L.O.L.A – Claire Garralon

Editions Acte Sud Junior – 09/2020 – 72 pages

L.O.L.A est un roman pour les adolescents qui évoque des adolescents et des sujets qui leur tiennent à coeur L.O.L.A, c’est le prénom d’une nouvelle élève qui l’épèlle ainsi, comme une mélodie, en s’asseyant à côté de Charlie en classe. Charlie qui a des passions atypiques comme les vieilles voitures, qui a un groupe d’amis et un grand frère avec qui discuter mais qui ne sait où se situer amoureusement.

Ce court roman montre que l’on se cherche à 18 ans, que l’on peut se poser des questions sur son orientation sexuelle, sur ses préférences, ses désirs. Charlie se sent en décalage jusqu’au jour où elle comprend qu’elle est amoureuse de Lola et qu’il s’agit d’une évidence.

L’auteure traite les questions de sexualité et du genre de façon percutante: le roman est concis et c’est par cette brièveté que l’on peut saisir toute la fulgurance du sentiment amoureux.

Je conseille ce roman aux adolescents en quête identitaire.

Merci aux éditions Acte Sud Junior et à NetGalley pour la découverte!

Notre monstre – Agnès Laroche

Editions Rageot -07/10/2020- 224 pages

Résumé de l’histoire

Adèle est une adolescente de 17 ans pas très proche de sa maman. Mais quand celle-ci lui annonce qu’elle a une tumeur maligne, leur relation change.Lise demande à sa fille d’en parler le moins possible et d’éviter de le dire à l’extérieur et surtout pas à son père. Adèle s’inquiète, ne veut plus sortir autant, finit par se brouiller avec sa meilleure amie, Blanche. Elle refuse aussi d’aller à un voyage scolaire ou de répondre aux sollicitations d’un garçon qui lui plaît bien. Elle culpabilise beaucoup aussi d’avoir fugué quelques mois auparavant pour retrouver un garçon qui finalement n’était pas amoureux d’elle… .Entre la mère et la fille, la maladie est là, à distance, c’est l’Ogresse, leur monstre qui va les faire souffrir d’une toute autre manière…

Mon avis de lecture

Notre monstre est un très bon roman jeunesse, agréable à lire. On se sent très vite embarqué dans l’histoire qui rappelle un peu celle écrite par Alice Kuipers , Ne t’inquiète pour moi, dans laquelle mère et fille communiquent autour de la maladie de la première à l’aide de post-it.

Il n’est pas que question de maladie ici et c’est aussi tout l’intérêt du roman. La sincérité est une valeur aussi rudement mise à l’épreuve: Adèle en arrive à douter de l’amitié de sa meilleure amie. Mais c’est finalement la relation avec sa maman qui sera le plus éprouvée. La maman n’est d’ailleurs pas un personnage très sympathique envers qui on éprouve de l’empathie, on plaindrait même Adèle.

Par des mots simples,l’auteure fait passer les émotions d’une adolescente, révélant ses failles et ses forces avec beaucoup de justesse.

Je conseille ce roman tant aux parents qu’aux adolescents qui souhaitent réfléchir à leur relation.

Merci aux éditions Rageot et à NetGalley pour la découverte.

Ginette Kolinka, survivante du camp de Birkenau – Ginette Kolinka et Marion Ruggieri

Editions Rageot -23/09/2020-160 pages

Ce roman constitue un témoignage poignant de ce que fut la barbarie nazie dans les camps d’extermination. Il montre une jeunesse volée, une innocence perdue dans des conditions brutales. Ginette était une jeune fille de 19 ans choyée par sa famille quand elle fut arrêtée en 1944 avec son père, son jeune frère de 12 ans et son neveu de 14 ans. Elle les vit pour la dernière fois à la descente du train, conseillant à son frère et son frère de « monter dans les camions » pour être moins fatigués. Ce fut une douleur sans nom qui s’invita ensuite en elle et qui la hante encore aujourd’hui: elle ignorait alors que ces camions conduisaient aux chambres à gaz. Ce roman n’est pas seulement un ultime témoignage d’un rescapé de la Shoah, c’est aussi une leçon de transmission. Ginette Kolinka depuis les années 2000 va dans les établissements scolaires pour dire l’indicible. Pour que la jeune génération n’oublie pas qu’un jour elle et les siens furent arrêtés parce qu’ils étaient juifs. Pour que la jeune génération se souvienne. Elle évoque Birkenau telle qu’elle l’a connu à l’adolescence (en tant que camp d’extermination) et Birkenau après, le Birkenau où des guides racontent le passé aux visiteurs, où des survivants participent à ces récits. Elle évoque ses amies aussi, Marceline, Simone [Veil], compagnes précieuses dans l’enfer vécu. Elle fait jaillir devant nos yeux un monde que l’on ne peut imaginer; que seuls ceux qui ont survécu peuvent décrire. Elle sait pourtant combien le souvenir peut être perméable, elle ne se souvient parfois des choses que parce qu’on les lui a racontées ensuite. Son récit est complété par un dossier utile pour les jeunes: un compte-rendu de son entretien avec des collégiens lors d’une visite dans un établissement scolaire, des termes pour expliciter le vocabulaire employé alors, des plans des camps aussi; tout un appareil didactique qui peut également être utile aux enseignants. L’ensemble constitue un témoignage fort, utile, de la part d’une dame âgée qui sait que ses années sont comptées mais qui trouve malgré tout la force de raconter. Pour éloigner la haine et faire perdurer le devoir de mémoire et le besoin de transmission.

Roman pour la jeunesse dès 13 ans.

Merci aux éditions Rageot et à NetGalley pour la découverte.

Des bleus au cartable – Muriel Zürcher

Editions Didier jeunesse-18/03/2020-192 pages

Résumé du livre

La première rentrée au collège pour les élèves de 6ème est une étape importante: finie, l’école primaire, il faut faire « les grands ».Zoé espère être populaire auprès de son groupe de copines.Ralph, lui, pousse exprès Lana et la fait tomber. Il continuera de l’embêter, faisant tomber son cartable, lançant son sac sur le toit, se moquant de son nom. Zélie voit tout mais n’intervient pas, ne dit rien, trouve même parfois Ralph drôle. Lana supporte tout, ne voulant pas inquiéter sa mère. Jusqu’au jour où son pire ennemi s’attaque sans le savoir à un chat trouvé qu’elle avait placé dans son sac.

