes, tout comme elle le faisait elle-même. Gervaise qui a espéré si fort pour sa petite Nana une vie meilleure que la sienne. Et que dire de l’histoire de la fille d’en face, soeur d’Omar, radicalisé qui entraîne de nombreux jeunes sur la voie de la radicalisation? Que dire de ce frère qui se prend pour le père et qui corrige sa soeur pour la moindre broutille?

Un premier roman aux personnages touchants, marquant par son réalisme. Sofia Aouine, dans son genre, est une auteure à la plume prometteuse.

Là où chantent les écrevisses – Délia Owens

Délia Owens, née en 1949, est diplômée en biologie et zoologie et vit désormais en Caroline du Sud, après 23 ans passés en Afrique. Là où chantent les écrevisses est son premier roman.

Editions Le Seuil – Traduit de l’anglais par Marc Amfreville-02/01/2020-480 pages

Résumé du livre

Aux Etats-Unis, en Caroline du Nord, au coeur des marais, loin de la ville de Barkley Cove vit une famille dans une misérable cabane. En 1959, Kya, 6 ans, voit sa mère partir, la laissant seule, ses frères et soeurs et elle, avec un père alcoolique et violent qui a pour seuls revenus une pension d’invalide de guerre et les fruits de sa pêche. A leur tour, ses frères et soeurs abandonnent le foyer, même Jodie, le frère protecteur, de sept ans son aîné. Le père disparaît également et la petite fille doit apprendre à survivre dans le plus grand dénuement et la solitude.

Elle va apprivoiser le milieu des marais et apprendre beaucoup dans cette nature sauvage, donnant à manger et parlant aux oiseaux, découvrant les plantes, les espèces vivantes, des coquillages, observer et recueillant des spécimens…Elle vivra deux histoires d’amour, l’une avec Tate, de quatre ans son aîné, qui traverse souvent le marais pour pêcher avec son père, un jeune homme qui lui apprendra à lire et qui apprendra aussi beaucoup à son contact. Il passera de nombreux moments avec elle à parcourir la nature à observer les différentes espèces animales…Kya s’apprivoise mais Tate part à l’université et ne respecte pas sa promesse de revenir vers elle…Elle vit alors une autre histoire avec Chase Andrews, un garçon très populaire, admirée de toutes les filles de Barkley Cove. Jusqu’à ce que celui-ci se fiance et se marie.

En 1969, le cadavre de Chase est retrouvé dans le marais et la police est chargée d’enquêter. Toute la communauté pense à un meurtre et les soupçons convergent vite vers la « Fille des marais » qui fuit dès qu’on l’approche, n’est allée qu’une journée à l’école (les autres enfants se moquant d’elle), qui fréquente un couple de Noirs, Jumping et Marbel, qui tiennent la station-service…Les préjugés sont tenaces…Comment Kya pourra t-elle s’en sortir? Sera t-elle innocentée lors de son procès?

Mon avis sur ce livre

Un roman sublime, intelligent, poétique et plein d’humanité. Un énorme coup de cœur!

Comment ne pas être émue par l’enfance de Kya, cette gamine qui part pieds nus à travers les marées pour aller à l’épicerie la plus proche à des kilomètres acheter de quoi se nourrir, elle qui ne sait ni cuisiner ni compter! Comment ne pas être indignée par le rejet des habitants dont elle fait alors l’objet: « cette fille est sale ». Comment ne pas s’indigner par le traitement dur et méprisant que tous les habitants ou presque réserveront à « la fille des Marais », oubliant de quel courage et quelle ingéniosité il lui a fallu faire preuve pour survivre dans un milieu naturel hostile!

Vous aussi vous serez séduit(e) par la poésie de ce roman, par l’ode à la nature, si omniprésente. J’ai vraiment beaucoup aimé voir comment Kya apprivoise la nature et comment elle-même s’apprivoise à son contact. Certes, son savoir n’est pas académique (longtemps, elle ne sait pas lire) mais elle sait plus de choses que la plupart des habitants du coin et c’est là toute sa richesse intérieure! Vous lirez ces merveilleuses pages où elle chante, où elle parle aux éléments naturels, comme s’ils étaient humains, eux aussi.

