Les soeurs Grémillet, tome 1: Le rêve de Sarah – Barbucci et Di Gregorio

Editions Dupuis- 12/06/2020- 72 pages

Présentation de l’éditeur

Plonger dans l’histoire comme dans un rêve… Dans un turquoise lumineux et mélancolique apparaissent pour la première fois les trois soeurs Grémillet, guidées par des méduses qui flottent, jusqu’au grand arbre et son palais de verre. À l’intérieur, une petite méduse lévite au-dessus d’un lit. Sarah, l’aînée, ne s’explique pas ce rêve étrange. Obsédée par ce mystère, elle parviendra à l’élucider avec l’aide de ses deux soeurs.

Alessandro Barbucci illumine de son dessin virtuose cette chronique familiale moderne qui, derrière les révélations d’un drame du passé, célèbre l’amour d’une mère pour ses enfants. Dans ce trio féminin, chacune a son caractère attachant : Sarah, l’aînée autoritaire, Cassiopée la cadette artiste, et Lucille la plus petite qui ne parle qu’à son chat. Les belles pierres de la ville, le jardin des plantes, la végétation luxuriante, les petits marchés… le lecteur ne voudra plus quitter cet univers enchanteur créé par Barbucci et Di Gregorio !

Mon avis de lecture

La couverture de l’album est attirante et donne envie de feuilleter et lire: on y voit les trois soeurs au premier plan, dessinées de façon colorée tandis que le second plan, plus sombre, semble plus mystérieux.
Dès les premières pages, on apprend quel rêve fait Sarah: elle et ses soeurs semblent flotter dans l’eau, elle suit des méduses dans une forêt. Celles-ci la guident vers un arbre géant qui porte une serre de métal et de verre. Elle s’approche et observe une chambre qui ressemble à celle de sa maman. Elle voit sur le lit une méduse, elle l’appelle, elle voit qu’elle se retourne et…elle se réveille.
Ce point de départ plonge le lecteur dans une ambiance fantastique, pleine de zones d’ombre.
Au fil des pages, on apprend ensuite que le Club des frangines, c’est-à-dire les trois soeurs va mener l’enquête pour en savoir plus sur le passé de leur mère, silencieuse sur le sujet.
Un des thèmes de cet album est la relation familiale, notamment les liens que les trois sœurs ont entre elles. Le scénariste présente leur portrait simplement: Cassiopée est la romantique, celle qui voudrait rencontrer l’amour. Sarah a un fort caractère et entend rappeler à ses soeurs qu’elle est l’aînée. Lucille, la plus jeune, est plus effacée et ne parle qu’à son chat, Yurei.
Ces trois soeurs sont attachantes et on a envie tout naturellement de les suivre dans leur quête.
Une autre thématique prend également toute la place: celle des secrets enfouis que presque toutes les familles connaissent.
Ces sujets peuvent plaire à un jeune public, les enfants et adolescents pourront sans mal d’identifier aux héroïnes. Le scénario, accessible, est en cela une réussite.
Scénariste et dessinateur ont effectué un travail maîtrisé autour du ratio texte/dessin. Les planches comptent assez peu de cases, les textes sont assez aérés, laissant place au décor et à la rêverie. Le lecteur peut ainsi se plonger dans l’ambiance mystérieuse en laissant s’envoler son imagination grâce aux décors, les éléments naturels (arbres, eau) étant par ailleurs joliment représentés.
J’attends donc le deuxième tome de l’album, étant curieuse de savoir si les liens entre les soeurs vont évoluer.

Merci aux éditions Dupuis et à NetGalley pour la découverte!

Les os des filles – Line Papin

Line Papin est une jeune femme née en 1995, fille d’un couple franco-vietnamien. Les os des filles paru aux éditions Stock en 2019 est son troisième roman.

Editions Le livre de Poche – 02/01/2020-184 pages

Résumé du livre

Née d’un père français et d’une mère vietnamienne, Line, la narratrice, est une enfant heureuse qui vit à Hanoi entourée par ses parents, son frère, ses grands-parents, sa nounou, ses tantes. Elle a donc plusieurs mamans et mène une vie insouciante jusqu’à ses 10 ans, lorsque ses parents décident de partir vivre en France. Line se retrouve déracinée, tant culturellement qu’effectivement. Elle sombre peu à peu dans l’anorexie.