Mon avis de lecture

Ce roman ayant pour thème le harcèlement est juste et se lit facilement.Il est composé d’une alternance de points de vue: celui du harceleur, Ralph, celui de la personne harcelée, Lana et celui de la personne témoin, Zélie. L’auteure ne prend pas parti, elle laisse les personnages évoluer, se rendre compte peu à peu de la situation. Le thème du harcèlement est traité intelligemment: ainsi, chaque jeune lecteur peut se rendre compte qu’une situation peut être complexe et réfléchir à telle ou telle situation dont il aurait été témoin.

Je recommande cette lecture vers le CM1-CM2 afin que les élèves réalisent dès leur plus jeune âge ce qu’est le harcèlement et comment il peut être traité.

Un peu malgré eux – Becky Albertalli

Editions Hachette romans – 26/08/2020-432 pages

Résumé de l’histoire

Jamie, 17 ans, est un adolescent timide. Il est peu à l’aise avec les filles, il se souvient encore avoir demandé à une fille si elle voulait danser le « slove » et en est resté mortifié, ses camarades relayant à vitesse grand V cette maladresse. Il est maladroit, il est celui capable de faire tomber une pile d’oranges dans un supermarché sous les yeux de filles qui le regardent.

Maya a aussi 17 ans. Elle et lui et Jamie étaient amis petits mais ils se sont perdus de vue. Elle a une meilleure amie de son âge, Sara, qui lui promet de lui trouver des « plans », des baby-sittings par exemple mais qui se trouve brusquement trop occupée pour lui consacrer du temps. Ajoutons à cela la séparation de ses parents et un été qui s’annonce pas folichon et voilà devant nous une adolescente boudeuse et en colère.

Tous deux vont se retrouver à devoir faire du porte-à-porte pour soutenir la candidature d’un candidat lors d’une campagne électorale. Leur collaboration, pas évidente d’abord, prend une autre allure quand ils s’intéressent au contenu de la campagne…Comment cela se terminera t-il?

Mon avis de lecture

Becky Albertalli est l’auteure de Moi, simon, 16 ans, homo sapiens, un roman de littérature jeunesse qui traite de l’homosexualité adolescente à travers l’histoire de Simon, homosexuel qui ne l’a révélé à personne, à part à Blur qu’il a croisé sur le Tumblr du lycée. Blur est un pseudonyme, il ignore qui il est. Sont également abordés dans ce roman les thèmes chers aux adolescents dans leur vie quotidienne des adolescent: les petites tracasseries du lycée, la musique, les médias,la sexualité, l’amitié, les relations fraternelles.

J’avais trouvé qu’il s’agissait là d’un bon roman pour adolescents, un de ceux qui font réfléchir sur l’identité et sur la quête identitaire des jeunes. Le ton du roman était plutôt juste et les personnages attachants.

J’ai été assez déçue par Un peu malgré eux. Le récit est construit en alternance: tantôt on lit l’histoire de Jamie, tantôt celle de Maya, ce qui donne un certain rythme au roman, l’assurance pour le lecteur de ne pas s’ennuyer (normalement!).

Hélas, ce ne fut pas mon cas: après la lecture d’une cinquantaine de pages, je n’ai toujours pas réussi à entrer dans l’histoire. Ayant lu la quatrième de couverture, je savais que Maya et Jamie seraient amenés à faire équipe, j’attendais le moment du porte-à-porte mais cela n’améliora pas mon impression d’un roman qui tirait en longueur.

Pour être honnête, j’ai trouvé certains passages intéressants: la montée de leur engagement militant et les débuts de leur relation ou comment chacun apprivoise peu à peu l’autre tout en étant persuadé de ne pas être assez intéressant(e). Les adolescents pourront ainsi facilement s’identifier à Jamie, se demandant si Maya est intéressée par lui alors même que ses copains le lui garantissent. Et les adolescentes ne manqueront pas de reconnaître que Maya est prompte à la râlerie!

Je ne déconseille pas la lecture pour autant: je crois juste qu’un livre m’a donné un aperçu du style de l’auteur et qu’il ne m’est pas nécessaire d’en lire un deuxième. L’éditeur conseille la lecture à partir de 13 ans: nul doute que le public cible trouvera du charme à cette histoire bien menée. (Pour résumer grossièrement, ce roman n’est pour moi mais pour d’autres,oui!)

Roman lu grâce aux éditions Hachette et à NetGalley.

RC 2722 – David Moitet

Editions Didier Jeunesse -23/09/2020-320 pages

Voici une journée qui se termine de façon positive grâce à la lecture de ce roman jeunesse dystopique que je trouve très bon.

Tout au long de l’histoire, on suit le parcours d’Oliver qui souhaite tout d’abord en savoir plus sur la mort de son père, pensant qu’il a été assassiné et qu’il en savait trop.

Nous sommes dans un monde futuriste (pour nous) dans lequel Oliver est le réfugié climatique RC2722. Il vit avec son père et son frère dans une ville souterraine, à l’abri du monde extérieur dont il est un survivant parmi d’autres personnes ayant échappé à une épidémie. (Notons au passage que ce thème est on ne peut plus actuel, au regard de la crise sanitaire de 2020).

Lorsque son père meurt, il récupère son implant mémoriel et découvre un pan de son passé, inconnu de lui jusqu’à présent. Le récit alterne entre l’écoute des données, donc une plongée dans le passé, et la fuite d’Oliver, considéré comme rebelle, qui cherche d’abord à échapper aux guerriers de l’eau. Cette alternance et le changement de temporalité entraînent un effet de suspense qui nous fait continuer la lecture du livre.

Les récits concernant le passé de Lucas, le père d’Oliver, sont particulièrement intéressants pour comprendre comment le monde a pu être plongé dans un tel chaos. De plus, cela nous permet aussi, à nous, lecteurs, d’envisager de multiples éventualités face à un monde sans eau. Le périple des réfugiés climatiques fait penser, le terme est employé d’abord, à celui des migrants, leur point commun étant de tout faire pour survivre.

Oliver est un personnage déterminé: il brave les règles pour posséder l’implant de son père puis il découvre l’extérieur pour rejoindre son frère, banni par les guerriers de l’eau.

Il va rencontrer Tché, une jeune fille qui vit seule depuis la mort de ses parents. Elle sera son alliée et une aide précieuse pour lui faire découvrir un monde inconnu. De découvertes en découvertes, il fera tout pour sauver son frère des griffes d’assaillants qui veulent le forcer à dévoiler la localisation de son abri.