L’auteure sait également nous plonger au cœur de l’enquête avec la recherche du coupable du meurtre, au cœur de la machine judiciaire, avec la défense à adopter pour innocenter Kya. L’alternance de récit entre 1952, année de départ de la mère de Kya, 1969, années du meurtre et les années précédentes et les années suivantes, nous permet de nous focaliser sur chaque pan de sa vie, sur chaque évolution.

Fermez les yeux: vous aussi, vous serez plongé(e) au coeur de la biodiversité, vous entendrez le cri des goélands, vous aurez envie de ramasser moules et coquillages pour aider Kya à survivre, vous aurez envie de partir à la découverte de nouvelles espèces, humant l’air parfois humide, parfois gorgé de brouillard…

Un super hymne à la nature, qui vous emmène loin, très loin, là où chantent les écrevisses…

Les toits du paradis – Mathangi Subramanian

Editions de l’Aube – 02/01/2020- Traduit de l’anglais par Benoite Dauvergne- 408 pages

Résumé du livre

L’histoire se passe dans le sud de l’Inde, plus précisément à Bangalore, dans un bidonville nommé Swarga ou Paradis, un nom inscrit sur un panneau enfoncé sur le terrain depuis 30 ans. Un bulldozer menace de tout détruire pour faire place à un centre commercial mais les femmes vivant là font front. Avec elles et les grands mères, cinq adolescentes, cinq amies: Banu, l’artiste, qui vit avec sa grand-mère, Deepa, jeune fille aveugle, pleine de ressources, Padma, venue d’ailleurs, Joy, transgenre, d’abord né garçon puis devenu fille et Rukshana qui est queer.

Entre grands malheurs et petits bonheurs, c’est leur histoire qui va nous être racontée mais aussi l’histoire du bidonville, déjà menacé de destruction à plusieurs reprises, l’histoire de leurs mères, de leurs grands-mères, de leurs père plutôt en retrait. C’est aussi un pan de la culture indienne qui nous est présentée, avec ses traditions, ses séparations de classe aussi. Les habitants de Bangalore voudraient ne pas voir ce bidonville. Les habitantes du Paradis, elles, au contraire, veulent empêcher sa destruction et montrer qu’elles aussi, elles existent, pleines de vies, animées, tournées vers l’espoir d’une vie meilleure…La destruction du bidonville pourra t-elle être empêchée? Comment la lutte va t-elle donc se terminer?

Mon avis sur le roman

Quelle lecture! Les toits du Paradis est une lecture splendide depuis son canapé vers un pays qui compte de nombreuses richesses insoupçonnées, y compris la richesse de cœur de ses habitants et surtout dans le cas présent ses habitantes qui ont peu mais qui sont tellement attachant(e)s.

Quelle leçon d’humanité nous donne l’auteure dans ce premier roman! Elle ne donne pas du tout au lecteur de quoi pleurer dans les chaumières, bien au contraire. Elle nous brosse le portrait de femmes débrouillardes, pleine de générosité, de bonté, qui sans forcément être très instruites ont « l’intelligence de la vie » en elle, faite d’expériences diverses.

A travers le regard de ces cinq amies adolescentes, c’est surtout la joie de vivre qui prime. Malgré tout: malgré la pauvreté, malgré la violence contre les femmes, si souvent rejetées en Inde jusque dans leur famille, malgré le système de caste qui perdure, les inégalités sociales présentes dans tous les milieux (même les ouvriers sur le chantier, au milieu des bulldozers évoquent la difficulté de payer les études, les mariages qui ne se font pas aisément, et la malédiction d’avoir une fille), malgré le fait d’être une fille, justement. Qu’ont-elles à perdre par rapport à ce qu’ont connu leurs mères et leurs grands-mères? Qu’est-ce qui les attend dans une société qui cherche à détruire leur lieu d’habitation?

C’est aussi l’histoire de leur destin qui nous est présentée. Leur meilleure alliée est la directrice de l’école, Mme Janaki, qui œuvre pour empêcher les retraits de l’école, synonyme de mariage souvent et que les filles aillent le plus loin possible dans leurs études, à l’université. Qui encourage chacune à exploiter son talent: Bana la peinture, Padma son talent pour les langues.