Quelques années plus tard, on la retrouve à 23 ans, à l’aéroport, en partance pour Hanoi.Elle a déjà fait un retour à 17 ans, elle s’est rendue compte qu’elle était à la fois française et vietnamienne. Elle tentera de réconcilier passé et présent en racontant l’histoire des femmes de sa famille: sa mère et ses soeurs, toutes parties adultes dans d’autres pays, et Ba, sa grand-mère, née peu après la Seconde guerre mondiale dans un petit village. Toutes ont connu les guerres, la famine, la pauvreté.

Mon avis sur le roman

Un très beau roman autobiographique qui met en exergue des moments heureux vécus par la narratrice et des moments beaucoup moins heureux comme l’exil ou la maladie.

Line Papin déroule l’histoire familiale en évoquant l’Histoire, les guerres notamment ou l’embargo et la modernisation du Vietnam dans les années 1990. D’une écriture délicate et poétique, elle pose les jalons d’une identité difficile, due au déracinement, à l’exil. Alternant entre le « je » et la troisième personne « la petite fille » pour parler d’elle, elle met également sa famille à distance: son père est « le jeune français », sa mère est « une des soeurs H ». Manière pour elle de prendre du recul, de s’extérioriser d’une histoire qu’elle connaît mais qu’elle n’a pas vécue. Les os des filles l’accompagnent, peut-être ceux de sa grand-mère, peut-être ceux de toutes les femmes du Vietnam. La coutume étant de mettre dans un coffret ce qu’il reste des corps, c’est-à-dire les os. Seuls restent ensuite les sentiments des os. C’est ainsi que commence son histoire: de façon détournée, pour raconter aussi son rapport au corps, à la maladie.

Outre cette écriture, j’ai beaucoup aimé lire cette histoire familiale, faite d’exil et de retour. Elle est d’ailleurs empreinte de notes d’espoir qui laissent présager un retour au Vietnam possible et un renouveau envisageable. A lire, que l’on soit en quête identitaire ou pas!

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Et les vivants autour – Barbara Abel

Barbara Abel est une auteur belge de romans policiers née en 1969. Ses thèmes de prédilection sont souvent des milieux familiaux étouffants où germent délit et folie.

Editions Belfond- 05/03/2020 – 448 pages

Résumé de l’histoire

Il y a quatre ans, Jeanne Mercier, une jeune femme mariée à Jérôme, est victime d’un grave accident de voiture. Depuis, la vie de ses proches est suspendue autour de ce corps plongé dans le coma. Lorsque le professeur Goosens convoque les parents et le mari, ils imaginent qu’il s’agit de la débrancher. Il n’en est rien et la nouvelle qu’ils vont apprendre est le déclencheur qui met le feu aux poudres. Le père, la mère, la soeur et le mari de Jeanne vont alors se déchirer, libérant des non-dits, valsant parfois entre hésitation et certitude, tour à tour déterminés puis anéantis par le chagrin et la douleur. Quelle décision finale vont-ils donc prendre?

Mon avis sur le roman

Un roman qui prend des accents de thriller grâce à une intrigue bien menée. Une famille unie seulement en apparence dans laquelle les failles de chacun vont être révélées, les uns au contact des autres.J’ai beaucoup aimé le personnage de la mère qui révèle sa vraie nature au fil de l’intrigue.

Un roman somme toute agréable à lire, notamment si vous aimez les histoires à rebondissements.

Vanda – Marion Brunet

Marion Brunet, née en 1976, a été éducatrice spécialisée avant de publier son premier roman pour adolescents, Frangine, en 2013.

Editions Albin Michel-26/02/2020- 240 pages

Mon avis de lecture

Vanda est un roman agréable à lire qui véhicule une jolie histoire, surtout si l’on pense au bien-être que la nature procure à l’être humain. Lisez ce livre et vous aussi aurez parfois envie de vous plonger dans la mer quand vous voulez (on attend la fin du confinement, on ne part pas en vacances…)

Une jolie histoire parce que ce roman narre la vie d’un garçon, Noé, 6 ans, et de sa mère, Vanda, qui se bat et souvent même se débat pour leur survie. Tous deux vivent ensemble, en marge, dans un cabanon près de la plage. Le petit va à l’école, Vanda au travail, elle est femme de ménage dans un hôpital psychiatrique. Ils sont complices, ils sont fusionnels, ils sont seuls contre le monde entier.

