Une bouteille à la mer – Lenia Major

Editions Slalom -03/09/2020-291 pages

Résumé de l’histoire

Axel, 15 ans est un lycéen ordinaire qui vit en Alsace avec ses deux parents artistes. Sa vie va changer lorsque il trouve une bouteille à la mer, dans laquelle une adresse mail a été glissée. Il envoie un mail et reçoit une réponse de Charline, collégienne de 14 ans qui, un jour d’ennui dans son île de Ouessant, a eu l’idée, accompagnée de ses camarades, d’envoyer une bouteille à la mer parce que dans l’île, à part l’été avec les touristes, il ne se passe pas grand-chose.

Les adolescents vont faire connaissance, se raconter leurs parents, leurs amis, parler de leur vie quotidienne…Un jour, Axel apprend de Charline qu’elle a une leucémie. La maladie va faire partie de leur quotidien, désormais. Comment Axel va t-il donc aider Charline? Celle-ci va t-elle accepter l’aide d’un presque inconnu?

Mon avis de lecture

Avant la lecture, j’ai pensé à Ne t’inquiète pas d’Alice Kuipens, de par la forme épistolaire (mère et fille correspondent à l’aide de post-it, faute de temps, la maman étant médecin) et de par le thème principal qui est celui de la maladie (la mère de l’adolescente tombe malade: un cancer).

Ici, ce sont deux adolescents qui échangent des mails, des conversations Whatsapp et des photos. Et la maladie touche une adolescente. Dans les deux romans, tous les événements n’ont pas lieu sous nos yeux: un gros travail de déduction de la part du/des lecteur(s) est sollicité. Le roman Une bouteille à la mer est moins accès sur les reproches qu’une mère peut faire à sa fille, même si la relation de Charline et de sa mère n’est pas au beau fixe.

Ce qui éclaire le roman, ici, c’est surtout l’humour dont les deux adolescents font preuve tout au long de leurs échanges, comme autant de rixes verbales, entre eux. Un humour comme arme contre la maladie et aussi certaines désillusions de la vie comme des parents un peu trop fantasques pour Axel et un père indifférent pour Charline.

On prend plaisir à lire, on partage les émotions, on assiste à la montée des sentiments sans-en-avoir-l’air, on salue le courage de Charline et l’aide précieuse d’Axel à son égard.

Un joli roman, tendre malgré le sujet, qui constituera une lecture agréable pour les adolescents, même ceux dont la lecture n’est pas le loisir favori, parce qu’il se parcourt rapidement. Et je vous le confie: on ne résiste à un roman dans lequel se côtoient la description touristique de l’île de Ouessant, celle des marchés de Noël en Alsace et des salons du Livre et aussi des extraits de l’oeuvre de Jules Supervielle et des références à GOT!

Merci aux éditions Slalom et à NetGalley.

Les soeurs Grémillet, tome 1: Le rêve de Sarah – Barbucci et Di Gregorio

Editions Dupuis- 12/06/2020- 72 pages

Présentation de l’éditeur

Plonger dans l’histoire comme dans un rêve… Dans un turquoise lumineux et mélancolique apparaissent pour la première fois les trois soeurs Grémillet, guidées par des méduses qui flottent, jusqu’au grand arbre et son palais de verre. À l’intérieur, une petite méduse lévite au-dessus d’un lit. Sarah, l’aînée, ne s’explique pas ce rêve étrange. Obsédée par ce mystère, elle parviendra à l’élucider avec l’aide de ses deux soeurs.

Alessandro Barbucci illumine de son dessin virtuose cette chronique familiale moderne qui, derrière les révélations d’un drame du passé, célèbre l’amour d’une mère pour ses enfants. Dans ce trio féminin, chacune a son caractère attachant : Sarah, l’aînée autoritaire, Cassiopée la cadette artiste, et Lucille la plus petite qui ne parle qu’à son chat. Les belles pierres de la ville, le jardin des plantes, la végétation luxuriante, les petits marchés… le lecteur ne voudra plus quitter cet univers enchanteur créé par Barbucci et Di Gregorio !

Mon avis de lecture

La couverture de l’album est attirante et donne envie de feuilleter et lire: on y voit les trois soeurs au premier plan, dessinées de façon colorée tandis que le second plan, plus sombre, semble plus mystérieux.
Dès les premières pages, on apprend quel rêve fait Sarah: elle et ses soeurs semblent flotter dans l’eau, elle suit des méduses dans une forêt. Celles-ci la guident vers un arbre géant qui porte une serre de métal et de verre. Elle s’approche et observe une chambre qui ressemble à celle de sa maman. Elle voit sur le lit une méduse, elle l’appelle, elle voit qu’elle se retourne et…elle se réveille.
Ce point de départ plonge le lecteur dans une ambiance fantastique, pleine de zones d’ombre.
Au fil des pages, on apprend ensuite que le Club des frangines, c’est-à-dire les trois soeurs va mener l’enquête pour en savoir plus sur le passé de leur mère, silencieuse sur le sujet.
Un des thèmes de cet album est la relation familiale, notamment les liens que les trois sœurs ont entre elles. Le scénariste présente leur portrait simplement: Cassiopée est la romantique, celle qui voudrait rencontrer l’amour. Sarah a un fort caractère et entend rappeler à ses soeurs qu’elle est l’aînée. Lucille, la plus jeune, est plus effacée et ne parle qu’à son chat, Yurei.
Ces trois soeurs sont attachantes et on a envie tout naturellement de les suivre dans leur quête.
Une autre thématique prend également toute la place: celle des secrets enfouis que presque toutes les familles connaissent.
Ces sujets peuvent plaire à un jeune public, les enfants et adolescents pourront sans mal d’identifier aux héroïnes. Le scénario, accessible, est en cela une réussite.
Scénariste et dessinateur ont effectué un travail maîtrisé autour du ratio texte/dessin. Les planches comptent assez peu de cases, les textes sont assez aérés, laissant place au décor et à la rêverie. Le lecteur peut ainsi se plonger dans l’ambiance mystérieuse en laissant s’envoler son imagination grâce aux décors, les éléments naturels (arbres, eau) étant par ailleurs joliment représentés.
J’attends donc le deuxième tome de l’album, étant curieuse de savoir si les liens entre les soeurs vont évoluer.

Merci aux éditions Dupuis et à NetGalley pour la découverte!

Dans les yeux de Lya, tome 2: En quête du coupable – Carbone et Justine Cunha

Editions Dupuis-17/01/2020-64 pages

Présentation de l’éditeur
Lya va peut-être enfin connaître l’identité du chauffard qui l’a renversée la veille de ses 17 ans. Elle tient dans ses mains le dossier subtilisé dans le bureau de maître Martin de Villegan. C’est pour ce dossier qu’elle s’est faite embaucher comme stagiaire dans ce cabinet d’avo-cats. Tout ça pour ça. Mais Lya peut compter sur ses deux alliés fidèles, Adèle sa collègue dévouée et Antoine son meilleur ami. Sur le terrain, l’enquête pour la vérité vire à la série noire.

Mon avis de lecture

Ce deuxième opus se révèle à la hauteur du premier. Le graphisme est toujours très coloré et contribue à la réussite de l’album. L’enquête va de rebondissements en rebondissements et se centre sur la recherche du coupable à l’aide des indices trouvés dans le tome 1.

Antoine et Adèle se révèlent deux alliés efficaces. Le thème du handicap est peu abordé dans ce tome: Lya prend part à l’enquête tout comme ses amis, le fauteuil roulant est oublié. Le dui Lya/Adèle se révèle efficace et l’on sourit face à certaines scènes comme la remise du dossier dans le bureau de maître De Villegan. Je trouve cet album moins sombre que le premier, même si l’enquête est loin d’être facile et que la tension est de mise: on sent que Lya n’aura pas affaire à des personnes très recommandables et que l’enquête pourrait être dangereuse.

J’avoue que comme pour le tome 1, je suis restée sur ma fin. Et que j’attends donc le tome 3!

Je pense que cet album est une belle lecture pour des collégiens qui aiment lire des histoires d’aventure avec un peu de mystère et de suspense.