Fermez les yeux après la lecture du roman et vous retrouverez les odeurs de cuisine, vous respirerez les épices, les bons petits plats, vous aurez envie de toucher les tissus des tenues colorées et de vous promener dans les ruelles à la recherche des conversations de cette communauté de femmes…A travers les anecdotes de chacune, vous vous interrogerez sur les conditions de la femme indienne, surtout celle issue d’une classe pauvre. Et vous vous direz que ce roman délivre un message d’espoir pour les jeunes générations, en montrant une société en pleine mutation…

Un gros gros coup de cœur pour ce roman que je conseille vivement à tous !

A la ligne: feuillets d’usine – Joseph Ponthus

Editions La table ronde – 03/01/2019- 272 pages

Résumé du livre

Un homme va travailler à l’usine parce que « sa femme en a marre de le voir traîner dans le canapé en attente d’une embauche dans son secteur ». Par amour, il a quitté la région parisienne pour la Bretagne, perdant son emploi de travailleur social.

Ouvrier intérimaire, il se retrouve dans les conserveries de poissons et les abattoirs bretons.

Avec force détails, il va décrire son quotidien et celui des ouvriers qui travaillent à la chaîne, à la ligne. Le bruit, les gestes professionnels, le corps qui souffre, la fatigue, le rythme de travail.

Pour supporter la cadence, il fait appel aux mots. Sa vie d’avant l’aide à supporter. Il ne parle pas beaucoup mais se souvient des chansons de Charles Trénet et des poèmes d’Apollinaire.

Mon avis sur le livre

« A la ligne » est un roman original de par sa forme: à bas la ponctuation, place à la ligne. Comme des vers libres sauf que l’univers décrit est tout sauf poétique.

La ligne, cette foutue ligne de production qui montre plus que jamais ô combien le travail effectué dans de telles conditions est déshumanisant.

De par son rythme, le récit est concentré sur l’action. On travaille, toujours, sans cese. Clope, café, travail, pause, clope, café, travail. La répétition des gestes, la cadence des gestes invite l’écriture à être immédiate. Il faut lire, aspiré par les lignes du dessous. Il faut travailler, travailler sans voir l’air du jour. Pas de répit.

Faire, faire sans réfléchir, telle est la conduite à tenir. Quel que soit le prix. D’où la grande interrogation qui émerge après la lecture de ce bouquin: quel sens donner au travail?

Après la lecture de ce bouquin, vous ne regarderez plus les aliments au supermarché ou dans votre assiette de la même façon. Durant vos pauses, au travail, vous penserez aussi à ces intérimaires qui ne savent pas toujours comment aller bosser le lendemain et qui doivent se cacher pour goûter aux produits qu’ils maniupulent…Vous penserez pendant que vous discutez avec vos collègues du dernier film au cinéma que d’autres travailleurs sont trop fatigués pour aligner un mot entre eux…Le récit pourrait ne jamais s’arrêter tant il y a encore à dire, à la fois sur les ouvriers, main d’oeuvre corvéable à merci et sur les dirigeants, toujours prompts à exploiter ces hommes. Ajoutons à cela les impératifs dictés par la société de consommation, fermons les yeux, réfléchissons…et allons-y, courons nous réfugier dans le Larzac…pour lire ce très bel opus…

La vraie vie – Adeline Dieudonné

Editions L’Iconoclaste-29/08/2018-270 pages

J’avais entendu parler de ce roman paru lors de la rentrée littéraire mais je ne l’avais pas encore lu. Il a obtenu plusieurs prix: le Prix Renaudot des lycéens (2018), le Prix du roman Fnac (2018), le Grand prix des Lectrices Elle (2019). Ce roman a été omniprésent sur les étals des librairies, on en a entendu parler partout…et cela n’a pas suscité l’envie chez moi, je n’aime pas le côté : « bouquin à la mode, à lire absolument ».

Bref, je l’ai lu hier au format numérique (je vous ai déjà dit que ma médiathèque est géniale, elle fait des prêts de ressources numériques?!).