David Moitet dévoile une jolie plume pour nous plonger dans des mondes effrayants à souhait: qui aurait envie de croiser des édentés, mangeurs d’hommes, d’aller en « zone noire » ou radioactive ou encore de se retrouver pourchassés par des soldats ou des mercenaires du fossoyeur? Il nous décrit le monde des parents de Lucas dans lequel l’eau manque, la population fuit vers un avenir meilleur et un climat moins aride, un virus frappe et tue (non, non, on ne pense surtout pas à la COVID-19…). Il nous décrit le monde d’Oliver, un monde dans lequel des hommes vivent souterrainement et ont développé des stratégies pour survivre sans remonter à l’extérieur. Ces deux mondes ont en commun le mensonge, voire la duperie: dans le premier, seule une catégorie de la population privilégiée est choisie pour intégrer les abris, on maintient le reste de la population dans l’ignorance de ces abris, on leur fait croire à un Eldorado lointain (pensons en cet instants aux migrants qui débarquent à Lampedusa). Dans le second, on ment délibérément aux réfugiés des abris: il n’y a en réalité nul besoin de sortir pour se ravitailler en eau comme le prétendent les guerriers de l’eau et aucune contamination n’a lieu en allant à l’extérieur.

Les zones décrites sont sombres et pourtant, ce qui ressort également de ce récit, c’est une critique virulente de la société actuelle. C’est comme un avertissement, véhiculé d’ailleurs par les parents d’Oliver: « On ne pensait pas que cela changerait si vite ». Réchauffement climatique, virus, épidémie, migrants: autant de mots familiers que nous pouvons lire dans les journaux, côtoyer dans les médias. Notons l’ingéniosité des solutions proposées, au centre desquels les progrès techniques dominent. Notons aussi la façon dont les personnages se meuvent au coeur de ces techniques: Oliver comme Tché sont présentés remplis de débrouillardise. Ce sont également des personnages remplis de valeur et d’humanité. Des personnages capables de réfléchir à leur monde idéal: un monde tel que celui des Cités-Etat ne leur fait pas envie, les habitants en souhaitant toujours plus…

Sous des dehors satiriques, ce roman s’achève donc sur une note d’espoir, celui de personnages humains évoluant dans un monde à leur échelle, un monde dans lequel tout n’est facile mais dans lequel des valeurs humanistes peuvent triompher…

David Moitet a remporté des prix littéraires pour certains autres romans: je lui souhaite le même chemin pour ce roman riche en rebondissements!

Merci aux éditions Didier Jeunesse et à NetGalley pour la découverte!

31 lettres _Elodie Wang

Editions HLAB -18/03/2020-104 pages

Résumé de l’histoire

Se réveiller un matin avec l’envie d’écrire des lettres, à l’heure où mail est roi: telle est l’ambition de S., une lycéenne en Terminale. Elle écrit alors trente-et-une lettres en trois jours, une pour chaque élève de sa classe. Que leur dit-elle? Que leur révèle t-elle d’eux et d’elle-même?

Mon avis de lecture

Mon intention de départ était de découvrir ces trente-et-une lettres (il n’y a évidemment pas loin à chercher pour deviner le contenu du roman). La forme du roman est originale : raconter sa vie de lycéenne sous forme de lettres est inhabituel pour les adolescents du XXIème siècle. Cela permet un peu au lecteur d’entrer dans une phase nostalgique: souvenez-vous, enfants du XXème siècle, des lettres et cartes postales écrites aux copains pour raconter ses vacances.

Nos yeux de lecteur peuvent imaginer une jeune fille en train d’écrire, en train de réfléchir à ce que représentent l’écriture, l’acte d’écrire et aussi que ses camarades vont répondre. Cette jeune fille, la narratrice, se dévoile peu à peu, tout en en dévoilant de ses camarades. Elle le fait avec franchise, en se souvenant de la relation qu’elle a avec celui/celle à qui elle s’adresse, glissant des anecdotes sur les groupes d’adolescents de la classe dans chacune des lettres.

Néanmoins, ce roman est décevant en ce qu’il apparaît inachevé. Des réponses des camarades auraient été bienvenues ainsi que davantage d’anecdotes, de souvenirs. Et le roman est assez court pour un si grand nombre de personnages. Je garderais l’idée originale de présenter le caractère de la narratrice par bribes, à travers l’information qu’elle livre d’elle dans chacune de ses lettres et le recul pris dans la dernière lettre.

Merci aux éditions HLAB et à NetGalley pour la découverte!

L’aube sera grandiose _ Anne-Laure Bondoux

Anne-Laure Bondoux est une romancière née en 1971 qui a écrit de nombreux livres pour la jeunesse. Son roman Les larmes de l’assassin (2004) a obtenu plusieurs prix (dont le Prix Sorcières). L’aube sera grandiose a obtenu le prix Vendredi en 2017.

Editions Gallimard Jeunesse – 21/09/2017 – 304 pages

Nine, presque 16 ans, en veut terriblement à sa mère, Titiana, de ne pouvoir aller à la fête du lycée avec ses copines. Ecrivain à succès, celle-ci l’a embarquée dans une aventure loin de Paris qui ne lui dit rien qui vaille. Elles arrivent dans la vieille voiture de sa mère, une Opel dont elle a honte, dans une cabane isolée, au bord d’un lac, tard le soir.

D’abord boudeuse, elle finira par écouter sa mère lui révéler son histoire. L’histoire familiale. Elle apprendra l’existence de sa grand-mère, Rose-Aimée, de ses oncles, des jumeaux, Octobre et Orion.

Une nuit blanche commence avec de nombreuses révélations à la clé!

Mon avis sur ce livre

Un roman jeunesse très plaisant et très agréable à lire. Les ingrédients du succès sont là: une adolescente boudeuse qui a du caractère, accrochée aux nouvelles technologies et se retrouvant dans un endroit qui en est dépourvues, une mère qui raconte son histoire familiale comme elle raconterait l’intrigue d’un de ses romans, ménageant des pauses entre deux épisodes de vie. Et surtout Anne-Laure Bondoux ne se range d’aucun côté des personnages: on chemine autant dans l’esprit de Nine et de ses frustrations d’adolescente que dans celui de sa mère qui de retours dans le passé en autres retours se rappelle autant de son enfance que de son choix: transmettre son histoire familiale à sa fille.