Merci aux éditions Dupuis et à NetGalley pour la découverte

La femme qui reste – Anne de Rochas

Éditions Les Escales -20/08/2020- 480 pages

Résumé du roman

Le Bahaus: une école d’architecture créée en 1919 à Weimar, déplacée à Dessau puis fermée à Berlin en 1933.

Clara, Holger et Théo s’y rencontrent au moment où rêver est encore permis. L’école est pour eux symbole de modernité et de promesses: l’Art triomphera à Berlin, de nouvelles formes et matériaux voient le jour. Mais bientôt, l’Ecole se retrouvera aux prises de la grande Histoire: les nazis sont là. Les amis devront faire des choix qui les engageront, sans qu’ils soient toutefois en mesure de réaliser la portée réelle…

Mon avis de lecture

J’ai trouvé ce livre intéressant et bien documenté. Anne de Rochas nous fait nous plonger dans le monde du Bahaus, cette école d’architecture qui connut son heure de gloire dans l’entre-deux-guerres et qui fut aussi le symbole de la destruction de l’art par les nazis. Clara est le personnage féminin du roman, magnifiquement sublimée. Elle est celle qui est restée, celle qui a souffert dans une Allemagne en ruines, décrite avec précision.
Ce roman repose vraiment sur la question des choix. L’écriture est fluide, précise, les sujets forment un bon équilibre. La fin, pas si surprenante, laisse place à la réflexion.
Je conseille ce livre à ceux qui aiment l’Histoire et qui sauront aussi se laisser emportés par l’euphorie de la nouveauté, la fraîcheur de l’art.

Merci aux Éditions les Escales et à NetGalley pour la découverte!

La discrétion – Faïza Guène

Editions Plon- 27/08/2020-256 pages

Résumé du roman

Yamina, 70 ans, est discrète. D’une discrétion qui énerve ses enfants. Tous habitent dans le même appartement à Aubervilliers en Seine Saint Denis, le 9-3. La famille de Yamina, ce sont ses 3 filles et son fils et aussi son mari, Brahim de 10 ans son aîné. Lui a travaillé comme mineur en arrivant en France, il a aussi connu le bidonville de Nanterre et les foyers de jeunes travailleurs. Elle est arrivée en France en 1981 après son mariage. Il avait déniché un petit appartement sans douche, il fallait aller aux douches municipales.

Née en Algérie, elle a connu les troubles du pays et l’exil au Maroc aussi. Elle aurait voulu aller plus longtemps à l’école mais a dû travailler comme couturière, son père ne souhaitant pas la marier tout de suite, comme les autres filles du village, puisqu’elle était son bras droit.

Maintenant, ce qui compte, ce sont ses enfants. Elle est fière de les avoir bien élevés, ils n’ont pas fait de prison. Elle est prête à tout pour eux. Même si elle ne comprend pas qu’elles ne soient pas mariées, qu’Hannah ait eu besoin de prendre son indépendance. Elle soutient Omar, chauffeur Uber, alors même que Brahim regrette que son fils ne soit pas plus viril et passe son temps libre à jouer aux jeux vidéos, lui qui était déjà berger à six-sept ans.

Les enfants comprennent peu à peu que la colère étouffée par leurs parents qui ne disent rien, ce sont eux qui la portent en eux. Que vont-ils donc bien pouvoir en faire? Comment vont-ils donc se construire?

Mon avis de lecture

J’ai beaucoup aimé le traitement de l’écart générationnel, la vie des parents et des enfants est aux antipodes, entre la vie de personnes exilées et celles des personnes nées en France. Faiza Guène traite avec intelligence le thème de l’intégration en France, le thème de l’exil et l’impact que cet exil peut avoir pour la génération suivante.

J’ai retrouvé avec plaisir le langage familier, argotique, découvert il y a longtemps dans Kiffe kiffe demain. Les touches d’humour sont ce qui rendent le récit cocasse. Il se dégage de ce livre une belle histoire familiale, un bel amour entre frère et sœurs, un respect indéfectible pour les parents. Faïza Guène rend là un bel hommage à ses parents puisque elle s’est inspirée de leur vie pour l’écriture du roman.

Merci aux éditions Plon et à NetGalley pour la découverte!

Dans les yeux de Lya, tome 1: en quête de vérité – Carbone et Justine Cunha

Editions Dupuis – 01/03/2019- 73 pages (version numérique)

Présentation par l’éditeur
Alors que Lya s’apprête à fêter ses 17 ans, elle est renversée par un chauffard qui la laisse pour morte sur le bord de la route. Elle perd l’usage de ses jambes et un bout de son innocence. Quatre années plus tard, elle se fait engager par un prestigieux cabinet d’avocats dans le but de traquer le coupable…

Mon avis de lecture

Cette bande dessinée est un très bel album, réussi d’un point de vue graphique et aussi narratif.

J’ai immédiatement été attirée par la couverture, très colorée: le personnage de Lya, une jeune fille rousse aux grands yeux, est très expressif, un dossier à la main, assis sur une chaise dont on ignore encore qu’il s’agit d’un fauteuil roulant…Je remercie également certaines blogueuses comme Mahault ou Typhaine pour avoir donné leur avis qui a également contribué à mon choix de lecture.

Je trouve cette bande dessinée intéressante à plusieurs titres: l’histoire va de rebondissements en rebondissements. Elle commence in medias res avec l’emménagement de Lya chez Antoine et son entrée en stage dans un cabinet d’avocats. On apprend ensuite la véritable raison de ce choix: elle a découvert que ses parents ont été achetés pour ne pas engager de poursuivre contre le chauffard qui a renversé Lya, la laissant paraplégique et que son affaire a été traitée par le cabinet dans lequel elle va faire son stage.

J’ai beaucoup aimé la détermination de Lya et le traitement du thème du handicap dans cet album. En effet, cela demande à la jeune fille de rivaliser d’ingéniosité: comment surmonter le fait de ne pouvoir aller aux archives, à la recherche de son dossier, accessible seulement par les escaliers? Comment travailler sans éveiller les soupçons et ne pas trop s’épancher sur son accident pour que les avocats ne découvrent pas la véritable raison de sa présence? Tout en douceur, Lya va se faire des alliés, son handicap n’est nullement vu comme un frein, on va au contraire chercher à l’aider et louer sa détermination. Elle ne semble nullement s’apesantir sur son passé, ce qui donne à l’ensemble un bel optimisme.

J’ajoute que graphiquement, les dessins sont colorés, les traits de crayon simples, ce qui ajoute de la légèreté à l’album. Les personnages en sont pétillants. Elle est de ce fait accessible aux adolescents (l’éditeur la conseille à partir de 9 ans) et peut plaire à tous, adolescents comme adultes.

A noter également une critique sous-jacente du système judiciaire, traitée de façon peu approfondie pour l’instant. Rappelons que cet album n’est que le premier opus et que d’autres tomes -au moins le tome 2- sont prévus.

Merci aux éditions Dupuis et à NetGalley pour la découverte!

La liberté au pied des oliviers – Rosa Ventrella

Éditions Les Escales – 04/06/2020 -285 pages

Résumé de l’histoire

Deux soeurs, Teresa et Angelina, vivent dans le Sud de l’Italie, dans un univers rural et dur. La Seconde Guerre mondiale et l’éloignement du père, alors au front, ne fait qu’accentuer leur pauvre condition sociale. Pour subvenir aux besoins de la famille, leur mère, une femme d’une grande beauté, cède au baron Personè, propriétaire de leurs terres.

Lorsque le père revient et d’autres hommes du village aussi, jamais ils ne sont ceux d’avant, la vie se réorganise. Une lutte va s’engager, celle des ouvriers agricoles qui veulent davantage de justice et posséder des biens. Dans la famille Sozzu, les histoires continuent, c’est la fille cadette, Teresa, qui raconte: les femmes du village, les prédictions d’une vieille femme un peu sorcière, l’arrivée d’un neveu de cette dame, les traumatismes des hommes revenus de la guerre …Et surtout, surtout sa relation avec sa sœur, la belle Angelina qui voit sa vie loin…Les deux sœurs atteindront-elles leurs rêves?