Quelques mots sur l’auteure

Adeline Dieudonné est une jeune auteure belge, née en 1982. Mère de 2 enfants, elle a commencé à écrire à 33 ans. Nouvelliste, elle a remporté le Grand prix du concours de la fédération Wallonie-Bruxelles pour la nouvelle Amarula. Dramaturge, elle écrit une pièce de théâtre, Bonobo Moussaka, monologue qui décrit la vie d’une trentenaire qui s’interroge sur son avenir et celui de ses enfants. Cela lui fournit l’inspiration pour son premier roman, elle s’inspire également de la Belgique (à Bruxelles, une station de métro s’appelle L’étang des Enfants Noyés) (pour citer une de mes sources: merci, Télérama!) (un petit clic ici pour ceux que cela intéresse: https://www.telerama.fr/livre/adeline-dieudonne,-une-premiere-oeuvre-au-noir,n5836915.php)

Résumé de l’histoire

Au début du roman, la narratrice a 10 ans, son frère Gilles en a 6. Tous deux vivent dans un quartier pavillonnaire,le Demo. Les maisons sont toutes semblables, la leur est un peu plus grande que les autres, ils ont un plus grand jardin et une piscine gonflable . Leur mère est femme au foyer, leur père est comptable.

Le foyer compte 4 chambres: une pour chaque enfant, une pour les parents, une pour les cadavres, des animaux empaillés tués par le père chasseur et braconnier.

Hormis la chasse, le père passe son temps devant la télé, avec une bouteille de whisky. La mère ressemble « à une forme de vie primitive, unicellulaire, vaguement translucide. Une amibe. Un ectoplasme… ».Elle est soumise au père, violent. Elle parle davantage à ses chèvres qu’à ses enfants.

La narratrice et son frère jouent dans un cimetière de voitures et attendent avec impatience la petite musique qui annonce le marchand de glaces. Une envie de chantilly va brusquement faire passer la narratrice dans la vraie vie. Une vie dans laquelle elle fait des choix: celui d’être première de la classe, celui d’étudier la physique (parce qu’elle admire Marie Curie), celui de tout faire pour accéder à une vie meilleure, celui de sauver son frère.

Depuis le drame, Gilles ne rit plus et s’approche dangereusement du père violent, passant son temps dans la chambre des cadavres, avec la hyène.

Mais comment faire pour à la fois se protéger du mal, protéger ceux qu’on aime sans basculer soi-même dans la violence?

Mon avis sur le roman

Un roman prometteur. Une action décrite des 10 ans aux 15 ans de la narratrice, qui va à l’essentiel: il faut vivre dans ce quotidien fait de violence.

Ce roman initiatique décrit une très belle relation fraternelle: la narratrice lutte pour s’en sortir et fait tout pour que son frère ne bascule pas. La traque de la jeune fille dans la forêt (scène d’une violence et d’un désaveu paternel inouïs) se termine par une émotion qui resurgit: son frère est de nouveau son allié, son frère désapprouve le père.

Adeline Dieudonné dresse des portraits des personnages sans concession. Sans complaisance aucune pour les adultes. Les enfants ne sont pas non plus que des victimes. La narratrice au contraire est celle qui agit, qui veut trouver des solutions (à 10 ans, pour revoir le sourire de son frère, elle veut créer une machine à remonter le temps, comme dans le film Retour vers le futur, elle y croit vraiment).

Certaines scènes nous laissent particulièrement en apnée: la scène de la forêt, apothéose de la violence mais aussi toutes les scènes où on sent la tension monter, celle où la viande est trop saignante, la mère se retrouvant le visage plongé dans les débris de l’assiette brisée par le père.

Quelques petits bémols: le personnage du père est décrit comme celui d’une bête mais on aurait aimé en savoir plus sur son côté sensible: un homme qui pleure en écoutant Claude François.

La fin également est trop rapide: que va t-il se passer ensuite? Comment se reconstruire après une telle vie?

A la demande d’un tiers – Mathilde Forget

Editions Grasset-21/08/2019-162 pages

Hospitalisé(e) à la demande d’un tiers: telle est l’expression pour interner d’office un proche qui « déraille ».

La narratrice a fait appel aux pompiers pour qu’ils viennent chercher sa soeur aînée, Suzanne. Elle va ensuite rendre visite à cette soeur tout en s’interrogeant sur leur mère qui s’est suicidée du haut de la plus haute tour d’un château. Elle décide alors de mener l’enquête (quelles sont les causes du suicide?) en allant voir les psychiatres consultés par sa mère et des membres de sa famille.

Mon avis

Une écriture directe. Un roman court, au ton décalé et humoristique: voici les clefs de ce premier roman.

