Arrête avec tes mensonges- Philippe Besson

Philippe Besson est un écrivain français né en 1967 publie en 2001 le roman En l’absence des hommes qui reçoit plusieurs prix. Arrête avec tes mensonges a obtenu plusieurs prix: Prix Psychologies du roman inspirant (2017), Prix Maison de la Presse (2017), Finaliste du Prix Bla Jean-Marc Roberts (2017).

Editions Julliard-05/01/2017- 198 pages

Résumé du livre

A Bordeaux en 2007, Philippe, écrivain est en train d’accorder un entretien à une journaliste sur son dernier livre lorsque il aperçoit une silhouette familière. Même s’il sait que cela ne peut pas être lui, il crie son prénom: « Thomas ». Le jeune homme se retourne, Thomas est son père.

En 1984, Philippe est un élève de Terminale C, dans un lycée de Barbezieux. Timide, gauche, ses excellents résultats lui attirent autant de sympathie que d’antipathie. On trouve souvent qu’il a des gestes de « fille ». Il remarque dans la cour un garçon d’une autre classe, Thomas, qu’il va observer à la dérobée. Entre eux va naître une histoire d’amour secrète: c’est une première expérience sexuelle pour Philippe mais pour Thomas qui n’avouera jamais son homosexualité, la relation ne peut pas durer…

Mon avis sur le roman

Par l’écriture de ce roman, Philippe Besson a voulu rendre hommage à l’amour de ses 17 ans: Thomas Andrieu. Dans plusieurs de ses romans, il a parlé de lui-même, de ses amis, de son entourage. Ici, il raconte un amour vécu dans les années 1980, à une époque où le Sida commence à faire des ravages, où avouer son homosexualité équivalait à être rejeté par sa famille. Thomas, en pleine jeunesse, ne pourra accepter cela. Cela le conduira à fuir l’auteur, pour fuir ce qu’il est, pour finir par épouser une jeune fille tombée enceinte de lui…Philippe Besson commencera son oeuvre romanesque en taisant cette histoire douloureuse, en y insérant des traces (Thomas sera le prénom d’un personnage…). Cette mise à nu le conduit à respecter ce que disait sa mère: « Arrête avec tes mensonges ».

Une oeuvre sincère donc. A découvrir.

Née contente à Oraibi – Bérengère Cournut

Editions Le Tripode – 05/01/2017 – 304 pages

Un gros gros coup de coeur pour cette lecture qui m’a transportée dans un ailleurs existant, si éloigné de notre société occidentale!

Tayatitaawa, jeune amérindienne d’Arizona, appartenant à la tribu des Hopis, vit avec sa famille dans le clan des Papillons. Bérengère Cournut en fait la narratrice de son récit en nous contant son enfance ainsi que les us et coutumes de sa tribu.

A travers les yeux de la petite fille, nous découvrons le quotidien de la tribu, marquée aussi bien par les deuils (comme celui du père de Tayatitaawa) que par les conditions de vie rudes. Les traditions, les rites folkloriques donnent une impression d’un peuple harmonieux, soucieux des traditions, porteur de diverses croyances comme le chamanisme.

Une belle découverte d’un peuple dont j’ignorais tout. Les photos à la fin du livre nous permettent de mieux nous représenter les choses. Bérengère Cournut a réalisé un travail très documenté, explorant avec finesse sentiments, gestes et actions d’un peuple semblant vivre dans une sphère intemporelle.

115- Benoît Séverac

Editions Manufacture de livres- 05/10/2017-288 pages

Résumé du roman

115 est un roman qui nous plonge au coeur de la Ville Rose, Toulouse mais plutôt du côté obscur. Il y a d’abord cette histoire de deux filles albanaises, clandestines en France, qui fuient leurs passeurs et se réfugient dans un container (l’une d’elles a un fils). Il y a ensuite cette descente au cœur d’un camp de gitans qui organise des paris clandestins, opération menée par la major de police Nathalie Decrest. Sergine Hollard a été appelée aussi pour évaluer l’état de santé des coqs défoncés pour les combats: elle est vétérinaire et s’intéresse aussi au genre humain et pas seulement aux animaux alors le sort des Albanaises l’émeut.

