Ginette Kolinka, survivante du camp de Birkenau – Ginette Kolinka et Marion Ruggieri

Editions Rageot -23/09/2020-160 pages

Ce roman constitue un témoignage poignant de ce que fut la barbarie nazie dans les camps d’extermination. Il montre une jeunesse volée, une innocence perdue dans des conditions brutales. Ginette était une jeune fille de 19 ans choyée par sa famille quand elle fut arrêtée en 1944 avec son père, son jeune frère de 12 ans et son neveu de 14 ans. Elle les vit pour la dernière fois à la descente du train, conseillant à son frère et son frère de « monter dans les camions » pour être moins fatigués. Ce fut une douleur sans nom qui s’invita ensuite en elle et qui la hante encore aujourd’hui: elle ignorait alors que ces camions conduisaient aux chambres à gaz. Ce roman n’est pas seulement un ultime témoignage d’un rescapé de la Shoah, c’est aussi une leçon de transmission. Ginette Kolinka depuis les années 2000 va dans les établissements scolaires pour dire l’indicible. Pour que la jeune génération n’oublie pas qu’un jour elle et les siens furent arrêtés parce qu’ils étaient juifs. Pour que la jeune génération se souvienne. Elle évoque Birkenau telle qu’elle l’a connu à l’adolescence (en tant que camp d’extermination) et Birkenau après, le Birkenau où des guides racontent le passé aux visiteurs, où des survivants participent à ces récits. Elle évoque ses amies aussi, Marceline, Simone [Veil], compagnes précieuses dans l’enfer vécu. Elle fait jaillir devant nos yeux un monde que l’on ne peut imaginer; que seuls ceux qui ont survécu peuvent décrire. Elle sait pourtant combien le souvenir peut être perméable, elle ne se souvient parfois des choses que parce qu’on les lui a racontées ensuite. Son récit est complété par un dossier utile pour les jeunes: un compte-rendu de son entretien avec des collégiens lors d’une visite dans un établissement scolaire, des termes pour expliciter le vocabulaire employé alors, des plans des camps aussi; tout un appareil didactique qui peut également être utile aux enseignants. L’ensemble constitue un témoignage fort, utile, de la part d’une dame âgée qui sait que ses années sont comptées mais qui trouve malgré tout la force de raconter. Pour éloigner la haine et faire perdurer le devoir de mémoire et le besoin de transmission.

Roman pour la jeunesse dès 13 ans.

Merci aux éditions Rageot et à NetGalley pour la découverte.

La femme qui reste – Anne de Rochas

Éditions Les Escales -20/08/2020- 480 pages

Résumé du roman

Le Bahaus: une école d’architecture créée en 1919 à Weimar, déplacée à Dessau puis fermée à Berlin en 1933.

Clara, Holger et Théo s’y rencontrent au moment où rêver est encore permis. L’école est pour eux symbole de modernité et de promesses: l’Art triomphera à Berlin, de nouvelles formes et matériaux voient le jour. Mais bientôt, l’Ecole se retrouvera aux prises de la grande Histoire: les nazis sont là. Les amis devront faire des choix qui les engageront, sans qu’ils soient toutefois en mesure de réaliser la portée réelle…

Mon avis de lecture

J’ai trouvé ce livre intéressant et bien documenté. Anne de Rochas nous fait nous plonger dans le monde du Bahaus, cette école d’architecture qui connut son heure de gloire dans l’entre-deux-guerres et qui fut aussi le symbole de la destruction de l’art par les nazis. Clara est le personnage féminin du roman, magnifiquement sublimée. Elle est celle qui est restée, celle qui a souffert dans une Allemagne en ruines, décrite avec précision.
Ce roman repose vraiment sur la question des choix. L’écriture est fluide, précise, les sujets forment un bon équilibre. La fin, pas si surprenante, laisse place à la réflexion.
Je conseille ce livre à ceux qui aiment l’Histoire et qui sauront aussi se laisser emportés par l’euphorie de la nouveauté, la fraîcheur de l’art.

Merci aux Éditions les Escales et à NetGalley pour la découverte!

La liberté au pied des oliviers – Rosa Ventrella

Éditions Les Escales – 04/06/2020 -285 pages

Résumé de l’histoire

Deux soeurs, Teresa et Angelina, vivent dans le Sud de l’Italie, dans un univers rural et dur. La Seconde Guerre mondiale et l’éloignement du père, alors au front, ne fait qu’accentuer leur pauvre condition sociale. Pour subvenir aux besoins de la famille, leur mère, une femme d’une grande beauté, cède au baron Personè, propriétaire de leurs terres.

Lorsque le père revient et d’autres hommes du village aussi, jamais ils ne sont ceux d’avant, la vie se réorganise. Une lutte va s’engager, celle des ouvriers agricoles qui veulent davantage de justice et posséder des biens. Dans la famille Sozzu, les histoires continuent, c’est la fille cadette, Teresa, qui raconte: les femmes du village, les prédictions d’une vieille femme un peu sorcière, l’arrivée d’un neveu de cette dame, les traumatismes des hommes revenus de la guerre …Et surtout, surtout sa relation avec sa sœur, la belle Angelina qui voit sa vie loin…Les deux sœurs atteindront-elles leurs rêves?

Mon avis de lecture

J’ai bien aimé cette histoire d’héroïnes cherchant à dépasser leur condition sociale.

Dès les premières lignes du roman, on sent qu’un drame va se produire. L’auteure cherche à instaurer une complicité avec le lecteur à travers la voix de la narratrice, Teresa. C’est une histoire familiale qui va nous être présentée. Une histoire aux prises avec la Grande Histoire. Une histoire où rumeurs, tirages de cartes et commères démontre toute l’importance de  » ce qu’on dit de nous ».