Mon avis de lecture

J’ai bien aimé cette histoire d’héroïnes cherchant à dépasser leur condition sociale.

Dès les premières lignes du roman, on sent qu’un drame va se produire. L’auteure cherche à instaurer une complicité avec le lecteur à travers la voix de la narratrice, Teresa. C’est une histoire familiale qui va nous être présentée. Une histoire aux prises avec la Grande Histoire. Une histoire où rumeurs, tirages de cartes et commères démontre toute l’importance de  » ce qu’on dit de nous ».

L’originalité de ce roman réside dans le fait que c’est la sœur discrète, Teresa, qui offre son témoignage, son regard sur les choses. Elle écrit, elle écrit sur ses origines, son village avec quelques personnages certes caricaturaux mais qui font partie du « folkore » italien. Elle explique si bien aussi l’amour qui l’unit à sa soeur.

A travers ce roman, par la voix de sa narratrice, Rosa Ventrella montre à quel point il est difficile de vivre dans l’Italie des années 40-50, suite à la guerre. Au-delà de l’histoire familiale, c’est toute l’histoire du village qui est abordée avec moults personnages du voisinage décrits de façon minutieuse: on se représente très bien la makara qui voit l’avenir et fait un peu peur aux villageois et la sage-femme. Destinée et rumeur sont deux éléments qui ont du poids dans la vie de ces Italiens, l’auteure trouve un bon équilibre entre ces éléments et distille ça et là de nombreux indices qui amènent peu à peu à découvrir l’essence du drame…

Les portraits des trois femmes, la mère et les deux soeurs, sont finement décrits. J’ai beaucoup aimé le caractère fougueux d’Angelina contrastant avec celui plus discret de Teresa. Cet amour entre soeurs porte magnifiquement le récit, donnant une dimension plus intime au vécu: ensemble, elles affrontent un monde difficile, remplie de jalousie, de désirs d’hommes, de malédictions -la beauté en est une selon la makara-, de superstitions qui rythment la vie quotidienne face à un monde dans lequel les pauvres restent pauvres…

L’écriture de Rosa Ventrella dénote par ailleurs de touches poétiques, notamment autour des éléments de la nature: en colère, en désarroi, les soeurs contemplent la mer et ses variations, et les vagues. Leur maison tremble aussi au gré du vent…Avec des mots choisis, l’auteure montre qu’il n’est pas si facile d’accéder à la liberté, de rêver d’un autre destin…Tout doux, tout doux, conseille t-on à Teresa.

Cette lecture a été agréable, cette histoire puissante de femmes ravira ceux et celles qui aiment découvrir des sagas familiales.

Merci aux éditions Les Escales et à NetGalley pour l’accès à cette lecture!

Les vierges et autres nouvelles – Irène Némirovsky

Il y a longtemps, j’ai découvert la plume d’Irène Némirovsky par le biais d’une de ses œuvres très remarquée: Suite française. Une magnifique fresque de la France au début des années 40, quand les destins hésistent, certains voguant du côté de la lâcheté tandis que d’autres choisissent le courage alors même que la plupart de la bonne société ne cherche qu’à préserver son confort bourgeois…

Je retrouve avec ravissement l’écriture d’Irène Némirovsky. Elle n’a pas son pareil pour décrire dans ses nouvelles la société avec une acuité accrue. On se croirait réellement dans une hypotypose, elle dresse un portrait si vivant de ses personnages et ce, dans un style si maîtrisé, elle écrit bien et nous offre, à nous lecteurs, des phrases sans emphase, sans fioritures. Il y a juste le mot là où il faut.

Et moi, là, il me faut vous détailler chaque nouvelle afin que vous vous fassiez une idée de ce qui vous attend à la lecture!

FILM PARLE: Vous connaissez l’histoire de la Fantine des Misérables? Transposez cela au 20ème siècle et vous retrouverez un peu l’histoire d’Eliane et de sa fille Anne. Une mère « montée » à Paris, croyant à l’amour, découvrant un monde bien plus dur que celui auquel elle pensait. Ce monde de la nuit, des bars et des filles de joie est sublimement décrit : fermez les yeux, vous verrez sans souci le Willy’s bar avec son cortège de femmes abîmées par la vie, redevables d’une « dette » envers une mauvaise femme. Vous verrez aussi ces hommes qui ont de l’argent, qui viennent chercher la compagnie de ces femmes. Et puis Anne arrive. La fille d’Eliane. Enfuie de « sa province », élevée par une « tante » qui profite de l’argent envoyé par la mère et en demande toujours plus. Une fille attirée par le tumulte, ce qu’elle nomme « la vie », qui ne veut absolument pas retourner dans « une vie tranquille ». Vous assisterez à de superbes duels, somme toute sybillins, entre mère et fille, Eliane ne comprenant pas que sa fille souhaite la même vie qu’elle, Anne reprochant à sa mère de ne pas l’avoir gardée avec elle. Peu de dialogues sont échangés mais les quelques phrases disent l’essentiel. Et c’est cet essentiel qui fait l’essence de la nouvelle, cette pauvreté, ce besoin d’amour, cette ascension sociale qui n’est en réalité qu’une dégringolade.

ECHO: il s’agit ici d’une nouvelle très courte qui met en scène un écrivain. Homme qui aime être admiré. Qui raconte volontiers des anecdotes de son enfance. Non loin de lui, son fils. Qu’il ne regarde que peu, si ce n’est pour lui faire des remarques. Une hérédité qui semble être un poids. Des femmes admiratrices ou mères: tel est le rôle que l’auteure assigne à ces femmes dans un style simple que n’aurait pas renié Maupassant.

MAGIE: L’auteure nous fait voyager: d’abord en Finlande, en 1918, où des émigrés russes sont réfugiés. Elle nous livre des croyances et des rituels empreints de mystère et de magie…auxquels on est libre de croire ou non. Un jeune homme demande ainsi à un esprit de lui livrer le nom de celle qui lui est destinée: apparaît le nom d’une jeune fille inconnue. Il finit par ignorer cet incident et épouse la femme à ses côtés avec qui il émigre à Paris. Il avoue des années plus tard à une autre jeune femme, témoin de la scène, qu’il a rencontrée la femme inconnue, qu’elle existe…Une nouvelle réussie qui donne envie d’en savoir plus sur les froids hivers finlandais et les rituels et traditions russes de l’époque…

EN RAISON DES CIRCONSTANCES: dans cette nouvelle, nous sommes plongés au début de la Seconde Guerre Mondiale: un couple s’est marié le matin même à Paris, simplement, sans fioritures, en « raison des circonstances ». La scène se passe au domicile des parents de la mariée, le soir, à l’heure du coucher. Le mari demande à sa femme de venir se coucher, de venir avec lui. Le mariage est l’occasion pour la mère de se souvenir de son premier mariage, pendant la guerre lui aussi, son mari ayant ensuite été tué. Irène Némirovsky nous présente un portrait de femme qui a toujours affirmé au second mari que le premier mari, le toujours jeune, le mort à la guerre, était un ami d’enfance épousé « en raison des circonstances ». Et qui par le parcours de sa fille, redoutant qu’elle ne suive un destin similaire au sien, va prendre conscience de ce qu’est l’amour, de ce qu’est le bonheur conjugal…

LES CARTES: cette nouvelle nous plonge de nouveau dans une ambiance mystérieuse, de spectacle, avec le tirage de cartes et les histoires de destin et de sort. Ce sera la danseuse Anita qui en fera les frais et pas de la manière la plus heureuse. Elle pense se débarrasser d’un oiseau de mauvaise augure en faisant renvoyer la bonne, pauvre fille sans le sou, qui, pense t-elle, attire son mari. Toute en légéreté, l’écriture d’Irène Némirovsky insiste sur les émotions féminines, les croyances, les complexes aussi (ai-je bien dansé? suis-je aimée?), l’âge vieillissant des femmes qui pensent devoir rivaliser avec des plus jeunes…

LA PEUR: quelques pages qui résument une amitié qui a résisté à la guerre, aux obus, aux tranchées. Une amitié qui se terminera à cause d’un sentiment si humain et si irrationnel: la peur. Des paysans qui se laissent prendre à la rumeur: un parachutiste est en fuite, dans le coin. Dès lors, la nature change, les hommes sont aux aguets. La peur devient menace, la peur abolit tout discernement. Lentement, insidieusement, Irène Némirovsky fait monter la tension jusqu’à l’acmée, jusqu’à ce que le pire arrive: la mort, l’ami tuant l’autre ami accidentellement. Une réussite.