Elle a aussi pour projet d’ouvrir une clinique ambulante pour les animaux de compagnie des SDF et son obstination sera sa force car elle y parvient. C’est l’occasion pour elle de rencontrer Odile, une SDF qui vit dans un campement de fortune avec d’autres SDF dont certains sont plutôt inquiétants.

Nathalie, quant à elle, n’apprécie guère la jeune femme. Un contentieux demeure entre elles: l’été dernier, Sergine a voulu aider une jeune Maghrébine, Samia, 15 ans, promise à un mariage forcé, qui travaille désormais bénévolement dans sa clinique mais ses méthodes de « sauvetage » ont mis le feu au quartier des Izards.

Mais toutes deux sont obstinées et vont au fil du roman se rapprocher pour unir leurs forces et travailler ensemble pour savoir ce qui est arrivé aux deux Albanaises, retrouvées par leurs passeurs…

Mon avis sur ce roman

J’ai passé un très agréable moment de lecture. Benoît Séverac nous plonge dans l’univers d’une brigade de police, le quotidien d’une femme flic déterminée et aussi dans l’univers d’une femme vétérinaire, avec en plus l’univers des propriétaires d’animaux. Cela donne un ensemble varié de gestes techniques, de portraits de personnages, certains parfois plus insolites que d’autres (le propriétaire du chien HK, par exemple). La géographie des lieux est elle aussi variée: d’un camp à un container, de souvenirs en Albanie à une présence en France, du passage en France en toute clandestinité avec les risques que cela comporte au proxénétisme, d’un hôtel qui abrite des personnes en détresse à un hôtel de passes, d’une clinique ambulante pour les animaux des SDF à un campement de fortune pour SDF…Chaque univers révèle les affres d’une vie cahotique: misère sociale, misère affective, violences, contraintes, femmes synonymes de marchandises ou femmes pas protégées dans la rue: tout y est.

Et pourtant Benoît Séverac ne fait pas un roman qui tombe dans le misérabilisme. Ce ne sont pas juste les bien-nées qui aident les pauvres gens. Non, parmi ces pauvres gens, il y en a qui sont plus méchants que d’autres. Il y en a qui sont fragilisés par l’alcool, il y en a aussi qui ont une vie de clochardisation parce qu’il y a une fêlûre quelque part (ce n’est pas pour rien que les soeurs sont appelées Charybde et Scylla). Il y en a toujours en ce bas monde des personnes qui profiteront de plus misérables encore (quitte à ne reculer devant rien, comme piquer la pension d’un jeune autiste, Cyril).

Face au poids de leur quotidien, Nathalie et Sergine vont alléger la rancoeur éprouvée l’une envers l’autre. Leur quotidien est lourd, en effet, et c’est ce mélange de lourdeurs et de failles intimes qui va leur faire ressentir qu’elles peuvent avoir besoin l’une de l’autre. Si cette enquête policière et sociale touche, c’est aussi à cause des émotions qu’elle véhicule.

115 est un roman qui interpelle sur les tragédies de l’existence, sur le destin de ces femmes étrangères à qui on promet la lune et qui tombent de bien haut vers du bien bas pour parfois ne jamais se relever. Sur le sort de ces SDF déjà fragiles voire parfois très instables, qui ont pour tout quotidien la rue et sa violence. Et aussi sur la gestion des pouvoirs publics de tous ces problèmes qu’on voudrait ou préférerait ne pas voir. Car quel autre choix reste t-il pour certains que la marginalisation, la clochardisation, la prostitution?

Un roman humain sur l’humain. A lire. De toute urgence. Allô le 115? Je vous invite à lire aussi (même si je suppose que c’est fait).

L’effet ricochet- Nadia Coste

Editions Seuil jeunesse- 23/02/2017- 256 pages

Résumé

Dans une société futuriste,en 2074. Suite à une crise de la natalité et l’échec de la PMA, le clonage est désormais le seul moyen de se reproduire.