L’originalité de ce roman réside dans le fait que c’est la sœur discrète, Teresa, qui offre son témoignage, son regard sur les choses. Elle écrit, elle écrit sur ses origines, son village avec quelques personnages certes caricaturaux mais qui font partie du « folkore » italien. Elle explique si bien aussi l’amour qui l’unit à sa soeur.

A travers ce roman, par la voix de sa narratrice, Rosa Ventrella montre à quel point il est difficile de vivre dans l’Italie des années 40-50, suite à la guerre. Au-delà de l’histoire familiale, c’est toute l’histoire du village qui est abordée avec moults personnages du voisinage décrits de façon minutieuse: on se représente très bien la makara qui voit l’avenir et fait un peu peur aux villageois et la sage-femme. Destinée et rumeur sont deux éléments qui ont du poids dans la vie de ces Italiens, l’auteure trouve un bon équilibre entre ces éléments et distille ça et là de nombreux indices qui amènent peu à peu à découvrir l’essence du drame…

Les portraits des trois femmes, la mère et les deux soeurs, sont finement décrits. J’ai beaucoup aimé le caractère fougueux d’Angelina contrastant avec celui plus discret de Teresa. Cet amour entre soeurs porte magnifiquement le récit, donnant une dimension plus intime au vécu: ensemble, elles affrontent un monde difficile, remplie de jalousie, de désirs d’hommes, de malédictions -la beauté en est une selon la makara-, de superstitions qui rythment la vie quotidienne face à un monde dans lequel les pauvres restent pauvres…

L’écriture de Rosa Ventrella dénote par ailleurs de touches poétiques, notamment autour des éléments de la nature: en colère, en désarroi, les soeurs contemplent la mer et ses variations, et les vagues. Leur maison tremble aussi au gré du vent…Avec des mots choisis, l’auteure montre qu’il n’est pas si facile d’accéder à la liberté, de rêver d’un autre destin…Tout doux, tout doux, conseille t-on à Teresa.

Cette lecture a été agréable, cette histoire puissante de femmes ravira ceux et celles qui aiment découvrir des sagas familiales.

Merci aux éditions Les Escales et à NetGalley pour l’accès à cette lecture!

Les vierges et autres nouvelles – Irène Némirovsky

Il y a longtemps, j’ai découvert la plume d’Irène Némirovsky par le biais d’une de ses œuvres très remarquée: Suite française. Une magnifique fresque de la France au début des années 40, quand les destins hésistent, certains voguant du côté de la lâcheté tandis que d’autres choisissent le courage alors même que la plupart de la bonne société ne cherche qu’à préserver son confort bourgeois…

Je retrouve avec ravissement l’écriture d’Irène Némirovsky. Elle n’a pas son pareil pour décrire dans ses nouvelles la société avec une acuité accrue. On se croirait réellement dans une hypotypose, elle dresse un portrait si vivant de ses personnages et ce, dans un style si maîtrisé, elle écrit bien et nous offre, à nous lecteurs, des phrases sans emphase, sans fioritures. Il y a juste le mot là où il faut.

Et moi, là, il me faut vous détailler chaque nouvelle afin que vous vous fassiez une idée de ce qui vous attend à la lecture!

FILM PARLE: Vous connaissez l’histoire de la Fantine des Misérables? Transposez cela au 20ème siècle et vous retrouverez un peu l’histoire d’Eliane et de sa fille Anne. Une mère « montée » à Paris, croyant à l’amour, découvrant un monde bien plus dur que celui auquel elle pensait. Ce monde de la nuit, des bars et des filles de joie est sublimement décrit : fermez les yeux, vous verrez sans souci le Willy’s bar avec son cortège de femmes abîmées par la vie, redevables d’une « dette » envers une mauvaise femme. Vous verrez aussi ces hommes qui ont de l’argent, qui viennent chercher la compagnie de ces femmes. Et puis Anne arrive. La fille d’Eliane. Enfuie de « sa province », élevée par une « tante » qui profite de l’argent envoyé par la mère et en demande toujours plus. Une fille attirée par le tumulte, ce qu’elle nomme « la vie », qui ne veut absolument pas retourner dans « une vie tranquille ». Vous assisterez à de superbes duels, somme toute sybillins, entre mère et fille, Eliane ne comprenant pas que sa fille souhaite la même vie qu’elle, Anne reprochant à sa mère de ne pas l’avoir gardée avec elle. Peu de dialogues sont échangés mais les quelques phrases disent l’essentiel. Et c’est cet essentiel qui fait l’essence de la nouvelle, cette pauvreté, ce besoin d’amour, cette ascension sociale qui n’est en réalité qu’une dégringolade.

ECHO: il s’agit ici d’une nouvelle très courte qui met en scène un écrivain. Homme qui aime être admiré. Qui raconte volontiers des anecdotes de son enfance. Non loin de lui, son fils. Qu’il ne regarde que peu, si ce n’est pour lui faire des remarques. Une hérédité qui semble être un poids. Des femmes admiratrices ou mères: tel est le rôle que l’auteure assigne à ces femmes dans un style simple que n’aurait pas renié Maupassant.

