L’Ouzbek Muet et autres histoires clandestines – Luis Sepúlveda

Titre original : El uzbeko mudo y otras historias clandestinas Langue originale : Espagnol (Chili) Traduit par : Bertille Hausberg. Editions Métailié -Publication: 02/04/2015- Pages: 152)

Quatrième de couverture

Il était une fois, dans les années 60 du siècle dernier, des pays où la politique occupait une place primordiale dans la vie des jeunes gens. Au Chili comme ailleurs, le langage était codé et les slogans définitifs. Mais on est très sérieux quand on a dix-sept ans à Santiago du Chili et qu’on s’attaque au capitalisme avec un succès mitigé. On peut monter une opération contre une banque pour financer une école et utiliser toute la logistique clandestine pour trouver du lait en poudre pour empêcher un bébé de pleurer ; chanter Blue Velvet en plein hold-up pour que les clients présents dans la banque n’aient pas peur ; se tromper d’explosif et rentrer à pied ; préférer la musique américaine à la dialectique marxiste pour séduire les filles ; apprendre le taekwondo qui rend les Coréens du Nord invincibles et trouver contre leur champion des solutions créatives…

En état de grâce littéraire, Luis Sepúlveda nous raconte ces histoires irrésistiblement drôles et tendres en hommage à un temps où on pouvait rêver “d’être jeune sans en demander la permission”. (Editions le Métailié)

Avis de lecture et commentaire personnel

Comme pour tout écrivain que j’apprécie, dont je reconnais le talent, j’ai été attristée d’apprendre la mort de Luis Sepúlveda en avril 2020. Une plume s’est éteinte. Et plus que cela: une écriture du militantisme, de l’engagement a disparu. Luis n’était pas seulement écrivain, il était passeur de mémoires, d’un temps et d’une histoire dont il ne restera plus un jour que des traces ou des témoignages confus.

Comme tout le monde, j’avais lu Le vieil homme qui lisait des romans d’amour. Je l’ai même lu plusieurs fois. Je n’ai pas trop accroché à l’histoire du Neveu d’Amérique mais j’ai retrouvé avec plaisir la signature de l’écrivain: cette façon qu’il a de décrire les personnages comme des êtres familiers pour le lecteur, à tel point qu’on peut aisément s’imaginer leur parler et leur taper dans le dos.

Je n’ai pas ressenti le besoin de lui rendre hommage par la lecture de ses oeuvres. Néanmoins, par cette belle journée d’été, je suis tombée sur ce livre numérique L’ousbek muet et autres histoires clandestines et l’envie de lire est venu.

Luis Sepúlveda brosse dans ces nouvelles le portrait de plusieurs révolutionnaires: révolution utopique, révolution avec des armes, révolution pour lutter contre la bourgeoisie par le braquage de banques, révolution pour participer aux luttes d’autres guérilleros…Le tout avec humour, dérision, détails décapants de réalisme. Et une tendresse particulière pour les personnages, ces combattants idéalistes qui avaient leur jeunesse pour eux. Certains ont disparu et Luis par ces écrits leur rend hommage ainsi qu’à ceux qui ont souhaité un monde meilleur.

A lire pour saisir le sens de l’histoire et le sens du mot « liberté » pour les peuples ayant souffert à cause des dictatures…

Le neveu d’Amérique – Luis Sepúlveda

Editions Le Métailié-01/01/1996-180 pages

Résumé du livre

Luis, enfant, a promis à son grand-père, exilé au Chili de se rendre un jour à Martos, une ville d’Andalousie, en Espagne.

Il ne pourra honorer sa promesse que bien des années plus tard, son parcours d’adulte étant jalonné de prime abord de multiples embûches.

Communiste sous la dictature de Pinochet, il reçoit ainsi « un billet pour nulle part », c’est-à dire en prison. Il passera deux ans dans la prison de Temuco et sera libéré grâce à l’intervention d’Amnesty international en 1977.

Contraint à l’exil, il parcourra ensuite l’Amérique du Sud, ses notes attestant de son passage en Equateur, Patagonie, Bolivie, Argentine ou encore Brésil. Ses pérégrinations le conduisent à côtoyer de fantasques personnes et à entendre des récits insolites.

Mon avis sur le livre

J’ai beaucoup aimé ce roman dès le premier chapitre pour toutes les petites anecdotes qui donnent du « piquant » au récit. Les premières lignes sur la relation entre le grand-père et le petit-fils sont pleines d’humour: on imagine un curé furieux se battant avec le grand-père car le petit-fils vient (à la demande de celui-ci) de faire pipi sur le porche d’une église…

Luis Sepúlveda manie la plume avec beau coup de douceur et de verve pour décrire les rencontres et leur importance aussi. Il n’a pas son pareil pour faire émerger l’humain chez ses compagnons de route, chez ceux qu’il croise. La dictature et ses conséquences y sont présentes dans tous les pays et pourtant, chacune des personnes rencontrées n’est éprise que de liberté…

Un roman qui tout en décrivant les travers de régimes dictatoriaux donne beaucoup d’espoir…A lire!