Malou, 16 ans, appartient à la deuxième génération de clones. Elle a 2 soeurs: Clara, 10 ans, avec qui elle vit dans un foyer et Julie, presque 19 ans, qui vit depuis peu chez son copain.

Des événements vont finir par lui paraître étranges: ses soeurs et elle se blessent aux mêmes endroits, aux mêmes âges.

Un garçon du foyer va lui parler de l’effet ricochet: il s’agit d’une anomalie condamnant les lignées de clones à subir les mêmes accidents. La mère de Malou a sombré dans la folie, Malou a peur que ce soit la même chose pour elle…Elle va aider le mystérieux garçon qui souhaite,avec un groupe de militants, faire connaître au grand public l’effet ricochet et les effets négatifs du clonage…

Mon avis de lecture

Ce roman est facile à lire et accessible pour les plus jeunes (vers 10-12 ans).

Le thème du clonage est abordé sous plusieurs angles, tant comme une solution contre l’infertilité que comme un facteur de réflexion identitaire (qui suis-je? quel est mon patrimoine génétique? y a t-il un déterminisme génétique? comment être moi et pas mon clone?…).

Si certaines références scientifiques sont intéressantes (les perturbateurs endocriniens et le bisphénol A), ce livre manque tout de même de consistance à ce niveau-là. Malgré les explications, on a du mal à y croire.

Les personnages eux-mêmes ne sont pas très convaincants. L’ensemble n’est pas très équilibré, c’est davantage la succession d’actions qui donne envie de poursuivre la lecture que le contenu du livre.

La fin aurait mérité davantage de soin. Elle est bien trop rapide.

Bref, ne vous privez pas de la lecture de ce roman dystopique mais sachez que dans le même genre, 1984 est bien plus intéressant et enrichissant.

Par amour – Valérie Tong Cuong

Editions J.-C.Lattès – 25/01/2017- 416 pages

Résumé du roman

10 juin 1940. Le Havre. L’évacuation de la ville commence. Lucie et Jean fuient avec leur mère et leurs cousins, Joseph et Marline. Les deux sœurs, Emelie et Muguette, s’efforcent de rester optimistes. Le départ mènera au retour dans la ville, peu de temps après.

Le quotidien de ces deux familles havraises entre 1940 et 1945 sera raconté dans ce roman. Par amour, les personnages feront face: Emelie et Joffre, son mari, sont les concierges de l’école qui servira de logement à l’occupant. Ils protégeront du mieux qu’ils le peuvent Muguette, plus insouciante au départ mais confrontée très vite à la souffrance et à la maladie.

Ils connaitront et verront de nombreux malheurs: les combats quotidiens, les bombardements donnant l’impression que les Havrais sont une population dont on se soucie peu, qu’on est prêt à sacrifier, les morts, les logements détruits, la course vers les abris, les alertes, les incendies…Certains membres de leur famille, Joseph et Marline, seront même évacués en Algérie, séparés des leurs…

Mon avis sur ce roman

La lecture de ce roman paru en janvier 2017 m’a apporté un peu plus de culture: j’ai appris ce qu’avaient vécu les habitants du Havre pendant la Seconde Guerre Mondiale. J’ignorais en effet que les bombardements alliés avaient causé autant de dommages dans certaines villes portuaires.

Je trouve particulièrement intéressant que le point de vue des enfants soit exprimé: cela donne de la fraîcheur au récit et une dédramatisation des événements. L’amour, l’amour de sa ville, l’amour des siens, la protection, l’unité familiale seront autant de valeurs qui donneront une belle unité au roman, par ailleurs magnifiquement documenté. Le quotidien des Havrais, leur souffrance, la destruction de la ville y sont décrits minutieusement.

Je dirais qu’il s’agit d’un livre prenant, qui se lit facilement pour qui aime les fictions se rapportant à la Seconde Guerre Mondiale. J’ajoute que vu l’engouement actuel pour la France périurbaine, les lecteurs ne pourront être que ravis de découvrir l’histoire locale, qu’il s’agisse ou non de leur région.

A lire absolument. Ce fut un vrai coup de cœur.