MAGIE: L’auteure nous fait voyager: d’abord en Finlande, en 1918, où des émigrés russes sont réfugiés. Elle nous livre des croyances et des rituels empreints de mystère et de magie…auxquels on est libre de croire ou non. Un jeune homme demande ainsi à un esprit de lui livrer le nom de celle qui lui est destinée: apparaît le nom d’une jeune fille inconnue. Il finit par ignorer cet incident et épouse la femme à ses côtés avec qui il émigre à Paris. Il avoue des années plus tard à une autre jeune femme, témoin de la scène, qu’il a rencontrée la femme inconnue, qu’elle existe…Une nouvelle réussie qui donne envie d’en savoir plus sur les froids hivers finlandais et les rituels et traditions russes de l’époque…

EN RAISON DES CIRCONSTANCES: dans cette nouvelle, nous sommes plongés au début de la Seconde Guerre Mondiale: un couple s’est marié le matin même à Paris, simplement, sans fioritures, en « raison des circonstances ». La scène se passe au domicile des parents de la mariée, le soir, à l’heure du coucher. Le mari demande à sa femme de venir se coucher, de venir avec lui. Le mariage est l’occasion pour la mère de se souvenir de son premier mariage, pendant la guerre lui aussi, son mari ayant ensuite été tué. Irène Némirovsky nous présente un portrait de femme qui a toujours affirmé au second mari que le premier mari, le toujours jeune, le mort à la guerre, était un ami d’enfance épousé « en raison des circonstances ». Et qui par le parcours de sa fille, redoutant qu’elle ne suive un destin similaire au sien, va prendre conscience de ce qu’est l’amour, de ce qu’est le bonheur conjugal…

LES CARTES: cette nouvelle nous plonge de nouveau dans une ambiance mystérieuse, de spectacle, avec le tirage de cartes et les histoires de destin et de sort. Ce sera la danseuse Anita qui en fera les frais et pas de la manière la plus heureuse. Elle pense se débarrasser d’un oiseau de mauvaise augure en faisant renvoyer la bonne, pauvre fille sans le sou, qui, pense t-elle, attire son mari. Toute en légéreté, l’écriture d’Irène Némirovsky insiste sur les émotions féminines, les croyances, les complexes aussi (ai-je bien dansé? suis-je aimée?), l’âge vieillissant des femmes qui pensent devoir rivaliser avec des plus jeunes…

LA PEUR: quelques pages qui résument une amitié qui a résisté à la guerre, aux obus, aux tranchées. Une amitié qui se terminera à cause d’un sentiment si humain et si irrationnel: la peur. Des paysans qui se laissent prendre à la rumeur: un parachutiste est en fuite, dans le coin. Dès lors, la nature change, les hommes sont aux aguets. La peur devient menace, la peur abolit tout discernement. Lentement, insidieusement, Irène Némirovsky fait monter la tension jusqu’à l’acmée, jusqu’à ce que le pire arrive: la mort, l’ami tuant l’autre ami accidentellement. Une réussite.

L’INCONNUE: « c’était un jeune acteur en 1920, un de ceux qui ont mis leur jeunesse en viager, à cette époque, et qui ont vécu d’elle pendant 20 ans ». Cette nouvelle est trucculente, j’ai beaucoup aimé la chute et l’histoire de ce couple dont l’homme est écrivain en déclin et la femme admiratrice qui a persisté à lui écrire jusqu’à ce qu’il l’épouse. J’ai beaucoup aimé le portrait dressé de cet écrivain vaniteux pris à son propre piège et de cette femme tenace, prête à tout par amour.

LA VOLEUSE: cette nouvelle est bien écrite et l’histoire est fouillée, intéressante. Il y est question de bâtardise, de biens, d’honneur, d’hérédité aussi. Irène Némirovsky a choisi de jouer sur les apparences: la voleuse n’est peut-être pas celle que l’on croit. Et ici, personne n’est ni méchant ni gentil, ni faible ni fort. L’écrivaine nous laisse entrevoir des sentiments paysans refoulés, avoués aussi mais c’est toujours l’honneur qui prime: foi de paysans!

LES REVENANTS: une plongée dans le passé qui en rendrait plus d’un nostalgique avec cette touche de magie qui fait voir on ne sait comment les revenants à ces jumeaux qui revivent ainsi l’enfance de leur maman avec la compagnie d’un petit garçon, revenant, mort à la guerre. Un récit bien mené, un secret bien gardé par la maman (celui d’un amour pour le petit garçon devenu grand)…Une lecture réellement plaisante.

L’AMI ET LA FEMME: un beau récit qui laisse part à l’expression des sentiments humains. Ceux d’un homme, victime d’un accident d’avion, rescapé qui meurt loin de chez lui en appelant sa femme qu’il pare de nombreuses qualités et qu’il aime sincèrement. Ceux de l’ami rescapé aussi du naufrage qui lutte avec lui contre faim et froid jusqu’à trouver asile, qui met du temps à aller voir la femme de l’homme mort et qui finalement la trouve bien éloignée de celle présentée par le mari. Le récit est intéressant en ce que le point de vue présenté est celui d’un homme: un homme jeune qui laisse transparaître tout son mépris pour les femmes « pas comme il le pense ». Une réflexion au delà du récit sur le devenir des veuves et la condition féminine.

LA GRANDE ALLEE: cette nouvelle décrit un monde de paysans sauvage où l’on pense qu’un coup de fusil peut venger l’honneur. Dans lequel entendre un coup de fusil peut mener à l’article de la mort. On peut mourir de tristesse dans ce récit…

LES VIERGES: la nouvelle éponyme du recueil! Un texte intéressant qui dépeint tout aussi bien les affres de l’union conjugale que ses bonheurs. Une femme se sépare de son mari qui a toujours eu soif de changement et qui a finit par lui préférer une maîtresse. Elle arrive un soir en France, dans un petit village du Centre, chez sa sœur institutrice où elle retrouve également une amie d’enfance et une parente éloignée. Sa fille, faisant semblant d’être endormie, écoute les quatre femmes parler dont une seule -sa mère- a connu l’amour et un homme. Irène Némirovsky évoque la conjugalité et la passion amoureuse dans ce qu’il y a de plus intime. Et c’est très réussi.

