Les oubliés du dimanche – Valérie Perrin

Valérie Perrin est une romancière française née en 1967. Les oubliés du dimanche est son premier roman (paru en 2015), il a obtenu 13 Prix littéraires dont le Prix du Premier roman de Chambéry (2016), le choix des Libraires 2018.

Editions Albin Michel -04/05/2015-384 pages

Justine Neige, 21 ans, est aide-soignante à la maison de retraite Les Hortensias. Elle aime y travailler et reste souvent écouter les pensionnaires raconter leurs histoires, leurs anecdotes. Elle est particulièrement touchée par Hélène, une vieille dame de 93 ans qui évoque souvent son seul amour, Lucien, une Mouette ange-gardien, sa vie de patronne de café, son incapacité à apprendre à lire aussi.

Justine consigne dans un cahier les histoires pour les relire ensuite aux personnes âgées. Cela lui permet un peu d’oublier sa propre histoire: la mort de ses parents et des parents de son cousin Jules. Depuis petits, les orphelins vivent chez leurs grands-parents, parents de deux jumeaux décédés, vivant dans le chagrin, les habitudes aussi.

La jeune femme s’évade un peu en allant danser dans une boîte de nuit, Le Paradis, et en ayant une relation avec un garçon auquel elle ne veut pas s’attacher et qu’elle surnomme « Je-ne-me-rappelle-plus-comment ».

Un corbeau commence à appeler les familles des oubliés du dimanche annonçant de faux décès pour les faire venir à la maison de retraite: un geste qui va transformer la vie de Justine de façon à ce qu’elle parte à la recherche de son histoire…

Avis de lecture

Un joli roman qui véhicule plein d’émotions fortes et positives. Le fil conducteur est ce lien intergénérationnel entre Justine et Hélène et cette alternance entre les époques. Les deux femmes ont chacune leurs histoires qui comprennent des non-dits, des secrets, de la douleur, des trahisons, de l’amour aussi…Mémoire et transmission sont deux mots clés dans une narration bien menée, remplie de petites phrases poétiques qui sont tout à fait la caractéristique du style de Valérie Perrin, sa « signature ». Une jolie réflexion sur le temps qui passe et le devenir des personnes âgées.

Le tiers temps – Maylis Besserie

Maylis Besserie, née en 1982, est auteure d’un premier roman, Le tiers temps, paru en 2020, qui a obtenu le Prix Goncourt du premier roman.

Éditions Gallimard-06/02/2020-184 pages

Résumé de l’histoire

Paris, 14ème arrondissement, rue Rémy-Dumoncel. Un immeuble blanc abrite une maison de retraite, Le tiers-temps. Parmi ses résidents, figure un vieux monsieur, grand, le visage sombre, très connu: Samuel Beckett (qui a réellement séjourné là-bas). Il y attend la fin, son épouse Suzanne étant déjà au ciel. Il se remémore sa vie, entre deux langues, l’anglais (il est d’origine irlandaise) et le français, langue de son exil. Le récit alterne entre vie quotidienne à la maison de retraite et les souvenirs des épisodes de sa vie les plus marquants.

Mon avis sur le roman

Quel beau Samuel que celui-là! On l’imagine mal, tant ses pièces sont dynamiques, attendant la fin et pourtant, Maylis Besserie décrit tout à fait un vieil homme attendant d’aller au ciel.

La forme du roman est originale, l’alternance entre les compte-rendus médicaux et le journal fictif du dramaturge décrit donne une épaisseur au personnage, on réalise le temps qui passe sur lui, sa vieillesse. Le temps est d’ailleurs très consigné dans le roman: les rapports médicaux décrivent faits et gestes de Beckett avec minutie, lentement.

J’ai beaucoup aimé l’évocation de son oeuvre et de sa vie, tant littéraire que privée, à travers ses souvenirs: d’abord l’allusion à son ami James Joyce puis à ses chansons d’Irlande, à sa mère et aussi à sa maison à Ussy, une ville découverte dans les années 50…

Un Beckett auquel on ne s’attend pas, un roman rempli de faits réels et aussi imaginaires, morceaux fragmentaires distillés ça et là, description d’une oeuvre littéraire par touche…Un très beau roman.