Evasion – Benjamin Whitmer

Benjamin Whitmer est un auteur américain né en 1972 qui s’impose comme le maître du roman noir américain, notamment grâce à son troisième roman, Evasion.

Editions Gallmeister -Traduit par Jacques Mailhos- 06/09/2018-416 pages

Résumé de l’histoire

En 1968, douze détenus s’évadent de la prison d’Old Lonesome, située près d’une petite ville du Colorado, aux Etats-Unis, encerclée par les Montagnes Rocheuses. Plusieurs personnes se lancent à leurs trousses: le directeur de la prison, ses gardiens, un pisteur, un journaliste en quête de scoop et une trafiquante d’herbe à la recherche de son cousin qui fait partie des évadés.

La traque qui durera une nuit mettra les nerfs de tous à rudes épreuves. Du gardien au prisonnier, chacun a une histoire dans cette ville où l’on échoue sans aucun échappatoire, une ville de médiocres où les habitants semblent écraser par leur destin. Les traces de la guerre du Vietnam sont encore visibles chez ceux qui sont partis la faire et la violence est sous-jacente chez nombreux hommes, prête à exploser à tout moment.

Une tempête de neige et le vent rendent la traque ardue. Jusqu’où cette évasion mènera donc tous les protagonistes du roman?

Mon avis sur le roman

Benjamin Whitmer a l’art de plonger la narration dans une réalité crue, sans fard, où la violence règne et où la justice n’est pour le moins pas toujours juste. Il dresse le portrait de nombre de paumés dans une ville qui n’a rien d’attractif, ce qui contribue à rendre l’humain prisonnier, non à travers des barreaux, mais prisonnier d’une situation, d’une vie, tourné parfois vers un ailleurs dont on n’arrive pas à s’extraire, qui ramène à la vie misérable dans cette ville.

La force de ce roman vient des failles de chacun et de chaque élément. Faille déjà si l’on considère la tempête comme telle: un élément climatique qui ne facilite pas la traque. Failles des prisonniers aussi: Mopar, par exemple, est emprisonné dans sa tête par son histoire avec Molly, par exemple, sa maîtresse dont il a tué le mari, adjoint au shérif violent qui abusait des femmes.

Ce roman, c’est une Amérique sans concession: celle de la violence, des armes, des jours sans lendemains, des vies ennuyeuses que l’on traîne inlassablement dans les mêmes endroits ennuyeux, le bar, la maison, le cercle familial où l’on s’alcoolise et où l’on frappe souvent, les femmes, qu’en dire donc? , les femmes qui gèrent les foyers mais qui ont la vie rude, sous le joug des hommes. La description de cette ville du Colorado est loin de faire rêver et pourtant, chacun va lutter pour sa survie…

Une intrigue bien menée, sans temps mort, où l’on sent peu à peu monter la violence et le désespoir de certains. Un roman que l’on peut conseiller sans problème, qui contient une préface de Pierre Lemaître qui s’est trouvé emporté par le talent de Benjamin Whitmer. Je suis pour ma part curieuse de lire ses autres romans.

Couleurs de l’incendie – Pierre Lemaitre

Éditions Albin Michel – 03/01/2018- 544 pages

Foncez! Foncez l’acheter et lisez-le!

La suite de Au revoir là-haut est une oeuvre de qualité qui reste en mémoire. Le début du roman commence en 1927 par les obsèques de Marcel Pėricourt, grand banquier, père d’Edouard, héros marquant d’Au revoir là-haut. Un drame survient : le jeune Paul, son petit-fils de 7 ans, tombe d’une fenêtre et en restera lourdement handicapé, en fauteuil roulant.

Que s’est-il donc passé? Pierre Lemaitre nous entraînera dans une quête de vérité passionnante dont l’héroïne principale sera Madeleine Pėricourt, héritière du banquier, ex épouse du lieutenant de Pradelle qui croupit en prison.

Les portraits des personnages sont d’une extrême précision. Du côté des femmes et des enfants, on assiste au déclin d’une Madeleine qui perd la fortune de son père tout en étant une mère pleine de chagrin et à son évolution vers une femme vengeresse et manipulatrice. Paul est un petit garçon émouvant, intelligent, secret, tourmenté aussi et déterminé. Vladi, la nurse polonaise, est d’une loyauté infaillible. Lėonce, dame de compagnie, est présentée comme une femme pas très honnête, roublarde, charmante et croqueuse d’hommes. Du côté des hommes, Charles Péricourt et Gustave Joubert, eux, sont prėsentės comme des hommes d’affaires dans un monde impitoyable où les femmes ont peu de place. Les personnages secondaires ont quant à eux aussi de nombreuses pages consacrés à leurs histoires. Les nombreux personnages qui se succèdent donnent à l’ensemble du récit un rythme enlevé et bien mené, sans temps mort.

J’ai trouvé la vengeance de Madeleine particulièrement bien menée. Pierre Lemaitre en fait vraiment un personnage fin, calculateur quand il le faut, manipulateur quand la situation l’exige. Une femme en apparence fragile qui se révélera aussi maitresse de la situation que l’était son banquier de père, malgré ses déboires.

La trame narrative historique est très documentée. Pierre Lemaitre choisit la pėriode de l’entre deux guerres pour montrer combien l’économie suite à la crise de 1929 des États-Unis est précaire et fait place à toutes sortes de manoeuvres et coups bas d’industriels peu scrupuleux. La montée des totalitarismes, fascisme et nazisme, n’est pas non plus en reste pour révéler des caractères ombrageux.

L’écriture est riche, les dialogues sont truculents, les personnages débordent d’imagination. Tous les ingrédients d’un bon roman sont réunis. Votre lecture achevée, vous allez pouvoir attendre le troisième roman (la suite donc) avec impatience.

Elle s’appelait Sarah (BD) – Tatiana de Rosnay, Patrick Bresson et Horne

Editions Marabulles – 03/10/2018- 208 pages

Précision

Elle s’appelait Sarah est d’abord un roman écrit par Tatiana de Rosnay, paru en 2007 aux éditions Héloïse d’Ormesson.

L’adaptation en BD a été réalisée par le dessinateur Horne et le scénariste Patrick Bresson. Elle est parue aux éditions Marabulles en 2018.

L’histoire

Juillet 1942. Sarah Starzynski, une petite fille de 10 ans, est réveillée par des coups violents frappés contre la porte. La police française, mandatée par la Gestapo, vient l’arrêter ainsi que sa mère. Elle ordonne à son petit frère Michel, 4 ans, de se cacher dans le placard. Elle retrouve son père qui les rejoints, sa mère et elle. Ils sont emmenés dans un garage puis au Vel d’Hiv, avec tant d’autres gens, Juifs comme eux.

Mai 2002. Julia Jarmond, journaliste américaine mariée à Bertrand, un architecte français, enquête pour écrire un article sur le 60ème anniversaire du Vel d’Hiv. Dans le même temps, elle visite l’ancien appartement de Mamé, la grand-mère de Bertrand dans lequel ils vont emménager après travaux. Elle découvrira un lien entre la famille de son mari et les Starzynski…

Mon avis sur la BD

A la lecture des premières pages, ce qui frappe, ce sont les couleurs. Le gris domine, avec en plus en 1942, des tonalités de jaune et doré pour les cheveux et de bleus pour les yeux. La période 2002 est, elle, aussi représentėe en gris. Horne a ainsi mis en avant avec brio les émotions des personnes tantôt en gros plan (les larmes qui coulent ) tantôt en plan moyen (les barbelés, les champs…). Les « méchants » sont représentés comme étant de grandes ombres noires, menaçantes, certaines planches montrant des bouches noires qui aboient des ordres.Patrick Bresson, lui, a choisi de présenter un récit alterné: récit d’une petite fille de 10 ans qui ne sait pas ce qui va arriver, qui a peur et qui assiste à un spectacle désolant et récit des événements issus des recherches d’une journaliste des années plus tard.