Emotion et nostalgie sont au rendez-vous. Nostalgie des années 70 et 80 avec pour toile de fond le sport, le foot et le vélo et la musique aussi. Des thèmes universels faits pour réunir les générations: parions qu’après la lecture de ce roman, des adolescents iront trouver leurs parents en leur demandant: « Tu me parler d’Eddy Merckx » ou « On peut écouter AC/DC »?.

Retenons également un style poétique pour décrire une nature isolée, « vierge » de traces humaines.

Je retiendrai également le travail de l’illustratrice: Coline Peyrony, fille d’Anne-Laure Bondoux (« vous avez dit: transmission? »). Ses dessins en noir et blanc donnent à voir le récit en images, prolongeant l’imaginaire au delà des mots, mettant en scène les objets importants de l’histoire (valise, vélo…). Je suis allée voir son site , c’est une belle découverte! Je2 vous invite à le découvrir également à l’adresse https://colinepeyrony.ultra-book.com

La vie mensongère des adultes – Elena Ferrante

Elena Ferrante est l’auteur de L’amie prodigieuse, saga de 4 tomes qui prend pour cadre la ville de Naples dans les années 1950 et qui raconte l’histoire d’amitié entre Lila et Elena, deux jeunes filles issues de quartiers pauvres. Elena Ferrante est une écrivaine qui cache soigneusement sa véritable identité.

Editions Gallimard – Titre original: La vida bugiardia degli adulti- Traduit par Elsa Damien – 09/06/2020- 416 pages

Résumé du roman

Giovanna mène une existence bourgeoise et heureuse entre ses parents, tous deux professeurs, leurs amis et les filles de leurs amis qui sont ses amies, surtout Angela et Ida. Son univers semble s’écrouler lorsque à 12 ans, elle surprend une conversation entre ses parents: elle croit comprendre qu’elle est laide et son père la compare à sa tante Vittoria, qu’elle ne connaît pas mais que ses parents lui décrivent comme une femme méchante.

Elle va dès lors chercher à en savoir davantage sur cette tante. Elle qui habite sur les hauteurs de Naples va découvrir des quartiers plus populaires, des personnes qui parlent en dialecte, un langage plus spontané, des manières plus libres.

Elle va aussi découvrir son histoire familiale. Et un pan de sa vie va vaciller: ses parents vont se séparer, les apparences vont se fissurer. Elle va suivre le conseil de sa tante: « Observe bien tes parents pour savoir qui ils sont ».

Amitié, sexualité, relations sociales, place dans la société, appartenance à un groupe social, à une famille: Giovanna s’interrogera sur tout, entre espoir, chagrin, peine et désillusions…

Mon avis sur le roman

J’avais adoré la saga L’amie prodigieuse et m’attendais à une histoire napolitaine un peu dans la même veine.

Elena Ferrante a ici choisi de faire évoluer moins de personnages sur un laps de temps resserré, environ 4 ans. Quatre années de la vie d’une adolescente venant de la moyenne bourgeoisie qui va passer de l’enfance à l’adolescence vers l’âge adulte.

Elle attribue à Giovanna un point de vue sensé, basé sur une ouverture d’esprit, une interrogation sur la vie extérieure, sur l’inconnue qui sont autant de preuves de maturité du personnage.

J’ai retrouvé avec plaisir son style bien à elle. Les descriptions de Naples sont vivantes, réalistes, pas enjolivées. Les personnages sont à la fois typiques dans leur genre et singuliers. On souhaiterait presque les côtoyer pour accentuer la véracité de certains moments.

A noter également la place prise par un objet: le bracelet que la tante aurait offert à Giovanna à sa naissance mais dont celle-ci ignore tout. A sa façon, cet objet raconte l’histoire de celle qui le porte, jamais la même.

Que ce soit pour les objets ou les personnages, Elena Ferrante excelle dans l’art de la description, du moindre petit détail disséqué à l’envi.

Un gros gros coup de coeur pour ce roman que je conseille les yeux fermés.

Un si petit oiseau – Marie Pavlenko

Marie Pavlenko, née en 1974, est une auteure de romans de littérature jeunesse, notamment fantastiques comme la trilogie Le livre de Saskia qui connut un certain succès auprès des adolescents. Un si petit oiseau a obtenu le Prix Jeunes adultes Babelio 2019.

Editions Flammarion Jeunesse – 02/01/2019-400 pages

Résumé du roman

Abigail, 20 ans, est en voiture avec sa mère qui conduit lorsque l’accident se produit: à cause d’un téléphone portable, d’un panneau « stop » grillé, elle se retrouve sans bras.

Sa vie s’en trouve bouleversée: finie la classe préparatoire pour être vétérinaire, son rêve. Adieu Thomas, son petit ami, qu’elle refuse de voir ainsi que ses amis Jonas, Marion, Astrid…Sa petite soeur de 15 ans, Millie, l’énerve, elle toujours pleine de vie. Seule sa tante Coline, 36 ans, célibataire un peu déjantée recueille ses confidences.

Entre une mère bienveillante et un père qui fait des blagues pourries pour masquer son chagrin, la vie familiale est difficile. Et puis elle reçoit des livres de Blaise Cendras par la Poste, elle ignore qui les lui envoie. Cela la conduira à aller de découverte en découverte: des premières promenades au parc seule à la visite d’un ami d’enfance, Aurèle, en passant par un séjour à la montagne pour étudier des oiseaux…Une lente reconstruction s’opère alors.

Mon avis sur le roman

Ce roman traite d’un sujet pas facile: vivre avec un handicap suite à un accident, apprivoiser cet handicap pour accepter de vivre avec lui. Marie Pavlenko dépeint des personnages attachants, à commencer par Abby. Qui met du temps à accepter. Qui a peur du regard des autres. Parce que sa vie a basculé en deux secondes, elle est en colère permanente. Contre la conductrice qui lui a fait cela. Contre sa famille qu’elle ne supporte pas.Contre Thomas, heureux si vite sans elle.

Coline est, elle aussi, un personnage attachant. Elle a à coeur de redonner le goût de vivre à sa nièce, de faire en sorte que les relations entre soeurs ne s’enveniment pas…

A la place d’Abby, je passerais beaucoup de temps dans sa famille. Aimante, unie, chagrinée et mettant tout en oeuvre pour le bonheur d’Abby.

J’aimerais également avoir un ami comme Aurèle, là quand il faut, acceptant Abby telle qu’elle est, tant physiquement que moralement.

