La femme qui reste – Anne de Rochas

Éditions Les Escales -20/08/2020- 480 pages

Résumé du roman

Le Bahaus: une école d’architecture créée en 1919 à Weimar, déplacée à Dessau puis fermée à Berlin en 1933.

Clara, Holger et Théo s’y rencontrent au moment où rêver est encore permis. L’école est pour eux symbole de modernité et de promesses: l’Art triomphera à Berlin, de nouvelles formes et matériaux voient le jour. Mais bientôt, l’Ecole se retrouvera aux prises de la grande Histoire: les nazis sont là. Les amis devront faire des choix qui les engageront, sans qu’ils soient toutefois en mesure de réaliser la portée réelle…

Mon avis de lecture

J’ai trouvé ce livre intéressant et bien documenté. Anne de Rochas nous fait nous plonger dans le monde du Bahaus, cette école d’architecture qui connut son heure de gloire dans l’entre-deux-guerres et qui fut aussi le symbole de la destruction de l’art par les nazis. Clara est le personnage féminin du roman, magnifiquement sublimée. Elle est celle qui est restée, celle qui a souffert dans une Allemagne en ruines, décrite avec précision.
Ce roman repose vraiment sur la question des choix. L’écriture est fluide, précise, les sujets forment un bon équilibre. La fin, pas si surprenante, laisse place à la réflexion.
Je conseille ce livre à ceux qui aiment l’Histoire et qui sauront aussi se laisser emportés par l’euphorie de la nouveauté, la fraîcheur de l’art.

Merci aux Éditions les Escales et à NetGalley pour la découverte!

La liberté au pied des oliviers – Rosa Ventrella

Éditions Les Escales – 04/06/2020 -285 pages

Résumé de l’histoire

Deux soeurs, Teresa et Angelina, vivent dans le Sud de l’Italie, dans un univers rural et dur. La Seconde Guerre mondiale et l’éloignement du père, alors au front, ne fait qu’accentuer leur pauvre condition sociale. Pour subvenir aux besoins de la famille, leur mère, une femme d’une grande beauté, cède au baron Personè, propriétaire de leurs terres.

Lorsque le père revient et d’autres hommes du village aussi, jamais ils ne sont ceux d’avant, la vie se réorganise. Une lutte va s’engager, celle des ouvriers agricoles qui veulent davantage de justice et posséder des biens. Dans la famille Sozzu, les histoires continuent, c’est la fille cadette, Teresa, qui raconte: les femmes du village, les prédictions d’une vieille femme un peu sorcière, l’arrivée d’un neveu de cette dame, les traumatismes des hommes revenus de la guerre …Et surtout, surtout sa relation avec sa sœur, la belle Angelina qui voit sa vie loin…Les deux sœurs atteindront-elles leurs rêves?

Mon avis de lecture

J’ai bien aimé cette histoire d’héroïnes cherchant à dépasser leur condition sociale.

Dès les premières lignes du roman, on sent qu’un drame va se produire. L’auteure cherche à instaurer une complicité avec le lecteur à travers la voix de la narratrice, Teresa. C’est une histoire familiale qui va nous être présentée. Une histoire aux prises avec la Grande Histoire. Une histoire où rumeurs, tirages de cartes et commères démontre toute l’importance de  » ce qu’on dit de nous ».

L’originalité de ce roman réside dans le fait que c’est la sœur discrète, Teresa, qui offre son témoignage, son regard sur les choses. Elle écrit, elle écrit sur ses origines, son village avec quelques personnages certes caricaturaux mais qui font partie du « folkore » italien. Elle explique si bien aussi l’amour qui l’unit à sa soeur.

A travers ce roman, par la voix de sa narratrice, Rosa Ventrella montre à quel point il est difficile de vivre dans l’Italie des années 40-50, suite à la guerre. Au-delà de l’histoire familiale, c’est toute l’histoire du village qui est abordée avec moults personnages du voisinage décrits de façon minutieuse: on se représente très bien la makara qui voit l’avenir et fait un peu peur aux villageois et la sage-femme. Destinée et rumeur sont deux éléments qui ont du poids dans la vie de ces Italiens, l’auteure trouve un bon équilibre entre ces éléments et distille ça et là de nombreux indices qui amènent peu à peu à découvrir l’essence du drame…

Les portraits des trois femmes, la mère et les deux soeurs, sont finement décrits. J’ai beaucoup aimé le caractère fougueux d’Angelina contrastant avec celui plus discret de Teresa. Cet amour entre soeurs porte magnifiquement le récit, donnant une dimension plus intime au vécu: ensemble, elles affrontent un monde difficile, remplie de jalousie, de désirs d’hommes, de malédictions -la beauté en est une selon la makara-, de superstitions qui rythment la vie quotidienne face à un monde dans lequel les pauvres restent pauvres…

L’écriture de Rosa Ventrella dénote par ailleurs de touches poétiques, notamment autour des éléments de la nature: en colère, en désarroi, les soeurs contemplent la mer et ses variations, et les vagues. Leur maison tremble aussi au gré du vent…Avec des mots choisis, l’auteure montre qu’il n’est pas si facile d’accéder à la liberté, de rêver d’un autre destin…Tout doux, tout doux, conseille t-on à Teresa.

Cette lecture a été agréable, cette histoire puissante de femmes ravira ceux et celles qui aiment découvrir des sagas familiales.

Merci aux éditions Les Escales et à NetGalley pour l’accès à cette lecture!