Le tout donne un ensemble plaisant. Le thème de la mémoire, du devoir de mémoire est très présent à travers les dessins de plaques commémoratives qui sont autant de choses que l’on remarque à peine. Que l’enquête soit menée par une journaliste américaine, c’est-à-dire par quelqu’un qui découvre l’histoire de la France, entraîne une mise à distance qui n’empêche pas de rester saisi de stupeur face au destin de tous ces enfants juifs raflés et jamais revenus.

Un très bel album à mettre aussi dans les mains des jeunes générations adolescentes.

La vraie vie – Adeline Dieudonné

Editions L’Iconoclaste-29/08/2018-270 pages

J’avais entendu parler de ce roman paru lors de la rentrée littéraire mais je ne l’avais pas encore lu. Il a obtenu plusieurs prix: le Prix Renaudot des lycéens (2018), le Prix du roman Fnac (2018), le Grand prix des Lectrices Elle (2019). Ce roman a été omniprésent sur les étals des librairies, on en a entendu parler partout…et cela n’a pas suscité l’envie chez moi, je n’aime pas le côté : « bouquin à la mode, à lire absolument ».

Bref, je l’ai lu hier au format numérique (je vous ai déjà dit que ma médiathèque est géniale, elle fait des prêts de ressources numériques?!).

Quelques mots sur l’auteure

Adeline Dieudonné est une jeune auteure belge, née en 1982. Mère de 2 enfants, elle a commencé à écrire à 33 ans. Nouvelliste, elle a remporté le Grand prix du concours de la fédération Wallonie-Bruxelles pour la nouvelle Amarula. Dramaturge, elle écrit une pièce de théâtre, Bonobo Moussaka, monologue qui décrit la vie d’une trentenaire qui s’interroge sur son avenir et celui de ses enfants. Cela lui fournit l’inspiration pour son premier roman, elle s’inspire également de la Belgique (à Bruxelles, une station de métro s’appelle L’étang des Enfants Noyés) (pour citer une de mes sources: merci, Télérama!) (un petit clic ici pour ceux que cela intéresse: https://www.telerama.fr/livre/adeline-dieudonne,-une-premiere-oeuvre-au-noir,n5836915.php)

Résumé de l’histoire

Au début du roman, la narratrice a 10 ans, son frère Gilles en a 6. Tous deux vivent dans un quartier pavillonnaire,le Demo. Les maisons sont toutes semblables, la leur est un peu plus grande que les autres, ils ont un plus grand jardin et une piscine gonflable . Leur mère est femme au foyer, leur père est comptable.

Le foyer compte 4 chambres: une pour chaque enfant, une pour les parents, une pour les cadavres, des animaux empaillés tués par le père chasseur et braconnier.

Hormis la chasse, le père passe son temps devant la télé, avec une bouteille de whisky. La mère ressemble « à une forme de vie primitive, unicellulaire, vaguement translucide. Une amibe. Un ectoplasme… ».Elle est soumise au père, violent. Elle parle davantage à ses chèvres qu’à ses enfants.

La narratrice et son frère jouent dans un cimetière de voitures et attendent avec impatience la petite musique qui annonce le marchand de glaces. Une envie de chantilly va brusquement faire passer la narratrice dans la vraie vie. Une vie dans laquelle elle fait des choix: celui d’être première de la classe, celui d’étudier la physique (parce qu’elle admire Marie Curie), celui de tout faire pour accéder à une vie meilleure, celui de sauver son frère.

Depuis le drame, Gilles ne rit plus et s’approche dangereusement du père violent, passant son temps dans la chambre des cadavres, avec la hyène.

Mais comment faire pour à la fois se protéger du mal, protéger ceux qu’on aime sans basculer soi-même dans la violence?

Mon avis sur le roman

Un roman prometteur. Une action décrite des 10 ans aux 15 ans de la narratrice, qui va à l’essentiel: il faut vivre dans ce quotidien fait de violence.

Ce roman initiatique décrit une très belle relation fraternelle: la narratrice lutte pour s’en sortir et fait tout pour que son frère ne bascule pas. La traque de la jeune fille dans la forêt (scène d’une violence et d’un désaveu paternel inouïs) se termine par une émotion qui resurgit: son frère est de nouveau son allié, son frère désapprouve le père.

Adeline Dieudonné dresse des portraits des personnages sans concession. Sans complaisance aucune pour les adultes. Les enfants ne sont pas non plus que des victimes. La narratrice au contraire est celle qui agit, qui veut trouver des solutions (à 10 ans, pour revoir le sourire de son frère, elle veut créer une machine à remonter le temps, comme dans le film Retour vers le futur, elle y croit vraiment).

Certaines scènes nous laissent particulièrement en apnée: la scène de la forêt, apothéose de la violence mais aussi toutes les scènes où on sent la tension monter, celle où la viande est trop saignante, la mère se retrouvant le visage plongé dans les débris de l’assiette brisée par le père.

Quelques petits bémols: le personnage du père est décrit comme celui d’une bête mais on aurait aimé en savoir plus sur son côté sensible: un homme qui pleure en écoutant Claude François.

La fin également est trop rapide: que va t-il se passer ensuite? Comment se reconstruire après une telle vie?

Dix-sept ans -Eric Fottorino

Editions Gallimard- 16/08/2018-272 pages

Résumé du roman

Lors d’un banal dîner de famille où les fils sont sommés de rester seuls avec elle (sans femme et enfants), une mère révèle un secret: elle a donné naissance puis abandonné aussitôt une petite fille bien des années plus tôt.

Et voilà Eric qui part soudainement en quête de cette mère, Lina, qui l’a mis au monde à 17ans. Fille-mère dans les années 60, c’était trop pour sa propre mère, d’où l’abandon du 2ème enfant.

De Bordeaux à Nice en passant par La Rochelle et la Normandie, l’auteur part à la recherche d’informations sur son identité, tentant de retracer le parcours d’une adolescente de 17 ans, prise dans l’étau d’une société autoritaire où il ne fait pas bon déroger aux règles. Que va t-il donc apprendre sur lui-même?

Mon avis sur le roman

Ce roman est beau de douleur. Une douleur silencieuse, car les mots ne coulent pas. A la place, il y a les allers et venues, les interrogations, les hypothèses. Un fils qui cherche sa mère, pas sa mère vieillissante, sa mère jeune. On se sent en empathie avec cette adolescente de 17 ans, perdue, sous la coupe d’une mère dominante. On se sent révolté contre l’Eglise et ses abus. On se demande comme l’auteur, ce qui peut bien être advenu de cette petite soeur à jamais disparue…

Eric Fottorino utilise des mots simples pour décrire l’attente, la quête des origines, aussi douloureuse soit-elle. Je ne connaissais pas cet auteur, il semble dans d’autres romans écrire sur ses deux pères, Moshé de Fès et Michel Signorelli de Tunis. Il livre ici un très beau portrait de sa mère et montre à quel point les relations familiales sont fragiles, les secrets tenaces et que les non-dits peuvent rester non-dits…Une lecture agréable!