BILAN: les nouvelles sont de qualité et de longueur inégales. Mes préférées sont celles qui ouvre et clôt le roman, de par leur longueur et la qualité des textes. Chaque nouvelle développe une pensée féminine, des sentiments humains: chaque femme est en prise avec son propre vécu. J’ai beaucoup aimé les nouvelles relatant le point de vue des mères qui réfléchissent également à l’amour: l’amour en général, l’amour des amants, des maris, des filles…Je classerais un peu à part les nouvelles « Magie » ou « Les revenants » qui vont au delà des sentiments humains mais aborde le rapport que chacun entretient avec ses croyances. Ces nouvelles représentent également pour l’écrivaine (exterminée par les Nazis à Auschwitzch) un ailleurs issues de ses origines interculturelles et de son histoire: sa famille a beaucoup voyagé et s’est beaucoup imprégnée des croyances véhiculées dans divers pays.

Ce livre est un grand grand coup de coeur et je le conseille vivement pour sa qualité littéraire!

Le lilas ne refleurit qu’après un hiver rigoureux -Martha Hall Kelly

Editions Charleston -01/2018

Présentation du roman par l’éditeur

À New York, Caroline Ferriday travaille au consulat français. Mais lorsque les armées hitlériennes envahissent la Pologne en septembre 1939, c’est tout son quotidien qui va être bouleversé.

De l’autre côté de l’océan, Kasia Kuzmerick, une adolescente polonaise, renonce à son enfance pour rejoindre la Résistance. Mais la moindre erreur peut être fatale.

Quant à l’ambitieuse Herta Oberheuser, médecin allemand, la proposition que lui fait le gouvernement SS va lui permettre de montrer enfin toutes ses capacités. Mais une fois embauchée, elle va se retrouver sous la domination des hommes…

Les vies de ces trois femmes seront liées à jamais lorsque Kasia est envoyée à Ravensbruck, le tristement célèbre camp de concentration pour femmes. À travers les continents, de New York à Paris, de l’Allemagne à la Pologne, Caroline et Kasia vont tout tenter pour que l’Histoire n’oublie jamais les atrocités commises.

Avis de lecture

Ce premier roman est une belle fresque historique. L’alternance du récit entre les trois protagonistes et l’alternance des points de vue créent un rythme nécessaire pour lire l’insoutenable, notamment lors des descriptions des opérations des « Lapins ». Les personnages de femmes sont décrits avec un grand réalisme: on a froid dans le dos en pensant à Herta, on pleure avec Kasia et on est touchés par la générosité de Caroline. Le ton sonne juste et le fait d’englober plusieurs continents est intéressant pour comprendre l’impact de cette deuxième guerre mondiale tant sur le plan humain, social qu’économique et financier.

Sachez aussi que certaines personnes ont réellement existé, comme Caroline et Herta. La thématique de l’après-guerre est particulièrement intéressante et souligne à quel point le retour à « la vie normale » a été dure pour tant de personnes en souffrance.

Les personnages de Catherine et Kasia sont lumineux. Catherine par sa force de conviction, son altruisme, sa détermination, ses valeurs humanistes. Kasia parce qu’elle a survécu à la barbarie, parce qu’elle connaît tant de déconvenues à son retour mais qu’elle ne baisse pas les bras. Et qu’à travers son personnage, on peut s’interroger sur le sens du pardon et sur la capacité de résilience.

Enfin, soulignons également que ce roman met en lumière le devenir des prisonnières de guerre, des victimes des nazis, l’oppression des Polonaises sous domination soviétique, sous un angle peu abordé dans la littérature jusqu’à présent: celui qui dénonce le fait que ces femmes n’ont obtenu que peu de compensation financière et qu’il leur a été difficile d’être réopérée par exemple ainsi que le souligne l’auteure, suite à un remarquable travail de documentation.

Un premier roman prometteur à découvrir si ce n’est déjà fait pour vous!

Mémoires – Beate et Serge Klarsfeld

Editions Flammarion- 25/03/2015 -688pages

Un homme. Une femme. Deux nationalités: l’un juif français né en Roumain ayant perdu son père dans le camp d’extermination d’Auschwitz, l’autre allemande. Dès leur rencontre en 1960, ils pressentent que leur destin sera d’être à deux.

Ils sont engagés dans diverses causes et militent ensemble durant de nombreuses années. Ils finissent par être surnommés « les chasseurs de nazis ».

Ces pages relatent leur vie, basée sur un combat. Ils vont de l’avant, toujours, leurs cultures et leurs aisances intellectuelles sont leurs armes. On ne peut qu’admirer leur ténacité, leur persévérance, leur amour aussi, leur union même face aux difficultés et à l’adversité.

Lire leurs mémoires est passionnant, cela permet d’en apprendre un rayon sur l’Histoire du XXème siècle.

Miroir de nos peines -Pierre Lemaitre

Editions Albin Michel- 02/01/2020-544 pages

Ce roman est le dernier de la trilogie « Au revoir là-haut », après le premier tome « Au revoir là-haut » et le deuxième « Couleurs de l’incendie ».

Résumé du roman

Nous retrouvons ici un personnage ayant fréquenté Edouard de Péricourt dans le tome 1: Louise Belmont qui était alors une gamine d’environ 10 ans. En 1940, elle en a 30 et est devenue institutrice. Le week-end, elle donne un coup de main à M.Jules, patron d’un restaurant dans le 18ème arrondissement de Paris où elle vit également.

Pierre Lemaitre nous plonge dans la première période de la Seconde guerre mondiale, la période de la « drôle de guerre », la période des départs précipités aussi, l’exode de tant de personnes paniquées…D’avril à juin 1940, il évoquera aussi le sort des soldats français, sur les routes eux aussi…

Mon avis sur le roman

Un très bon opus, tout comme les précédents. Vous découvrirez une page de l’histoire à travers la vie quotidienne de plusieurs personnes, ni des traîtres ni des héros, juste des personnes ordinaires jetées sur les routes pour fuir l’Ennemi: l’Allemand.