Une fille dans la jungle – Delphine Coulin

Editions Grasset – 23/08/2017 – 240 pages

Elle s’appelle Hawa, elle est Éthiopienne et la jungle, c’est sa maison. Non la jungle peuplée d’animaux et de bêtes féroces mais le bidonville de Calais. Hawa est une migrante et après l’Ethiopie qu’elle a fui parce que sa mère voulait la marier à un homme vieux, elle a connu le Soudan, la Libye, la traversée méditerranéenne en bateau, l’Italie puis la France. Et Calais, cette ville portuaire et maritime du Nord de la France qui regorge de chômeurs.

Elle va tenter de rester et de vivre dans cette jungle, après son démantèlement et le départ de nombreux migrants en bus vers d’autres endroits. Avec 5 autres jeunes du camp, 4 garçons et 1 fille dont 2 frères et un jeune garçon de 10 ans. Ils ont tous un rêve, un Eldorado: gagner l’Angleterre.

Dans ce roman paru en 2017, Delphine Coulin nous raconte leur histoire (probablement celle de nombreux autres migrants) avec justesse, par une écriture sans fioritures, qui va droit au but. Crasse, puanteur, boue, faim, froid, fatigue sont leur quotidien. Ce ne sont que des enfants et pourtant, ils ont déjà tant souffert! Et leur survie à Calais est aussi souffrance.

Satisfaire leurs besoins primaires (manger, dormir, se laver, être en sécurité) est vital pour eux et au début, ils pensent pouvoir y arriver ensemble. La traversée vers l’Angleterre, ils la tenteront ensemble aussi.

Mais très vite, la réalité les rattrape: leur monde est violent et les prédateurs rôdent. Tu veux manger? Va donc voler dans les supermarchés! Tu veux tenter de passer de l’autre côté de la Manche? Paye l’accès au parking de camions! Tu es une fille? Prends garde à toi, surtout! Tu as cru tout voir lors des voyages réalisés dans des conditions effroyables? Ton périple ne s’arrêtera pas là!

Avis de lecture

Roman au style fluide, Une fille dans la jungle est une narration très détaillée des conditions de vie de migrants mineurs isolés livrés à eux-mêmes. La solidarité entre eux fait place peu à peu à des êtres déshumanisés, préoccupés uniquement par leur survie, quitte à ce que cela passe par des conditions pas très honnêtes (vols et violences). Comme Hawa le souligne, ces migrants font peur. Le roman prend aux tripes, pourtant: on les suit, ces jeunes, on a envie de les aider, de les emporter loin aussi.

Delphine Coulin nous fait nous interroger sur notre humanité aussi: que faire pour eux, qui ont connu tant de violences? comment leur redonner confiance? On sait tout cela, on lit et regarde les informations, on sait qui sont les migrants, leur parcours. Et pourtant, on a envie de dire: « Merci, Delphine Coulin. Merci de rappeler que tant qu’il y a de l’espoir, les choses sont possibles. »

A lire absolument. C’est une leçon d’humanité…

Quand sort la recluse – Fred Vargas

Editions Flammarion -10/05/2017-480 pages

Un Vargas comme je les aime: plein d’humour et de rebondissements! L’histoire est truculente et on retrouve avec plaisir le commissaire Adamsberg.

Ami lecteur, en parcourant les pages, tu apprendras comme lui ce qu’est une recluse. Attention, il a une enquête à mener, suite à un fait divers en apparence banal: trois nonagénaires ont été tués près de Nimes. Par une morsure d’araignée.

Pas n’importe quelle araignée: une recluse, une araignée présente en Amérique du Sud. Normalement, son venin n’est pas mortel pour l’homme, sauf si plusieurs dizaine d’araignées viennent l’attaquer.

Quand sort la recluse paru en 2017 ne se veut pas un roman entomologiste. Non, c’est un roman dans lequel chaque décision pèse. Et elles sont nombreuses, les décisions à prendre et ils seront nombreux, les désaccords entre les membres de l’équipe d’Adamsberg.