Le Petit Prince de Harlem – Mikael Thévenot

Editions Didier jeunesse-22/08/2018-160 pages

Résumé du roman

Dans les années 1920, Sonny, quatorze ans, vit à Harlem avec sa mère, Eunice, qui travaille dur du matin au soir pour subvenir à ses besoins. Son oncle Joseph se lance dans un petit trafic: la vente de billets de loterie à la sauvette. Parce que sa mère est malade, il décide d’arrêter l’école et de travailler. Dans le même temps, grâce à son voisin Charlie, il découvre le saxophone et le jazz. Ce sera une révélation pour lui. Il deviendra quelqu’un, c’est-à-dire le Petit Prince de Harlem, en jouant dans les clubs de la ville.

Des années plus tard, en 2018, c’est un vieillard qui raconte son histoire: celle d’un adolescent qui a connu ségrégation et racisme sans même le savoir, dans le ghetto de Harlem, sans connaître grand-chose de l’extérieur. Grâce à la musique, une porte vers la liberté s’est ouverte.

Mon avis sur le roman

L’auteur signe là un très beau roman. Les adolescents ne pourront qu’être très vite plongés dans l’histoire de Sonny: il aime l’école mais autour de lui, combien d’enfants ne peuvent y accéder tous les jours, faute de place, et prennent du retard pour apprendre à lire, écrire, compter? L’éducation fait défaut à Harlem et ce n’est pas là le seul travers du quartier. La violence y est présente avec les trafics en tout genre (incarné d’abord à ses yeux d’adolescent par Sam, celui qui fournit les tickets de loterie), la ségrégation et le racisme aussi (le père de Sonny en a durement fait les frais, perdant la vie parce qu’il était Noir).

Avec des mots simples, Mikael Thévenot va à l’essentiel en racontant le parcours d’un jeune garçon qui se découvre une passion pour la musique. Cette passion le sauvera, lui à la limite de l’illégalité, qui découvre tout à coup à quel point la frontière entre Blancs et Noirs est infranchissable.

Ce n’est pas le jeune garçon qui comprend tout cela, c’est le vieillard du XXI ème siècle se remémorant sa jeunesse, celui qui a vécu qui peut analyser tous les détails de sa vie. La plongée dans le passé n’est utile que pour montrer au jeune policier qu’il croise qu’il doit aussi aller au bout de sa passion. Cette mise en perspective est équilibrée: elle laisse le lecteur s’interroger en suivant le parcours de Sonny, elle le laisse se demander ce qu’il ferait en étant à sa place.

J’ai beaucoup aimé ce roman initiatique qui décrit Harlem et son ambiance nocturne festive, une ambiance où la musique déchaîne les foules et les gangs. Le roman décrit superbement cette période historique des années 20, marquée par la prohibition, les clubs, l’argent facile et aussi la ségrégation, la vie quotidienne difficile pour qui n’est pas Blanc, l’injustice aussi, souvent. Entre l’argent facile et la pauvreté des rues, comment peut donc se forger l’itinéraire du Petit Prince de Harlem? A toi, jeune lecteur, de te mettre à la lecture pour le savoir!

Le roman Le Petit Prince de Harlem, paru en août 2018, fait partie de la Sélection du Prix des Incorruptibles dans la catégorie 5ème-4ème.

Albie Bright: Les mondes multiples – Christopher Edge

Editions Hatier -17/10/2018-224 pages

Résumé du roman

Albie (prénom donné en hommage à Albert Einstein et Stephen Hawking) est un adolescent dont les parents sont des scientifiques de renom. Son monde s’écroule au décès de sa maman, Charlotte, atteinte d’un cancer.

Il s’accroche alors à une idée: retrouver sa maman dans un monde parallèle, à l’aide de la science quantique.

Comme il ne sait pas où la trouver, il va explorer plusieurs mondes et se trouver face à son clone maléfique, à lui en version fille handicapée, à lui bébé…

Mon avis sur le roman

Ce roman est centré sur l’acceptation du deuil d’un parent et traite ce sujet de façon originale. C’est aussi une très belle porte d’entrée vers les sciences, les explications scientifiques étant vulgarisées et à la portée de tous.

Albie va découvrir des mondes parallèles sensiblement identiques au sien, les personnes qui l’entourent sont les mêmes, ce qui va changer, ce sont leurs rôles (dans un des mondes parallèles, il va même être le petit ami d’une fille qui l’appelle « pauvre idiot » dans sa « vraie » vie).

Dans chacun des mondes, il va être confronté à des situations qu’il n’aurait pas pensé vivre. La force de ce roman est de prouver à chacun qu’il est possible de tirer leçon de chaque situation.

Je dois tout de même avouer que malgré des qualités certaines, je n’ai pas été convaincue par ce roman. L’histoire manque un peu de relief, le rythme n’est pas très soutenu et la fin m’a laissée sur…ma faim.

Roman paru en octobre 2018 qui fait partie de la sélection pour le prix Chimère

Happa No Ko: le peuple des feuilles – Karin Serres

Résumé du livre

Madeleine est une jeune fille qui vit en France, dans le secteur 45-67. Kenjiro, jeune garçon japonais, vit au Japon, secteur 23-58.

Dans leur société, désormais, ce sont les machines qui gouvernent. Le travail a été aboli, seul le jeu compte. Les enfants vont à l’école pour apprendre à jouer, les parents se spécialisent dans un type de jeu (jeu de rôle historique pour les parents de Madeleine).

Un matin, ils se réveillent avec les mains vertes. Ils essaieront de comprendre pourquoi et rencontreront les Happa No ko, peuple de feuilles dans un monde où la nature aussi a été abolie…

Mon avis sur le livre

Happa No Ko est un roman qui touche un large public, de par les thématiques abordées: il s’agit d’un roman d’anticipation où se mêlent univers fantastique, science-fiction et cadre un peu dystopique, accompagnés de nombreuses allusions à la mythologie japonaise et à la nature.

Le sujet de l’écologie, de la préservation de la nature n’est pas décrit de façon moralisatrice. Ce ne sont d’ailleurs pas les enfants qui remettent en cause leur monde contrôlé par les robots, un monde qu’ils ont toujours connu, qui peut nous paraître un peu triste (par le fait d’être contrôlé par un bracelet, d’être seul devant un écran de jeu…).

Avec un tel parti pris narratif, l’auteure nous laisse, nous lecteurs, face à nos questionnements: sur notre rapport avec les nouvelles technologies, avec la nature, avec l’harmonie des éléments. Aucun jugement de valeur n’est présenté. Les fans du Japon et de son univers apprécieront les références à la mythologie japonaise et aux Happa No Ko, ces petites créatures qui montreront leur détresse au fur et à mesure de l’histoire.

Mais ce roman n’a pas remporté ma totale adhésion: les explications sont parfois trop allusives et certains éléments pas assez explicites: on ignore ce qu’est la Grande Découverte, mentionnée à plusieurs reprises…Les personnages sont sympathiques mais leurs pensées ne sont pas assez approfondies. Et la fin ne m’a vraiment pas convaincue: la mission des deux jeunes adolescents est accomplie, certes, mais cela semble bâclé, pas assez expliquée. Certains y verront peut-être la possibilité de toutes les interprétations mais je ne suis pas sûre que des adolescents y adhèrent, beaucoup préfèrent une fin plus tranchée dans les romans, en général…

Happa No ko , paru en octobre 2018,fait partie de la sélection du Prix Chimère 2019-2020.