Un parfum de rose et d’oubli – Martha Hall Kelly

Editions Charleston -18/06/2019-555 pages -Les femmes Ferriday (t.2)

Présentation de l’histoire

À l’été 1914, l’Europe est au seuil de la guerre tandis que la monarchie russe vacille chaque jour un peu plus. En ces temps troublés où le destin de chacun est plus que jamais incertain, trois femmes hors du commun verront leurs vies se mêler pour le meilleur et le pire… Sofya, l’aristocrate russe, perdra sa fortune et son pays mais se battra sans relâche pour ce qu’elle a de plus précieux : son fils.

Eliza, la mondaine américaine, tremblera pour ses amis russes et cette guerre qui se rapproche chaque jour un peu plus.

Quant à Varinka, la jeune paysanne russe, presque une enfant, ses choix la feront basculer malgré elle au coeur d’un combat perdu d’avance…

Avis de lecture

Après la découverte de trois femmes au coeur des tourmentes de la Seconde guerre Mondiale dans le premier tome des femmes Ferriday, nous voici plongé(e)s au coeur de la Première Guerre Mondiale et dans la Révolution Russe et leurs conséquences…Martha Hall Kelly s’est de nouveau beaucoup documentée pour nous présenter l’époque de la mère de Caroline, Eliza, ces années 1914-1921 durant lesquelles le chaos règne dans de nombreux pays.

Elle nous offre cette fois-ci un regard sur les événements à travers les yeux de trois narratrices:

-Eliza, issue d’une famille mondaine new-yorkaise qui perd son mari, victime, d’une pneumonie et qui se consacre ensuite aux bonnes oeuvres de charité. Elle souhaite inculquer à sa fille Caroline des valeurs humaines comme la tolérance et l’altruisme.

-Sofya, cousine de la tsarine de Russie, amie d’Eliza, qui se réfugie avec sa famille au château de Malinov. Mère d’un enfant, Max, elle a une soeur cadette, Luba. Leur mère est décédée et elles ont du mal à supporter leur belle-mère. Sofya est d’abord ravie de l’aide apportée par Varinka pour s’occuper de son fils.

-Varinka, jeune paysanne pauvre, adorait son père. Sa mère ou Mamka a des dons de voyance. Taras les protège et les fait vivre depuis la mort du père mais il ne semble pas animé de bonnes intentions. Il fera partie des Russes dits Rouges qui massacrent les Russes blancs, assimilés à la famille du tsar et aux bourgeois.

Cette fiction historique est réussie, notamment grâce au travail de recherche de l’auteure qui précise également à la fin de l’ouvrage la part fictionnelle de ces personnages. Un prochain tome sur une des femmes de la famille Woosley lors de l’époque de la guerre de Sécession.

Les portraits des trois femmes sont saisissants de réalisme (rappelons que seule Eliza a existé). Dans le tome 1, Herta était la « méchante », ici, il s’agit de Varinka, présentée tout de même un peu comme une victime, sous l’emprise d’un homme violent, Taras. L’auteure s’est surtout attachée à décrire le lien d’amitié fort entre Sofya et Eliza. Parfois, les événements liés à la guerre semblent n’être qu’en toile de fond pour mieux décrire les actions et sentiments des personnages, notamment la solidarité envers les Russes réfugiés à Paris.

J’ai beaucoup aimé certains personnages secondaires:Yuri et surtout, Luba, la petite soeur de Sofya, courageuse et déterminée. La mère de Varinka, au contraire, m’a semblée plus passive,laissant sa fille se faire torturer par Taras. Dans l’ensemble, ce livre m’a plu, pas autant que le premier tome mais j’en conseille la lecture avec plaisir!

Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux -Martha Hall Kelly

Editions Charleston -01/2018

Présentation du roman par l’éditeur

À New York, Caroline Ferriday travaille au consulat français. Mais lorsque les armées hitlériennes envahissent la Pologne en septembre 1939, c’est tout son quotidien qui va être bouleversé.

De l’autre côté de l’océan, Kasia Kuzmerick, une adolescente polonaise, renonce à son enfance pour rejoindre la Résistance. Mais la moindre erreur peut être fatale.

Quant à l’ambitieuse Herta Oberheuser, médecin allemand, la proposition que lui fait le gouvernement SS va lui permettre de montrer enfin toutes ses capacités. Mais une fois embauchée, elle va se retrouver sous la domination des hommes…

Les vies de ces trois femmes seront liées à jamais lorsque Kasia est envoyée à Ravensbruck, le tristement célèbre camp de concentration pour femmes. À travers les continents, de New York à Paris, de l’Allemagne à la Pologne, Caroline et Kasia vont tout tenter pour que l’Histoire n’oublie jamais les atrocités commises.

Avis de lecture

Ce premier roman est une belle fresque historique. L’alternance du récit entre les trois protagonistes et l’alternance des points de vue créent un rythme nécessaire pour lire l’insoutenable, notamment lors des descriptions des opérations des « Lapins ». Les personnages de femmes sont décrits avec un grand réalisme: on a froid dans le dos en pensant à Herta, on pleure avec Kasia et on est touchés par la générosité de Caroline. Le ton sonne juste et le fait d’englober plusieurs continents est intéressant pour comprendre l’impact de cette deuxième guerre mondiale tant sur le plan humain, social qu’économique et financier.