L’INCONNUE: « c’était un jeune acteur en 1920, un de ceux qui ont mis leur jeunesse en viager, à cette époque, et qui ont vécu d’elle pendant 20 ans ». Cette nouvelle est trucculente, j’ai beaucoup aimé la chute et l’histoire de ce couple dont l’homme est écrivain en déclin et la femme admiratrice qui a persisté à lui écrire jusqu’à ce qu’il l’épouse. J’ai beaucoup aimé le portrait dressé de cet écrivain vaniteux pris à son propre piège et de cette femme tenace, prête à tout par amour.

LA VOLEUSE: cette nouvelle est bien écrite et l’histoire est fouillée, intéressante. Il y est question de bâtardise, de biens, d’honneur, d’hérédité aussi. Irène Némirovsky a choisi de jouer sur les apparences: la voleuse n’est peut-être pas celle que l’on croit. Et ici, personne n’est ni méchant ni gentil, ni faible ni fort. L’écrivaine nous laisse entrevoir des sentiments paysans refoulés, avoués aussi mais c’est toujours l’honneur qui prime: foi de paysans!

LES REVENANTS: une plongée dans le passé qui en rendrait plus d’un nostalgique avec cette touche de magie qui fait voir on ne sait comment les revenants à ces jumeaux qui revivent ainsi l’enfance de leur maman avec la compagnie d’un petit garçon, revenant, mort à la guerre. Un récit bien mené, un secret bien gardé par la maman (celui d’un amour pour le petit garçon devenu grand)…Une lecture réellement plaisante.

L’AMI ET LA FEMME: un beau récit qui laisse part à l’expression des sentiments humains. Ceux d’un homme, victime d’un accident d’avion, rescapé qui meurt loin de chez lui en appelant sa femme qu’il pare de nombreuses qualités et qu’il aime sincèrement. Ceux de l’ami rescapé aussi du naufrage qui lutte avec lui contre faim et froid jusqu’à trouver asile, qui met du temps à aller voir la femme de l’homme mort et qui finalement la trouve bien éloignée de celle présentée par le mari. Le récit est intéressant en ce que le point de vue présenté est celui d’un homme: un homme jeune qui laisse transparaître tout son mépris pour les femmes « pas comme il le pense ». Une réflexion au delà du récit sur le devenir des veuves et la condition féminine.

LA GRANDE ALLEE: cette nouvelle décrit un monde de paysans sauvage où l’on pense qu’un coup de fusil peut venger l’honneur. Dans lequel entendre un coup de fusil peut mener à l’article de la mort. On peut mourir de tristesse dans ce récit…

LES VIERGES: la nouvelle éponyme du recueil! Un texte intéressant qui dépeint tout aussi bien les affres de l’union conjugale que ses bonheurs. Une femme se sépare de son mari qui a toujours eu soif de changement et qui a finit par lui préférer une maîtresse. Elle arrive un soir en France, dans un petit village du Centre, chez sa sœur institutrice où elle retrouve également une amie d’enfance et une parente éloignée. Sa fille, faisant semblant d’être endormie, écoute les quatre femmes parler dont une seule -sa mère- a connu l’amour et un homme. Irène Némirovsky évoque la conjugalité et la passion amoureuse dans ce qu’il y a de plus intime. Et c’est très réussi.

BILAN: les nouvelles sont de qualité et de longueur inégales. Mes préférées sont celles qui ouvre et clôt le roman, de par leur longueur et la qualité des textes. Chaque nouvelle développe une pensée féminine, des sentiments humains: chaque femme est en prise avec son propre vécu. J’ai beaucoup aimé les nouvelles relatant le point de vue des mères qui réfléchissent également à l’amour: l’amour en général, l’amour des amants, des maris, des filles…Je classerais un peu à part les nouvelles « Magie » ou « Les revenants » qui vont au delà des sentiments humains mais aborde le rapport que chacun entretient avec ses croyances. Ces nouvelles représentent également pour l’écrivaine (exterminée par les Nazis à Auschwitzch) un ailleurs issues de ses origines interculturelles et de son histoire: sa famille a beaucoup voyagé et s’est beaucoup imprégnée des croyances véhiculées dans divers pays.

Ce livre est un grand grand coup de coeur et je le conseille vivement pour sa qualité littéraire!

Les dames blanches – Pierre Bordage

Résumé du roman

Elodie Mangin l’a vue la première. Lorsque Camille, journaliste, l’interroge, elle sait déjà que d’autres mères, pas seulement à l’Ouest de la France, ont vécu un drame similaire: voir son enfant de moins de 4 ans disparaître, attiré et happé par une énorme bulle blanche.

D’autres bulles apparaissent, grossissent, capturent des enfants pendant de nombreuses années sans que rien ne puisse les arrêter. Les Etats du monde se liguent contre elles mais leur activité magnétique est telle que des dysfonctionnements numériques et technologiques apparaissent. L’ONU décide alors d’envoyer dans les bulles des pédokazes, enfants de moins de 4 ans chargés d’explosifs, d’abord des orphelins. Mais les enfants manquent et chaque famille doit bientôt désigner son « pédokaze », un enfant bombe. Une lutte clandestine pour faire fi de la loi d’Isaac commence, certaines familles refusant ce système et se retrouvant pourchasser par l’armée .Les dames blanches cesseront-elles de prendre des enfants? Parviendra-t-on à les faire disparaître? Les enfants reviendront-ils?

Avis de lecture

J’ai beaucoup aimé ce roman dystopique et je le conseille fortement, que vous aimiez ou non la science-fiction.

Car Pierre Bordage ne se contente pas de nous plonger dans un monde futuriste dysfonctionnant, rempli d’un futur sombre. Il nous plonge également dans une quête intérieure et nous fait nous interroger sur des questions universelles comme le salut passe-t-il par les générations futures? La promulgation de lois conduisant vers la mort ou du moins la disparition peut-elle réguler une société?

Les thèmes abordés sont variés: le deuil d’un enfant, le devenir de l’espèce humaine, le rôle des réseaux technologiques et communicationnels, le droit à la vie, le système de répression dans une société, le rôle des médias également…Le monde tel que Pierre Bordage le décrit rappelle un monde qui a existé: la politique de l’enfant unique en Chine et les contrôles du gouvernement deviennent ici une injonction à choisir au sein d’une famille un pédokaze, les enfants emmenés par les militaires dans des camps rappellent les camps de transit de la Seconde Guerre Mondiale…Pierre Bordage nous envoie une critique de la société en dérive en nous donnant à voir plusieurs points de vue: celui de Camille et Basile, son compagnon, ufologue, tous deux prêts à risquer leur vie pour percer le mystère de ces « dames blanches ». Celui aussi d’hommes et de femmes anti loi Isaac, qui deviendront donc clandestins pour sauver leurs familles. Celui d’hommes militaires aussi, prêts à faire appliquer les lois, coûte que coûte. Cette diversité d’opinions est intéressante et se traduit structurellement par des chapitres consacrés à une succession de personnes présentant chacune leur histoire en relation avec ces « dames blanches ».

Certains personnages m’ont plu: Camille en journaliste engagée qui a aussi perdu un fils, Nathan et qui va tout faire pour améliorer sa relation avec sa fille. Cette dernière, Catel,marquée par une histoire familiale douloureuse, la disparition de son frère, l’indifférence de sa mère à son égard, va se retrouver face à un choix: donner ou non son fils. Catel va passer d’un désintéressement complet pour son fils à une forme de dévouement qui consistera à chercher le cadre idéal pour cet enfant considéré autiste. Ce cheminement est comparable à celui de Jacques: ancré dans ses certitudes, il devient militaire, prêt à faire appliquer les lois. Mais ayant une fille unique, il va refuser qu’elle devienne pédokaze et sa vision du monde va s’en trouver bouleversée.