Entre espoir et doutes, les personnages de la petite histoire seront tournées vers la Grande Histoire. Des secrets de famille seront révélés aussi.

Attendez-vous à des personnages hauts en couleur. Raoul Landrade, par exemple, qui sous des apparences d’homme violent et brutal se révélera d’une débrouillardise si nécessaire en des temps troublés. Que dire de Louise, toujours debout, toujours vaillante malgré les épreuves traversées et les révélations sur sa famille. Mention spéciale au personnage de Désiré qui donne au récit un côté comique, presque burlesque…

Un style maîtrisé qui donne envie de poursuivre la lecture jusqu’au bout, des rebondissements, de l’action: Pierre Lemaitre clôt en beauté sa trilogie.

Je garde une préférence pour le tome 1 mais j’ai beaucoup apprécié que d’autres tomes soient écrits.

Les oubliés du dimanche – Valérie Perrin

Valérie Perrin est une romancière française née en 1967. Les oubliés du dimanche est son premier roman (paru en 2015), il a obtenu 13 Prix littéraires dont le Prix du Premier roman de Chambéry (2016), le choix des Libraires 2018.

Editions Albin Michel -04/05/2015-384 pages

Justine Neige, 21 ans, est aide-soignante à la maison de retraite Les Hortensias. Elle aime y travailler et reste souvent écouter les pensionnaires raconter leurs histoires, leurs anecdotes. Elle est particulièrement touchée par Hélène, une vieille dame de 93 ans qui évoque souvent son seul amour, Lucien, une Mouette ange-gardien, sa vie de patronne de café, son incapacité à apprendre à lire aussi.

Justine consigne dans un cahier les histoires pour les relire ensuite aux personnes âgées. Cela lui permet un peu d’oublier sa propre histoire: la mort de ses parents et des parents de son cousin Jules. Depuis petits, les orphelins vivent chez leurs grands-parents, parents de deux jumeaux décédés, vivant dans le chagrin, les habitudes aussi.

La jeune femme s’évade un peu en allant danser dans une boîte de nuit, Le Paradis, et en ayant une relation avec un garçon auquel elle ne veut pas s’attacher et qu’elle surnomme « Je-ne-me-rappelle-plus-comment ».

Un corbeau commence à appeler les familles des oubliés du dimanche annonçant de faux décès pour les faire venir à la maison de retraite: un geste qui va transformer la vie de Justine de façon à ce qu’elle parte à la recherche de son histoire…

Avis de lecture

Un joli roman qui véhicule plein d’émotions fortes et positives. Le fil conducteur est ce lien intergénérationnel entre Justine et Hélène et cette alternance entre les époques. Les deux femmes ont chacune leurs histoires qui comprennent des non-dits, des secrets, de la douleur, des trahisons, de l’amour aussi…Mémoire et transmission sont deux mots clés dans une narration bien menée, remplie de petites phrases poétiques qui sont tout à fait la caractéristique du style de Valérie Perrin, sa « signature ». Une jolie réflexion sur le temps qui passe et le devenir des personnes âgées.

Le prix – Cyril Gely

Cyril Gely est un écrivain français né en 1968 auteur de romans et pièces de théâtre. Son roman Le Prix, a été en 2019 en sélection finale du prix Relay des voyageurs et du Prix des libraires.

Editions Albin Michel- 02/01/2019- 224 pages

Résumé de l’histoire

Le 10 décembre 1946, Otto Hahn est à Stockholm, en Suède, dans l’attente de recevoir le Prix Nobel de chimie qui lui a été attribué deux ans plus tôt. Il reçoit la visite de Lise Meitner, qui a été son associée trente ans durant. Leur travail a pris fin huit ans auparavant, en juillet 1938, quand Lise, de nationalité autrichienne, devenue citoyenne allemande, a dû fuir l’Allemagne nazie en raison de sa religion. En passant par les Pays-Bas, elle est parvenue à gagner la Suède, aidée par ses collègues et Hahn.

Pourtant, elle ne vient pas pour le féliciter. Alors que la femme d’Otto est dans une chambre voisine, un huis clos s’engage entre les deux anciens associés. Lise veut savoir pourquoi, même après guerre, il ne mentionne pas son nom dans ses discours…

Mon avis sur le roman

Le prix est un roman constitué d’un face à face entre deux scientifiques unis autrefois par la passion éprouvée pour leur métier et qui se retrouvent confrontés aux prises de l’Histoire.

J’ai adoré le huis-clos fait d’actions, de répliques bien senties qui heurtent l’autre, les personnages ont du répondant tout en étant remplie de leur histoire personnelle. Chacun d’eux a fait des choix et les choix ont eu des conséquences pour chacun. Si Lise Meitner, en tant que femme vivante, a longtemps été considérée comme une Oubliée de l’Histoire, faut-il pour autant en conclure que Hahn, en tant qu’homme vivant, méritait tous les hommages rendus sans qu’il loue ses collaborateurs? La question du mérite scientifique et du travail en collaboration ainsi que l’amour de son pays est au coeur du roman et les personnages en sont d’admirables porte-voies.

Sur certains aspects, j’ai entrevu les actions du roman de Stephan Zweig, le Joueur d’échecs, probablement parce que le jeu d’échecs est évoqué. Que ce soit dans l’un ou l’autre roman, la tension entre les deux personnages est tout aussi palpable. Cela me donne envie de relecture!