Sachez aussi que certaines personnes ont réellement existé, comme Caroline et Herta. La thématique de l’après-guerre est particulièrement intéressante et souligne à quel point le retour à « la vie normale » a été dure pour tant de personnes en souffrance.

Les personnages de Catherine et Kasia sont lumineux. Catherine par sa force de conviction, son altruisme, sa détermination, ses valeurs humanistes. Kasia parce qu’elle a survécu à la barbarie, parce qu’elle connaît tant de déconvenues à son retour mais qu’elle ne baisse pas les bras. Et qu’à travers son personnage, on peut s’interroger sur le sens du pardon et sur la capacité de résilience.

Enfin, soulignons également que ce roman met en lumière le devenir des prisonnières de guerre, des victimes des nazis, l’oppression des Polonaises sous domination soviétique, sous un angle peu abordé dans la littérature jusqu’à présent: celui qui dénonce le fait que ces femmes n’ont obtenu que peu de compensation financière et qu’il leur a été difficile d’être réopérée par exemple ainsi que le souligne l’auteure, suite à un remarquable travail de documentation.

Un premier roman prometteur à découvrir si ce n’est déjà fait pour vous!

Miroir de nos peines -Pierre Lemaitre

Editions Albin Michel- 02/01/2020-544 pages

Ce roman est le dernier de la trilogie « Au revoir là-haut », après le premier tome « Au revoir là-haut » et le deuxième « Couleurs de l’incendie ».

Résumé du roman

Nous retrouvons ici un personnage ayant fréquenté Edouard de Péricourt dans le tome 1: Louise Belmont qui était alors une gamine d’environ 10 ans. En 1940, elle en a 30 et est devenue institutrice. Le week-end, elle donne un coup de main à M.Jules, patron d’un restaurant dans le 18ème arrondissement de Paris où elle vit également.

Pierre Lemaitre nous plonge dans la première période de la Seconde guerre mondiale, la période de la « drôle de guerre », la période des départs précipités aussi, l’exode de tant de personnes paniquées…D’avril à juin 1940, il évoquera aussi le sort des soldats français, sur les routes eux aussi…

Mon avis sur le roman

Un très bon opus, tout comme les précédents. Vous découvrirez une page de l’histoire à travers la vie quotidienne de plusieurs personnes, ni des traîtres ni des héros, juste des personnes ordinaires jetées sur les routes pour fuir l’Ennemi: l’Allemand.

Entre espoir et doutes, les personnages de la petite histoire seront tournées vers la Grande Histoire. Des secrets de famille seront révélés aussi.

Attendez-vous à des personnages hauts en couleur. Raoul Landrade, par exemple, qui sous des apparences d’homme violent et brutal se révélera d’une débrouillardise si nécessaire en des temps troublés. Que dire de Louise, toujours debout, toujours vaillante malgré les épreuves traversées et les révélations sur sa famille. Mention spéciale au personnage de Désiré qui donne au récit un côté comique, presque burlesque…

Un style maîtrisé qui donne envie de poursuivre la lecture jusqu’au bout, des rebondissements, de l’action: Pierre Lemaitre clôt en beauté sa trilogie.

Je garde une préférence pour le tome 1 mais j’ai beaucoup apprécié que d’autres tomes soient écrits.

La bibliothécaire d’Auschwitz – Antonio Iturbe

Journaliste et romancier, Antonio G. Iturbe vit en Espagne. Pour écrire La bibliothécaire d’Auschwitz (Flammarion, 2020), bientôt adapté au cinéma, il s’est entretenu avec Dita Kraus, la véritable bibliothécaire d’Auschwitz. (Présentation de l’éditeur Flammarion)

Éditions Flammarion – 10/06/2020 – Traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse – 512 pages

Dita avait 9 ans lorsque les nazis ont envahi son pays, la Tchécoslovaquie, en 1938. « C’est la guerre » lui répéteront ses parents, les années suivantes. Une guerre dont ils furent victimes: Juifs, ils furent d’abord privés de leurs droits (travailler, jouer dans les parcs…) puis envoyés dans le ghetto de Terezín. En 1943, direction l’Enfer: Auschwitz.

Dita, séparée son père mais restée avec sa mère, découvre l’existence du bloc 31 où sont enfermés des enfants. Un instructeur, Fredy Hirsch, a ouvert une école clandestine. Il demande un jour à Dita si elle accepte de devenir la gardienne de leur trésor, 8 livres, qui ont pu échappé à la surveillance de leurs bourreaux pour qui toute instruction est prohibée. Dita, qui sait qu’elle risque la mort en cas de découverte, accepte. Elle devient « la bibliothécaire d’Auschwitz ».

Mon avis de lecture

Un roman bouleversant qui met en avant deux héros méconnus: Fredy Hirsch qui mourut en 1944 et Dita Kraus, la jeune bibliothécaire qui survécut à l’horreur vécue.

Un roman qui montre des personnages remplis d’humanité dans un monde inhumain. Dans la barbarie la plus absolue, où tout acte de rébellion conduisait à la mort, certains ont eu le courage de continuer à transmettre. Aux enfants. Connaissant probablement l’issue fatale mais comptant chaque seconde prise à l’ennemi. Les livres, aussi vétustes soient-ils, étaient là. Les livres vivants aussi, ces merveilleuses personnes capables de raconter des histoires.

L’héroïne a fait preuve d’une telle détermination, d’un tel courage que son parcours ne peut qu’être salué. C’est une Héroïne de l’histoire avec un grand H.