Un livre à lire en se demandant : » Que ferais-je dans une telle société? »

Un camaieu de gris et de beige- Marie-Claude Cassegrain

Ebook gratuit -Editions Colo Nosykomba-2011

Résumé de l’histoire

Maxence, veuf depuis peu, est invité par un couple d’amis dans leur maison de famille à Cabourg. La maîtresse de maison, Lorraine, était la meilleure amie de sa femme, Maud, décédée accidentellement. Il y rencontre d’autres personnes: Bernard et Françoise, Noël, Ghislaine, toutes entre 50 et 60 ans, issues de la petite bourgeoisie.

Ils mènent une vie stable, ont des situations professionnelles et financières prospères. Ils vont être confrontés aux aléas de la vie: maladie et décès, décès accidentel d’un fils adolescent, divorce, perte d’emploi et risque d’une condamnation pour diverses malversations, enfants ingrats, attirés par l’argent, solitude, espérances et désillusions amoureuses…Sauront-ils quitter leur monde d’apparat pour s’écouter et surmonter leur mauvaise fortune?

Mon avis de lecture

Je ne me serai pas intéressée à ce livre en librairie. Comme tout un chacun, il m’arrive de souhaiter faire des découvertes littéraires, d’autant plus si elles sont synonymes de gratuité, ce qui est le cas avec cet ebook numérique.

En fait de découverte, j’ai été assez déçue. La lecture de ce roman n’a pas été agréable pour moi, je l’ai souvent trouvée ennuyeuse. Aucun des personnages décrits n’est réellement sympathique, on n’a aucune envie de suivre ces parcours. La description du milieu bourgeois semble caricaturale, sans réelle surprise. L’histoire d’amour entre Maxence et Muriel peut susciter un intérêt au début mais prend ensuite une dimension trop hésitante. Aucun personnage ne peut être érigé en héros ou tiré réellement son épingle du jeu.

Je n’ai pas grand-chose à ajouter sur le style: le roman se lit, la narration est cohérente, les tournures de phrases accessibles et pas alambiquée.

Je ne conseille donc pas cette lecture.

Une femme en contre-jour -Gaëlle Josse

Editions Noir sur blanc-07/03/2019-160 pages

« Raconter Vivian Maier, c’est raconter la vie d’une invisible, d’une effacée. Une nurse, une bonne d’enfants.

Une photographe de génie qui n’a pas vu la plupart de ses propres photos.

Une Américaine d’origine française, arpenteuse inlassable des rues de New York et de Chicago, nostalgique de ses années d’enfance heureuse dans la verte vallée des Hautes-Alpes où elle a rêvé de s’ancrer et de trouver une famille.

Son œuvre, pleine d’humanité et d’attention envers les démunis, les perdants du rêve américain, a été retrouvée par hasard – une histoire digne des meilleurs romans – dans des cartons oubliés au fond d’un garde-meuble de la banlieue de Chicago.

Vivian Maier venait alors de décéder, à quatre-vingt-trois ans, dans le plus grand anonymat. Elle n’aura pas connu la célébrité, ni l’engouement planétaire qui accompagne aujourd’hui son travail d’artiste.

Une vie de solitude, de pauvreté, de lourds secrets familiaux et d’épreuves ; une personnalité complexe et parfois déroutante, un destin qui s’écrit entre la France et l’Amérique.

L’histoire d’une femme libre, d’une perdante magnifique, qui a choisi de vivre les yeux grands ouverts.

Je vais vous dire cette vie-là, et aussi tout ce qui me relie à elle, dans une troublante correspondance ressentie avec mon travail d’écrivain. » G.J.

Mon avis de lecture

Ce roman est une biographie romancée réussie. Gaëlle Josse se livre à un exercice périlleux: mettre en mots le destin d’une personne dont on sait peu de choses, au talent non révélé. Elle passe l’épreuve avec succès: Vivian Maier prend peu à peu vie sous nos yeux, ancrée dans une histoire familiale douloureuse, pleine d’ombre, habitée par un art qu’elle sublime. A travers cet art, on la découvre autre, captant des visages, des expressions, une réalité loin d’être édulcorée…

Gaëlle Josse progresse dans le parcours de son personnage en interrogeant le rapport au monde, à la célébrité, à la solitude. Elle interroge son métier d’écrivain, avec la lancinante question: comment écrire sur une femme qui ne se donne pas à voir, qui n’a pas laissé grand-chose d’elle, hormis des photos?

Mon avis final est mitigé:j’ai aimé la démarche autour de l’écriture, le fait d’ancrer Vivian Maier dans son histoire familiale parmi d’autres femmes. Mais la lecture m’a semblé rempli de creux, mon imaginaire n’a pu être comblé totalement. Dommage!

La grande escapade -Jean-Philippe Blondel

Editions Buchet-Chastel – 15/08/2019-164 pages

Résumé de l’histoire

1975. Dans un groupe scolaire de province se côtoient des instituteurs, institutrices qui vivent là dans des logements de fonction avec conjoints et enfants. Les effets de Mai 68 commencent à se faire sentir: les femmes mariées et travailleuses restent soumises à leurs obligations familiales. Les enfants des cinq familles se regroupent entre eux pour jouer, habitués à entendre les bruits des uns et des autres, à avoir le père ou la mère des copains comme instit’. Comment tout ce microcosme va t-il réagir face aux changements qui arrivent progressivement, comme la nomination d’un instituteur adepte des méthodes pédagogiques modernes? Ou comment va t-il affronter l’émancipation et le désir d’autonomie de certaines femmes?

Mon avis de lecture

Jean-Philippe Blondel nous offre par ce roman une belle page sociétale des années 1970, entre attachement aux traditions et désir de renouveau.

Il est intéressant que soient exprimés les points de vue de trois femmes quadragénaires ou presque: l’une, Janick, est secrétaire mais rêve d’être styliste, tout en osant d’abord pas trop chambouler les habitudes familiales et son rôle de mère et d’épouse. L’autre, Michèle Goubert, assujettie à un mari qui tient à ce qu’elle s’occupe du foyer en plus de son travail d’institutrice. Elle hésitera à vivre une vie extra-conjugale, fascinée par cet homme marié adepte des pédagogies modernes qui fait battre son coeur. Et la dernière, Geneviève Coudrier, décrite comme commère qui sera surprise de se découvrir capable d’une aventure extra-conjugale, elle qui faisait un passe-temps des racontars glanés ça et là.

Les enfants sont également des personnages intéressants, notamment Philippe, le fils de Michèle, qui parvient à faire fi des commentaires entendus et à se révéler scolairement et socialement grâce aux nouvelles méthodes de son instituteur.

Je n’ai néanmoins pas été captivée par l’histoire, le thème de la grande escapade arrive assez tard dans le roman et j’ai trouvé quelques longueurs.

Un parfum de rose et d’oubli – Martha Hall Kelly

Editions Charleston -18/06/2019-555 pages -Les femmes Ferriday (t.2)

Présentation de l’histoire

À l’été 1914, l’Europe est au seuil de la guerre tandis que la monarchie russe vacille chaque jour un peu plus. En ces temps troublés où le destin de chacun est plus que jamais incertain, trois femmes hors du commun verront leurs vies se mêler pour le meilleur et le pire… Sofya, l’aristocrate russe, perdra sa fortune et son pays mais se battra sans relâche pour ce qu’elle a de plus précieux : son fils.

Eliza, la mondaine américaine, tremblera pour ses amis russes et cette guerre qui se rapproche chaque jour un peu plus.

Quant à Varinka, la jeune paysanne russe, presque une enfant, ses choix la feront basculer malgré elle au coeur d’un combat perdu d’avance…

Avis de lecture

Après la découverte de trois femmes au coeur des tourmentes de la Seconde guerre Mondiale dans le premier tome des femmes Ferriday, nous voici plongé(e)s au coeur de la Première Guerre Mondiale et dans la Révolution Russe et leurs conséquences…Martha Hall Kelly s’est de nouveau beaucoup documentée pour nous présenter l’époque de la mère de Caroline, Eliza, ces années 1914-1921 durant lesquelles le chaos règne dans de nombreux pays.