Papa- Régis Jauffret

Régis Jauffret, né en 1955, est un écrivain qui met en scène, dans des romans souvent inspirés de faits divers, des personnages marqués par la souffrance, l’humiliation, le plus souvent sous forme de monologues. Papa est un roman, « une biographie trouée et amplifiée par la fiction »

Editions du Seuil – 02/01/2020-208 pages

Résumé du roman

En septembre 2018, l’auteur regarde un documentaire sur la police de Vichy et aperçoit son père, terrorisé et sortant d’un immeuble marseillais entre deux agents de la Gestapo. La scène se passe en 1943 mais Régis Jauffret ignore tout de ce fait, son père n’en ayant jamais parlé.

Alors il va enquêter et revisiter l’histoire familiale, en quête de ce père devenu sourd qu’il trouve un peu terne…

Mon avis sur le roman

Régis Jauffret offre à son père à travers l’écriture de ce roman un bel hommage bien que tardif car posthume. Le résultat donne un livre intimiste où on sent toute l’absence d’un père et toute la quête d’un fils en manque de père…L’imagination de l’auteur s’emballe car tout est possible puisqu’il ne sait rien sur cette année 1943. Les mots jaillissent et se veulent réparateurs, expliquant comment est ce père, Alfred, sourd, effacé, ayant du mal à communiquer avec son fils…Ne soyez pas déçu, vous comprendrez très vite que l’auteur ne trouvera pas la réponse à toutes ses interrogations. En revanche, vous découvrirez que, même si la rencontre entre ces deux êtres liés par le sang est ratée du vivant du père, l’écriture parvient à donner à leur histoire familiale un autre parcours, l’auteur parvenant à exprimer son amour filial.

J’ai découvert l’écriture incisive de Régis Jauffret et sa façon d’effectuer une analyse intimiste. Je lirais probablement un de ses autres livres, pour me faire une idée plus complète de cet écrivain.

Elle s’appelait Sarah (BD) – Tatiana de Rosnay, Patrick Bresson et Horne

Editions Marabulles – 03/10/2018- 208 pages

Précision

Elle s’appelait Sarah est d’abord un roman écrit par Tatiana de Rosnay, paru en 2007 aux éditions Héloïse d’Ormesson.

L’adaptation en BD a été réalisée par le dessinateur Horne et le scénariste Patrick Bresson. Elle est parue aux éditions Marabulles en 2018.

L’histoire

Juillet 1942. Sarah Starzynski, une petite fille de 10 ans, est réveillée par des coups violents frappés contre la porte. La police française, mandatée par la Gestapo, vient l’arrêter ainsi que sa mère. Elle ordonne à son petit frère Michel, 4 ans, de se cacher dans le placard. Elle retrouve son père qui les rejoints, sa mère et elle. Ils sont emmenés dans un garage puis au Vel d’Hiv, avec tant d’autres gens, Juifs comme eux.

Mai 2002. Julia Jarmond, journaliste américaine mariée à Bertrand, un architecte français, enquête pour écrire un article sur le 60ème anniversaire du Vel d’Hiv. Dans le même temps, elle visite l’ancien appartement de Mamé, la grand-mère de Bertrand dans lequel ils vont emménager après travaux. Elle découvrira un lien entre la famille de son mari et les Starzynski…

Mon avis sur la BD

A la lecture des premières pages, ce qui frappe, ce sont les couleurs. Le gris domine, avec en plus en 1942, des tonalités de jaune et doré pour les cheveux et de bleus pour les yeux. La période 2002 est, elle, aussi représentėe en gris. Horne a ainsi mis en avant avec brio les émotions des personnes tantôt en gros plan (les larmes qui coulent ) tantôt en plan moyen (les barbelés, les champs…). Les « méchants » sont représentés comme étant de grandes ombres noires, menaçantes, certaines planches montrant des bouches noires qui aboient des ordres.Patrick Bresson, lui, a choisi de présenter un récit alterné: récit d’une petite fille de 10 ans qui ne sait pas ce qui va arriver, qui a peur et qui assiste à un spectacle désolant et récit des événements issus des recherches d’une journaliste des années plus tard.

Le tout donne un ensemble plaisant. Le thème de la mémoire, du devoir de mémoire est très présent à travers les dessins de plaques commémoratives qui sont autant de choses que l’on remarque à peine. Que l’enquête soit menée par une journaliste américaine, c’est-à-dire par quelqu’un qui découvre l’histoire de la France, entraîne une mise à distance qui n’empêche pas de rester saisi de stupeur face au destin de tous ces enfants juifs raflés et jamais revenus.

Un très bel album à mettre aussi dans les mains des jeunes générations adolescentes.

Le retour de la bête- Jean-Luc Marcastel

Editions Gulf Stream-13/09/2018-144 pages

Résumé de l’histoire

Un grand-père se remémore dans un musée où il se rend avec sa petite-fille les événements survenus 73 ans plus tôt, en 1942.

Nous sommes alors dans un petit village du Cantal. Jacques,ses amis Gégé et Dédé et sa soeur Françoise affronte l’hiver froid et la neige sur le chemin de l’école. Ils parlent de la rumeur: quelqu’un du village affirme que la Bête du Gévaudan est de retour, ce qui suscite de la crainte et attise l’imagination.

Mais nous sommes en temps de guerre et un événement fait cesser toute rêverie. Le meilleur ami de Jacques, Maurice, est arrêté à l’arrivée des Allemands dans le village ainsi que leur instituteur, monsieur Antoine.

Les enfants échaffaudent alors un plan pour les sauver…Et si la Bête était leur meilleure alliée?

Avis de lecture

Un roman qui s’adresse au jeune public (il est conseillé à partir de 9 ans). L’imaginaire est mis en oeuvre: entre légende et fantastique, la Bête est une créature qui effraie, les illustrations sont d’ailleurs là pour renforcer le sentiment de peur.

Sous couvert d’un événement historique (une arrestation de Juif et de Résistant), le roman soumet à une réflexion: qui est la Bête la plus effrayante?