La ou les recluse(s) croiseront aussi le chemin des blaps (eh, Fred, tu as consulté le dictionnaire des insectes ou quoi?) ou scarabées puants, insectes qui vivent dans le noir et se gavent d’excréments de rats.

Tout cela paraît tellement éloigné des meurtres commis. Mais d’autres personnages âgées sont tués et ça y est, la piste du règlement de compte est avancée…

Il faudra du temps au commissaire pourtant pour parvenir à résoudre le mystère. Du temps et une plongée dans son passé, aussi. Car une recluse, ce n’est pas seulement un insecte, c’est aussi une femme (on parle de reclus pour un homme mais ce fut moins fréquent). Au Moyen-Age existaient des recluseries (eh, Fred, tu es médiéviste, maintenant?), des petites loges situées hors des villes, dans des coins reculés. Pour prouver son amour à Dieu et pour se retirer de la société, la recluse consacrait ses journées à la prière. Elle n’en ressortait que morte, emportée par la maladie ou les conséquences de son enfermement (elle avait peu à manger aussi, dépendant des dons d’autres personnes). Adamsberg a justement croisé une recluse durant son enfance…Mais quel est donc le lien entre la femme et l’araignée? Et comment convaincre une équipe divisée de le suivre?

Avis

Je dirais qu’on peut aimer…ou pas. J’aime le style « Vargas », j’aime son humour, les portraits qu’elle dresse de ses personnages, j’aime le commissaire Adamsberg qui parvient à ses fins sous ses airs un peu linaires. J’aime la montée progressive de l’intrigue et même les digressions qui donnent l’impression que l’on s’éloigne de l’intrigue principale (attention, ce n’est qu’une impression…). Et puis Vargas est une virtuose des mots, des jeux de mots, qu’elle distille à travers la bouche de ses personnages.

Je me laisse volontiers bercer dans cette atmosphère…Avec une interrogation tout de même: mais pourquoi, diable, Estalère ne fait-il pas un bon café?

Bakhita – Véronique Olmi

Editions Albin Michel-23/08/2017-464 pages

Elle s’appelait Bakhita et était noire comme l’ébène, d’une couleur qui effraya les Italiens quand elle arriva dans ce pays, débarquée du Soudan…Si percevoir sa différence dans le regard des autres avait été sa seule souffrance, sa vie aurait été bien douce…

Bakhita vient du Soudan, donc, un pays où, au dix-neuvième siècle (elle est née en 1869), on enlève les petites filles (elle voit sa sœur disparaître quand elle a 7 ans) et on les vend comme esclaves à des négriers cupides. C’est ce qui lui arrivera également.

On peut aisément, même sans les lire d’ailleurs, imaginer les souffrances d’une enfant esclave, ballotée de maître en maître…Ce qu’on peut lire dans ce récit autobiographique par contre dépasse l’imagination. On découvre, médusé(e), la cruauté des hommes: un des maîtres de Bakhita la marquera à jamais en la tatouant, sans son consentement bien entendu, comme un vulgaire objet. Elle verra tant d’autres enfants esclaves mourir près d’elle…De son enfance, elle se souviendra peu. Même sa véritable identité, elle l’a oubliée…

Et pourtant, elle survit dans ce monde cruel que Véronique Olmi décrit de façon très juste, si détaillée qu’il est là, sous nos yeux, durant de nombreuses pages…Elle survit et rencontre en 1883 son sauveur, Calisto Legnani, consul à Karthoum,

A 14 ans, elle arrive alors en Italie et sa vie change. Elle rencontre Stefano, un homme instruit qui a la volonté de faire son éducation. Après d’autres péripéties comme l’amour d’une enfant et la jalousie d’une mère, un procès la rendra libre. Elle choisira de devenir religieuse, la Madre Moretta, car Bakhita, c’est la générosité même, sa vie passe après celle des autres…

Elle racontera et écrira son histoire. Après une longue vie, elle meurt à 78 ans, en 1947. Elle sera canonisée par le Pape Jean-Paul II en 2000.