Elle nous offre cette fois-ci un regard sur les événements à travers les yeux de trois narratrices:

-Eliza, issue d’une famille mondaine new-yorkaise qui perd son mari, victime, d’une pneumonie et qui se consacre ensuite aux bonnes oeuvres de charité. Elle souhaite inculquer à sa fille Caroline des valeurs humaines comme la tolérance et l’altruisme.

-Sofya, cousine de la tsarine de Russie, amie d’Eliza, qui se réfugie avec sa famille au château de Malinov. Mère d’un enfant, Max, elle a une soeur cadette, Luba. Leur mère est décédée et elles ont du mal à supporter leur belle-mère. Sofya est d’abord ravie de l’aide apportée par Varinka pour s’occuper de son fils.

-Varinka, jeune paysanne pauvre, adorait son père. Sa mère ou Mamka a des dons de voyance. Taras les protège et les fait vivre depuis la mort du père mais il ne semble pas animé de bonnes intentions. Il fera partie des Russes dits Rouges qui massacrent les Russes blancs, assimilés à la famille du tsar et aux bourgeois.

Cette fiction historique est réussie, notamment grâce au travail de recherche de l’auteure qui précise également à la fin de l’ouvrage la part fictionnelle de ces personnages. Un prochain tome sur une des femmes de la famille Woosley lors de l’époque de la guerre de Sécession.

Les portraits des trois femmes sont saisissants de réalisme (rappelons que seule Eliza a existé). Dans le tome 1, Herta était la « méchante », ici, il s’agit de Varinka, présentée tout de même un peu comme une victime, sous l’emprise d’un homme violent, Taras. L’auteure s’est surtout attachée à décrire le lien d’amitié fort entre Sofya et Eliza. Parfois, les événements liés à la guerre semblent n’être qu’en toile de fond pour mieux décrire les actions et sentiments des personnages, notamment la solidarité envers les Russes réfugiés à Paris.

J’ai beaucoup aimé certains personnages secondaires:Yuri et surtout, Luba, la petite soeur de Sofya, courageuse et déterminée. La mère de Varinka, au contraire, m’a semblée plus passive,laissant sa fille se faire torturer par Taras. Dans l’ensemble, ce livre m’a plu, pas autant que le premier tome mais j’en conseille la lecture avec plaisir!

Mémoire de fille – Annie Ernaux

Editions Gallimard-01/04/2016-160 pages

Résumé de l’histoire

En 1958, Annie à presque 18 ans n’a presque jamais voyagé. Elle va quitter l’épicerie normande familiale le temps d’un été pour être monitrice dans une colonie, dans l’Orne. Elle va découvrir les garçons et vivre sa première fois. Cette expérience va avoir un impact sur son corps et son psychisme deux ans durant. Par un aller-retour entre passé et présent, grâce à des lettres envoyées à des amies et des photos, elle se souvient de tout cela et en arrive à nous montrer ce qu’elle pense être la jeune fille d’alors…Quelle introspection va t-elle faire? Quelles traces va t-elle nous laisser de cette expérience de vie?

Mon avis sur ce roman

Annie Ernaux n’a pas son pareil pour nous plonger dans le côté introspectif de ses personnages, à travers une vision sociologique: le personnage au coeur d’un groupe.

Elle met d’abord à distance son personnage et le nomme tantôt « Annie D. », tantôt « elle », tantôt « la fille » pour le mettre à distance et prendre davantage de recul sur les événements. Il lui aura d’ailleurs fallu des années avant d’écrire sur sa perte de virginité car dans les années 1950 où cela pouvait signifier être fille-mère, se marier sans amour, avorter clandestinement, abandonner l’enfant, avoir une réputation de « putain sur les bords », déshonorer sa famille, devenir une laisser-pour-compte dont aucun homme ne veut plus…tant de choses dont une femme se passerait bien souvent volontiers.

On a l’impression qu’Annie D n’a pas tellement eu le choix, que le moniteur a jeté son dévolu sur elle, qu’elle en est tombée amoureuse et qu’elle en vit les affres ensuite. J’ai beaucoup aimé le cheminement intérieur du personnage, Annie Ernaux trouve les mots justes pour faire revivre à cette jeune fille les événements, l’alternance entre passé et présent matérialise le moment présent, donne de la consistance aux choses. Cela sublime le personnage qui n’est ainsi pas du tout réduit à une fille facile ni à une victime, comme le laisserait croire l’événement tel qu’il eut lieu: une relation brutale voulue par un garçon qui ne voulait pas autre chose qu’une seule fois, qu’une passade puisque très vite, il se détourne d’elle, voire s’en moque.

Le fait de ne pas seulement parler de la colonie permet de mesurer les conséquences de la perte de virginité. On se rend compte à quel point le corps prend une place énorme dans cette narration, le corps détraqué: la boulimie, le mal-être, l’aménorrhée suivent…Toute la société des années 50-60 s’étale alors sous nos yeux avec le silence des mères, l’inconséquence des petits-amis, le m’as-tu-vu qu’il faut avoir auprès des copines: tant d’apparences et de faux semblants qui rendent les choses plus difficiles pour la jeune fille de l’époque, pétrie de honte, finalement. Le traumatisme est dès lors bien écrit, bien analysé. Annie Ernaux nous livre une tranche de vie qui a une place dans son oeuvre, qui pour elle, prend sens dans son œuvre et je dirais que ce roman est à voir ainsi: l’analyse d’un événement de jeunesse qui donne une place à la femme dans des années durant lesquelles il n’était pas si facile d’évoquer sa sexualité et l’impact de celle-ci…

Bilan de lecture (Juillet 2020)

J’avais abandonné mes bilans de lecture mais juillet ayant été un mois actif, je m’y remets volontiers…

Nombre de livres lus: 21 livres lus: 6 bandes dessinées et 15 romans dont 1 roman de littérature jeunesse.

Livre préféré du mois: La vie mensongère des adultes d’Elena Ferrante

J’ai été ravie de retrouver Elena Ferrante , la ville de Naples telle qu’elle la décrit si bien dans ses romans et aussi de la découverte de ses personnages féminins, toujours en proie à des interrogations quant au milieu social d’où ils viennent!

Déception du mois: Klaw de Antoine Ozanam et Joel Jurion)

J’ai apprécié globalement ce que j’ai lu ce mois-ci, aussi la déception du mois est plutôt un choix par défaut.

Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux -Martha Hall Kelly

Editions Charleston -01/2018

Présentation du roman par l’éditeur

À New York, Caroline Ferriday travaille au consulat français. Mais lorsque les armées hitlériennes envahissent la Pologne en septembre 1939, c’est tout son quotidien qui va être bouleversé.

De l’autre côté de l’océan, Kasia Kuzmerick, une adolescente polonaise, renonce à son enfance pour rejoindre la Résistance. Mais la moindre erreur peut être fatale.

Quant à l’ambitieuse Herta Oberheuser, médecin allemand, la proposition que lui fait le gouvernement SS va lui permettre de montrer enfin toutes ses capacités. Mais une fois embauchée, elle va se retrouver sous la domination des hommes…

Les vies de ces trois femmes seront liées à jamais lorsque Kasia est envoyée à Ravensbruck, le tristement célèbre camp de concentration pour femmes. À travers les continents, de New York à Paris, de l’Allemagne à la Pologne, Caroline et Kasia vont tout tenter pour que l’Histoire n’oublie jamais les atrocités commises.

Avis de lecture

Ce premier roman est une belle fresque historique. L’alternance du récit entre les trois protagonistes et l’alternance des points de vue créent un rythme nécessaire pour lire l’insoutenable, notamment lors des descriptions des opérations des « Lapins ». Les personnages de femmes sont décrits avec un grand réalisme: on a froid dans le dos en pensant à Herta, on pleure avec Kasia et on est touchés par la générosité de Caroline. Le ton sonne juste et le fait d’englober plusieurs continents est intéressant pour comprendre l’impact de cette deuxième guerre mondiale tant sur le plan humain, social qu’économique et financier.