Le roman est court, la lecture est facile, l’écriture est fluide, l’action dense: autant de qualités qui séduiront le public cible. Saluons le courage des enfants qui, bravant leur peur, font preuve de courage et de témérité au nom de l’amitié, valeur forte qui suscitera l’adhésion.

Une jolie histoire pour qui aime un peu frissonner, le tout sous un contexte historique précis qui exacerbe les tensions…

Ce roman paru en septembre 2018 fait partie de la sélection pour le Prix des Incorruptibles (cycle 3)

Par amour – Valérie Tong Cuong

Editions J.-C.Lattès – 25/01/2017- 416 pages

Résumé du roman

10 juin 1940. Le Havre. L’évacuation de la ville commence. Lucie et Jean fuient avec leur mère et leurs cousins, Joseph et Marline. Les deux sœurs, Emelie et Muguette, s’efforcent de rester optimistes. Le départ mènera au retour dans la ville, peu de temps après.

Le quotidien de ces deux familles havraises entre 1940 et 1945 sera raconté dans ce roman. Par amour, les personnages feront face: Emelie et Joffre, son mari, sont les concierges de l’école qui servira de logement à l’occupant. Ils protégeront du mieux qu’ils le peuvent Muguette, plus insouciante au départ mais confrontée très vite à la souffrance et à la maladie.

Ils connaitront et verront de nombreux malheurs: les combats quotidiens, les bombardements donnant l’impression que les Havrais sont une population dont on se soucie peu, qu’on est prêt à sacrifier, les morts, les logements détruits, la course vers les abris, les alertes, les incendies…Certains membres de leur famille, Joseph et Marline, seront même évacués en Algérie, séparés des leurs…

Mon avis sur ce roman

La lecture de ce roman paru en janvier 2017 m’a apporté un peu plus de culture: j’ai appris ce qu’avaient vécu les habitants du Havre pendant la Seconde Guerre Mondiale. J’ignorais en effet que les bombardements alliés avaient causé autant de dommages dans certaines villes portuaires.

Je trouve particulièrement intéressant que le point de vue des enfants soit exprimé: cela donne de la fraîcheur au récit et une dédramatisation des événements. L’amour, l’amour de sa ville, l’amour des siens, la protection, l’unité familiale seront autant de valeurs qui donneront une belle unité au roman, par ailleurs magnifiquement documenté. Le quotidien des Havrais, leur souffrance, la destruction de la ville y sont décrits minutieusement.

Je dirais qu’il s’agit d’un livre prenant, qui se lit facilement pour qui aime les fictions se rapportant à la Seconde Guerre Mondiale. J’ajoute que vu l’engouement actuel pour la France périurbaine, les lecteurs ne pourront être que ravis de découvrir l’histoire locale, qu’il s’agisse ou non de leur région.

A lire absolument. Ce fut un vrai coup de cœur.

La goûteuse d’Hitler- Rosella Postorino

Editions Albin Michel – 02/01/2019- 400 pages

Lors de sa parution, en janvier 2019, le titre de cet ouvrage m’a intriguée. Je n’avais que peu entendu parler de ce fait (le dictateur Hitler avait des goûteuses, ah bon?), logique somme toute et probablement pas inédit. Cela m’a intéressée, comme tout ce qui a trait à la Seconde Guerre mondiale et à la vie quotidienne des diverses populations, opprimées ou non (je ne vais pas m’étendre en plus sur le devoir de mémoire, indispensable d’après moi). Pour ceux mal à l’aise avec le lecture d’un livre sur un tel sujet, je vous invite à lire d’abord, avant de décider s’ils liront ou pas le livre, un extrait proposé sur le site des Editions Albin Michel (voir ici: https://www.albin-michel.fr/ouvrages/la-gouteuse-dhitler-9782226401854). Je vais de ce pas lire le roman maintenant (eh oui, je rédige parfois les introductions de mes billets avant de lire) et reviens ensuite vous en dire plus.

Résumé du livre

1943.En Prusse orientale, Hitler s’est retranché dans son bunker. Il engage des goûteuses, de peur d’être victime d’un empoisonnement par l’alimentation. Parmi elles, Rosa, femme de soldat, Berlinoise arrivée depuis peu au village chez ses beaux-parents.

Elles sont dix goûteuses. Dix femmes qui savent qu’elles vont osciller entre survie et peur: chaque bouchée qu’elles avalent peut être la dernière…Cela crée une drôle d’ambiance au réfectoire, teintée de contraintes et de trahisons…

Mon avis de lecture

L’auteure italienne nous présente un pan assez méconnu de la Grande Histoire et s’en tire avec brio, le livre ayant été primé à plusieurs reprises:Prix Campiello, prix Rapallo, prix Pozzale Luigi Russo…

Le récit est bien mené, fait de multiples rebondissements qui permettent de continuer le lecture jusqu’au bout en se demandant comment tout cela va finir…L’auteure présente cela comme la confession de Margot Woelk qui n’a dévoilé son secret (devoir goûter les plats préparés pour Hitler) qu’à 95 ans. Son histoire est narrée à travers le personnage principal de Rosa Sauer.

Si le sujet a longtemps été tabou pour elle, cela en dit long sur le statut des Allemands pendant la guerre, au sein même de leur pays. L’auteure montre comment a vécu la population au plus près du dictateur. Certains ont connu la faim, les conditions de vie difficiles et la peur aussi. Rosa (ou Margot) aura survécu et nous aura apporté son témoignage. Les mots ne sont jamais vains, quand la petite histoire côtoie la grande. Ce livre permet de s’interroger sur le genre humain, dans toutes ses dimensions. A lire donc.