Le style du roman est parfois un peu plat, la mention de certains détails pas toujours utile (la mort d’Anne Frank et de sa soeur à Bergen-Belsen) mais ce roman a valeur de témoignage. Et en tant que tel, il mérite d’être découvert, notamment par les adolescents. Parce que le pouvoir de la lecture n’a ni frontière ni âge.

Le prix – Cyril Gely

Cyril Gely est un écrivain français né en 1968 auteur de romans et pièces de théâtre. Son roman Le Prix, a été en 2019 en sélection finale du prix Relay des voyageurs et du Prix des libraires.

Editions Albin Michel- 02/01/2019- 224 pages

Résumé de l’histoire

Le 10 décembre 1946, Otto Hahn est à Stockholm, en Suède, dans l’attente de recevoir le Prix Nobel de chimie qui lui a été attribué deux ans plus tôt. Il reçoit la visite de Lise Meitner, qui a été son associée trente ans durant. Leur travail a pris fin huit ans auparavant, en juillet 1938, quand Lise, de nationalité autrichienne, devenue citoyenne allemande, a dû fuir l’Allemagne nazie en raison de sa religion. En passant par les Pays-Bas, elle est parvenue à gagner la Suède, aidée par ses collègues et Hahn.

Pourtant, elle ne vient pas pour le féliciter. Alors que la femme d’Otto est dans une chambre voisine, un huis clos s’engage entre les deux anciens associés. Lise veut savoir pourquoi, même après guerre, il ne mentionne pas son nom dans ses discours…

Mon avis sur le roman

Le prix est un roman constitué d’un face à face entre deux scientifiques unis autrefois par la passion éprouvée pour leur métier et qui se retrouvent confrontés aux prises de l’Histoire.

J’ai adoré le huis-clos fait d’actions, de répliques bien senties qui heurtent l’autre, les personnages ont du répondant tout en étant remplie de leur histoire personnelle. Chacun d’eux a fait des choix et les choix ont eu des conséquences pour chacun. Si Lise Meitner, en tant que femme vivante, a longtemps été considérée comme une Oubliée de l’Histoire, faut-il pour autant en conclure que Hahn, en tant qu’homme vivant, méritait tous les hommages rendus sans qu’il loue ses collaborateurs? La question du mérite scientifique et du travail en collaboration ainsi que l’amour de son pays est au coeur du roman et les personnages en sont d’admirables porte-voies.

Sur certains aspects, j’ai entrevu les actions du roman de Stephan Zweig, le Joueur d’échecs, probablement parce que le jeu d’échecs est évoqué. Que ce soit dans l’un ou l’autre roman, la tension entre les deux personnages est tout aussi palpable. Cela me donne envie de relecture!

Le pays des autres- Leila Slimani

Pour son troisième roman, Leila Slimani s’inspire de l’histoire de ses grands parents et couvre l’histoire du Maroc entre 1946 et 1956.

Editions Gallimard-05/03/2020-368 pages

Résumé de l’histoire

En 1944, une jeune Alsacienne, Mathilde, rencontre un jeune Marocain, Amine, combattant pour l’armée française. A la fin de la guerre, elle quitte la France pour le Maroc. Le père d’Amine a des terres à Meknès, une ville de garnison. Mariage, déménagement, naissance des enfants, Aicha et Sélim…Pour Mathilde, la désillusion est rude: elle découvre que le Maroc n’est pas la terre dont elle rêvait, l’ambiance est trop rigoriste pour elle et que l’exotisme qu’elle décrit dans les lettres qu’elle envoie à son père, Georges, et sa soeur, Irène, est loin de la réalité. Très loin même car Amine travaille dur mais les terres sont rocailleuses et pas aussi productives que son père le lui a promis. Le couple est en manque d’argent, leur travail sera t-il finalement récompensé? Dans les années 50, il assistera aussi à une montée de violence, à des tensions liées au colonialisme, le tout aboutissant à l’indépendance du Maroc en 1956.

Mon avis sur le roman

Leila Slimani décrit avec justesse « le pays des autres », le Maroc où tout un chacun peut ne pas se sentir intégré. A commencer par Mathilde, cette étrangère qui a épousé, non un Arabe riche mais un homme qui doit travailler dur sur une terre aride. Elle connaîtra la vie quotidienne à la ferme, une vie pleine de labeur, la solitude aussi et ne trouvera pas non plus beaucoup de réconfort auprès de son mari, toujours pris par le travail, qui s’assombrit au fur et à mesure que les années passent, déçu par ses terres. Si elle cherche comment s’émanciper sans heurter la culture de son mari ou du moins sans aller contre les apparences, lui, qui a eu en France le sentiment d’être un libérateur, est redevenu au Maroc un indigène parmi d’autres. Cela n’en fait pas un couple très heureux mais ce n’est pas eux que Leila Slimani pointe le plus du doigt, ce n’est pas la conception du couple qu’elle juge.

Non, ce qu’elle met en avant, c’est surtout les conditions de vie des femmes, les injustices et les inégalités dont elles sont victimes. Par le personnage de Selma, d’abord, la petite soeur d’Amine, surveillée par le grand frère, Omar. Celui-ci finit par disparaitre quelque temps, dans les tensions du pays, reprochant à son frère d’avoir épousé « une Française », voulant l’indépendance de son pays. Selma organisera à sa manière sa révolte, celle des jeunes femmes marocaines prêtes à tout pour s’émanciper et tombera amoureuse d’un Français qui l’abandonnera, sachant qu’elle est enceinte. Aicha, quant à elle, aussi jeune soit-elle sera déchirée entre la culture de son père et celle de sa mère, bien qu’élève dans un établissement catholique.