Vue sur mer – Jo Hoestlandt

Editions Magnard (jeunesse) – Août 2018-176 pages

Résumé du livre

Romuald, 10 ans, vit avec sa mère handicapée et son petit frère dans une cité près de Valence. Par le biais du Secours populaire, il part en vacances sur la Côte d’Azur 12 jours dans une famille d’accueil, chez Papy Guy et Mamie Juliette.

Cette première séparation avec sa famille n’est pas évidente, il a du mal à se plier à certaines habitudes (il doit aider, mettre le couvert, faire son lit…). Mais il découvrira de nouvelles activités comme la pêche, la mer, l’amitié de Jeannette, aura plus de liberté et reviendra chez lui différent.

Mon avis sur ce livre

Je pense que ce livre est tout à fait adapté à son public (il est conseillé à partir de 10 ans). Le récit est à hauteur d’un enfant, raconté par un enfant qui va de découverte en découverte: les odeurs, les couleurs, le langage sont différents de ce qu’il connaît. Ce décalage de lieu et de milieu social est présenté avec des traits d’humour (Romuald s’étonne que des « vieux » aillent à la bibliothèque car pour lui, il s’agit d’une obligation scolaire, pas d’une activité réservée aussi aux adultes).

La mer tient une grande place dans le récit. Le roman se révèle être une ode à l’incitation au départ pour les enfants qui comme Romuald ne connaissent que leur environnement proche, sans jamais partir en vacances.

Ce roman paru en août 2018 fait partie de la sélection du Prix des Incorruptibles 2019-2020 (catégorie CM2-6ème).

Le grand voyage de Figgy – Tamsin Janu

Editions Bayard (jeunesse) – 06/06/2018-208 pages

Résumé du roman

Au Ghana, Figgy est une petite fille de 8 ans qui vit avec sa grand-mère adoptive. Elle pense qu’elle est la seule Figgy du Ghana et peut-être même du « vaste monde » mais elle n’en est pas sûre car elle a conscience de ne pas connaître beaucoup de choses en dehors de son village. Sa meilleure amie est une chèvre qu’elle a appelée Kwamé. Elle va découvrir le « vaste monde » d’une façon tout à fait inattendue: sa grand-mère tombe malade et elle se met en tête d’aller en Amérique pour lui chercher des médicaments. Sur les routes qu’elle parcourt, accompagnée de sa chèvre, elle croise un garçon un peu plus âgé qu’elle, Julius, qui deviendra son meilleur ami. Il l’aidera dans son voyage: ils seront amenés tous deux à aller de ville en ville et rencontreront d’autres personnes, bien ou mal intentionnées…

Mon avis sur le roman

Le grand voyage de Figgy est une histoire facile à lire, pleine de fraîcheur. Figgy apparaît comme une narratrice pleine d’humour et d’innocence.

Au centre du roman, une question centrale: que faire lorsque sa grand-mère est malade et qu’elle a besoin de médicaments qu’on ne trouve pas au village? Figgy est entourée par sa famille, ses amis, elle est aimée, éduquée, choyée, sans être riche. Or, c’est de l’argent qu’il faudrait. Qu’à cela ne tienne! Elle décide de faire un emprunt dans une banque et d’aller en Amérique. Elle ne sait ni où se trouve l’Amérique ni qu’une banque ne prête pas aux enfants et encore moins à ceux qui ne peuvent rembourser.

Qu’importe, l’auteur fait de Figgy une héroïne décidée, prête à tout. Il nous dresse un portrait du Ghana sans tomber dans les excès, sans en donner non plus une version édulcorée: pas de misérabilisme, pas de concession non plus. Oui, il est difficile de circuler dans ce pays et de se faire comprendre aisément tant les dialectes sont nombreux. Non, tout le monde n’a pas accès aux soins de façon égalitaire et non, le Ghana n’a pas tous les médicaments du monde. Oui, même quand on est un enfant, on doit travailler pour gagner les trois sous qui permettront d’avancer un peu plus dans le voyage.

Le thème de la maltraitance et de l’exploitation des enfants est omniprésent: Julius est un enfant battu par son père, les chauffeurs de taxi veulent être payés coûte que coûte, les chauffeurs de minibus profitent de la naïveté d’une enfant pour négocier le prix du voyage, Julius a failli être enlevé pour servir de gagne-pain à une troupe d’artistes souhaitant se servir de ses capacités et les orphelins ne mangent pas à leur faim, la nourriture étant sous le contrôle des dirigeants de l’orphelinat…

Malgré tout, même si l’histoire n’est pas toujours gaie, de rebondissements en rebondissements, on se laisse prendre au jeu, on a envie de continuer de lire…Des valeurs fortes accompagnent les enfants, une forte amitié est décrite et des adultes font preuve de générosité et sont touchés par l’histoire de ces enfants…

Le voyage de Figgy constituera certainement pour les jeunes lecteurs une découverte du monde africain et une réflexion autour des sentiments humains: l’amitié, l’amour de la famille, la générosité, la malveillance, la solidarité. Il constituera sans aucun doute une belle approche vers d’autres romans d’aventure…

Ce roman paru en juin 2018 fait partie de la sélection pour le Prix des Incorruptibles 2019-2020 (CM2-6ème). Sa lecture est conseillée à partir de 10 ans.

Le chant noir des baleines- Nicolas Michel

Editions Talents hauts – 20/09/2018-304 pages

Résumé du roman

1920. Léon est un jeune garçon qui a perdu son Papa lors de la guerre. Sa Maman, ayant peur qu’on lui prenne son fils, ne veut pas qu’il aille à l’école. Sur l’Ile de Ré, ils vivent à deux, de pêche et de couture. Léon se sent mis à l’écart par les autres enfants qui se moquent souvent de lui et l’insultent.

Un jour, en se promenant sur la plage, il découvre un homme inanimé. Il appelle sa mère et tous deux le ramènent chez eux. Cet homme est un naufragé, il était sur le navire Afrique. Il s’appelle Tierno, c’est un tirailleur sénégalais, enrôlé malgré lui dans son village africain pour partir faire la guerre dans des pays européens inconnus. Il a découvert la France, l’enfer des tranchées, appris un peu le français. Entre cette mère et ce fils, il raconte peu à peu son histoire qui lui revient en mémoire progressivement. Il finira par témoigner sur le naufrage également avec les autorités, sur cette île où les habitants le regarderont soit de façon raciste soit de façon bienveillante.

Mon avis sur le roman

L’auteur a écrit un texte superbe, sur un pan de l’histoire peu connue: le naufrage du navire l’Afrique en 1920 qui ramenait de nombreux tirailleurs sénégalais enfin autorisés à revenir chez eux après la guerre.

La lecture du roman est prenante, de par la description du paysage maritime (la mer est un élément important pour la survie du fils et de la mère) et surtout l’histoire des personnages que le lecteur découvre progressivement. Tierno et Léon nouent une relation touchante, chacun parvenant à exprimer ses émotions au contact de l’autre.