Et que dire de ce séjour à la montagne qui donne de la couleur et une fraîcheur indicible au roman. C’est le point de départ de la reconstruction d’Abby qui, malgré sa douleur, malgré ses blessures, accepte de s’ouvrir aux autres, de s’ouvrir au monde. De l’étude des oiseaux à la naissance d’un amour, il y a avant tout les ailes de la liberté, comme sur la couverture du livre.

Marie Pavlenko a su écrire cette histoire sans tomber dans le pathos, sans mièvrerie et si le positivisme paraît parfois dégoulinant, c’est probablement pour faire comprendre à quel point famille et amis peuvent être des refuges précieux.

Les adolescents apprécieront certainement ce roman écrit pour la jeunesse pour sa façon simple d’aborder le thème de l’acceptation de soi après un accident.

Les os des filles – Line Papin

Line Papin est une jeune femme née en 1995, fille d’un couple franco-vietnamien. Les os des filles paru aux éditions Stock en 2019 est son troisième roman.

Editions Le livre de Poche – 02/01/2020-184 pages

Résumé du livre

Née d’un père français et d’une mère vietnamienne, Line, la narratrice, est une enfant heureuse qui vit à Hanoi entourée par ses parents, son frère, ses grands-parents, sa nounou, ses tantes. Elle a donc plusieurs mamans et mène une vie insouciante jusqu’à ses 10 ans, lorsque ses parents décident de partir vivre en France. Line se retrouve déracinée, tant culturellement qu’effectivement. Elle sombre peu à peu dans l’anorexie.

Quelques années plus tard, on la retrouve à 23 ans, à l’aéroport, en partance pour Hanoi.Elle a déjà fait un retour à 17 ans, elle s’est rendue compte qu’elle était à la fois française et vietnamienne. Elle tentera de réconcilier passé et présent en racontant l’histoire des femmes de sa famille: sa mère et ses soeurs, toutes parties adultes dans d’autres pays, et Ba, sa grand-mère, née peu après la Seconde guerre mondiale dans un petit village. Toutes ont connu les guerres, la famine, la pauvreté.

Mon avis sur le roman

Un très beau roman autobiographique qui met en exergue des moments heureux vécus par la narratrice et des moments beaucoup moins heureux comme l’exil ou la maladie.

Line Papin déroule l’histoire familiale en évoquant l’Histoire, les guerres notamment ou l’embargo et la modernisation du Vietnam dans les années 1990. D’une écriture délicate et poétique, elle pose les jalons d’une identité difficile, due au déracinement, à l’exil. Alternant entre le « je » et la troisième personne « la petite fille » pour parler d’elle, elle met également sa famille à distance: son père est « le jeune français », sa mère est « une des soeurs H ». Manière pour elle de prendre du recul, de s’extérioriser d’une histoire qu’elle connaît mais qu’elle n’a pas vécue. Les os des filles l’accompagnent, peut-être ceux de sa grand-mère, peut-être ceux de toutes les femmes du Vietnam. La coutume étant de mettre dans un coffret ce qu’il reste des corps, c’est-à-dire les os. Seuls restent ensuite les sentiments des os. C’est ainsi que commence son histoire: de façon détournée, pour raconter aussi son rapport au corps, à la maladie.

Outre cette écriture, j’ai beaucoup aimé lire cette histoire familiale, faite d’exil et de retour. Elle est d’ailleurs empreinte de notes d’espoir qui laissent présager un retour au Vietnam possible et un renouveau envisageable. A lire, que l’on soit en quête identitaire ou pas!

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Nos vie en l’air – Manon Fargetton

Editions Rageot -00/01/2019-192 pages

Résumé du livre

Ils sont lycéens, ont à peu près le même âge, 15-16 ans, et sont en proie avec leurs démons…

Elle, elle s’appelle Mina et a décidé d’en finir avec la vie en sautant du toit d’un immeuble en face du lycée Buffon. Elle a mis sa tenue préférée et pris ses accessoires « pour que tous comprennent ». Tous, ce sont ses camarades de lycée qui la harcèlent sur les réseaux sociaux.

Lui, c’est Océan , Océan Du Plessis. Sa vie n’est pas spécialement joyeuse, sa mère était dépressive et s’est suicidée, son père a beaucoup de travail et il n’aime pas sa grand-mère ni ses oncles, tantes et cousins, qu’il trouve trop snobs. Alors il monte sur le toit avec la même idée que Mina.

Parce qu’ils ne se connaissent pas et semblent vivre dans deux mondes opposés, parce qu’ils ont le même objectif, ils décident de s’accorder un sursis, une nuit. Une nuit durant laquelle ils veulent faire des folies et jurent de tout se dire.

Jusqu’où cette décision va t-elle les mener?

Mon avis sur le livre

Solitude, harcèlement sur les réseaux sociaux, amour, amitié, mort de personnes proches et deuil: de nombreux thèmes sont réunis dans ce livre afin de toucher les adolescents. Et cela fonctionne. L’auteure, Manon Fargetton, crée deux personnages complexes qui symbolisent à eux deux tous les affres de l’adolescence. Une période pas facile. Mina apparaît comme un personnage attachant et lumineux, prête à aider les autres, comme partir à la recherche du sac d’Aurélie, une jeune femme croisée à un concert. Océan, lui, au contraire, est un personnage plus secret qui au premier abord paraît moins sympathique mais dont on comprend par la suite qu’il est en fait très blessé par la vie. S’il ne semble pas tourner vers les autres et la communication, son côté plus sombre lui permet tout de même de se lier aux autres, comme à la jeune fille qu’il aide dans le restaurant. Le fait que les deux adolescents ne soient pas ensemble toute la nuit est d’ailleurs intéressant: on découvre la personnalité de chacun de cette façon.

Si elle n’est pas au centre du roman, la question de la dépendance au téléphone, aux réseaux sociaux est suggérée: Mina éprouve le besoin d’aller voir ce qu’on dit d’elle, ce que les autres pensent d’elle. Et Océan lui apprend justement à s’affranchir du regard d’autrui. Les adolescents lecteurs pourront ainsi réfléchir à leurs propres pratiques et à l’effet induit par le groupe: les critiques, de la part de camarades de Mina, semblent faire un effet boule de neige, c’est à cela qui critique davantage.

Petit bémol: la fin est trop rapide, on aurait aimé en savoir davantage…

Un bon roman, bien construit, qui fait réfléchir les adolescents sur le suicide et l’utilisation qu’ils ont des réseaux sociaux.