Le personnage de la narratrice est intéressant: on se demande quand elle aussi va basculer dans la folie. On la sent à la limite: de Bambi au syndrome du coeur brisé, on se dit qu’elle aussi va lâcher…

Je pense qu’il s’agit d’un roman prometteur. Dommage qu’il nous laisse sur notre faim: les bribes de souvenir récoltés sur la mère sont trop peu nombreux pour faire de celle-ci un personnage haut en couleurs. Une mère en filigrane, deux filles mal en point. Les personnages sont attachants, l’ensemble fait un bel équilibre.

Sale gosse – Mathieu Palain

Editions l’Iconoclaste-21/08/2019-

J’avais repéré ce livre, nouveauté littéraire de la rentrée, paru en août 2019 lors d’un passage en librairie en octobre. Il a fallu attendre qu’il soit disponible à la médiathèque, mon budget consacré aux livres étant limité en ce moment (Noël approchant…).

Résumé du livre

C’est l’histoire de jeunes en perdition, sans repères ou pas avec les bons, légalement parlant. C’est l’histoire d’éducateurs de la PJJ (protection judiciaire de la jeunesse ) qui n’ont pas toujours le même parcours mais la volonté tenace d’aider et d’accompagner ces jeunes.

Wilfried est au centre de l’histoire. Père inconnu, mère toxicomane: il est retiré de son foyer à 8 mois pour être placé en famille d’accueil, chez Thierry et Anna. A 15 ans, il se voit footballeur professionnel, il est au centre de formation d’Auxerre mais il est renvoyé à cause de violence envers un autre joueur. Pour l’aider et consolider l’équilibre familial, Thierry et Anna lancent une procédure d’adoption mais un juge décide que Wilfried doit aller vivre avec sa mère biologique. L’adolescent préfère fuguer et tomber dans la violence. A 17 ans, il est suivi par une équipe d’educateurs, surtout par Nina, avec une question lancinante: que faire de sa vie, lorsque la case prison n’est pas loin?

Quelques mots sur l’auteur

Mathieu Palain est un jeune auteur, né en 1988. Sale gosse est son premier roman. Il explique son parcours à la fin de ce livre: il est journaliste de formation, mais son père était éducateur de la PJJ. Il a voulu lui rendre hommage ainsi qu’à ses collègues et a passé 6 mois à la PJJ d’Auxerre. Il s’est aussi inspiré de plusieurs films, notamment Polisse de Maiwenn dans lequel une photographe s’est retrouvée confrontée à la vie quotidienne d’une brigade des mineurs.

Mon avis sur ce livre

J’ai passé un agréable moment en lisant ce livre. Mathieu Palain brosse des portraits sans concession, aussi bien des jeunes que des éducateurs. Les familles défaillantes sont ce qu’elles sont: des familles défaillantes. Tout paraît réaliste, comme si nous y étions.

On perçoit toute la difficulté du métier d’éducateur, un métier qui ne s’arrête pas à la sortie de la PJJ.

 » Le foyer, c’est le cinéma et le milieu ouvert, la photographie. Un film, tu le vis à je ne sais pas combien d’images par seconde, et l’histoire t’embarque. La photo, elle reste figée mais à force de la regarder, tu perçois les détails, le second plan. Le milieu ouvert, c’est ça: tu as l’impression d’avoir perdu le contact, alors qu’en fait, tu as pris du recul pour comprendre ce qui se passe. »

Leur métier les confronte à tous les travers de la société: la drogue, l’alcool, le désamour ou le non-amour de gosses pas désirés, la précarité voire la misère, la difficulté pour les adultes de faire face à leurs responsabilités ou leur irresponsabilité. Les parcours des gosses, ils les connaissent d’avance, ils se ressemblent tellement: suite à l’abandon ou la démission des parents, peu importe les raisons, les gosses se retrouvent fragilisés, cabosés de partout. En arrivant au foyer, tous ont connu la violence: les cris, les coups, les paroles désobligeantes voire les viols, la prostitution, certains ayant même tourné la violence contre eux-mêmes, par des tentatives de suicide, des mutilations, ou contre d’autres, par des vols.