L’histoire des tirailleurs sénégalais jaillit sous nos yeux, avec la brutalité de l’arrachement au village, l’absurdité des combats et le dépaysement  » j’avais envie de jeter un dernier regard à ce pays où j’étais venu faire la guerre avec des inconnus contre des inconnus » dira Tierno. Son histoire est un véritable voyage, il a découvert de nombreux pays, il a découvert la neige, la langue française (mention particulière à une dame ayant réellement existé, Lucie Cousturier, écrivaine et artiste peintre, qui décida d’améliorer l’apprentissage des soldats à Fréjus et organisa des cours d’alphabétisation pour eux). Les leçons de Léon que lui donne sa maman sont autant de leçon pour lui. De même, il apprendra de nombreuses choses sur la guerre à Léon qui finira par accepter que son père ne reviendra pas, comme il l’avait toujours cru jusqu’à présent.

Ce roman est donc également un roman d’apprentissage pour le jeune homme. Ecrit tout en délicatesse, c’est également un hymne à la tolérance et un bel hommage à ces hommes venus de loin, souvent pas de leur plein gré, pour défendre les territoires français en guerre, en vivant dans des conditions horribles, dans la promiscuité, la boue, les bruits des combats.

Le chant noir des baleines paru en septembre 2018 fait partie de la sélection pour le Prix des Incorruptibles 2019-2020 (catégorie 5ème-4ème). Conseillé à partir de 13 ans.

Signe particulier: transparente – Nathalie Stragier

Editions Syros jeunesse – 06/09/2018- 320 pages

Résumé du roman

Esther, 15 ans, est une adolescente plutôt réservée. On l’oublie facilement: au lycée, les professeurs l’interrogent peu, elle n’a pas été invitée à la fête d’un garçon, contrairement à sa meilleure amie, Romane, plus exubérante. A la maison, c’est pareil: ses parents n’ont d’yeux que pour sa grande soeur Alexandra qui passe bientôt son bac, son petit frère ne s’intéresse pas non plus beaucoup à elle.Elle ne se met pas en avant et se sent souvent mal à l’aise et transparente, pensant même fuguer au début du roman.

Un jour, elle se rend compte qu’elle est réellement transparente, par moments. Une narratrice semble observer les scènes et trace le portrait d’une Esther pour qui tout semble basculer. Elle prend peu à peu conscience du processus qui se joue et des bons côtés de la transparence. Elle rencontrera d’autres transparents comme elle, dont la narratrice, et sera confrontée à un dilemme: basculer totalement dans la transparence ou tout faire pour redevenir comme avant, quitte à oublier la transparence?

Mon avis sur le roman

La lecture du roman est fluide, le lecteur se laissant porter d’épisode en épisode…Le fait qu’il y ait une narratrice qui observe les scènes permet de prendre de la distance par rapport au personnage d’Esther. Il est en revanche déstabilisant de ne rien savoir d’elle au départ, ce n’est qu’au fil de la narration qu’on apprend qui elle est réellement (j’entretiens un peu le suspense pour ceux qui n’auraient pas lu le roman encore…).

Nathalie Stragier aborde un des sujets qui préoccupent les adolescents (le regard de l’autre, le jugement, le manque d’assurance) par un biais original et fantastique: la transparence. Elle en montre les côtés positifs (Esther semble se faire des amis qui s’intéressent à elle) et aussi négatifs (connaître les pensées des autres sans qu’ils s’en rendent compte peut mettre mal à l’aise). L’affirmation de soi et les moyens pour parvenir à s’affirmer sont des sujets qui tiennent une grande place dans le coeur des adolescents et beaucoup d’adolescentes ne manqueront probablement pas de s’identifier à Esther ou à d’autres transparents.

L’auteure fait naître également chez le (jeune) lecteur une forme d’empathie pour les transparents délaissés. J’ai beaucoup aimé le personnage de Godeleine, ennemie puis amie d’Esther, forte de ses convictions, maîtresse d’elle-même en apparence et pourtant si fragile.

Je pense que ce roman pourra également plaire à cause de sa temporalité et du rapport que les personnages entretiennent avec le temps. Pour Esther, le temps semble long au départ: chaque petite action lui semble durer une éternité dès qu’on la regarde. Son camarade de classe, Simon, est d’ailleurs victime de la même chose: à chaque regard, il rougit. Romane s’en tire mieux: pour elle, le temps semble n’être que fêtes et bavardages futiles mais tout de même, elle a besoin de son amie Esther (au début, du moins). Pour les transparents, en revanche, le temps est souffrance: souffrance de ne rien maîtriser, souffrance de disparaître de la mémoire des non transparents, souffrance de voir que le temps passe chez les autres mais pas pour eux…

Ce roman nous entraîne dans une réflexion sur les rapports amicaux. Qu’est-ce qu’une amie? Comment la garder? Comment ne pas être transparente à ses yeux? Autant de thèmes abordés qui lui assurent un certain succès chez les adolescents…

Signe particulier: transparente paru en septembre 2018 fait partie de la sélection du Prix Chimère 2019-2020.

Ma gorille et moi – Myriam Gallot

Editions Syros (jeunesse)- 24/08/2019-160 pages

Résumé du roman

Jeanne et Mona sont comme des soeurs. Mona a été adoptée par les parents de Jeanne et elles ont grandi ensemble. Jeanne habite avec ses parents dans une maison qui se trouve au cœur d’un zoo. Ses parents y travaillent et ont recueilli Mona, une jeune gorille abandonnée par sa mère.

Mona devient adulte et même si ses parents et Jeanne surtout l’aiment beaucoup, elle doit être transférer dans un zoo à Milan. Mais tout ne se passera pas comme prévu: de jeunes militants défenseurs de la liberté animale débarquent devant le zoo, empêchant le transfert. Jeanne se met alors à s’interroger: quel est le mieux pour l’avenir de Mona? Ses convictions s’en trouvent ébranlées…

Mon avis sur le roman

Ce roman paru en mai 2018 fait partie de la sélection du Prix des Incorruptibles dans la catégorie CM2-6ème. Je l’ai donc lu avec un œil de professionnelle en m’interrogeant sur ce qui pourrait plaire ou déplaire à des ados.

Je pense que la tendre relation animal-enfant touchera son public. Jeanne a développé une relation privilégiée avec Mona qui est très humanisée et qui est sa confidente, d’autant que ses parents semblent accaparés par leur travail.

Jeanne est la narratrice et c’est là un point qui permettra probablement aux adolescents de mieux comprendre l’histoire, en s’identifiant à elle. Deux points de vue sont présentés: celui des parents de Jeanne, passionnés par leur travail et celui des militants qui prônent la fin des zoos, au nom de la liberté animale, pour privilégier les réserves naturelles. Le tout sans parti pris: au lecteur de juger si les animaux doivent ou non être enfermés dans un zoo.

Mais la réflexion manque d’approfondissement: le point de vue des parents aurait par exemple pu être développé. Les personnages sont un peu caricaturaux et les situations aussi: le blocage, les militants qui défendent à tous prix la liberté des animaux, qui ne mangent pas de viande et font des barbecues végétariens, la naïveté de Jeanne dont semblent profiter les militants…La réflexion se veut orientée sur le rapport humain au monde animal, sans être tranchée mais ce parti pris empêche d’y croire vraiment: je n’ai pas été touchée par les vertus ou les excès du militantisme que l’auteure semble vouloir montrer.