Avis

L’auteur a signé en août 2017 un très beau roman. De ceux que l’on garde longtemps en mémoire. Si une grande partie de la vie de Bakhita est triste à faire pleurer dans les chaumières, Véronique Olmi ne tombe à aucun moment dans le pathos. Elle érige Bakhita non en héroïne mais en fait un personnage plein d’humanité, plein d’espérance. Car Bakhita a foi au genre humain. Bakhita regarde les étoiles le soir et sait que ses ancêtres aussi ont communié avec la nature, c’est une manière pour elle de se rapprocher d’eux…De ce destin tragique jaillit la lumière!

Les garçons de l’été – Rebecca Lighieri

Il s’appelle Thadée, il est beau, jeune, athlétique, sportif et a tout pour réussir…Il a un frère, Zachée, qui est beau, jeune, athlétique, sportif et a tout pour réussir… Mylène Chastaing, leur maman, est très fière d’eux, elle les adore et les encense, surtout l’aîné. Ils vivent à Biarritz, dans un milieu bourgeois, Jérôme, leur père et époux, est pharmacien. La petite soeur d’environ 10 ans, Ysé, complète ce tableau en apparence idyllique.

Un soir d’été, tout bascule: Zachée, parti pour les vacances rejoindre son frère à la Réunion, terre de surf, passion des deux garçons, appelle. Mauvaise nouvelle: Thadée s’est fait attaquer par un requin.

Il deviendra infirme et les relations familiales et surtout fraternelles s’en trouveront bouleversées. Ce drame annoncera un drame encore plus grand: la mort de Zachée, camouflée en accident par un frère amer et assassin. Comment supporter en effet que son cadet réussisse tout alors qu’on est soi-même diminué?

Chaque personnage exprime son point de vue, tour à tour, les histoires entremêlées permettant au lecteur de mieux cerner chaque personnalité.

Si en lisant le titre et les premières pages, on aurait pu penser à un roman léger, une lecture de vacances pour s’évader et se rêver surfeur dans les vagues de la Réunion, l’auteure a, elle,décidé de nous emmener ailleurs. Adultère, paysages idylliques, découverte du surf et de ses techniques, critique de la vie bourgeoise mais aussi de la jeunesse trop insouciante sont autant de sujets abordés dans le roman qui prend des allures de thriller dont on guette les soubresauts.

Dans la tension palpable à chaque page, les portraits de femme sont saisissants de réalisme: Mylène, campée dans ses certitudes et l’amour de ses fils, s’enferme dans la folie de façon spectaculaire. Cindy, la petite amie de Zachée, décrite comme sans relief par Thadée, semblant pas vraiment intégrée dans la famille Chastaing, est un personnage attachant. Persévérante et obstinée, elle va donner ici ses lettres de noblesse à la vengeance. Face à la douleur, elle n’aura qu’une quête: retrouver Thadée disparu et lui faire payer son crime. Son attitude rivalisera avec les personnages de grands romans policiers. Ysé, quant à elle, est le personnage en filigrane du roman: elle observe beaucoup le monde des adultes tout en étant très perspicace. Sous son oeil, tout se joue et se dénoue. Elle donnera une touche de fraîcheur au roman, faisant preuve d’altruisme envers le frère de Cindy et découvrant peu à peu des sentiments jamais éprouvés encore…Du côté des hommes, c’est le portrait de Thadée qui se ramifie, dans toute la complexité et la lourdeur d’un sentiment sombre (la jalousie) qui l’amènera à des délires paranoïaques et à devenir un véritable psychopathe…

Recommandations

Pour ceux qui aiment se laisser surprendre, qui ne s’enferment pas dans un genre particulier mais qui sont prêts à lire un roman qui se fait thriller au fil des pages…

Quelques mots sur l’auteure

Rebecca Lighieri n’est autre que Emmanuelle Bayamack-Tam, écrivaine, auteure de plusieurs romans parus chez l’éditeur P.O.L: Tout ce qui brille (1997), Si tout n’a pas péri avec mon innocence (2013), Arcadie (2018).

Les garçons de l’été , paru en janvier 2017, a obtenu le Prix Folio des Libraires en 2018.