Les univers de ces gosses, c’est la cour des miracles. A travers une écriture directe, qui ne s’embarrasse d’aucune fioriture, Mathieu Palain nous fait aussi sur les capacités de l’être humain à protéger les plus fragiles et sur le devenir de ces jeunes. Comment l’institution fait-elle pour gérer les nombreux dossiers et faire en sorte que de ces dossiers émerge de l’humain (ce sont les éducateurs qui font cela admirablement)? Quel sens peut-on donner au mot « famille? ». Que faire quand on n’est plus sous couvert de la protection de l’enfance, à 18 ans? Et aussi: est-ce que le sport peut « sauver » ces « sales gosses »?

Un roman qui nous plonge au coeur de l’humain, avec ses soubresauts et ses palpitations.

Ma part de Gaulois – Magyd Cherfi

Editions Actes Sud – 17/08/2016- 272 pages

Résumé du roman

1981.A Toulouse, dans les quartiers nord vit Magyd, élève de Terminale. Passer son bac est une normalité pour nombre de jeunes mais lui sera certainement le premier Arabe de la cité à l’avoir, c’est même un des objectifs de sa mère. Avec ses copains Momo et Samir, il affronte au quotidien moqueries et insultes de jeunes qui ne « dépassent même pas la 5ème ».

1981, c’est aussi l’année de campagne de Mitterrand et la peur d’être expulsé. Alors Magyd manie les mots comme personne autour de lui, tente de monter une pièce de théâtre avec les filles, pour qu’elles se sentent libres. Il fait aussi de l’aide aux devoirs pour les plus jeunes.

Sans rejeter les siens, son quartier, sa cité, il se met aussi à fréquenter des camarades de classe, des « Français ». Et s’interroge sur sa double identité, sa double culture. Il aura le bac mais après?

Mon avis sur ce roman

Si l’on prend en compte l’écriture et le langage, ce roman paru en août 2016 fait preuve d’une extrême drôlerie. Rimbaud et Brassens côtoient les « enculés », les « cons de ta mère » de la cité: c’est là tout le paradoxe identitaire d’un jeune qui se cherche, coincé entre son environnement de cité et  » les Français ».

Je suppose que le fait de parler autant de « français », « française », « arabe », « rebeu » est la retranscription d’une époque. J’avoue que ces références constantes aux origines m’a un peu gênée, comme s’il était besoin de faire une surenchère du communautarisme des cités.

Mais je reconnais que malgré les tournures de langage familier, ce roman retrace le parcours d’un jeune qui a foi en la culture, prêt à lutter contre le déterminisme social et les violences faites aux femmes.Et que c’est de ce même langage que jaillit la volonté de dépasser son milieu…

Ça raconte Sarah – Pauline Delabroy-Allard

Editions de Minuit- 06/09/2018-192 pages

La course aux prix littéraires actuelle me donne envie de me replonger dans la course 2018 et je vais donc présenter dans cet article ainsi que dans un autre article deux romans que j’ai lus à cette époque. Le premier, ce sera Ça raconte Sarah, paru en septembre 2018, le deuxième, ce sera Leurs enfants après eux (dans un prochain billet,donc).

Voici la présentation de Ça raconte Sarah par les Editions de Minuit (ouais, un premier roman publié aux Editions de Minuit, rien de moins!): « Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine. Ça raconte Sarah, de symbole : S. « 

Pauline, tu vas dire que je ne me foule pas: cela fait un an que je dois écrire cette critique, j’aurais pu le faire avant alors maintenant, voilà que je me contente d’un copié-collé. Eh bien, non, je vais te donner mon avis (et à vous aussi qui me lisez) sur ton roman. Il faut juste se dire que cela ne sera pas très original, pas très novateur: tout a été dit depuis un an. Allons-y quand même parce qu’il faut bien se dire aussi que si le livre étant sans intérêt, il ne ferait pas l’objet d’un billet.

Pour ceux qui connaissent et ont lu le roman, vous pouvez passer ce paragraphe. Pour les autres, voici un bref résumé: la narratrice dont on ignore le prénom est professeure, mère célibataire abandonnée par le père de son enfant, elle habite dans le 15ème arrondissement de Paris où elle mène une vie tranquille, faite du quotidien et de ses lourdeurs, de culture et de soirées entre amis. Lors d’une soirée de Nouvel An, elle rencontre Sarah qui est violoniste. On lui en a parlé, sans que rien ne s’éveille en elle. Elle la revoit. Et puis, voilà, la machine est progressivement lancée: la passion, la passion amoureuse sous tous ses traits. Telle est la première partie. La deuxième est toute autre: elle évoque les affres de la passion, le lointain (une partie de l’action a lieu à Trieste), la souffrance, terrible, la perte aussi.