Leila Slimani porte beaucoup de douceur dans son roman: la violence est là, réelle, palpable mais elle ne tombe jamais dans les travers d’accusation, ce qui lui permet de nous dévoiler un pan historique du Maroc sous toutes ses coutures: sans racisme, sans parti pris, décrivant aussi bien les combattants oeuvrant pour l’indépendance que ceux de l’autre camp. Si la domination colon-indigène et homme-femme est présente, elle est décrite avec nuance et c’est cette absence de parti pris, mêlée d’histoire personnelle qui rend le roman intéressant. Tout est une question de regard dans ce roman: regard des autres vers « l’étrangère », regard de « l’étrangère » vers les autres, volonté d’indépendance et d’émancipation de part et d’autre.

J’attends vivement le deuxième opus de la trilogie annoncée. Aicha y tiendra probablement une grande place. En attendant, bien sûr, je vous conseille la lecture de ce roman-ci.

Couleurs de l’incendie – Pierre Lemaitre

Éditions Albin Michel – 03/01/2018- 544 pages

Foncez! Foncez l’acheter et lisez-le!

La suite de Au revoir là-haut est une oeuvre de qualité qui reste en mémoire. Le début du roman commence en 1927 par les obsèques de Marcel Pėricourt, grand banquier, père d’Edouard, héros marquant d’Au revoir là-haut. Un drame survient : le jeune Paul, son petit-fils de 7 ans, tombe d’une fenêtre et en restera lourdement handicapé, en fauteuil roulant.

Que s’est-il donc passé? Pierre Lemaitre nous entraînera dans une quête de vérité passionnante dont l’héroïne principale sera Madeleine Pėricourt, héritière du banquier, ex épouse du lieutenant de Pradelle qui croupit en prison.

Les portraits des personnages sont d’une extrême précision. Du côté des femmes et des enfants, on assiste au déclin d’une Madeleine qui perd la fortune de son père tout en étant une mère pleine de chagrin et à son évolution vers une femme vengeresse et manipulatrice. Paul est un petit garçon émouvant, intelligent, secret, tourmenté aussi et déterminé. Vladi, la nurse polonaise, est d’une loyauté infaillible. Lėonce, dame de compagnie, est présentée comme une femme pas très honnête, roublarde, charmante et croqueuse d’hommes. Du côté des hommes, Charles Péricourt et Gustave Joubert, eux, sont prėsentės comme des hommes d’affaires dans un monde impitoyable où les femmes ont peu de place. Les personnages secondaires ont quant à eux aussi de nombreuses pages consacrés à leurs histoires. Les nombreux personnages qui se succèdent donnent à l’ensemble du récit un rythme enlevé et bien mené, sans temps mort.

J’ai trouvé la vengeance de Madeleine particulièrement bien menée. Pierre Lemaitre en fait vraiment un personnage fin, calculateur quand il le faut, manipulateur quand la situation l’exige. Une femme en apparence fragile qui se révélera aussi maitresse de la situation que l’était son banquier de père, malgré ses déboires.

La trame narrative historique est très documentée. Pierre Lemaitre choisit la pėriode de l’entre deux guerres pour montrer combien l’économie suite à la crise de 1929 des États-Unis est précaire et fait place à toutes sortes de manoeuvres et coups bas d’industriels peu scrupuleux. La montée des totalitarismes, fascisme et nazisme, n’est pas non plus en reste pour révéler des caractères ombrageux.

L’écriture est riche, les dialogues sont truculents, les personnages débordent d’imagination. Tous les ingrédients d’un bon roman sont réunis. Votre lecture achevée, vous allez pouvoir attendre le troisième roman (la suite donc) avec impatience.

Héloïse, ouille! – Jean Teulé

Editions Julliard – 05/03/2015 – 352 pages

Résumé du roman

Jean Teulė raconte à sa façon l’histoire d’Hėloïse et d’Abelard, deux amants du Moyen-Age ayant vécu un amour impossible et aussi éternel jusqu’à la tombe.

En 1113, Héloïse a 16 ans lorsque son oncle Fulbert, chanoine, confie son éducation à Abélard, devenu à 36 ans brillant maître en théologie à la cathédrale de Notre Dame de Paris. Tous deux empreints d’érudition vivront une histoire charnelle qui sera découverte. Héloïse, enceinte, donnera naissance à leur fils Astrolabe et se retirera dans le monastère dans lequel elle a passé son enfance, après s’être mariée à Abėlard. Celui-ci sera puni par des hommes envoyés par le chanoine Fulbert et émasculé en 1117.

Héloïse prend le voile à l’abbaye d’Argenteuil et devient en 1129 abbesse du couvent du monastère le Paraclet. Abélard, lui, devient moine à l’abbaye Saint-Denis. Leur lien est désormais épistolaire et basé sur la spiritualité tout en étant empreint d’amour.

Tous deux partagent le même tombeau, au Paraclet. Leurs restes furent transférés au cimetière du Père Lachaise, en 1917.

Mon avis sur le roman

Le roman a le mérite de m’avoir fait découvrir la légende de façon plus approfondie. Mais je n’ai pas adhéré à la version de Jean Teulė, à cause du langage cru qui m’a beaucoup gêné.

