Nos espérances – Anna Hope

Anna Hope, née en 1974, est une actrice et une romancière anglaise dont les deux premiers romans, Le chagrin des vivants (2016) et Salle de bal (2017) ont eu un succès remarqué. Nos espérances est son troisième roman.

Editions Gallimard – Traduit de l’anglais par Elodie Leplat- 12/03/2020- 368 pages

Résumé de l’éditeur

Hannah, Cate et Lissa sont jeunes, impétueuses, inséparables. Dans le Londres des années 1990 en pleine mutation, elles vivent ensemble et partagent leurs points de vue sur l’art, l’activisme, l’amour et leur avenir, qu’elles envisagent avec gourmandise. Le vent de rébellion qui souffle sur le monde les inspire. Leur vie est électrique et pleine de promesses, leur amitié franche et généreuse.
Les années passent, et à trente-cinq ans, entre des carrières plus ou moins épanouissantes et des mariages chancelants, toutes trois sont insatisfaites et chacune convoite ce que les deux autres semblent posséder. Qu’est-il arrivé aux femmes qu’elles étaient supposées devenir?

Mon avis sur le roman

Trois beaux portraits de femmes modernes, énergiques, « dans le vent ». Ce roman n’a pourtant rien d’un feel good: Anna Hope décrit de façon réaliste la jeunesse anglaise, dans leur rapport aux autres et dans leur rapport générationnel avec leurs parents. Le roman évoque également beaucoup les luttes féministes, les rapports de couple, la parentalité. L’amitié est mise en avant comme un totem, les retours en arrière permettant aux yeux des lecteurs de la cimenter.

L’ensemble est construit sur un fil tenu, les trois femmes ont toutes un côté bordeline une certaine ténacité pour aller au bout des choses, quitte à se tromper…

Ce roman est une lecture agréable qui met en avant toutes les tensions existantes de l’amitié avec ses jalousies et ses trahisons. Il dévoile également à travers ces destinées féminines un pan de l’histoire de villes anglaises comme Londres ou Manchester à différentes époques. Un beau roman générationnel en somme.

Les toits du paradis – Mathangi Subramanian

Editions de l’Aube – 02/01/2020- Traduit de l’anglais par Benoite Dauvergne- 408 pages

Résumé du livre

L’histoire se passe dans le sud de l’Inde, plus précisément à Bangalore, dans un bidonville nommé Swarga ou Paradis, un nom inscrit sur un panneau enfoncé sur le terrain depuis 30 ans. Un bulldozer menace de tout détruire pour faire place à un centre commercial mais les femmes vivant là font front. Avec elles et les grands mères, cinq adolescentes, cinq amies: Banu, l’artiste, qui vit avec sa grand-mère, Deepa, jeune fille aveugle, pleine de ressources, Padma, venue d’ailleurs, Joy, transgenre, d’abord né garçon puis devenu fille et Rukshana qui est queer.

Entre grands malheurs et petits bonheurs, c’est leur histoire qui va nous être racontée mais aussi l’histoire du bidonville, déjà menacé de destruction à plusieurs reprises, l’histoire de leurs mères, de leurs grands-mères, de leurs père plutôt en retrait. C’est aussi un pan de la culture indienne qui nous est présentée, avec ses traditions, ses séparations de classe aussi. Les habitants de Bangalore voudraient ne pas voir ce bidonville. Les habitantes du Paradis, elles, au contraire, veulent empêcher sa destruction et montrer qu’elles aussi, elles existent, pleines de vies, animées, tournées vers l’espoir d’une vie meilleure…La destruction du bidonville pourra t-elle être empêchée? Comment la lutte va t-elle donc se terminer?

Mon avis sur le roman

Quelle lecture! Les toits du Paradis est une lecture splendide depuis son canapé vers un pays qui compte de nombreuses richesses insoupçonnées, y compris la richesse de cœur de ses habitants et surtout dans le cas présent ses habitantes qui ont peu mais qui sont tellement attachant(e)s.