Elle s’appelait Sarah (BD) – Tatiana de Rosnay, Patrick Bresson et Horne

Editions Marabulles – 03/10/2018- 208 pages

Précision

Elle s’appelait Sarah est d’abord un roman écrit par Tatiana de Rosnay, paru en 2007 aux éditions Héloïse d’Ormesson.

L’adaptation en BD a été réalisée par le dessinateur Horne et le scénariste Patrick Bresson. Elle est parue aux éditions Marabulles en 2018.

L’histoire

Juillet 1942. Sarah Starzynski, une petite fille de 10 ans, est réveillée par des coups violents frappés contre la porte. La police française, mandatée par la Gestapo, vient l’arrêter ainsi que sa mère. Elle ordonne à son petit frère Michel, 4 ans, de se cacher dans le placard. Elle retrouve son père qui les rejoints, sa mère et elle. Ils sont emmenés dans un garage puis au Vel d’Hiv, avec tant d’autres gens, Juifs comme eux.

Mai 2002. Julia Jarmond, journaliste américaine mariée à Bertrand, un architecte français, enquête pour écrire un article sur le 60ème anniversaire du Vel d’Hiv. Dans le même temps, elle visite l’ancien appartement de Mamé, la grand-mère de Bertrand dans lequel ils vont emménager après travaux. Elle découvrira un lien entre la famille de son mari et les Starzynski…

Mon avis sur la BD

A la lecture des premières pages, ce qui frappe, ce sont les couleurs. Le gris domine, avec en plus en 1942, des tonalités de jaune et doré pour les cheveux et de bleus pour les yeux. La période 2002 est, elle, aussi représentėe en gris. Horne a ainsi mis en avant avec brio les émotions des personnes tantôt en gros plan (les larmes qui coulent ) tantôt en plan moyen (les barbelés, les champs…). Les « méchants » sont représentés comme étant de grandes ombres noires, menaçantes, certaines planches montrant des bouches noires qui aboient des ordres.Patrick Bresson, lui, a choisi de présenter un récit alterné: récit d’une petite fille de 10 ans qui ne sait pas ce qui va arriver, qui a peur et qui assiste à un spectacle désolant et récit des événements issus des recherches d’une journaliste des années plus tard.

Le tout donne un ensemble plaisant. Le thème de la mémoire, du devoir de mémoire est très présent à travers les dessins de plaques commémoratives qui sont autant de choses que l’on remarque à peine. Que l’enquête soit menée par une journaliste américaine, c’est-à-dire par quelqu’un qui découvre l’histoire de la France, entraîne une mise à distance qui n’empêche pas de rester saisi de stupeur face au destin de tous ces enfants juifs raflés et jamais revenus.

Un très bel album à mettre aussi dans les mains des jeunes générations adolescentes.

Signé poète X – Elizabeth Acevedo

Editions Nathan – Titre original: Poet X (traduit de l’anglais par Clémentine Beauvais)-Août 2019-384 pages

Résumé du livre

Xiomara est une jeune New-Yorkaise de Harlem, elle a 15 ans et a un corps qui attire les regards (hanches chaloupées et bonnet D). Elle a aussi un frère jumeau, Xavier, qu’elle appelle Jumeau et une meilleure amie, Caridad, qui tente de la canaliser. Les parents de Xiomara viennent de République Dominicaine et sa mère donne à ses enfants une éducation stricte, faite d’interdits et de devoirs pour sa fille: interdit de parler aux garçons, obligation d’aller à l’église, interdit de sortir avec un garçon, obligation de bien travailler…

Xiomara écrit ses humeurs, ses révoltes et ses ardeurs dans un carnet, sous forme de poèmes. Un jour, au lycée, elle apprend l’ouverture d’un club de poésie. Cela se passe en même temps que les cours pour la confirmation à l’église. Elle lutte tout d’abord contre elle-même pour ne pas y aller et puis, elle franchit le pas…Va t-elle parvenir à trouver sa voie?

Mon avis sur le livre

En lisant les premières pages, j’ai d’abord été déconcertée par la forme du roman, me demandant si j’allais poursuivre ma lecture. Signé poète X est en effet écrit comme un poème en vers libre, jetés ça et là sur les pages. Puis j’ai été happée par l’histoire de Xiomara, cette adolescente prise par le feu sacré de l’écriture…J’ai par ailleurs appris beaucoup sur le slam, la valeur de la déclamation et cette façon d’exprimer sa vision du monde et ses sentiments bruts.

Dans ses poèmes, Xiomara raconte sa vie, sa vision des choses: harcèlement des garçons envers les filles, misogynie, servitude des femmes, dévouées à leur mari, leur maison et à l’église…Peu de place à l’imagination, à l’imaginaire, dans un tel monde…Heureusement pour elle, il y a son amie, Caridad, qui semble être « la voix de la raison ». Et Aman, un garçon différent des autres qui lui fera connaître douceur et amour…Xiomara est LE personnage de ce roman et l’auteure en fait un portrait plein d’humanité, une jeune fille qui reçoit en pleine figure les affres de l’adolescence et qui lutte de toutes ses forces pour se battre pour ses convictions…

Ce que l’on peut retenir dans ce roman, c’est la puissance d’écriture qui émerge. Ce n’est pas seulement l’histoire d’une adolescente en révolte, c’est aussi la mise en oeuvre de cette révolte, c’est l’apaisement par l’écriture. Ce roman est poétique, très poétique et je ne résiste donc pas à l’envie de vous faire partager un passage…

« Mon frère est né comme naît la brise:

frêle, se frayant un chemin parmi les feuilles.

moi, je suis née bourrasque, et j’arrache à la terre

quiconque tente de faire du mal à mon frère. »

Pour conclure, je dirais que ce roman est à lire parce que la beauté des mots est saisissante et parce qu’il s’agit d’une histoire remplie de sentiments qui font palpiter le coeur. J’ignore si les adolescents « accrocheront » mais à vous, adultes, je vous le conseille sans hésiter.

Les inoubliables – Fanny Chartres

Ce roman a été publié aux Editions Ecole des Loisirs, dans la collection Médium pour les 11-13 ans.