Je pense que ce que les adolescents vont garder en mémoire, ce sera la relation du gorille et de l’enfant. Et aussi que ses parents délaissent Jeanne, qu’ils dialoguent peu avec elle et qu’il est facile pour une adolescente de se laisser « embobiner » par de nouveaux et beaux discours (parce que c’est souligné dans le roman). Ce roman pourra également servir de piste de départ et ouvrir les débats sur les conditions de vie des animaux dans les zoos et aussi leur vie en liberté…

Conseillé à partir de 10 ans.

Un monde à portée de main – Maylis de Kérangal

Editions Gallimard – 16/08/2018-288 pages

Ils sont trois. Trois amis: Paula, Kate et Jonas. Ils ont fait leurs études à l’Institut de peinture de Bruxelles, ils ont appris la technique du trompe l’oeil, l’art de l’illusion, pour devenir peintres en décoration puis sont restés en contact. C’est de l’univers quotidien des trois amis dont il s’agit dans ce roman. Ils apprennent pas à peu leur métier et l’art se retrouve à chaque page, mois après mois.

Maylis de Kerangal nous entraîne dans l’apprentissage d’un métier, avec la précision d’une femme expérimentée, maîtrisant un vocabulaire technique que nous découvrons, à l’instar des personnages, au fil des pages. C’est une histoire de métier, d’art, d’artiste, d’amitié et peut-être d’amour, aussi.

Je ne saurais dire si j’ai aimé. Je crois que je ne suis pas assez entrée au cœur de l’histoire. J’ai retrouvé avec plaisir le style de Maylis de Kerangal, des phrases construites au présent, entrecoupées de virgules, de pauses successives. Mais je n’ai pas été entraînée, la magie n’a pas opéré et je préfère en rester sur Réparer les vivants.

En camping-car – Ivan Jablonka

Editions du Seuil-04/01/2018-192 pages

« Le camping-car nous a emmenés au Portugal, en Grèce, au Maroc, à Tolède, à Venise. Il était pratique, génialement conçu. Il m’a appris à être libre, tout en restant fidèle aux chemins de l’exil. Par la suite, j’ai toujours gardé une tendresse pour les voyages de mon enfance, pour cette vie bringuebalante et émerveillée, sans horaires ni impératifs. La vie en camping-car. » (Ivan Jablonska)

Mon avis sur le roman

Je suis complètement passée à côté et me suis ennuyée à la lecture de ce roman paru en janvier 2018. Je suppose qu’au contraire, les personnes ayant vécu la même chose que l’auteur (passer des vacances en camping-car dans les années 80) ont trouvé plaisant de replonger dans les souvenirs.

Le roman a des atouts pourtant: bien raconté, il est le fruit d’une époque qui a de quoi rendre nostalgique. Il fait réfléchir au sens que l’on veut donner aux vacances, aussi.

Leurs enfants après eux – Nicolas Mathieu

Editions Acte Sud – Août 2018- 432 pages

Les garçons Anthony et son cousin Hacine et les filles, Clémence et Stéphanie, issues d’un milieu plus aisé, sont des enfants de la vallée de Heillange (ville fictive), dans l’Est, non loin du Luxembourg. Nous allons suivre leurs parcours pendant 4 étés, l’action débute en 1992 puis arrivent 1994, 1996 et 1998, le livre étant lui-même divisé en 4 chapitres, un par période.

Que peuvent donc faire des adolescents dans une ville marquée par la désindustrialisation, le chômage, l’alcoolisme et le désœuvrement des parents, aigris ou revanchards sans en avoir les moyens? Ils se réunissent en bandes, vont se baigner au lac, parlent, se disputent, jouent au ballon, avec leurs mobylettes, font l’amour aussi. Comme tous les jeunes de France, me direz-vous.

Nicolas Mathieu ne nous parle pas seulement de cela: il nous décrit une France de classes moyennes, avec maison-jardin-crédit à payer. La France d’ouvriers qui ont cru faire mieux que leurs parents, qui ont eu leur titre de propriété mais les voilà ancrés dans une certaine lassitude de la vie…

A 14 ans, Anthony observe autour de lui et rêve d’ailleurs. C’est pas très vendeur, la vie proposée par les adultes du coin: des formations courtes, sans réels débouchés, des emplois pas folichons…Il connaît son premier amour avec Stéphanie, considérée comme une petite bourgeoise. Il découvre aussi les strates d’une société sans fard qu’il observe sans concession…

Mon avis sur ce livre

Nicolas Mathieu mérite indéniablement le Prix Goncourt, de par la qualité de sa description infinitésimale de ce que l’on peut appeler « la France péri-urbaine ». Si le langage utilisé est souvent cru, on l’imagine sans peine être celui de cette génération d’enfants des années 70 grandissant dans les années 90. On a prêté à l’auteur une volonté balzacienne ou encore zolienne, on l’a comparé à Annie Ernaux. Il y a de tout cela dans ce roman paru en août 2018, c’est vrai: mais son projet littéraire repose aussi sur la perception adolescente des choses. Et c’est pour cela que l’on retrouve des pages et des pages d’excès, parce qu’un adolescent est dans le plein: le plein d’amitié, le plein d’amour, le plein de découvertes, de sensations, de violence de toutes parts aussi: violence de la découverte de sa classe sociale, violence d’une décision à prendre, urgence même. Comment fait-on pour s’arracher d’un endroit où rien ne bouge depuis des décennies? Comment fait-on pour vivre sa vie? Et doit-on nécessairement s’extirper de ce monde pour être heureux?

Anthony observe, le temps passe, certains jeunes de la vallée partent et reviennent aussi: parce qu’ils ont cru que l’argent facile était ailleurs, dans l’univers violent de Marseille et ses drogues, et le retour dans ce cas-là est lourd. Parce que certaines ont cru que le travail, ailleurs, cela ira mais que fait-on quand on a des gosses? Qui peut les garder mieux que les grands-mères? Alors, retour dans la vallée. Ce roman est aussi le roman d’une jeunesse désillusionnée, qui ne croit plus aux rêves de leurs parents. A eux de faire leurs propres repères et de s’éloigner de ce monde d’ennui.

Conseils: à lire absolument. Pour découvrir une langue qui sonne tellement vraie et un roman plein d’humour.

Ça raconte Sarah – Pauline Delabroy-Allard

Editions de Minuit- 06/09/2018-192 pages

La course aux prix littéraires actuelle me donne envie de me replonger dans la course 2018 et je vais donc présenter dans cet article ainsi que dans un autre article deux romans que j’ai lus à cette époque. Le premier, ce sera Ça raconte Sarah, paru en septembre 2018, le deuxième, ce sera Leurs enfants après eux (dans un prochain billet,donc).

Voici la présentation de Ça raconte Sarah par les Editions de Minuit (ouais, un premier roman publié aux Editions de Minuit, rien de moins!): « Ça raconte Sarah, sa beauté mystérieuse, son nez cassant de doux rapace, ses yeux comme des cailloux, verts, mais non, pas verts, ses yeux d’une couleur insolite, ses yeux de serpent aux paupières tombantes. Ça raconte Sarah la fougue, Sarah la passion, Sarah le soufre, ça raconte le moment précis où l’allumette craque, le moment précis où le bout de bois devient feu, où l’étincelle illumine la nuit, où du néant jaillit la brûlure. Ce moment précis et minuscule, un basculement d’une seconde à peine. Ça raconte Sarah, de symbole : S. « 

Pauline, tu vas dire que je ne me foule pas: cela fait un an que je dois écrire cette critique, j’aurais pu le faire avant alors maintenant, voilà que je me contente d’un copié-collé. Eh bien, non, je vais te donner mon avis (et à vous aussi qui me lisez) sur ton roman. Il faut juste se dire que cela ne sera pas très original, pas très novateur: tout a été dit depuis un an. Allons-y quand même parce qu’il faut bien se dire aussi que si le livre étant sans intérêt, il ne ferait pas l’objet d’un billet.