Mon avis sur le livre

Je commence par une remarque entendue: « Ce roman décrit très bien la passion amoureuse, il se lit bien mais les verbes au présent, bof… » (paroles approximatives). Sur ce premier point, je dirais que le présent est ce qui fait la force du roman: parce qu’une passion, parce que cette passion-là, c’est l’immédiateté, la fulgurance aussi. On n’a pas le temps de penser au passé, on ne ressasse pas les souvenirs, on vit les choses. Intensément. Énormément.

L’écriture de Pauline Delabroy-Allard est fluide, oui, et rythmée aussi: les phrases simples expriment la passion et aussi tout le caractère de Sarah. La première partie s’articule autour des prémices de cette passion de la narratrice. Et d’emblée, Sarah prend toute la place. Sarah si vivante. Sarah qui fait tout oublier. C’est l’abandon de soi, la découverte de l’Autre, la découverte des corps aussi. Le tout dans un quotidien qui semble sans importance s’il ne s’appelle pas Sarah. La description de la passion s’articule autour de références littéraires, autour de la musique, qui semble lui donner tout son tempo (car la musique, c’est tellement Sarah).

Mais la passion, c’est aussi brusquement sa fin. Et la douleur de la narratrice. Même si vivre avec Sarah (et par elle) se révèle épuisant. Cette narratrice qui perdra pied et cette perte, cette descente vers une certaine folie ne peut avoir lieu que dans l’ailleurs, pas dans le quotidien des lieux.Chez Pauline Delabroy-Allard, l’espace prend forme aussi au sein même des émotions, surtout dans la deuxième partie du roman. Trieste, tristesse, solitude. Et aussi suffocation dans ces lieux rétrécis qui sont tellement sans elle, sans Sarah. Ce n’est plus tant la personne de Sarah qui est décrite, c’est son absence qui emplit les murs, c’est l’impact de la passion de la narratrice pour elle. Et on se demande comment tout cela se terminera…

Merci, Pauline, pour la description d’un Paris que je connais: le 15ème arrondissement à son charme. Merci pour ces nombreuses belles pages sur la passion amoureuse et son déclin, façon 21ème siècle (parce que les personnages du roman sont modernes, contemporains, Sarah, cela pourrait être notre meilleure pote, celle qu’on invite aux soirées, la narratrice pourrait être celle qu’on console, sachant que ce qu’elle livre n’est que l’iceberg de sa douleur).

Merci pour ce premier roman qui en annonce d’autres, espérons-le, tout aussi prometteurs.

Pour en finir avec la parution de ce roman il y a un an, j’ajoute pour ceux et celles qui l’ignorent que Ça raconte Sarah n’a finalement pas obtenu le Prix Goncourt, bien qu’étant en lice pour ce Prix au deuxième tour. Mais il a obtenu les prix littéraires suivants en 2018: le Prix du Roman des étudiants France Culture-Télérama, le prix des Libraires de Nancy, le Prix Envoyé par la Poste, le Prix du Style et il a été le Choix Goncourt de la Suisse, de la Roumanie et de la Pologne.

Ajoutons donc que lire Ca raconte Sarah suppose d’entrer dans un univers. L’univers de l’auteure: vous n’avez qu’a lire les nombreuses interviews qui ont été faites pour son roman, vous comprendrez un peu (un peu parce que je reste persuadée qu’un écrivain, surtout auteur d’un premier roman, ne se dévoile pas complétement) sa démarche littéraire, son trajet jusqu’à la consécration de ce roman…Car Ça raconte Sarah est une histoire qui a toute sa place dans l’écriture de l’intime et aussi l’écriture du dépassement de soi et le roman en tant qu’objet continue sa trajectoire à l’international.

Good luck, Pauline, je salue ton travail et ta force d’écriture!

Fugitive parce que reine – Violaine Huisman

Editions Gallimard- 11/01/2018-256 pages

Portrait d’une mère. Bien imparfaite. Magnifiquement imparfaite: tel est le portrait que je pourrais faire de cette mère en quelques mots.