Sachez aussi que certaines personnes ont réellement existé, comme Caroline et Herta. La thématique de l’après-guerre est particulièrement intéressante et souligne à quel point le retour à « la vie normale » a été dure pour tant de personnes en souffrance.

Les personnages de Catherine et Kasia sont lumineux. Catherine par sa force de conviction, son altruisme, sa détermination, ses valeurs humanistes. Kasia parce qu’elle a survécu à la barbarie, parce qu’elle connaît tant de déconvenues à son retour mais qu’elle ne baisse pas les bras. Et qu’à travers son personnage, on peut s’interroger sur le sens du pardon et sur la capacité de résilience.

Enfin, soulignons également que ce roman met en lumière le devenir des prisonnières de guerre, des victimes des nazis, l’oppression des Polonaises sous domination soviétique, sous un angle peu abordé dans la littérature jusqu’à présent: celui qui dénonce le fait que ces femmes n’ont obtenu que peu de compensation financière et qu’il leur a été difficile d’être réopérée par exemple ainsi que le souligne l’auteure, suite à un remarquable travail de documentation.

Un premier roman prometteur à découvrir si ce n’est déjà fait pour vous!

Sorties littéraires : les nouveautés en format poche

Voici une sélection parmi les nouveautés parues au format poche durant ces deux derniers mois:

La goûteuse d’Hitler-Juin 2020

Reclus dans son quartier général en Prusse orientale, terrorisée à l’idée que l’on attente à sa vie, Hitler a fait recruter des goûteuses. Parmi elles, Rosa. Quand les S.S. lui ordonnent de porter une cuillerée à sa bouche, Rosa s’exécute, la peur au ventre : chaque bouchée est peut-être la dernière. Mais elle doit affronter une autre guerre entre les murs de ce réfectoire : considérée comme « l’étrangère », Rosa, qui vient de Berlin, est en butte à l’hostilité des autres goûteuses. Pourtant, la réalité est la même pour toutes : consentir à leur rôle, c’est à la fois vouloir survivre et accepter l’idée de mourir.
Inspiré de l’histoire vraie de Margot Wölk, La Goûteuse d’Hitler a été couronné en Italie par le prestigieux prix Campielo.
A lire si vous aimez vous plonger dans l’Histoire, là où la petite histoire côtoie la grande…

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Été 85- 07/2020

« Une vie et une mort en quatre parties cent dix-sept petits morceaux sept semaines et cent dix-neuf repas six rapports circonstanciés et deux coupures de presse avec quelques blagues, deux ou trois devinettes, quelques notes, et un fiasco par-ci, par-là pour faire avancer le récit…
Pour que vous puissiez voir comment je suis devenu ce que je suis…  » Hal nous raconte l’été de ses 16 ans. Son premier amour et cette promesse, inéluctable, qui a tout fait basculer. Un roman d’amour et un hymne à l’adolescence merveilleusement inventif et bouleversant. A lire si vous avez envie de mettre des mots sur des scènes de cinéma ou de découvrir l’histoire en mots avant de vous tourner vers l’image…

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La vraie vie – 05/2020

C’est un pavillon qui ressemble à tous ceux du lotissement. Ou presque. Chez eux, il y a quatre chambres. La sienne, celle de son petit frère Gilles, celle des parents, et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. La mère est transparente, soumise aux humeurs de son mari. Le samedi se passe à jouer dans les carcasses de voitures de la décharge. Jusqu’au jour où un violent accident vient faire bégayer le présent.
Dès lors, Gilles ne rit plus. Elle, avec ses dix ans, voudrait revenir en arrière. Effacer cette vie qui lui apparaît comme le brouillon de l’autre. La vraie. Alors elle retrousse ses manches et plonge tête la première dans le cru de l’existence. Elle fait diversion, passe entre les coups, et conserve l’espoir fou que tout s’arrange un jour.

A lire si vous aimez les histoires en apparence tranquilles qui tout à coup prennent des allures de thriller…Et aussi pour découvrir une héroïne brute d’émotions, intelligente, qui tente tant bien que mal de survivre dans un univers cruel…

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L’américaine -05/2020

Septembre 1961. Depuis le pont du bateau sur lequel elle a embarqué, Ruth tourne le dos à son île natale, la République dominicaine. En ligne de mire : New York. Elle en est sûre, bientôt elle sera journaliste comme l’était son père, Wilhelm. Très vite, elle devient une véritable New-Yorkaise et vit au rythme du rock, de l’amitié, des amours et des bouleversements du temps : l’assassinat de Kennedy, la marche pour les droits civiques, les frémissements de la contre-culture…
Mais Ruth se cherche. Qui est-elle vraiment ? Dominicaine, née de parents juifs autrichiens ? Américaine d’adoption ? Dans cette période de doute, elle est entourée par trois femmes fortes et inspirantes : sa mère Almah en République dominicaine, sa tante Myriam à New York et sa marraine Svenja en Israël symbolisent son déchirement entre ses racines multiples.

A lire si vous voulez découvrir un très beau portrait de femme en quête d’identité et aussi la très belle ville de New-York et son atmosphère dans les années 1960…

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Risibles amours -07/2020

« Je sais que tu as toujours été un type droit et que tu en es fier. Mais pose-toi une question : Pourquoi dire la vérité? Qu’est-ce qui nous y oblige ? Et pourquoi faut-il considérer la sincérité comme une vertu? Suppose que tu rencontres un fou qui affirme qu’il est un poisson et que nous sommes tous des poissons. Vas-tu te disputer avec lui? Vas-tu te déshabiller devant lui pour lui montrer que tu n’as pas de nageoires? Vas-tu lui dire en face ce que tu penses? Eh bien, dis-moi! »

A lire si vous voulez découvrir les textes de Kundera dans une nouvelle édition…

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Un certain Paul Darrigand – 06/2020

 » Cette année-là, j’avais vingt-deux ans et j’allais, au même moment, rencontrer l’insaisissable Paul Darrigrand et flirter dangereusement avec la mort, sans que ces deux événements aient de rapport entre eux.
D’un côté, le plaisir et l’insouciance ; de l’autre, la souffrance et l’inquiétude. Le corps qui exulte et le corps meurtri.
Aujourd’hui, je me demande si, au fond, tout n’était pas lié. « 

A lire si vous avez apprécié Arrête avec tes mensonges.

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L’odeur de la colle en pot -06/2020

« On ne cessait de nous seriner qu’avec la guerre, le sida et le chômage, notre génération serait probablement « sacrifiée ». Mais je crois bien que les adultes avaient inventé ce concept pour se dédouaner de ne savoir que faire de leurs enfants devenus grands, d’être incapables de leur parler et de les comprendre. Parce que, ça c’était certain, personne n’était à même d’appréhender cet agglomérat d’immenses bonheurs et de pensées sombres qui envahissait ce corps que je ne reconnaissais plus. »

1990.Autour de l’unique téléphone fixe de la maison se chuchotent les secrets d’une famille en plein chaos : la fuite du père, le chagrin de la mère et les tourments adolescents de Caroline, qui déroule le fil de cette année si particulière.

A lire si vous êtes prêt à vous plonger en 1990, pour vous souvenir de votre adolescence ou d’un temps où Internet était encore loin…

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Arcadie- 05/2020

Si l’on n’aimait que les gens qui le méritent, la vie serait une distribution de prix très ennuyeuse. »Au domaine de Liberty House réside une étrange communauté : naturistes, électrosensibles, déments séniles et autres inadaptés y réapprennent à vivre et jouir sans entraves. C’est là que Farah, quatorze ans, et ses parents ont trouvé refuge. Mais au milieu de ce drôle de paradis, l’adolescente peine à s’épanouir. Et pour cause : sa seule certitude – être une fille – vient de voler en éclats.