Editions L’école des loisirs- 30/01/2019-192 pages

Résumé du livre

Luca est un adolescent roumain qui vit depuis peu en France avec son père. Il effectue sa première rentrée au lycée avec d’autres élèves comme lui, les EANA, c’est-à-dire les élèves allophones nouvellement arrivés en France. Il y a Chavdar, le Bulgare, fils de diplomate, Jae-Hwa la Coréenne du Sud, Tezel qui vient de Turquie et Marvin qui ne parle qu’en anglais. Il y a aussi Anna, leur tutrice dans cette classe, qui a leur âge et dont la mère veut taire ses origines roumaines. C’est surtout l’évocation de la Roumanie qui est faite dans cette histoire, d’ailleurs, même si le thème de l’exil et de l’adaptation en France sont présents pour tous les pays.

Luca rêve de devenir violoniste, la raison de sa venue en France est principalement sa préparation pour entrer au Conservatoire. Mais c’est aussi une toute autre histoire qu’il va vivre, une histoire d’amitié entre jeunes déracinés qui cherchent leur place, une histoire de racines, aussi, les siennes et celles d’Anna, à travers celles de la mère de celle-ci…

Mon avis sur le livre

Ce roman est plaisant à lire et sa lecture est rapide. Fanny Chartres évoque ici des trajectoires différentes, des adolescents aux caractères différents avec des similitudes qui les rapprochent: tous ont des souvenirs de leurs pays et des visages à ne pas oublier…dont ils ne peuvent parler qu’entre eux, à leur famille. Car la France les accueille et leur colle tout de même une étiquette d’étranger: leurs camarades de classes font ainsi montre de clichés. Le ton est gentillet, tout de même, l’auteur s’adresse à un public jeune. Faire front parce qu’on est différent, faire fi des préjugés, être accepté: tels sont les messages véhiculés par ce roman. Anna est à ce titre une figure exemplaire: non seulement elle aide les EANA mais en plus, elle les défend face aux camarades qui font preuve d’étroitesse d’esprit et enfin elle partage avec eux son quotidien, son histoire, tout comme eux partagent le leur.

Il est à noter le ton léger et plein d’humour face à l’apprentissage de la langue française, Chavdar étant l’archétype de l’étudiant plein d’humour ayant du mal à s’exprimer, confondant un mot pour un autre, croyant écrire une poésie tout en en déformant une autre.

Je ne sais pas si les adolescents qui le lisent le verront du même oeil que les lecteurs adultes…Probablement pas. Mais cela reste une bonne lecture pour les élèves qui, sans être en UPE2A, ont des parents venus de pays étrangers: cela pourrait être l’occasion de découvrir un autre pan de leur histoire ou tout simplement cela pourrait être l’occasion d’ouvrir le dialogue avec leurs parents et d’entre-apercevoir leur jeunesse…

Nous sommes l’étincelle – Vincent Villeminot

Editions Pocket Jeunesse – 04/04/2019

Résumé du roman

2061. Trois enfants, Dan, Montana et Judith, frère et soeurs s’amusent dans la forêt en pêchant, chassant ou encore en grimpant aux arbres. Ils apprennent beaucoup au contact de la nature, ils explorent les alentours. Soudain, ils sont enlevés par des braconniers. Leurs parents partent à leur recherche.

Et si tout était lié au début de l’aventure? Des années auparavant, en 2025, des jeunes de 20 ans, Antigone, Xavier puis Paul et Jay ont décidé de se rebeller et de vivre en autonomie, dans la forêt. Leurs valeurs: l’amitié, l’amour et la liberté. Ils rêvent d’une société alternative sans leader, sans argent, sans conflit générationnel. Des années plus tard, seuls les survivants restent. Que s’est-il donc passé depuis la révolte, pour en arriver à l’enlèvement des enfants?

Avis en cours de lecture

Je n’en suis qu’à la page 100 (sur 512). Je peux d’ores et déjà vous dévoiler une faiblesse majeure du roman. Les récits se mêlent: trois époques différentes (2025, 2040 et 2061), plusieurs personnes, trois générations. On a à peine le temps de découvrir les caractéristiques physiques et morales d’un personnage et pouf, zoom sur un autre et une autre période. Les chapitres sont assez courts. Le début du roman ne permet donc pas de nous lancer dans l’intrigue facilement, on a un peu de mal à s’accrocher.

Mon avis après lecture complète du roman

Les sujets du roman sont intéressants en ce qu’ils nous permettent de réfléchir à l’avenir que nous souhaitons laisser à nos enfants et aux générations futures, notamment au point de vue écologique. La description d’un monde utopique est bien pensée: pour commencer un livre à la base de l’utopie puis des lois qui régissent la société et enfin, l’espoir d’une génération qui se veut optimiste malgré tout. Les modes de vie, les transports et la notion même de famille s’en trouveront bouleversés, à jamais. L’histoire de 2061 nous prouve d’ailleurs que la famille et les valeurs familiales sont au coeur de cette société. Un beau roman d’anticipation, donc.

Mais les allées et retours entre les personnages, entre passé et présent, m’ont véritablement empêchée de trouver la lecture agréable. Je reconnais les qualités d’écriture de Vincent Villeminot, j’ai d’ailleurs beaucoup aimé certains de ses romans, mais j’ai eu du mal à terminer ce roman-là.

L’effet ricochet- Nadia Coste

Editions Seuil jeunesse- 23/02/2017- 256 pages

Résumé

Dans une société futuriste,en 2074. Suite à une crise de la natalité et l’échec de la PMA, le clonage est désormais le seul moyen de se reproduire.

Malou, 16 ans, appartient à la deuxième génération de clones. Elle a 2 soeurs: Clara, 10 ans, avec qui elle vit dans un foyer et Julie, presque 19 ans, qui vit depuis peu chez son copain.

Des événements vont finir par lui paraître étranges: ses soeurs et elle se blessent aux mêmes endroits, aux mêmes âges.

Un garçon du foyer va lui parler de l’effet ricochet: il s’agit d’une anomalie condamnant les lignées de clones à subir les mêmes accidents. La mère de Malou a sombré dans la folie, Malou a peur que ce soit la même chose pour elle…Elle va aider le mystérieux garçon qui souhaite,avec un groupe de militants, faire connaître au grand public l’effet ricochet et les effets négatifs du clonage…

Mon avis de lecture

Ce roman est facile à lire et accessible pour les plus jeunes (vers 10-12 ans).

Le thème du clonage est abordé sous plusieurs angles, tant comme une solution contre l’infertilité que comme un facteur de réflexion identitaire (qui suis-je? quel est mon patrimoine génétique? y a t-il un déterminisme génétique? comment être moi et pas mon clone?…).