Vanda n’est pas une mère comme les autres. Elle a grandi dans un village en Bretagne, usant de ses poings pour défendre sa mère,  » qui couche avec n’importe qui ». Elle part, elle fait les Beaux-Arts à Marseille. Elle a un enfant, Noé, sans même prévenir le père, c’est son enfant et elle. Elle a un look atypique, des tatouages, des cheveux indisciplinés et une rage en elle qui fait que non,elle ne rentre pas dans les cases: « vie bien rangée ». Envie de faire la fête et alcool sont souvent son quotidien. Elle fait au mieux pour son fils, du moins le pense t-elle.

Un jour, elle croise le père de son enfant, Simon, parti à Paris, revenu pour l’enterrement de sa mère. Une peur en elle surgit: elle ne veut pas partager son enfant. Simon, qui découvre l’existence de Noé six ans après sa naissance, est d’abord perdu, d’autant que sa copine, Chloé, ne veut pas d’enfant. Et puis l’envie de connaître son fils vient et l’envie de lui offrir un peu de confort, aussi, une chambre chez lui.

Le roman fait place à ces deux personnages, Vanda et Simon, l’auteure en dresse des portraits très fouillés. On s’attache à Vanda et à sa révolte, on est avec Simon, on l’encourage à assumer sa paternité. On s’interroge aussi sur l’avenir de cet enfant, Noé, qui aime sa mère, qui se contente de ce qu’il a mais qui peut-être aimerait avoir plus (un père?).

De beaux portraits, une description réaliste de Marseille et du point de vue des Parisiens sur la ville, des personnages qui racontent à leur façon…Marion Brunet, dans ce roman social, réussit à entraîner le lecteur vers ce qu’il ne soupçonne même pas, avec beaucoup de finesse et des personnages dont on se souviendra. A lire donc!

Séduire Isabelle A. – Sophie Bassignac

Editions J-C Lattès -31/08/2016-234 pages

Résumé du livre

Pierre Réveillon, jeune journaliste, est amoureux d’Isabelle et la demande en mariage. Celle-ci pose une condition: qu’il rencontre sa famille, les Pettigrew, et se fasse accepter. La tâche est loin d’être aisėe:chaque membre de la famille est particulier, des grands-parents qui jouent les amoureux jusqu’à la petite nièce qui vit une crise mystique.

Pierre les rencontre: va t-il ou non épouser Isabelle qui a une famille décidément singulière?

Avis sur le livre

Une lecture plaisante mais rien de bien éclatant. Peut-être ne suis-je pas rentrée dans l’histoire de cette famille. Je conseille plutôt de lire un autre roman du même auteur: Le plus fou des deux.

Le guide décapant des parents imparfaits: l’éducation positive (tome 5) (Candice Kornberg-Angel, Eve Aboucaya, Camille Skrzynski)

A l’ère de la bienveillance (ceux qui enseignent chaque jour à des ados pas toujours tendres savent ce que ce mot peut avoir de dégoulinant), pourquoi ne pas se pencher sur l’éducation positive ? Je suis une mère imparfaite? Raison de plus!

C’est surtout la couverture de l’ouvrage qui a attiré mon attention :j’aime le jaune et plus sérieusement, en lisant le titre, je me suis dit: « pourquoi pas? ». J’avais déjà vu des ouvrages de la collection « Guide décapant des parents imparfaits » sans pour autant avoir envie de (re)plonger dans les affres de la parentalité…C’était le moment qui m’a fait choisir cet ouvrage.

J’ai donc lu attentivement. Pour rester générale, ce livre est un ouvrage qui se veut rempli de conseils, de préconisations pour expliquer comment aller vers l’éducation positive, comment la développer…en évitant en premier lieu de culpabiliser. Ce livre est apprentissage d’abord: apprentissage de la parentalité, apprentissage de la pensée positive, prise en compte des émotions des enfants, des parents aussi.

Précisons-le tout de suite: ce guide n’est en rien moralisateur et ce n’est pas non plus un concentré de jargon psychologique ou philosophique.