Pour ceux qui connaissent et ont lu le roman, vous pouvez passer ce paragraphe. Pour les autres, voici un bref résumé: la narratrice dont on ignore le prénom est professeure, mère célibataire abandonnée par le père de son enfant, elle habite dans le 15ème arrondissement de Paris où elle mène une vie tranquille, faite du quotidien et de ses lourdeurs, de culture et de soirées entre amis. Lors d’une soirée de Nouvel An, elle rencontre Sarah qui est violoniste. On lui en a parlé, sans que rien ne s’éveille en elle. Elle la revoit. Et puis, voilà, la machine est progressivement lancée: la passion, la passion amoureuse sous tous ses traits. Telle est la première partie. La deuxième est toute autre: elle évoque les affres de la passion, le lointain (une partie de l’action a lieu à Trieste), la souffrance, terrible, la perte aussi.

Mon avis sur le livre

Je commence par une remarque entendue: « Ce roman décrit très bien la passion amoureuse, il se lit bien mais les verbes au présent, bof… » (paroles approximatives). Sur ce premier point, je dirais que le présent est ce qui fait la force du roman: parce qu’une passion, parce que cette passion-là, c’est l’immédiateté, la fulgurance aussi. On n’a pas le temps de penser au passé, on ne ressasse pas les souvenirs, on vit les choses. Intensément. Énormément.

L’écriture de Pauline Delabroy-Allard est fluide, oui, et rythmée aussi: les phrases simples expriment la passion et aussi tout le caractère de Sarah. La première partie s’articule autour des prémices de cette passion de la narratrice. Et d’emblée, Sarah prend toute la place. Sarah si vivante. Sarah qui fait tout oublier. C’est l’abandon de soi, la découverte de l’Autre, la découverte des corps aussi. Le tout dans un quotidien qui semble sans importance s’il ne s’appelle pas Sarah. La description de la passion s’articule autour de références littéraires, autour de la musique, qui semble lui donner tout son tempo (car la musique, c’est tellement Sarah).

Mais la passion, c’est aussi brusquement sa fin. Et la douleur de la narratrice. Même si vivre avec Sarah (et par elle) se révèle épuisant. Cette narratrice qui perdra pied et cette perte, cette descente vers une certaine folie ne peut avoir lieu que dans l’ailleurs, pas dans le quotidien des lieux.Chez Pauline Delabroy-Allard, l’espace prend forme aussi au sein même des émotions, surtout dans la deuxième partie du roman. Trieste, tristesse, solitude. Et aussi suffocation dans ces lieux rétrécis qui sont tellement sans elle, sans Sarah. Ce n’est plus tant la personne de Sarah qui est décrite, c’est son absence qui emplit les murs, c’est l’impact de la passion de la narratrice pour elle. Et on se demande comment tout cela se terminera…

Merci, Pauline, pour la description d’un Paris que je connais: le 15ème arrondissement à son charme. Merci pour ces nombreuses belles pages sur la passion amoureuse et son déclin, façon 21ème siècle (parce que les personnages du roman sont modernes, contemporains, Sarah, cela pourrait être notre meilleure pote, celle qu’on invite aux soirées, la narratrice pourrait être celle qu’on console, sachant que ce qu’elle livre n’est que l’iceberg de sa douleur).

Merci pour ce premier roman qui en annonce d’autres, espérons-le, tout aussi prometteurs.

Pour en finir avec la parution de ce roman il y a un an, j’ajoute pour ceux et celles qui l’ignorent que Ça raconte Sarah n’a finalement pas obtenu le Prix Goncourt, bien qu’étant en lice pour ce Prix au deuxième tour. Mais il a obtenu les prix littéraires suivants en 2018: le Prix du Roman des étudiants France Culture-Télérama, le prix des Libraires de Nancy, le Prix Envoyé par la Poste, le Prix du Style et il a été le Choix Goncourt de la Suisse, de la Roumanie et de la Pologne.

Ajoutons donc que lire Ca raconte Sarah suppose d’entrer dans un univers. L’univers de l’auteure: vous n’avez qu’a lire les nombreuses interviews qui ont été faites pour son roman, vous comprendrez un peu (un peu parce que je reste persuadée qu’un écrivain, surtout auteur d’un premier roman, ne se dévoile pas complétement) sa démarche littéraire, son trajet jusqu’à la consécration de ce roman…Car Ça raconte Sarah est une histoire qui a toute sa place dans l’écriture de l’intime et aussi l’écriture du dépassement de soi et le roman en tant qu’objet continue sa trajectoire à l’international.

Good luck, Pauline, je salue ton travail et ta force d’écriture!

Les quatre gars – Claire Renaud

Editions Sarbacane-03/01/2018-232 pages

Une fois n’est pas coutume, je vous présente un roman pour adolescents. La raison en est simple: il fait partie de la sélection du Prix Les incorruptibles (la lecture est donc d’ordre professionnel) et il est destiné aux élèves de 5ème-4ème (il est conseillé à partir de 13 ans).

Voici ce que dévoile la quatrième de couverture:

« Dans la famille, on est quatre gars – et des gars pas très cordiaux. Il y a mon papi, mon père, mon grand frère Yves et moi, 9 ans, Louis. On vit à Noirmoutier – on récolte du sel et on le vend sur le marché. La mer nous sale, nous nourrit, nous apaise et nous éblouit.
Chez nous, ça ne parle pas, ça rit peu. Il faut dire que les femmes sont parties une à une. Depuis, Papa vit comme un bernard-l’ermite dans sa coquille. Papi parle au fantôme de mamie quand il veut un avis sur la cuisson des crêpes. Yves, lui, est accro à la muscu.
Et moi? Ben, moi, j’aimerais bien croire que cette vie, on peut faire mieux que presque la vivre. »

Ca, c’est pour planter le décor. Le minimum du minimum: si les adolescents lisent cela, qu’ils ne considèrent pas qu’ils connaissent l’histoire…

Car chacun des gars est décrit dans cette famille Dégâts. Et les copains de Louis, également. On apprend ainsi comment Yves, du haut de ses 17 ans, à sa façon de jouer les gros bras, se met à déclamer du théâtre, Cyrano de Bergerac d’abord puis Corneille, Molière, Racine etc, le tout pour épater une fille. On apprend comment Papi, Papi si jovial, est en fait lui aussi un personnage ancré dans la douleur, marqué par la mort de sa femme. On apprend surtout comment Papa, tout taiseux qu’il est, se révèle être un personnage pas si antipathique qu’il y paraît. Tout cela, c’est le point de vue de Louis car c’est lui le narrateur au fil de l’histoire.