Quelle leçon d’humanité nous donne l’auteure dans ce premier roman! Elle ne donne pas du tout au lecteur de quoi pleurer dans les chaumières, bien au contraire. Elle nous brosse le portrait de femmes débrouillardes, pleine de générosité, de bonté, qui sans forcément être très instruites ont « l’intelligence de la vie » en elle, faite d’expériences diverses.

A travers le regard de ces cinq amies adolescentes, c’est surtout la joie de vivre qui prime. Malgré tout: malgré la pauvreté, malgré la violence contre les femmes, si souvent rejetées en Inde jusque dans leur famille, malgré le système de caste qui perdure, les inégalités sociales présentes dans tous les milieux (même les ouvriers sur le chantier, au milieu des bulldozers évoquent la difficulté de payer les études, les mariages qui ne se font pas aisément, et la malédiction d’avoir une fille), malgré le fait d’être une fille, justement. Qu’ont-elles à perdre par rapport à ce qu’ont connu leurs mères et leurs grands-mères? Qu’est-ce qui les attend dans une société qui cherche à détruire leur lieu d’habitation?

C’est aussi l’histoire de leur destin qui nous est présentée. Leur meilleure alliée est la directrice de l’école, Mme Janaki, qui œuvre pour empêcher les retraits de l’école, synonyme de mariage souvent et que les filles aillent le plus loin possible dans leurs études, à l’université. Qui encourage chacune à exploiter son talent: Bana la peinture, Padma son talent pour les langues.

Fermez les yeux après la lecture du roman et vous retrouverez les odeurs de cuisine, vous respirerez les épices, les bons petits plats, vous aurez envie de toucher les tissus des tenues colorées et de vous promener dans les ruelles à la recherche des conversations de cette communauté de femmes…A travers les anecdotes de chacune, vous vous interrogerez sur les conditions de la femme indienne, surtout celle issue d’une classe pauvre. Et vous vous direz que ce roman délivre un message d’espoir pour les jeunes générations, en montrant une société en pleine mutation…

Un gros gros coup de cœur pour ce roman que je conseille vivement à tous !

Coraline (Ed.2019) – Neil Gaiman

Éditions Albin Michel jeunesse- 24/04/2019-176 pages

J’ai lu il y a quelques années la bande dessinée (un bijou!) alors quand mes yeux ont croisé le roman dans les rayonnages de l’espace ados, je me suis dit: « pourquoi pas? ». Et c’était parti pour la lecture de ce roman paru en 2002 (déjà?), adapté en bande dessinée en 2009 (éditions Au diable vauvert) puis en 2018 (éditions Delcourt) et adapté aussi en film d’animation en 2009.

Résumé du roman

Coraline vient d’emménager dans une vieille maison, avec ses parents, très occupés, pris par leur travail, peu disponibles pour elle. Curieuse, elle explore la maison, jusqu’à tomber sur une porte mystérieusement fermée à clef. Elle parvient à l’ouvrir et découvre un monde fantastique, si semblable au sien mais en mieux.

Elle rencontre ses autres parents. Ses propres parents sont faits prisonniers par son autre mère qui se révèle maléfique. Comment parviendra t-elle à les sauver?

Avis de lecture

Un classique de la littérature jeunesse fantastique, souvent comparé à Alice aux pays des merveilles!

Coraline, aussi « exploratrice » soit-elle n’en reste pas moins une petite fille confrontée à des peurs et des choix à faire: au départ, le monde fantastique qu’elle découvre est tout à fait séduisant pour des enfants. Trop séduisant, se dit-elle, faisant appel à sa raison. De l’ennui dans le monde réel, elle passe à la peur dans le monde imaginaire: les rats, l’atmosphère sombre,les boutons à la place des yeux…Neil Gaiman n’y va pas de main morte pour décrire un monde horrifique, faisant de ce conte un conte noir, à ne pas mettre dans les mains de jeunes enfants…

Et la tension est encore à son comble dans les 20 dernières pages du roman, quand on se rend compte avec Coraline que tout n’est fini…

Enfants, adolescents, ennuyez-vous, rêvez mais restez dans le monde réel! Il vous paraîtra trésor après la lecture de ce roman! Et fuyez les chats noirs!

(ce roman est un coup de coeur: lisez!)