Kinderzimmer – Valentine Goby

Éditions Actes Sud-Août 2013-224 pages

Actuellement en train de lire le dernier roman de Valentine Goby, Murène (cela fera l’objet d’un prochain billet), je me rappelle n’avoir pas encore consacré de billet au sublime Kinderzimmer.

J’ai découvert ce roman paru en août 2013 dans un contexte professionnel: il faisait partie de la sélection pour le Prix des Lycéens d’Ile de France, auquel j’ai assisté en 2015, au Salon du Livre à Paris (porte de Versailles, pour les connaisseurs). Mais je n’ai pas usé que de mon oeil de professionnelle du livre, mon coeur aussi a contribué et battu fort, fort pour ce roman, me submergeant d’émotion.

Le sujet même d’abord: une Kinderzimmer est une pièce destinée aux nourrissons, dans un endroit où la vie est plus facilement enlevée que donnée. N’oublions pas: nous sommes en 1944, en pleine seconde guerre mondiale. Au camp de Ravensbrück. J’apprends ainsi que non seulement des bébés ont survécu dans les camps de la mort mais aussi que certains y sont nés, y ont vécu et survécu.

Elle s’appelle Mila (ou Suzanne à l’état civil), elle a 20 ans. Au printemps 1944, elle arrive au camp qui compte 40000 femmes, venues d’Europe. Pour des faits de résistance. Elle n’est pas seule, sa cousine l’accompagne. Et aussi un petit être qui grandit en elle.
Elle connaîtra une descente aux Enfers, processus de déshumanisation orchestrée par les nazis. La faim, le froid, la promiscuité avec les autres femmes, l’épuisement, le désespoir et toujours le devoir d’obéir aux règles. Travailler, ne pas protester, quelles que soient les conditions, même lors des appels en pleine nuit, même quand des camarades manquent à l’appel parce qu’il a fallu fermer leurs yeux pour toujours.

Mila se dit qu’il faut survivre pour ce bébé, même s’il est le signe d’une anomalie dans l’univers concentrationnaire. En attendant, elle lutte pour sa survie, même si c’est pas la vie, dit-elle. Et une camarade, Teresa, lui répond « qu’être vivant, c’est faire des gestes qui préservent ».

Des années après, c’est Suzanne qui témoigne devant de nombreux lycéens et répond à leurs questions. Oui, elle est sortie du camp avec un bébé, James, à qui elle a raconté son histoire Oui, ce bébé, c’était un espoir pour elle comme pour d’autres, une raison de vivre.

Valentine Goby nous offre un récit court mais intense, sans verser dans le pathos. Le sujet même ne prête pas à rire et n’appelle pas non plus un jugement. Cela s’est passé et il a été possible de s’en tirer. L’humain s’est accroché dans l’inhumain, le présent de narration fait s’étaler les choses sous nos yeux. Cela prend aux tripes, cela bouleverse à un point tel qu’on mesure ce qu’est la vie aux frontières de la mort…A lire, à lire, à dire aussi, il faut en parler aux jeunes générations…

Charlotte – David Foenkinos

Editions Gallimard-28/05/2014-224 pages

Après la lecture de ce roman, une seule pensée me vient: « mais pourquoi l’auteur nous offre t-il un style aussi inégal? » Si je ne lis pas ces romans dans l’ordre de parution, je ne peux m’empêcher de penser que les lecteurs de Vers la beauté ne pourront qu’être déçus s’ils ont lu Charlotte avant.

Un prénom pour titre, donc. On sait déjà avant d’avoir lu que ce prénom va nous plonger dans des sphères intimes. Charlotte? Un des prénoms des soeurs Brontë, cette histoire sera t-elle donc empreinte de mélancolie et de souvenirs de pensionnats horribles?

Il n’en est rien mais les deux Charlotte ont un point commun: elles meurent jeunes. Celle du dix-neuvième siècle meurt à 38 ans, vraisemblablement de maladie. Celle du vingtième siècle (celle de ce roman) est quant à elle frappée par les tragédies de la Grande Histoire: elle meurt à 26 ans à Auschwitz. La comparaison s’arrête là, revenons à présent au roman de Foenkinos.

Voici une brève biographie: Charlotte Salomon naît à Berlin le 16 avril 1917 de parents juifs allemands. Son père, Albert Salomon, est médecin et très accaparé par son travail. Sa mère, Franziska Grunwald, semble marquée par une malédiction familiale. Elle se suicidera quand Charlotte aura 9 ans, en 1926. En 1930, son père se remarie avec Paula, une cantatrice. Quelques années, après, arrivent les nazis au pouvoir. Charlotte se réfugie en France mais cela n’est qu’un asile temporaire: dénoncée, elle est envoyée au camp d’Auschwitz. Elle y mourra, enceinte, à 26 ans, gazée dès son arrivée.

Mais ce roman, dont on ne sait s’il s’agit d’un roman autobiographique ou d’un récit, n’est pas une simple narration. David Foenkinos raconte aussi son obsession pour son personnage, Charlotte Salomon, dont il a découvert le travail lors d’une exposition à Berlin. Il a pris son temps et un jour, il a été prêt: il s’est mis à écrire en prose: le roman est composé de phrases en ligne. Ligne par ligne, on prend sa respiration, on est en apnée, on vit les choses au rythme de l’écriture. On lit tout d’une traite. Et en refermant le livre, on se dit que c’est un très bel hommage qui reflète la vie de l’artiste Charlotte Salomon.

En ce qui me concerne, la critique de ce roman sera aussi minimaliste. Je vois dis simplement que lire cette histoire se vit. Peut-on raconter la vie en quelques lignes? Peut-on raconter l’art en quelques lignes? Peut-on raconter la construction d’une artiste en quelques lignes? David Foenkinos a raconté. Lisez donc ses mots!

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