Tout parent au contraire a de quoi se raccrocher à son quotidien ou à ce qu’il a vécu, grâce aux nombreux exemples présentés. Il y a aussi des journées type (celle de la maman branchée « éducation positive »…de quoi bien te faire sentir que ta journée à toi, elle est moisie…ah non, c’est caricatural). Les listes d’astuces (par exemple: » 8 phrases à ne jamais prononcer quand votre enfant se plante »…et là, avant de lire, vous vous demandez si vous avez commis l’irréparable…). Les tests (de quoi vous faire sentir un parent pas si mauvais!). Les radio-trottoirs, c’est-à-dire les petites bêtises des enfants racontées par les parents,qui font sourire. Des commandements aussi, comme les 11 commandements du parent positif ( » de ton passé, tu apprendras »). Quelques tuyaux aussi pour éviter les cris (sympa, ça, on a tous crié un jour, même trop crié).

Quand et pourquoi lire ce livre?

Ce livre est, à mon avis, un des premiers qu’il faut lire sur le sujet avant de passer à des ouvrages d’Isabelle Filliozat, une psychothérapeute qui a écrit de nombreux ouvrages sur l’éducation, le rôle des parents, la relation parents-enfants (C’était pour citer une spécialiste, je pourrais vous conseiller d’autres auteurs)…Bref, ce livre se lit facilement, il est très visuel, les textes sont variés (tantôt des listes, tantôt des illustrations, tantôt des textes…).Il est rempli d’humour, cela permet aux parents de dédramatiser, de prendre du recul sur ce qu’ils pourraient vivre. Il se veut une note d’espoir aussi. Parce que penser positivement s’apprend. Parce que grâce aux préconisations de ce genre d’ouvrage, un parent peut grandir avec son enfant et en même temps que lui.

Deux soeurs – David Foenkinos

David Foenkinos est un romancier français né en 1974 dont les premiers romans restent discrets. C’est l’oeuvre La Délicatesse en 2009 qui le révèle vraiment au grand public. Ce roman a été adapté en film en 2011, avec les acteurs Audrey Tautou et François Damiens.

Editions Gallimard -21/02/2019 – 176 pages

Deux soeurs...raconte l’histoire de deux soeurs (personne n’aurait dit mieux, n’est-ce-pas?). L’une, Agathe, qui semble avoir une vie rangée et stable: mari, enfant. L’autre, Mathilde, qui semble aussi avoir une vie rangée, un métier qu’elle aime, un fiancé, Etienne…jusqu’à ce que sa vie devienne suffocante…Comment? C’est très simple: une rupture amoureuse. Etienne retrouve son ancien amour et s’en va. Laissant une Mathilde dévastée.

C’est elle qui raconte: elle est seule et elle ne sait que faire. Elle finit par aller voir sa voisine, psychiatre. Qui la met en arrêt et lui donne des anti-dépresseurs….Elle finit par gifler un de ses élèves, suite à un malentendu. Elle est professeure de français, elle n’a aucune excuse: elle est mise à pied…

Sa rupture devient alors un élément familial: sa soeur Agathe lui propose de l’héberger. La nièce, Lili, et le beau-frère Frédéric aident à la cohabitation…Mais jusqu’où cela ira t-il? Les personnages peuvent-ils trouver un équilibre dans ce huis clos familial? Rien n’est moins sûr, Mathilde va révéler une personnalité très déroutante…

Quelques remarques et conseils

J’ai lu ce livre cet été…et il est parfait si vous recherchez une lecture fluide, lègère ou si vous n’avez pas beaucoup de temps à y consacrer.

Foenkinos évoque la déception amoureuse d’une femme trahie, l’abandon d’un homme, le soutien d’une famille, des éléments que tout un chacun imagine sans peine…Il y a également la dépression et les conséquences de l’abandon et c’est là où soudainement le personnage de Mathilde s’étoffe un peu, passant de la gentille fille sur laquelle on s’apitoie à une femme malheureuse qui se prend de jalousie envers sa soeur…

Deux soeurs est agréable à lire mais le ton est trop léger, je n’ai pas réellement été captivée par l’histoire, même si la personnalité de Mathilde est intéressante, par sa progressive dualité.

Conseils à ceux qui ne connaissent pas l’auteur et ses oeuvres: je recommanderais davantage un autre livre, par exemple La délicatesse.