J’ai en revanche été très vite plongée dans l’univers moyen-âgeux très bien décrit par l’auteur. J’ai retrouvé le style « Teulė » que j’aime assez dans ses autres romans, une écriture directe, piquante et empreinte de poésie à la fois. Je conseille aux curieux qui souhaiteraient découvrir l’histoire d’amour d’aller au delà de l’impression de grossièreté, les personnages révélant leur caractère et leur profondeur au fil des pages.

La perle et la coquille – Nadia Hashimi

Nadia Hashimi est une femme née à New-York en 1977 de parents ayant fui l’Afghanistan, espérant y revenir un jour, ce qui n’aura pas lieu. Publié en 2014, La perle et la coquille est devenu un best-seller international et a reçu plusieurs prix.

Editions Milady- 19/06/2015-432 pages

Résumé de l’histoire

Nous sommes en 2007, à Kaboul, au coeur de l’Afghanistan, un pays où les Talibans font la loi. Les femmes doivent faire attention à leur manière de se vêtir et ne doivent pas circuler seules, sans homme, dans les rues. Parce qu’elles n’ont pas de frères, Rahima et ses soeurs, Parwin et Shalha ne peuvent pas aller à l’école. Rahima va accepter de devenir une bacha posh, une fille travestie en garçon, pour pouvoir aller à l’école, faire les courses pour sa mère et avoir une plus grande liberté de mouvement. Cette pratique est courante dans les familles sans garçon mais s’arrête à la puberté, lorsqu’on décide que les filles sont bonnes à marier.

Sa tante , Khala Shaïma, lui raconte alors l’histoire de son ancêtre, Shebika, son arrière-arrière grand-mère qui a vécu au début du 20ème siècle. Shebika a été défigurée très jeune par un accident, un côté de son visage est brûlé. Elle perd ses frères et soeurs lors d’une épidémie de choléra puis enterre un an plus tard sa mère et bientôt son père avec qui elle travaillait: fille vaillante, elle était sa « fille-garçon », toujours prête à lui donner un coup de main. Lorsque sa famille paternelle la revoit, sa grand-mère, une femme méchante, la vend à un notable du village. Elle deviendra garde au palais du roi, son rôle est de surveiller les femmes du harem du roi. Tout ne se passa pas pour elle comme prévu et elle devint l’épouse d’un homme qui la sauve ainsi de la lapidation, qui a déjà une autre épouse et espère un fils (qu’elle lui donnera).

80 ans plus tard, Rahima connaîtra un destin pas si différent: elle se retrouvera mariée à Abdul Khaliq, un seigneur de guerre, patron de son père, rongé par l’opium et la pauvreté. Celui-ci a déjà de nombreuses femmes, dont Badriya, que Rahima, qui sait lire et écrire, accompagnera à Kaboul en tant qu’assistante parlementaire. C’est ainsi que, forte de l’histoire de son aieule, elle parvient un peu à s’émanciper, malgré la violence des hommes et le poids des coutumes qui fait qu’une femme est condamnée à obéir à son mari.

Mon avis sur ce roman

Un roman sublime qui dénonce la condition plus qu’inégalitaire des femmes afghanes, le poids des traditions et les codes d’honneur au nom de la religion, quel que soit l’époque traversée (la toute fin du XIXème siècle à travers l’histoire de Shekiba et le début du XXIème siècle à travers l’histoire de Rahima).

Nadia Hashimi, l’auteure, est une femme pédiatre née à New York en 1977 et qui vit aux Etats-Unis. Ses parents ont quitté leur pays d’origine, l’Afghanistan, dans les années 1970, pensant y revenir plus tard mais le climat du pays s’est détérioré après l’invasion soviétique dans les années 1980. Elle pose le pied sur le sol afghan pour la première fois en 2004. Sa description du quotidien des femmes afghanes considérées pour beaucoup comme des esclaves domestiques et des procréatrices est fine. Le récit oscille entre deux histoires, celle de Rahima et celle de Shekiba et cette alternance d’époque nous montre une société qui a du mal à évoluer. Quelle que soit l’époque, les femmes ne sont pas mieux traitées.

On relève d’ailleurs un paradoxe dans la société afghane telle qu’elle est décrite: la violence ne vient pas que des hommes mais aussi des belles-mères et des autres épouses. Il est fréquent que des mères soient rejetées, critiquées parce qu’elles n’enfantent que des filles. Le garçon est roi, dès sa naissance. Et la vieillesse est respectée: dès que les maris sont loin, affaiblis voire morts, c’est la belle-mère qui régente tout, souvent avec peu de bienveillance. Ce sont aussi les belles-mères qui souvent arrangent les mariages ou poussent les fils à se marier par intérêt, pour l’honneur de la famille. Les traditions familiales sont prégnantes, persistantes: au XXIème siècle comme au XIXème siècle, le port de la burka est omniprésente dans certaines familles tandis que dans d’autres, notamment lorsque les femmes sont instruites, des tolérances sont admises. Ainsi Hafida et Sula apparaissent aux yeux de Rahima comme des femmes libérées, cette liberté étant bien sûr mesurée au Pays des Talibans.

A travers l’histoire de Rahima, Nadia Hashimi évoque également le sort politique du pays. Badriya, la première épouse n’a pas été choisie au hasard pour être Parlementaire: elle doit en savoir assez pour pouvoir suivre ce que dictent les hommes (panneau vert/panneau rouge sont brandis lors d’élections de candidats, il lui suffit de suivre) mais elle ne représente aucun danger, ne sachant ni lire ni écrire, elle reste un instrument, sans cesse surveillée lors de ses déplacements à Kaboul.