Si je me prêtais au jeu des adolescents qui devront certainement décrire leur personnage préféré, je dirais que je préfère Jean-Marie, le père. Parce qu’il a beau se taire et sembler faire la pluie et le beau temps dans cette famille (surtout la pluie), on sent bien que son fils est content de découvrir un papa qui montre ses sentiments. Il est drôle aussi sous ses aspects bourrus. Vous verrez, la scène du restaurant où il trouve tout trop cher parce que les produits, il les connaît, il en fournit même au restaurateur, alors voilà, c’est un homme pratique, il s’emporte et peu importe les conventions sociales. J’aime le personnage du père parce que c’est aussi à travers lui que son fils apprend la vie: une vie pas toujours simple. Mais la leçon qu’il lui donne, c’est que les sentiments sont le sel de la vie, aussi bons que le sel de Noirmoutier que la famille vend au marché.

Si l’on devait parler de l’ambiance du roman (au sens large: les paysages, les décors etc…), je dirais que ce qui est frappant, c’est la multitude des métiers décrits et les personnages qui en parlent: il y a d’abord Jules, futur docteur comme son père qui emploie du vocabulaire bien scientifique pour son âge. Il y a ensuite Denis, fils de gendarme, qui a un certain sens de la droiture (est-ce pour cela qu’il fait tout de travers, pas tout à fait tout mais rien n’est une réussite totale? c’est drôle, je vous dis). Il y a aussi les restaurateurs, les vendeuses d’œillets au marché, les pécheurs, la prégnance du monde maritime sans nul doute. Et aussi la maîtresse d’école qui selon ses humeurs fait un peu dysfonctionner la classe: en témoignent les gamins qui se retrouvent une matinée complète devant la télé parce qu’une lettre d’amour tourneboule la maîtresse. Mais attention, c’est une maîtresse qu’on aime, qu’on veut aider, on n’est ni dans Ducobu, ni dans le Petit Nicolas. La maîtresse, Suzanne, elle deviendra l’amoureuse du Papa et tous vont l’y aider. En se découvrant un peu plus au passage.

Avis de lecture: un livre découpé en chapitres, d’un peu plus de 200 pages, qui se lit facilement et qui est rempli d’humour. Je n’ai pas lu toute la sélection pour le Prix des Incorruptibles mais celui-là véhicule de belles valeurs auxquelles les adolescent(e)s pourraient être sensibles…

Avec toutes mes sympathies – Olivia De Lamberterie

Editions Stock-22/08/2018-256 pages

Je n’ai qu’un an de retard, ce livre ayant été publié en août 2018. J’étais passée à côté, n’en ayant pas entendu parler…Il a par la suite obtenu le prix Renaudot de l’essai…

A ceux qui se disent: » je connais l’auteure, je connais l’auteure…mais qui est-elle? », en voici deux mots: elle est journaliste pour le magazine Elle (elle le mentionne plusieurs fois dans le livre) mais le grand public la connaît pour ses chroniques littéraires dans Telematin, sur France 2, aux côtés de William Lemergy (ah, ce n’est plus lui, c’est vrai, il est resté tellement longtemps dans le paysage audiovisuel…).

Olivia De Lamberterie (tel est son nom), critique littéraire, écrit ce récit autobiographique pour raconter Alexandre. Alexandre De Lamberterie, son frère.Le 14 octobre 2015, à Montréal, ce frère se suicide en se jetant du pont Jacques Cartier. Il laisse une femme, Florence, une fille adolescente, Juliette et une sœur donc, Olivia. Qui raconte sa vie à lui, à elle et la vie de ceux qui les entourent. Leur enfance. Leur adolescence. Classique, me direz-vous, lorsque on évoque des êtres disparus.

Oui mais il y a l’âge adulte aussi. Et le mal être d’Alexandre. La dysthymie sera diagnostiquée tardivement par les médecins. Il y avait eu des signes pourtant: une fugue des années auparavant mais l’amour de Florence, sa femme, l’avait aidé.

« Écris ton livre » a t-il dit à sa sœur qui lisait des livres écrits par d’autres. Elle a honoré sa promesse: le voici. Véritable plongée dans un monde où gaité et chagrin se côtoient, ce témoignage est un acte d’amour fraternel. On n’écrit pas si facilement le mal de vivre: Avec toutes mes sympathies (expression québécoise signifiant « mes condoléances ») est un roman qui, au contraire, est une ode à la vie. Un roman tout en émotion qui distille deçà delà des mots vibrants. A lire.

Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby

Editions Actes Sud- Mai 2018-272 pages

Un sujet peu connu et peu abordé dans l’univers romanesque: la tuberculose dans les années 50-60 et ses conséquences dans la vie familiale.

« Paquebot » est le nom donné aux sanatoriums dans les années 30, ils étaient massifs et leur forme architecturale les faisait ressembler à des navires. Le sujet du livre est donc donné dès la lecture du titre, à ceci, rien de surprenant.

Dès les premières pages, on se retrouve plongée dans une ambiance familiale faite de rires et de bruits: les parents de Mathilde, l’héroïne du roman, tiennent un bar sur la place du village, La Roche Guyon. On vous a déjà raconté les soirées avec l’harmonica? Vous y êtes, cela fait ambiance « bal populaire ». Le père, Paulo, amuse voisins et clients du bar. La mère, Odile, se plaint un peu de ne pas entourée par son mari mais elle tient le coup. Il y a trois enfants à élever aussi: Annie, l’aînée, la préférée du père, Mathilde, la cadette, « le garçon manqué », et le petit frère Jacques. Petite, Mathilde se bat pour éblouir son père, toujours occupé ailleurs.

Et puis, patatras, la tuberculose arrive…En 1952, le père finit par aller au sanatorium d’Aincourt, dans le Val d’Oise, la mère tient tant bien que mal commerce et famille mais elle est atteinte à son tour. La Sécurité sociale a beau exister, elle n’est encore réservée qu’aux salariés (et non aux commerçants), les médicaments coûtent chers et les parents sont des « tubards », les villageois ne sont pas tendres avec eux.

Mathilde, la brave Mathilde, va se retrouver très jeune le pilier de la famille. Annie a fui, elle s’est mariée ailleurs, elle a eu un bébé ailleurs, elle s’est échappée de cette famille. Mathilde, elle, va aller voir ses parents au sanatorium et faire le lien entre parents et enfants, Jacques étant en foyer ou famille d’accueil. Mathilde elle a demandé à être émancipée. Elle veut être libre de toute contrainte, le système d’aide sociale la rebute (Valentine Goby montre ainsi que le statut de l’enfant dans les années 50 peut être difficile, malgré la protection sociale).

Être mise à l’écart socialement, voir ses parents l’être, les voir partir, malades (s’en sortiront-ils?), mis à l’écart, devoir se battre pour tout, tout le temps, pour sa dignité aussi: tel est le combat de Mathilde. Elle reste dans le logement de la famille mais doit se débrouiller. Au lycée, elle s’habille avec des vêtements récupérés, elle veut continuer quand même plutôt que de se lancer dans le monde du travail tout de suite, malgré sa situation. Force et dignité: tel est son portrait.

Avis

Ce roman paru en août 2016 est un véritable coup de cœur. Une plongée dans un univers inconnu. Un univers pas tendre avec les laissés pour compte, ceux qui croyaient à l’opulence des Trente Glorieuses et qui n’imaginaient pas qu’une maladie peut tout détruire brutalement…

Mathilde est une figure de fille courage dont on se souvient. Avec elle se pose une question ô combien d’actualité pour de nombreuses personnes de nos jours: comment une personne aidante face à la maladie peut-elle se construire? comment peut-elle aider au mieux?

Ami lecteur, te voilà avec une lecture à mettre sur ta pile à lire!