Fugitive parce que reine est paru dans la collection Folio en avril 2019. On peut se demander qui est la femme qui regarde par la fenêtre: la mère? la fille? Dans ce roman, vous trouverez sans cesse un chassé-croisé entre le destin de deux femmes, voire trois: la mère, la fille et la grand-mère, comme si une existence ne pouvait être que dans une relation maternelle.

C’est un premier roman qui raconte l’amour de deux filles pour leur mère malgré ses fragilités, ses fêlures. Je me suis dit: « Bon, ce thème a déjà été traité en littérature. Par Delphine de Vigan, par exemple, qui encre nombre de ses personnages dans la quête de l’amour d’une mère. Ou encore de façon un peu plus lointaine et un peu plus biaisée par Romain Gary dans la Promesse de l’aube où le narrateur fait sans cesse les frais de l’amour inconditionnel de sa mère pour lui ».

J’ai hésité: parce que ce thème touche à l’intime. Mais j’ai pris ma liseuse, je l’ai téléchargé (merci à la médiathèque) et je me suis plongée dans les 304 pages. Je n’ai pas regretté. Jugez plutôt!

Il y a d’abord la narratrice, Violaine. Elle raconte dans une première partie sa mère Catherine avec ses yeux d’enfant: une mère qui crie, pleure, frappe ses enfants pour revenir ensuite les couvrir d’amour. Sa sœur Elsa et elle ne lui en veulent pas, au contraire, elles appellent les pompiers quand leur mère est dans les vapes et qu’elles ne parviennent pas à la réveiller. Elles l’aiment et la protègent. (J’ai eu le cœur serré, de nombreuses fois: cet amour inconditionnel pour une mère maniaco-dépressive, cette maltraitance qui n’est pas réellement dite, perçue confusément…)

Ensuite, la deuxième partie nous plonge dans la vie de Catherine, de son enfance (mais est-ce qu’une enfance peut tout excuser?). Sa petite enfance d’abord passée dans le milieu hospitalier. Une mère qui ne l’aime pas (on comprendra plus tard qu’elle est issue d’un viol), qui est cruelle et jalouse aussi. Elle voulait être danseuse alors c’est Catherine qui le devient. Malgré le fait qu’elle boîte. Elle n’est pas une simple danseuse: elle excelle. C’est une reine. D’une beauté incroyable, elle plaît aux hommes. Elle épouse d’abord Paul et c’est un mariage tranquille, calme, son mari est fou d’elle, elle ouvre une école de danse à Marseille…Elle épouse ensuite un homme fortuné qui deviendra le père d’Elsa et de Violaine. Un homme mondain alors Catherine se plie aux mondanités. Reine encore. Elle vivra avec d’autres hommes aussi, elle se mariera encore à un père de famille, leurs enfants sont dans la même école…Le cadre idyllique en apparence pour ses filles qui évoluent dans un milieu aisé. Bien sûr, elle est reine. Elle sera reine aussi dans la maison de campagne achetée en Corrèze seule parce que c’est son projet, que le mari Parisien ne s’y voit pas.

Reine encore elle sera dans sa vie décadente et complément dissolue. Drogue, alcool, sexe aussi avec des amants de passage. Une vie à laquelle assistent ses filles, témoins d’un spectacle absolument pas de leur âge. Reine auprès de ses filles. Toujours. Toujours.

Comment se construire avec une telle mère? Quel adulte peut-on devenir après une telle enfance? Catherine aussi s’est posée la question, elle a lu Dolto, elle sait que tout se joue avant 6 ans et pourtant, pourtant, ses démons la rattrapent, elle passe sa vie dans les vapes et les vapeurs de l’alcool, des cachets, dans un milieu plein de fric, de mondanités et de vulgarité aussi.

La dernière partie du roman, celle où la maman disparaît pour de bon, pose la question des traces que l’on laisse derrière soi. Ses filles s’interrogent: est-ce que Catherine est cette dame qui vit au Sénégal? Où faut-il toujours remonter à l’enfance pour comprendre, comme elles le font sans cesse, marquées par ce qu’elles ont vécu?

Avis

A lire! Parce que c’est une rivière d’émotions à prendre à l’état brut ou à apprivoiser!