Shekiba a commencé à incarner l’espoir et la révolte et c’est Rahima qui a pris le flambeau. L’ensemble donne au roman de nombreuses touches d’espoir, malgré la situation désespérante des femmes. Nadia Hashimi livre certes un portrait de personnages féminins pris dans un étau, sous le joug des hommes, étant parfois de vrais pantins mais le roman n’est pas totalement pessimiste: le destin de Rahima (pour ne pas dévoiler la fin) le prouve. Le fait d’écrire un tel roman, de décrire de telles histoires est nécessaire pour que la communauté internationale comprenne que les choses et les mentalités évoluent lentement mais que les femmes peuvent ne pas être livrées à leurs maris et à la violence. Un filet d’espoir donc.

Sortez tout de même vos mouchoirs: l’histoire des deux femmes liées par le sang ne vous laissera pas insensible(s)!

Ceux qui partent- Jeanne Benameur

« Quand j’écris un roman, j’explore une ques­tion qui m’occupe tout entière. Pour Ceux qui partent, c’est ce que provoque l’exil, qu’il soit choisi ou pas. Ma famille, des deux côtés, vient d’ailleurs. Les racines françaises sont fraîches, elles datent de 1900. J’ai vécu moi-même l’exil lorsque j’avais cinq ans, quittant l’Algérie pour La Rochelle.

Après la mort de ma mère, fille d’Italiens émigrés, et ma visite d’Ellis Island, j’ai ressenti la nécessité impérieuse de reconsidérer ce moment si intense de la bascule dans le Nouveau Monde. Langue et corps affrontés au neuf. J’étais enfin prête pour ce travail.

Je suis partie en quête de la révolution dans les corps, dans les cœurs et dans les têtes de chacun des personnages car c’est bien dans cet ordre que les choses se font. La tête vient en dernier. On ne peut réfléchir sa condition nou­velle d’étranger qu’après. Le roman permet cela. Avec les mots, j’ai gagné la possibilité de donner corps au silence.

Sexes, âges, origines différentes. Aller avec chacun jusqu’au plus profond de soi. Cet intime de soi qu’il faut réussir à atteindre pour effectuer le passage vers l’ailleurs, vers le monde. Chaque vie alors comme une aventure à tenter, pré­cieuse, imparfaite, unique. Chaque vie comme un poème.

J’ai choisi New York en 1910 car ce n’est pas encore la Première Guerre mondiale mais c’est le moment où l’Amérique commence à refermer les bras. Les émigrants ne sont plus aussi bien­venus que dix ans plus tôt. L’inquiétude est là. Et puis c’est une ville qui inaugure. Métro, gratte-ciels… Une ville où les femmes seraient plus libres que dans bien des pays d’Europe. Cette liberté, chacun dans le roman la cherche. Moi aussi, en écrivant.

Dans ce monde d’aujourd’hui qui peine à accueillir, notre seule vaillance est d’accepter de ne pas rester intacts. Les uns par les autres se transforment, découvrent en eux des espaces inexplorés, des forces et des fragilités insoup­çonnées. C’est le temps des épreuves fertiles, des joies fulgurantes, des pertes consenties.

C’est un roman et c’est ma façon de vivre.”
J.B
https://www.actes-sud.fr/catalogue/litterature/ceux-qui-partent

Tout commence par une photographie: celle d’Emilia et de son père Donato, deux Italiens lettrés aux portes de New York, à Ellis Island. Nous sommes en 1910 et comme tant d’autres, ils attendent de pouvoir passer les contrôles. Sur leur chemin, durant un court laps de temps, une journée et une nuit, ils croiseront d’autres personnes émigrées. le beau Gabor, Gitan qui appartient à un peuple libre, qui joue du violon comme personne. Esther, une femme arménienne qui a fui les persécutions, marquée par la perte des siens et de ce qui n’est plus. Il y a aussi Andrew, le photographe fasciné par les arrivants à Ellis Island, qui vient ici comprendre un peu de ses origines. Autrefois aussi, son père a fait la traversée en bateau depuis l’Islande, laissant là-bas une petite sœur partie trop tôt. Pour chacun, New York est une terre d’espoir…Mais avant d’y parvenir, ils se croiseront, se parleront et partageront aussi un peu de leur vie, passée et espérée.

Mon avis sur ce roman

Jeanne Benameur signe ici un beau roman (paru en août 2019) sur l’exil, avec des personnages qui s’apprêtent à prendre un nouveau départ. L’écriture est sensible, les personnages féminins sont décrits avec délicatesse, force et fragilité à la fois. Les personnages s’expriment avec les corps, enfiévrés par la passion, amoureuse ou artistique, la peinture, la photographie, la musique donnent le tempo aux émotions et prennent une place à part dans le roman. Les hommes et femmes présentées ne sont pas seulement des migrants, ce sont des artistes de la vie, une vie pas toujours simple mais que chacun sublime à sa manière.