A lire si vous aimez les utopies et les romans qui traitent de sujets contemporains:l’adolescence intersexuée, le repli communautaire, les questions technologiques, éducatives ou migratoires…

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Piranhas – 06/2020

« Pour devenir un enfant j’ai mis dix ans. Pour te mettre une balle dans la tronche je mettrai pas plus d’une seconde. »Naples, quartier de Forcella. À quatorze ans, Nicolas n’a qu’une obsession : régner sur la ville avec sa bande. Tous ont entre dix et dix-huit ans, ils ne craignent ni la prison ni la mort, mais une vie ordinaire comme celle de leurs parents. Le gang se déplace en scooter, se livre au trafic de drogue et règle ses comptes à la lumière du jour. Ils ne reculeront devant rien. Quel que soit le prix à payer.Après le succès international de Gomorra, Roberto Saviano consacre son premier roman à l’ascension effroyable d’un baby-gang, inspirée d’une réalité terrifiante.

A lire si vous êtes curieux de découvrir le fonctionnement d’un gang en devenir…

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Le monde selon Garp -06/2020

Jenny Fields ne veut pas d’homme dans sa vie, mais elle désire un enfant. Ainsi naît Garp. Il grandit dans un collège où sa mère est infirmière. Puis ils décident tous deux d’écrire, et Jenny devient une icône du féminisme. Garp, heureux mari et père, vit pourtant dans la peur : dans son univers dominé par les femmes, la violence des hommes n’est jamais loin…

A lire si vous ne connaissez pas l’oeuvre de John Irving et si vous voulez lire un livre culte...

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Impasse Verlaine -06/2020

Dans ses montagnes berbères, Vendredi, l’effrontée, cabriole parmi les chèvres pour faire rire son père adoré et subit à la maison l’oeil redoutable et la main leste de sa mère. Jusqu’au jour où on la marie à un homme qui lui répugne et l’emmène vivre de l’autre côté de la Méditerranée. A seize ans, désespérée d’être enceinte, elle accouche d’une petite fille à qui elle portera un amour étonné et brutal. Impasse Verlaine, en Auvergne, la fille de Vendredi remplit les dossiers administratifs pour la famille et les voisins, fait des ménages avec sa mère, arrive parfois en classe marquée des coups reçus chez elle. En douce, elle lit Dostoïevski et gagne des concours d’écriture, aime un Philippe qui ne la regarde pas et l’école qui pourtant ne veut pas voir la violence éprouvée.

A lire si vous aimez découvrir de beaux portraits de femmes, comme ces deux-là, mère et fille courage…

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Tentative d’épuisement d’un lieu parisien

En octobre 1974, Georges Perec s’est installé pendant trois jours consécutifs place Saint-Sulpice à Paris. À différents moments de la journée, il a noté ce qu’il voyait : les événements ordinaires de la rue, les gens, véhicules, animaux, nuages et le passage du temps. Des listes. Les faits insignifiants du quotidien. Rien, ou presque rien. Les mille petits détails inaperçus qui font la vie d’une grande cité – d’un quartier dans une grande cité. Les innombrables variations imperceptibles du temps, de la lumière, du décor, du vivant. Autobus, chiens, passants, touristes.

A lire si vous avez envie de (re)découvrir l’oeuvre de Pérec...

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On s’était donné rendez-vous -07/2020

Adolescents, Valentine et Benjamin s’étaient fait la promesse de ne pas laisser le temps ternir leur amitié. Dix ans plus tard, alors qu’elle est sur le point de se marier, Valentine part à la recherche de cet ami perdu de vue.

Les retrouvailles sont heureuses et les souvenirs affluent, effaçant les années. Mieux encore : la jeune femme devient très vite amie avec Lauren, la compagne de Benjamin. Trop vite ? Peu à peu, Valentine est perturbée par cette nouvelle amitié : Lauren devient exigeante, tyrannique, insupportable.

En quelques mois, la vie de Valentine est empoisonnée par cette relation très toxique. Ne parvenant plus à faire face, elle décide de tout quitter pour se réfugier, seule, au bord de la mer. Dans ces conditions, Benjamin voudra-t-il tenir la promesse d’être toujours là pour elle ?

A lire si comme moi, vous avez été intrigué par le ciré jaune sur la couverture…Et si vous voulez savoir ce qui se passera entre Valentine et Benjamin, ces deux amis qui se sont perdus de vue…

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L’ombre du vent -07/2020

A lire si vous voulez (re)découvrir l’oeuvre de Carlos Ruiz Zafon…

La femme révélée – Gaëlle Nohant

Editions Grasset -02/01/2020-400 pages

Résumé de l’histoire

En 1950, Eliza Donnelley arrive à Paris sous le nom de Violet Lee. Elle a dans sa valise quelques bijoux de valeur qu’elle espère revendre mais malheureusement, on les lui vole. Lui reste alors son Rolleiflex, un appareil photo dont elle se servira abondamment. Eliza va désormais devoir vivre loin de son mari et de son fils, Tim, restés aux Etats-Unis.

Elle deviendra gouvernante d’enfant, pensionnaire dans un foyer de jeunes femmes, se liera d’amitié avec des femmes libres, voire trop libres…Elle prendra de nombreux clichés de Paris, des personnes croisant sa route: des jeunes filles perdues, des pauvres gens, de pauvres enfants souriants dans leur univers sombre…afin de révéler toute leur beauté et leur dignité, loin d’un quelconque voyeurisme ou d’une quelconque stigmatisation…

Les années passants, elle renoue avec son passé en retournant dans sa ville natale: Chicago. Certaines choses n’ont pas changé comme la ségrégation envers le peuple noir et elle se retrouve en plein coeur des émeutes…

Mon avis sur le roman

La femme révélée est une belle fresque historique des années 50 aux années 70, tant sur le continent américain que sur le sol français. La plongée dans le Paris d’après-guerre est saisissant, on sent toute la musicalité et le côté artistique bouillonnant ressortir…La photographie est un art qui sublime l’humanité, Gaëlle Nohant le fait très bien vivre à son héroïne principale. On sent également toute l’émancipation féminine, toute la domination conjugale d’une société pas encore totalement affranchie…

L’auteure nous brosse un portrait de femme courageuse, déterminée, perdue par moments, remplie de doutes mais capable de défendre une cause humaniste à laquelle elle croit…

Le point de vue historique, abordé notamment dans la seconde partie, avec les émeutes de Chicago est intéressant et nous en apprend beaucoup sur la lutte du peuple noir aidé d’hommes blancs, tous engagés pour les mêmes droits pour tous. L’ensemble est agréable à lire, malgré quelques longueurs.

Les défis d’écriture de Ghislaine n°128

Avec les mots : reine, farouche,moment, tenir, yeux, comme, tout, quand.

Ou le thème : humour

Fin de soirée
Elle avait été la reine de la soirée. Les mecs n’avaient d’yeux que pour elle.Elle n’était pas farouche, avait un jour dit sa mère. Elle avait répondu qu’elle avait de qui tenir et était partie loin.
Elle était comme tout le monde. Quand elle rentra chez elle, elle comprit tout brusquement. On l’ avait pointée du doigt en souriant, c’est vrai. Mais pas parce qu’on la trouvait jolie. Parce que sa robe était à l’envers, on voyait l’étiquette de derrière.
C’était le moment de donner tort encore à sa mère: elle n’était pas farouche, pourquoi pas. Mais maintenant, tout le monde savait que c’était made in China.

Pour en savoir plus sur les défis: https://colettedc.wordpress.com/2020/07/25/les-defis-decriture-de-ghislaine-n128/

Mémoires – Beate et Serge Klarsfeld

Editions Flammarion- 25/03/2015 -688pages

Un homme. Une femme. Deux nationalités: l’un juif français né en Roumain ayant perdu son père dans le camp d’extermination d’Auschwitz, l’autre allemande. Dès leur rencontre en 1960, ils pressentent que leur destin sera d’être à deux.

Ils sont engagés dans diverses causes et militent ensemble durant de nombreuses années. Ils finissent par être surnommés « les chasseurs de nazis ».

Ces pages relatent leur vie, basée sur un combat. Ils vont de l’avant, toujours, leurs cultures et leurs aisances intellectuelles sont leurs armes. On ne peut qu’admirer leur ténacité, leur persévérance, leur amour aussi, leur union même face aux difficultés et à l’adversité.

Lire leurs mémoires est passionnant, cela permet d’en apprendre un rayon sur l’Histoire du XXème siècle.