Si certaines références scientifiques sont intéressantes (les perturbateurs endocriniens et le bisphénol A), ce livre manque tout de même de consistance à ce niveau-là. Malgré les explications, on a du mal à y croire.

Les personnages eux-mêmes ne sont pas très convaincants. L’ensemble n’est pas très équilibré, c’est davantage la succession d’actions qui donne envie de poursuivre la lecture que le contenu du livre.

La fin aurait mérité davantage de soin. Elle est bien trop rapide.

Bref, ne vous privez pas de la lecture de ce roman dystopique mais sachez que dans le même genre, 1984 est bien plus intéressant et enrichissant.

Addiction – Blake Nelson

Éditions Albin Michel-02/05/2014-320 pages

Résumé du livre

Maddie, à presque 17 ans, est loin d’être une adolescente ordinaire. Drogue et alcool l’ont menée tout droit dans un centre de désintoxication. Elle y rencontre deux jeunes, Trish, qui deviendra une très bonne amie et Stewart, qui sera son amoureux. Un amour loin d’être guimauve, chacun étant marqué par son passé. Quand Stewart rechute, Madeleine s’accroche à ses études et se fait un nouveau cercle d’amis. Est-elle prête pour autant à mener une vie éloignée de toute addiction?

Mon avis sur le roman

Un très beau roman pour adolescents lycéens. Un juste équilibre entre situations pas marrantes (au centre de désintoxication par exemple), univers familial désemparé (les parents de Maddie ne peuvent pas tout comprendre), amis pas clean (groupe d’amis qui incitent à boire et se droguer, amis ou entourage victimes qui vont droit dans la tombe (Trish ou Ashley) et nouveaux amis (des geeks, des gens ambitieux qui veulent aller à l’université). Une histoire d’amour pas comme les autres.

Maddie s’avère être un personnage attachant qui fait peu à peu face à davantage de maturité. Son avenir semble sombre: quelle université va accepter une fille ancienne droguée et alcoolique avec un casier judiciaire. C’est une battante pour qui le poids du passé compte énormément: elle s’en voudra de ne pas avoir aidé Trish et de n’avoir pu sauver Ashley, gamine de 15 ans capable de tous les excès.

Les thèmes abordés (l’alcool, la drogue, le manque, la dépendance) le sont sans fard. On imagine sans peine le désoeuvrement des jeunes, leurs conditions de vie difficiles, les tentations de replonger ou non dans les soirées…

Les adolescentes ne manqueront pas de se demander si Maddie et Stewart finiront ensemble ou non…Tout ce que je peux dire, c’est que ce n’est pas un happy end à la John Green…

Le grand piano noir -Olivier Silloray

Editions Bayard jeunesse -24/04/2008-236 pages

Résumé de l’histoire

Caroline est une adolescente passionnée de piano. Élève au Conservatoire de musique, elle sait que cela représente un sacrifice financier pour ses parents. Sous pression, elle travaille dur mais le trac avant chaque examen engendre des trous de mémoire. Elle doute d’elle, malgré l’amour de son petit-ami, Kevin, et l’amitié de Maud. Lors d’un stage d’été, elle croise Jean-Charles, jeune pianiste beau, riche, doué…Il va l’aider à prendre confiance en elle…

Mon avis sur le roman

« Le grand piano noir » (roman paru en 2008) est une histoire de passion et de passionnés qui peut plaire à tous les adolescents, musiciens ou non. Le roman aborde en effet des thématiques sur lesquelles s’interrogent de nombreux jeunes: que faire face à d’autres concurrents? comment concilier études, vie familiale et vie sociale? comment dégager du temps libre pour vivre comme d’autres adolescents? ou encore: Une passion nécessite t-elle tous les sacrifices?

Les non-musiciens rêveront de commencer le piano, les musiciens s’interrogeront sur leurs pratiques, sur le travail à effectuer pour jouer d’un instrument, sur le talent à avoir, la virtuosité…

Une lecture facile, un style fluide: à mettre entre toutes les mains!

Adieu, mes quinze ans…- Claude Campagne

Edition GP (1960)

Dimanche soir. Un soir de novembre, par un temps tout gris, tout pas beau, humide, un temps à rester sous la couette avec un bon livre. J’ai de quoi chasser votre blues en vous faisant replonger des années en arrière…Dans les années 60. Avec mon avis sur le roman Adieu, mes quinze ans…que j’ai lu des tas de fois.

En quelques mots, voici un résumé de l’histoire: Fanny, jeune fille de presque 16 ans, vit avec son frère Guillaume et son grand-père, le capitaine Le Marroy, au Cadran Solaire, dans la région boulonnaise. Ses trajets à vélo lui font rencontrer un jeune camionneur de 20 ans, Yann, qui l’aide à faire ses devoirs et devient très vite un hôte de marque chez son grand-père. Mais pourquoi donc semble t-il s’intéresser à Ingvild, une jeune Norvégienne venue lors d’un échange scolaire, que le capitaine tient tant à accueillir?

Mon avis sur ce roman

L’adolescente que j’étais l’a lu et relu, fascinée par ces ailleurs où l’emmènent les personnages: la campagne boulonnaise, d’abord, où l’on imagine sans peine tout un tas de Fanny circulant à vélo. Une fille simple et solide. La Norvège ensuite, avec la bonne humeur d’Ingvild, sa blondeur, ses manières un peu décalées parfois. Et enfin, l’ailleurs de Yann qui nous transporte dans les années 40, dans ces années de guerre où l’on imagine sans peine un gamin perdu, seul, sans ses parents, dans un chaos total et cette dame qui brusquement s’occupe de lui et l’adopte.

Ce roman, de qualité, a tout pour plaire aux jeunes: une histoire mystérieuse qui semble douloureuse, une adolescente qui découvre une amitié différente de celles qu’elle a connues jusqu’alors, beaucoup de pudeur aussi…Des ingrédients destinés à la jeunesse des années 60, assurément. Un roman au charme désuet, bien écrit pourtant.

Je me souviens aussi du dossier faisant suite à l’histoire, dans lequel Claude Campagne explique la genèse de ce roman. Et aussi comment Jean-Louis et Brigitte Dubreuil sont devenus « Claude Campagne ». Cela sortait le roman du cadre fictionnel et donnait du concret à l’histoire…

Fanny, je l’aime et ce roman pourrait presque être ma madeleine de Proust…