J’ai beaucoup aimé l’introspection de chaque personnage, féminin ou masculin, qui nous en dit bien plus long sur les conditions d’accueil des émigrants que les faits eux-mêmes. Même s’ils sont là, aussi. N’entre pas aux Etats-Unis qui veut, pensons-y. En cela, le sujet est terriblement actuel et on ne peut s’empêcher de faire le parallèle avec les nombreux migrants qui parcourent l’Europe à la recherche d’une vie meilleure…

Je découvre là l’écriture de Jeanne Benameur et ne peux que conseiller la lecture de ce roman. Ceux qui partent sont aussi ceux qui se souviennent…

Par amour – Valérie Tong Cuong

Editions J.-C.Lattès – 25/01/2017- 416 pages

Résumé du roman

10 juin 1940. Le Havre. L’évacuation de la ville commence. Lucie et Jean fuient avec leur mère et leurs cousins, Joseph et Marline. Les deux sœurs, Emelie et Muguette, s’efforcent de rester optimistes. Le départ mènera au retour dans la ville, peu de temps après.

Le quotidien de ces deux familles havraises entre 1940 et 1945 sera raconté dans ce roman. Par amour, les personnages feront face: Emelie et Joffre, son mari, sont les concierges de l’école qui servira de logement à l’occupant. Ils protégeront du mieux qu’ils le peuvent Muguette, plus insouciante au départ mais confrontée très vite à la souffrance et à la maladie.

Ils connaitront et verront de nombreux malheurs: les combats quotidiens, les bombardements donnant l’impression que les Havrais sont une population dont on se soucie peu, qu’on est prêt à sacrifier, les morts, les logements détruits, la course vers les abris, les alertes, les incendies…Certains membres de leur famille, Joseph et Marline, seront même évacués en Algérie, séparés des leurs…

Mon avis sur ce roman

La lecture de ce roman paru en janvier 2017 m’a apporté un peu plus de culture: j’ai appris ce qu’avaient vécu les habitants du Havre pendant la Seconde Guerre Mondiale. J’ignorais en effet que les bombardements alliés avaient causé autant de dommages dans certaines villes portuaires.

Je trouve particulièrement intéressant que le point de vue des enfants soit exprimé: cela donne de la fraîcheur au récit et une dédramatisation des événements. L’amour, l’amour de sa ville, l’amour des siens, la protection, l’unité familiale seront autant de valeurs qui donneront une belle unité au roman, par ailleurs magnifiquement documenté. Le quotidien des Havrais, leur souffrance, la destruction de la ville y sont décrits minutieusement.

Je dirais qu’il s’agit d’un livre prenant, qui se lit facilement pour qui aime les fictions se rapportant à la Seconde Guerre Mondiale. J’ajoute que vu l’engouement actuel pour la France périurbaine, les lecteurs ne pourront être que ravis de découvrir l’histoire locale, qu’il s’agisse ou non de leur région.

A lire absolument. Ce fut un vrai coup de cœur.

La goûteuse d’Hitler- Rosella Postorino

Editions Albin Michel – 02/01/2019- 400 pages

Lors de sa parution, en janvier 2019, le titre de cet ouvrage m’a intriguée. Je n’avais que peu entendu parler de ce fait (le dictateur Hitler avait des goûteuses, ah bon?), logique somme toute et probablement pas inédit. Cela m’a intéressée, comme tout ce qui a trait à la Seconde Guerre mondiale et à la vie quotidienne des diverses populations, opprimées ou non (je ne vais pas m’étendre en plus sur le devoir de mémoire, indispensable d’après moi). Pour ceux mal à l’aise avec le lecture d’un livre sur un tel sujet, je vous invite à lire d’abord, avant de décider s’ils liront ou pas le livre, un extrait proposé sur le site des Editions Albin Michel (voir ici: https://www.albin-michel.fr/ouvrages/la-gouteuse-dhitler-9782226401854). Je vais de ce pas lire le roman maintenant (eh oui, je rédige parfois les introductions de mes billets avant de lire) et reviens ensuite vous en dire plus.

Résumé du livre

1943.En Prusse orientale, Hitler s’est retranché dans son bunker. Il engage des goûteuses, de peur d’être victime d’un empoisonnement par l’alimentation. Parmi elles, Rosa, femme de soldat, Berlinoise arrivée depuis peu au village chez ses beaux-parents.

Elles sont dix goûteuses. Dix femmes qui savent qu’elles vont osciller entre survie et peur: chaque bouchée qu’elles avalent peut être la dernière…Cela crée une drôle d’ambiance au réfectoire, teintée de contraintes et de trahisons…

Mon avis de lecture

L’auteure italienne nous présente un pan assez méconnu de la Grande Histoire et s’en tire avec brio, le livre ayant été primé à plusieurs reprises:Prix Campiello, prix Rapallo, prix Pozzale Luigi Russo…

Le récit est bien mené, fait de multiples rebondissements qui permettent de continuer le lecture jusqu’au bout en se demandant comment tout cela va finir…L’auteure présente cela comme la confession de Margot Woelk qui n’a dévoilé son secret (devoir goûter les plats préparés pour Hitler) qu’à 95 ans. Son histoire est narrée à travers le personnage principal de Rosa Sauer.

Si le sujet a longtemps été tabou pour elle, cela en dit long sur le statut des Allemands pendant la guerre, au sein même de leur pays. L’auteure montre comment a vécu la population au plus près du dictateur. Certains ont connu la faim, les conditions de vie difficiles et la peur aussi. Rosa (ou Margot) aura survécu et nous aura apporté son témoignage. Les mots ne sont jamais vains, quand la petite histoire côtoie la grande. Ce livre permet de s’interroger sur le genre humain, dans toutes ses dimensions. A lire donc.